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ABERRATION ECOLOGIQUE

L’exploitation du chrome dans le lagon calédonien, inscrit au patrimoine mondial de l’humanité est une aberration écologique, qu’il faut stopper dès aujourd’hui !

En décembre 2010, les provinces ont attribué des permis de recherche de chrome sur 31 zones du domaine public maritime, incluant lagon, plages, mangroves et platiers. Le bénéficiaire est Geovic Nouvelle-Calédonie SAS, une filiale créée pour l’occasion par Geovic Mining Corp., société américaine domiciliée dans un paradis fiscal, le Delaware.

Ces permis concernent très majoritairement des zones à forte valeur environnementale, notamment : embouchure de La Tontouta, îlot Hugon, Plum, embouchure de la rivière des pirogues, baie Ngo, baie Iré et 2 autres sites autour de l’île Ouen, 2 sites en fond de baie de Prony, 9 sites de la côte oubliée jusqu’à Thio.

Le 13 octobre 2010, le « comité consultatif des mines », et notamment le président du gouvernement et le haut-commissaire, avaient émis un avis défavorable sur tous ces  permis. Mais, le 22 octobre 2010, le « conseil des mines », au sein duquel les voix des provinces sont prépondérantes, a émis un avis favorable. Ceci a permis aux provinces d’accorder ces permis à Geovic sans subir le véto du gouvernement, comme l’aurait permis le code minier en cas d’avis défavorable à la fois du comité et du conseil.

Calédonie Ensemble tient aujourd’hui à réaffirmer son opposition à la recherche de chrome sur le domaine public maritime. Cette opposition repose sur trois idées simples :

1° Autoriser la recherche de chrome, c’est mettre le doigt dans un engrenage qui conduira forcément à en autoriser ultérieurement l’exploitation.

2° Sur le plan économique, rien ne justifie cette décision.

3° L’exploitation minière sur le domaine maritime sera une catastrophe écologique. Elle menace le classement du lagon Sud au patrimoine mondial et constitue un retour de 10 ans en arrière pour la protection de l’environnement et la gestion durable des ressources naturelles marines.

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1° Un implacable engrenage

Le code minier est clair : tout permis d’exploration se transforme, de droit, en une concession minière, dès lors qu’est démontrée la présence d’un gisement exploitable (article Lp 131-4).

Donc, pour chacun des permis de recherche de chrome sur le domaine public maritime, de deux choses l’une : soit le gisement est insuffisant et alors les travaux exploratoires seront sans aucun intérêt ; soit le gisement peut être exploité, et alors il va immanquablement l’être, entrainant alors un impact catastrophique. Dans les deux cas, il vaut mieux ne pas engager ces travaux de recherches.

Calédonie Ensemble soutient, au contraire, qu’il faut dès aujourd’hui regarder aussi loin que possible, en se posant la question de savoir s’il pourra être envisagé, ou non, de donner un jour à une entreprise l’autorisation d’extraire du sable, en quantités importantes, dans ces zones très sensibles sur le plan environnemental. Et pour nous, la réponse à cette question est : NON !

2° Des perspectives largement insuffisantes sur le plan économique

Les bénéfices économiques qui peuvent être tirés de l’exploitation sont potentiellement élevés pour l’investisseur.

Mais, pour la collectivité, seules quelques dizaines d’emplois sont en jeu. De plus, le contexte économique dans lequel s’inscrit la décision d’engager l’exploitation du chrome dans le lagon nous interpelle :

– nos deux nouvelles usines de nickel n’arrivent pas à trouver localement la main d’œuvre dont elles ont besoin ;
– le poids de la mine dans notre économie s’est considérablement accru depuis 10 ans, et il continue encore de s’accroitre. Or les experts nous rappellent les inconvénients de cette situation : déstabilisation de certains autres secteurs économiques et risque de forte récession en cas de retournement de la conjoncture mondiale ;
– l’impact socio-économique local de la mine est reconnu comme très fort, même s’il est encore aujourd’hui mal cerné ; la population calédonienne exprime déjà, légitimement, son inquiétude à ce sujet, alors même que nos deux nouvelles usines ne sont pas encore entrées en exploitation ;
– la mine ne génère que très peu de retombées fiscales, et en tout cas pas du tout à hauteur de sa « capacité contributive ».

Dans ces conditions, le motif économique ne peut justifier de poursuivre cette course en avant vers « toujours plus de mine », en engageant maintenant le pays dans l’exploitation du chrome.

3° Une catastrophe écologique

La société Géovic nous dit qu’il faut attendre les conclusions de ses études environnementales, avant de juger les impacts de sa future activité.

Pourtant, le bon sens le plus élémentaire montre à l’évidence que l’impact sera catastrophique. La société devra terrasser les plages ou arrière-plage et draguer les fonds marins pour extraire la part du sable la plus riche en chrome, puis elle remettra en partie ce sable en place. Dès lors, les écosystèmes des rivages ou des fonds marins seront totalement détruits, et la mise en suspension de sédiments va immanquablement troubler les eaux marines sur de grandes distances. Le caractère toxique de ces sédiments (présence avérée ou très probable de nickel,  de chrome hexavalent, etc.), et leur aptitude à se concentrer dans les chairs des poissons et des mollusques, est très préoccupant.

Or, les zones sur lesquelles ces 31 permis de recherches ont été accordés sont très riches sur le plan environnemental : situés à l’interface entre les rivières et les récifs coralliens, ces baies et estuaires voient se développer sur leurs fonds une vie benthique originale, et constituent des lieux de migration ou d’aggrégation, voire de frai, pour les poissons d’eaux douces ou du lagon. Certaines zones ont, pour quelques espèces récifales, un rôle de nurserie et l’un des secteurs où des permis ont été attribués recèle d’extraordinaires coraux fluorescents.

Sur une majorité de ces zones, les pratiques de pêche sont traditionnelles, leur conférant une valeur importante pour les clans de la mer, mais également pour tous les habitants des communes concernées.

Comment s’étonner, dès lors, que les Calédoniens aient exprimé leur préoccupation, en se joignant massivement à la pétition préparée par l’association Ensemble pour la planète ?

En engageant des travaux miniers sur le domaine public maritime, la province Sud, en particulier, met à mal tous les efforts entrepris depuis 2004 pour la protection du lagon et pour une gestion responsable des ressources naturelles marines. Une politique volontariste avait vu le jour, qui s’est traduite par des règlementations sur la pêche et sur la protection de l’environnement, des réserves naturelles marines, des moyens en personnel et des moyens nautiques, des études, des inventaires, etc. Il faut mentionner également les efforts des communes pour une meilleure gestion de l’eau, avec notamment la création de stations d’épuration. L’exploitation du chrome dans le lagon va totalement à l’encontre de toute cette politique, construite avec et dans l’intérêt de tous les Calédoniens.

Tout ceci est d’autant plus préoccupant que certaines des zones ayant fait l’objet d’un permis de recherche du chrome (île Ouen et baie de Prony)  sont inscrites en zone tampon du bien classé en 2008 au patrimoine mondial de l’humanité, tandis que d’autres sont situées à proximité (baie des pirogues, baie Ngo, côte oubliée). Or, un élément nouveau est intervenu il y a quelques jours : l’UNESCO a en effet réagi avec fermeté sur les permis situés à proximité de la zone classée en 2008 au patrimoine mondial de l’humanité.

En effet, par décision de son « comité du patrimoine mondial », l’UNESCO[1] vient faire très officiellement part « de sa vive préoccupation concernant les permis délivrés à la société minière Geovic pour la prospection de [chrome[2]dans les sables minéraux dans des secteurs adjacents » au périmètre classé au patrimoine mondial. L’UNESCO « considère que la pros

pection et l’exploitation minières dans ces zones pourraient avoir d’importants impacts négatifs sur la valeur universelle exceptionnelle du bien, rappelle que les activités d’exploitation minière au voisinage immédiat de biens du patrimoine mondial sont incompatibles avec le statut de patrimoine mondial, si elles affectent la valeur universelle exceptionnelle de ces biens », et demande que l’« étude d’impact environnemental du projet de prospection » soit soumis à son avis, avant que soit prise « la décision d’autoriser ou non ces activités ». Cette alerte est claire et ferme.

Conclusion

La sauvegarde de no

tre lagon est un impératif absolu : il ne doit pas faire l’objet d’une exploitation minière. En conséquence, Calédonie Ensemble demande que soient retirées les autorisations accordées à Geovic.

 

NB : les permis de recherches sont représentés par des carrés jaunes (source :: www.geovic.net)

 

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UNESCO 

DECISIONS ADOPTEES PAR LE COMITE

DU PATRIMOINE MONDIAL A SA 35e SESSION

 

19-29 juin 2011 – Paris, Siège de l’UNESCO

Source : http://whc

.unesco.org/document/107151 

 

22. Lagons de Nouvelle-Calédonie : diversité récifale et écosystèmes associés

(France) (N 1115)

Décision : 35 COM 7B.22  

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-11/35.COM/7B.Add,

2. Rappelant la décision 32 COM 8B.10, adoptée à sa 32e session (Québec, 2008),

3. Se félicite des efforts de l’État partie, en particulier des autorités de Nouvelle-Calédonie, des propriétaires fonciers coutumiers, d’ONG et d’autres partenaires concernés pour améliorer la gestion du bien, par la création de comités de cogestion et du Conservatoire des espaces naturels (CEN) ;

4. Fait part de sa vive préoccupation concernant les permis délivrés à la société minière GEOVIC pour la prospection de cobalt dans des sables minéraux dans des secteurs adjacents au bien, considère que la prospection et l’exploitation minières dans ces zones pourraient avoir d’importants impacts négatifs sur la valeur universelle exceptionnelle du bien, et rappelle que les activités d’exploitation minière au voisinage immédiat de biens du patrimoine mondial sont incompatibles avec le statut de patrimoine mondial si elles affectent la valeur universelle exceptionnelle de ces biens ;

5. Demande à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial une Étude d’impact environnemental du projet de prospection et d’exploitation possible de sables cobaltifères, conformément au paragraphe 172 des Orientations, avant de prendre la décision d’autoriser ou non ces activités ;

6. Demande également à l’État partie de mettre en œuvre les recommandations de la mission UICN de suivi réactif de 2011, en particulier :

a) Maintenir un soutien technique, financier et administratif de fonctionnement permettant aux membres des comités de cogestion de mettre en œuvre les décisions et recommandations pertinentes et l’application de la réglementation,

b) Faciliter la finalisation et la mise en œuvre des plans de cogestion, et y intégrer des études appropriées sur le changement climatique, en accordant une attention particulière à la planification, au suivi et à la réduction des risques de catastrophes,

c) Évaluer l’efficacité de la gouvernance participative et la réactivité de la gestion,

d) Garantir une réponse rapide aux menaces identifiées et aux motifs de préoccupation évoqués sur les risques associés à la prospection et à l’exploitation minières et au non-respect de la réglementation concernant la protection du bien ;

7. Demande en outre à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2013, un rapport sur l’état de conservation du bien, incluant un rapport sur l’avancement réalisé par le Conservatoire des espaces naturels (CEN) pour renforcer la gestion coordonnée de l’ensemble du bien en série, sur les progrès effectués dans la mise en œuvre des recommandations de la mission UICN, ainsi que des informations à jour sur l’état d’avancement des projets de GEOVIC de prospecter et d’exploiter les sables cobaltifères dans des zones adjacentes au bien.

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