Accueil ACTUALITÉS INTERVIEW DE PHILIPPE MICHEL SUR RNC 1ère le 28 octobre 2011 – Emission « C’est à Dire »

INTERVIEW DE PHILIPPE MICHEL SUR RNC 1ère le 28 octobre 2011 – Emission « C’est à Dire »

Emission « C’est à dire » animée par Thierry RIGOUREAU le 28 octobre 2011

Journaliste : Philippe Michel, bonjour !

Philippe Michel : Bonjour !

Journaliste : Merci d’avoir accepté notre invitation. Tout de suite une question déposée sur notre répondeur. On a raccourci la question qui faisait près de deux minutes :

Intervenant : J’appelle de brousse. Je voudrais savoir, je suis à Calédonie ensemble, mais je suis contre la diffusion du film « L’ordre et la morale ». Monsieur Gomès, il prend position au nom du parti, sans nous demander notre avis. Lui, il est pour et je pense qu’avant de dire qu’on est pour, il faut demander l’avis à l’ensemble des sympathisants ou des adhérents du parti. Parce que « L’ordre et la morale », ça va réveiller la haine et la division chez les jeunes. Pourquoi ne pas nous demander notre avis, avant de prendre position. Merci.

Journaliste : Philippe Gomès a dit : le film pourrait être diffusé au cinéma de la Foa, et apparemment, ce militant Calédonie ensemble n’est pas d’accord.

Philippe Michel : C’est son droit. C’est son droit le plus absolu. On est, dieu merci, en démocratie, et donc, chacun à la liberté de penser et d’exprimer ce qu’il veut. Dans cette affaire, Philippe Gomès a exprimé sa position, au demeurant, cette position n’est pas nouvelle. Je rappelle que Philippe Gomès, lorsqu’il était président de la province Sud, avait soutenu la réalisation et encouragé la réalisation de ce document…

Journaliste : Il était même allé assister au tournage…

Philippe Michel : Tout à fait. Parce qu’il pense que des années après le drame d’Ouvéa, 22 ans après la signature des Accords de Nouméa* qui ont permis de consolider la paix pour une longue durée en Nouvelle-Calédonie, eh bien, les Calédoniens doivent pouvoir jeter un regard critique sur leur propre histoire pour éclairer le chemin qu’il nous reste à parcourir devant. Et dans cette affaire, ce qu’il y a de terrible, en termes de censure, c’est que, si cette censure est maintenue, personne ne pourra se faire sa propre idée. C’est ça que nous dénonçons dans cette affaire, c’est que ceux qui veulent aller voir ce film, doivent pouvoir aller le voir, et ceux qui choisissent, comme ce monsieur, de ne pas aller le voir, en toute liberté, de ne pas le faire. Mais il faut que les gens puissent faire …

Journaliste : Est-ce que ça veut dire que les mentalités, n’ont pas tant évolué que ça ?

Philippe Michel : Bah, oui, Thierry, oui, très clairement. C’est assez stupéfiant, c’est hallucinant d’assister aujourd’hui à une censure, parce qu’il n’y a pas d’autre mot, parce que ça prouve qu’il y a un décalage terrible entre les grands discours, les belles paroles, et puis la réalité des choses, la réalité des choses, c’est que les Calédoniens qui sont intéressés par leur propre histoire, et une œuvre de fiction sur un fait politique majeur de notre pays, si cette censure est maintenue, ne pourront, tout simplement pas aller le voir et se faire une idée.

Journaliste : On est loin du destin commun.

Philippe Michel : Très, très loin, on est très loin du destin commun, on est très loin de tous les discours. Il y a une chose qui me frappe terriblement dans cette affaire, c’est : comment peut-on prendre des initiatives politiques pour garantir la reconnaissance du partenaire adversaire, et en même temps prétendre que nous ne pouvons pas et nous n’avons pas le droit de discuter ou de réfléchir sur notre propre histoire.

Journaliste : Vous faites rapport avec le drapeau ?

Philippe Michel : Bien sûr que oui. C’est quand même parfaitement contradictoire de prétendre, 22 ans après la signature des Accords de Nouméa*, reconnaître l’autre, alors que ça a déjà été fait, et puis, en même temps, interdire aux Calédoniens de pouvoir se faire leur propre jugement sur un fait essentiel de notre histoire politique.

Journaliste : Autre question déposée sur notre répondeur :

Intervenant : Je dirai : enfin, vous êtes devenus le véritable parti d’opposition à l’alliance qui a pris le pouvoir. Moi, j’appelle ça l’alliance indépendantiste qui a pris le pouvoir et qui se distribue tous les postes à responsabilité, en nous excluant. Avez-vous, Monsieur Michel, avec Calédonie ensemble, le courage et les moyens politiques d’afficher en permanence vos désaccords politiques avec la gestion actuelle ? Deuxième question : comment allez-vous faire aux législatives, avec vos candidats Calédonie ensemble, si ces candidats ont toujours un pied attaché à l’UMP, même avec une très longue corde ? C’est Pépé, de Ste Marie.

Philippe Michel : Calédonie ensemble fait ce qu’il a à faire et défend les engagements qu’il a proposé à ses électeurs, et ces élections législatives seront effectivement un moment extrêmement important dans l’histoire du pays, parce que tous les Calédoniens vont enfin pouvoir, chacun, donner leur avis, sur les dernières évolutions politiques.

Journaliste : Donc, pour vous, c’est une échéance importante, une étape qui vous permet de tenir jusqu’en 2014.

Philippe Michel : Comme l’a assez bien dit ce monsieur, il n’y a aujourd’hui plus qu’une formation politique qui s’oppose de manière structurée, organisée, permanente, à cette coalition, c’est Calédonie ensemble. Et dans huit mois, les Calédoniens vont enfin avoir l’occasion, chacun à leur niveau, de pouvoir dire ce qu’ils pensent des nouvelles orientations politiques. Donc, oui, cette échéance est capitale.

Journaliste : Le caillou qui fait mal dans la chaussure du parti, c’est le procès contre Philippe Gomès pour prise illégale d’intérêt. Rendez-vous au tribunal en mars 2012, donc bien avant les législatives. Comment le parti gère-t-il cette situation ?

Philippe Michel : Sereinement, tranquillement. Je rappelle que Philippe Gomès est renvoyé devant le tribunal correctionnel pour cette affaire des climatiseurs de Goro, qui dure depuis 6 ou 7 ans maintenant, je rappelle qu’il est renvoyé devant ce tribunal correctionnel, non pas par les juges d’instruction. Je rappelle que pendant 4 ans, deux juges d’instruction successifs ont refusé, après avoir examiné toutes les pièces du dossier, de mettre Philippe Gomès en examen. Et c’est au bilan, le parquet, le procureur, aux ordres donc, je le rappelle, de la chancellerie qui a décidé de déférer Philippe Gomès devant le tribunal, le même parquet qui nous avait envoyé TRACFIN, il y a quelques temps…

Journaliste : Et est-ce que vous allez attendre la décision du tribunal avant de choisir vos candidats pour les législatives, ou allez-vous décider avant avec une primaire interne, en laissant décider les militants de Calédonie ensemble ?

Philippe Michel Ce seront les militants de Calédonie ensemble qui décideront qui sont nos meilleurs candidats pour aller aux élections législatives. Ça c’est une certitude absolue. Et il n’y a pas que Philippe Gomès qui est susceptible, chez nous, d’être candidat aux élections législatives. Donc, il n’y a pas de souci avec ça. Il y a un certain nombre d’autres élus, chez nous, qui sont parfaitement capables de représenter le mouvement et les Calédoniens dans ces élections législatives, et ce sont les militants qui le décideront lorsque le moment sera venu.

Journaliste : Un auditeur au standard :

Intervenant : J’ai deux questions : Es-tu sûr que le film « L’ordre et la morale » on a bien la vérité ? Et ma 2e question : j’ai entendu Éric Gay qui, pour les élections provinciales, dit que Calédonie ensemble ne fait plus rien. Vrai ou faux ?

Journaliste : Un, est-ce que ce film relate réellement la réalité des faits ou pas ?

Philippe Michel : Certainement pas. Ce film est une fiction, c’est un film de cinéma, avec un parti pris du réalisateur, etc. Donc, ce film n’est pas un documentaire, ce film n’est pas une vérité historique sur les événements d’Ouvéa. Mais ce film, et c’est ça qui est important, c’est le premier qui est fait sur un événement aussi important dans notre histoire politique, et c’est pour ça qu’il faut que les Calédoniens puissent le voir, et se faire leur propre idée de notre histoire et des erreurs qu’il ne faut pas répéter. Sur la deuxième question, Éric Gay dit : on va débarquer les élus de Calédonie ensemble parce qu’ils travaillent pas.

Journaliste : Philippe Michel et Sonia Lagarde.

Philippe Michel : Philippe Michel, Sonia Lagarde. Je trouve ça à la fois grotesque et en même temps pas très courageux. La raison pour laquelle on est débarqués, elle est extrêmement simple. C’est pas parce qu’on travaille ou qu’on travaille pas. C’est parce qu’on n’est pas d’accord avec le Rassemblement sur un certain nombre d’orientations politiques, économiques et sociales. Ça commence avec le drapeau, ça se poursuit avec la télé du Rassemblement, payée par les contribuables calédoniens, ça passe par la régularisation des squats, ça passe par la décision d’autoriser l’implantation d’un nouvel hypermarché pour le groupe Lavoix, etc. C’est pour ça qu’on est débarqués, et pas pour autre chose. C’est une séquence politique qui a commencé le 17 février, avec le renversement du gouvernement Gomès, à cause de l’affaire des drapeaux, et qui se clôturera le 9 novembre, avec la liquidation des deux vice-présidents Calédonie ensemble de la province Sud, parce que nous ne sommes pas d’accord avec le Rassemblement et que nous le disons. Quand au fait de travailler ou ne pas travailler, les choses sont extrêmement simples : depuis plus d’un an maintenant, parce qu’on n’est pas d’accord avec le Rassemblement, de toute façon, nous ne pouvons plus travailler, parce que nous avons été débarqués par le Rassemblement de tous les postes, toutes les réunions, tous les conseils d’administration que nous devrions occuper à la province Sud, parce que tous nos collaborateurs ont été licenciés, parce qu’on s’est fait sortir, d’ores et déjà de tous les conseils, et parce qu’on est associés à aucune décision à la province Sud. Et puis, moi, je veux bien que les uns se posent en donneurs de leçons, et je veux bien qu’on fasse un débat sur qui travaille et qui ne travaille pas à la province. Ça me pose aucun problème.

Journaliste : Il faudra mettre une pointeuse à la province Sud ?

Philippe Michel : C’est ça : mettons une pointeuse, comparons la somme de travail, de dossiers traités, ceux qui l’ont été par l’équipe de Calédonie ensemble, la mandature précédente, et puis ceux qui le sont depuis 2009, et puis on verra. Je précise accessoirement : c’est pas le Rassemblement UMP, dont le président ne se donne jamais la peine de présider la moindre assemblée de province qui peut nous donner des leçons en la matière.

Journaliste : Philippe Michel, vous êtes dans l’opposition au gouvernement et à la province Sud. Est-ce que demain, si vous n’êtes plus aux affaires, ça risque de mettre en péril l’avenir-même de votre parti. Est-ce qu’il peut tenir jusqu’aux provinciales en 2014 ?

Philippe Michel : L’avenir nous le dira. Moi, j’ai pas de boule ce cristal. Ce que je sais, c’est quelle est notre détermination, quels sont nos engagements, et quel est notre projet. Et donc, de ce point de vue-là, il est clair que d’être à la gestion des affaires, c’est mieux pour mettre en réalisation un projet que d’être dans l’opposition. Mais qu’à cela ne tienne, Thierry. Si on avait voulu une vie tranquille, on aurait accepté le drapeau, effectivement, et tout irait bien aujourd’hui. C’est pas le choix qu’on a fait, parce qu’on a pris des engagements devant les Calédoniens et parce qu’on croit profondément que des réformes sont nécessaires en Nouvelle-Calédonie. Si nous sommes dans l’opposition, ces réformes, nous continuerons de les porter comme on l’a fait très récemment en déposant sur le bureau du Congrès une proposition de loi du pays sur la création du minimum vieillesse que tout le monde attend. Et vous avez vu : une semaine après, le gouvernement a sorti son propre projet. Donc, on peut être dans l’opposition et continuer de défendre les projets et les valeurs et les réformes dont le pays a besoin.

Journaliste : Donc, vous n’êtes pas uniquement dans l’opposition, vous êtes aussi force de propositions. Est-ce que, éventuellement, demain, vous soutiendrez une proposition du gouvernement ?

Philippe Michel : Mais tout à fait. Les propositions, lorsqu’elles sont bonnes pour le pays, doivent être soutenues, quel que soit son positionnement politique, et je vous le dis : nous sommes là pour des idées, pas pour des postes. Si nous avions voulu conserver nos postes, nous aurions dit oui à un certain nombre de choses, mais nous, nous ne concevons pas l’action politique au travers de la direction, à n’importe quelle condition, à n’importe quel prix, à n’importe quelle concession, de tel ou tel projet porté par nos adversaires politiques, quand on pense qu’ils sont mauvais pour le pays.

Journaliste : La province Sud, c’est pratiquement la plus grosse institution de la Calédonie puisque c’est elle qui gère les 180 mille Calédoniens qui vivent en province Sud. Comment vous allez réagir si jamais vous êtes effectivement débarqués, Sonia Lagarde et vous ?

Philippe Michel : C’est tout simple : en redoublant de vigilance sur toutes les propositions de délibérations qui sont soumises régulièrement à l’assemblée, parce que, dieu merci, il reste à l’assemblée de la province Sud, quelle que soit la mainmise du Rassemblement, une instance démocratique, ouverte au publique, qui s’appelle une assemblée et qui prend les décisions les plus importantes. Donc, nous défendrons nos projets, nos valeurs et nos convictions au sein de cette assemblée. Et pour le reste, ce qui est le plus important pour nous, je le redis, c’est l’échéance qui attend le pays dans huit mois, et qui va enfin permettre à tous les Calédoniens de ce pays de se prononcer, individuellement, et de peser, donc, sur l’avenir politique de la Nouvelle-Calédonie, en répondant à une question simple : est-ce que oui, les nouvelles orientations de la coalition Rassemblement – UC – Parti travailliste sont bonnes pour le pays, et je veux qu’elles continuent, ou : est-ce que non, elles ne sont pas bonnes, et il faut y mettre un coup d’arrêt ?

Journaliste : Aujourd’hui, Philippe Michel est déjà en campagne pour cette élection test et majeure pour la survie-même du parti, les législatives 2012.

Philippe Michel : La réponse est incontestablement oui, et j’appelle tous les Calédoniens, d’abord à participer à ce scrutin. Je rappelle qu’un Calédonien sur quatre ne vote pas à chaque élection, et donc, si on prétend avoir un intérêt pour l’avenir de son pays, il faut commencer par s’exprimer aux élections, et ensuite, il faut réfléchir au sens de ce vote par rapport aux orientations politiques majeures, nouvelles, qui sont aujourd’hui en train d’être prises, et qui ne sont pas conformes, je le rappelle, à ce qu’on avait raconté aux Calédoniens en 2009.

Journaliste : Vous prévoyez quand cette primaire pour les militants Calédonie ensemble ?

Philippe Michel : Ce sera probablement au mois de mars ou début avril.

Journaliste : Avant le tribunal de Philippe Gomès ou après ?

Philippe Michel : Non, probablement après. Il faut que les choses soient claires. On tiendra compte, même si on est parfaitement tranquilles et sereins, de cette décision du tribunal, et je le redis : il n’y a pas que Philippe Gomès qui peut représenter Calédonie ensemble dans les deux circonscriptions pour ces élections législatives.

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