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APRES LES RADIOS DE PROPAGANDE, LA TV DE PROPAGANDE

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Des fonds publics financent la télévision de propagande de l’Union Calédonienne et du RUMP

Le gouvernement vient d’arrêter et de transmettre au congrès le projet de budget primitif pour 2012. Celui-ci comporte une grande première, puisqu’il prévoit le financement, par la Nouvelle-Calédonie, des moyens demandés par les porteurs du projet de chaine locale de télévision « NC9 ».

Ainsi, le gouvernement propose au congrès d’inscrire au budget 2012 une autorisation de programme de 150 millions de francs, pour couvrir le « prélancement » de cette chaine et une partie des « charges d’exploitation du 4èmetrimestre 2012 ».

C’est là une nouvelle étape franchie par ce projet de télévision politique, alors même que celle-ci n’a encore reçu aucune autorisation du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel.05

Tout est donc fait pour que les Calédoniens aient, fin 2012, le « plaisir » de voir à l’écran les mêmes informations orientées, les mêmes analyses politiques à sens unique que celles qu’ils entendent déjà sur les ondes de RRB, la radio du Rassemblement-UMP, longtemps présidée par Bernard Deladrière, directeur de cabinet de Pierre Frogier, et sur celles de Djiido, la radio dirigée par Charly Pidjot (qui en assume la présidence).

Frogier, Yanno, Pidjot et Wamytan veulent vivre avec leur temps : les radios de propagande ne leur suffisent plus, ils veulent passer à la télévision de propagande !

Nous dénonçons avec la plus grande fermeté cette intention du gouvernement de financer une télévision politique sur le budget de la Nouvelle-Calédonie : ce n’est certainement pas le rôle des partis politiques que de lancer une télévision politique financée avec les impôts payés par les contribuables.

Nous dénonçons également le cynisme dont fait preuve le gouvernement, lorsqu’il évoque, dans son projet de budget, une télévision « s’inscrivant parfaitement dans l’esprit de l’accord de Nouméa », et répondant au « désir de parité numérique exprimé par nos compatriotes, désir qui trouve sa source dans une aspiration à l’identité citoyenne ». Les Calédoniens seront ravis d’apprendre qu’ils ont un « désir de parité numérique » dont ils n’avaient pas conscience jusqu’ici…

Les télévisions locales, cela ne marche nulle part

En métropole, de nombreuses télévisions locales ont été, ces dernières années,  fermées ou placées en redressement judiciaire : on peut citer, sur une période de seulement 2 ans, Télé Toulouse, TV Morbihan, Télé Lyon Métropole, Orléans TV, Angers 7, Demain TV, Télé Sud Vendée, LM TV Sarthe, Nantes 7, Cap 24, Citizen TV, etc. Et quand une télévision locale arrive à se maintenir, c’est grâce aux aides publiques, qui représentent en moyenne 44% de ses recettes.

Outre-mer, la situation est pire encore, du fait d’un coût de fonctionnement plus élevé, et d’un marché publicitaire plus limité.

Antenne Réunion marche, mais d’une part grâce à des aides importantes et d’autre part grâce à un marché publicitaire de 900 000 habitants, qui n’est pas transposable à la Nouvelle-Calédonie. La Polynésie est donc pour nous un meilleur exemple. Or, malgré les tombereaux d’argent public déversés sur Tahiti Nui TV, cette chaine est en permanence, depuis plusieurs années, à la limite du dépôt de bilan. Et l’audit financier mené sur les comptes du territoire comportait, comme recommandation prioritaire, de la fermer rapidement.

NC9, ce sera pire encore

Le projet NC9 coûtera plus cher que toutes les autres télévisions locales… Son cout de fonctionnement se situe entre un milliard et un milliard et demi de francs. Il faudra y ajouter des frais d’installation dépassant le milliard, car il faudra construire un bâtiment dédié, pouvant accueillir les plateaux et salles techniques nécessaires.

Les rentrées publicitaires compenseront moins de 20% de ces charges, les 80% restants provenant de subventions publiques. Celles-ci seront proches du milliard de francs par an.

Des taxes sur le jeu seront instaurées pour financer la télévision de propagande

Après le lancement de NC9,  financé par des subventions du gouvernement, il faudra donc très vite passer à une autre dimension, et trouver des moyens pérennes de financement. Le RUMP et l’UC veulent pour cela implanter la Française des Jeux en Nouvelle-Calédonie, afin d’augmenter les recettes de la taxe sur les jeux d’argent.

La coalition au pouvoir veut s’accaparer le produit de cette taxe, au seul bénéfice de sa télévision politique.

C’est la raison pour laquelle aucune suite n’a été donnée à la proposition de loi du pays déposée par Calédonie Ensemble le 2 novembre 2010. Celle-ci visait à « basculer » l’actuelle taxe sur les jeux, versée au budget de la Nouvelle-Calédonie, sur des centimes additionnels, versés au budget des provinces (et tout particulièrement à la province Sud puisque les activités ainsi taxées sont presque toutes sur son territoire), afin de résoudre le problème posé par l’écart grandissant entre les recettes de la province Sud et ses charges, du fait notamment que la part de la province Sud dans la population totale de la Nouvelle-Calédonie est passée de 68% en 1989 et à 75% en 2009.

Le Conseil d’Etat a rendu le 13 janvier 2011 un avis favorable sur cette proposition de loi du pays. Mais force est de constater que, malgré les jérémiades permanentes du président de la province Sud quant à la gravité de la situation des finances provinciales, il a laissé dormir un an cette proposition sur le bureau du congrès. L’explication est simple : notre texte est incompatible avec le projet de télévision politique de la coalition, dont le financement repose sur la taxe sur les jeux.

Pour la coalition, la télévision politique passe avant tout autre chose, même l’équilibre financier de la province où résident les trois quarts des Calédoniens.

Gael Yanno a agi dans le dos des Calédoniens

Faire venir la Française des Jeux en Nouvelle-Calédonie, cela ne se fait pas d’un claquement de doigts, car les activités de cet établissement public de l’Etat sont strictement encadrées.

Mais, fin 2010, Gaël Yanno a fait passer à l’Assemblée Nationale, en catimini, un amendement autorisant cette implantation (amendement n°269 à la loi de finances rectificative pour 2010, adopté par l’Assemblée Nationale le 9 décembre 2010).

Nos députés savent aussi se servir de leur mandat pour faire, toujours très discrètement, un lobbying intense auprès du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, l’instance nationale qui approuve ou refuse les projets de radios ou de télévisions.

On a déjà vu ces dernières semaines que, en ce qui concerne les radios, le CSA avait décidé de faire semblant de croire qu’en limitant le paysage radiophonique à RNC, RRB et Djiido, on garantissait le « pluralisme » ! Ce raisonnement aberrant pour quiconque connaît un peu RRB et Djiido est évidemment le fruit des nombreuses visites faites par nos députés au siège du CSA !

Nous espérons que le CSA ne maintiendra pas ce raisonnement en ce qui concerne la télévision.

Elisabeth Nouar, rédactrice en chef de RRB et future directrice de NC9, a fait devant le CSA, le 11 octobre dernier, une présentation de son projet. Toutefois, au lieu d’être face au seul Alain Méart, elle a du affronter, cette fois, l’ensemble du collège des 11 « sages » du CSA. Or celui-ci est majoritairement composé de journalistes et de professionnels des médias, moins sensibles aux arrières pensées politiques des promoteurs des projets qui leurs sont présentés. Il reste donc possible que les bonnes questions aient été posées suite à cette présentation…

La poursuite de la politique initiée avec les drapeaux et les squats

NC9 prolongera le schéma existant avec les radios. Ainsi, le journal d’information du soir sera décomposé en deux parties d’une demi-heure chacune, assurée par deux rédactions différentes, l’une issue des actuelles équipes de Djiido, l’autre issue des actuelles équipes de RRB.

Juxtaposer deux équipes de rédactions, chacune directement en lien avec un parti politique, c’est totalement contradictoire avec l’objectif affiché de promouvoir le destin commun.

Le Rassemblement UMP poursuit là dans l’erreur déjà commise avec les drapeaux ou avec les squats : juxtaposer nos emblèmes, nos logements et nos médias, c’est exactement le contraire de ce à quoi nous oblige l’accord de Nouméa, c’est-à-dire vivre ensemble en harmonie, partager nos projets, favoriser ce qui nous rassemble et, ainsi, construire notre destin commun.

Et, comme l’ont été le drapeau, les alliances contre nature ou la régularisation des squats, ces décisions majeures sont prises dans le dos des Calédoniens, en catimini et sans concertation. Qui sait, par exemple, que Gaël Yanno a fait modifier la loi pour permettre l’arrivée en Nouvelle-Calédonie de la Française des Jeux ?

On peut passer sous silence des politiques mineures, mais certainement pas un projet de télévision politique, appelé à engloutir chaque année une subvention de fonctionnement d’un montant équivalent au budget consacré en 2010 à l’aide au logement ou aux allocations familiales de solidarité.

Ce qui est plus que jamais en jeu avec ce projet de télévision de propagande financée sur fonds publics, c’est le droit à la liberté d’opinion d’information et d’expression dans notre pays.

C’est rajouter au cadenassage politique le cadenassage médiatique.

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