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INTERVIEW DE PHILIPPE GOMES DANS LES NOUVELLES CALEDONIENNES

« Les législatives seront un référendum »

« Nous comptons faire de ces élections législatives un référendum pour ou contre la politique qui est mené par la coalition. »

Quel regard portez-vous sur l’évolution politique calédonienne depuis que vous avez été évincé de la présidence du gouvernement ?

Philippe Gomès. L’accord de Nouméa est foulé aux pieds et nié dans sa lettre comme dans son esprit. Pour la première fois, des secteurs sont imposés à des membres du gouvernement. Calédonie Ensemble, deuxième force politique du pays, a été purgée de 150 commissions, comités et conseils d’administration. Pour la première fois, la déclaration de politique « très générale » du gouvernement est celle, non de l’ensemble du gouvernement, mais d’une coalition qui s’est constituée dans le dos des électeurs.

J’effectue de nombreuses tournées dans les quartiers, dans les villages et les tribus, et je perçois que nombre de ceux qui avaient fait confiance au Rump ou à l’Avenir Ensemble se sentent, aujourd’hui, humiliés et trahis.

J’observe enfin que toutes les actions du gouvernement Martin ont un point commun : concertation inexistante et passage en force. Dans un pays où il faut discuter et rechercher des équilibres, cette méthode fragilise notre société.

Que pensez-vous du fait qu’Harold Martin affirme s’inscrire dans la continuité de votre politique exposée en août 2009 ?

J’ai envie de dire, tout ça pour ça ! Le renversement de mon gouvernement, la pagaille institutionnelle, le retard dans les réformes, pour dire, neuf mois après, qu’on va poursuivre la politique du gouvernement Gomès ? La montagne politique de la coalition a accouché d’une  souris de la pensée.

Ça prouve aussi le vide du corpus politique, économique et social d’une attelage, qui n’est, au fond, qu’un regroupement d’intérêts et d’ambitions.

Il y a eu les démissions à répétition du gouvernement pour espérer aboutir à une dissolution du congrès et à de nouvelles élections ; il y a eu le recours gagné contre l’élection de Roch Wamytan à la présidence du congrès ; il y a la guérilla du contreseing des membres trois membres Calédonie ensemble du gouvernement, le boycott du discours d’Harold Martin. Est-ce que vous n’en faites pas un peu trop ?

On n’en fait jamais trop quand il s’agit de respecter les engagements pris envers les électeurs. C’est parce que nous sommes favorables à des signes identitaires conformes à l’Accord de Nouméa, que nous nous sommes opposés à ce que le drapeau FLNKS devienne le drapeau du pays. C’est parce qu’il fallait redonner la parole au peuple que nous avons mené des démissions successives. C’est parce que nous voulions faire respecter le consensus et la collégialité inhérents à l’Accord de Nouméa, que nous n’avons pas accepté des secteurs de compétence soit anecdotiques, comme la météo, soit qu’on ne peut assumer, comme la fonction publique, l’ensemble des employeurs dépendant de la coalition. Le tribunal administratif nous a donné tort sur la question des contreseings. Nous ferons appel et nous irons s’il le faut jusqu’au Conseil d’Etat. S’il prend la même position, ça signifiera la chute d’un pan entier du principe de collégialité et la victoire de la logique d’exclusion mise en œuvre par la coalition.

J’observe au passage que la coalition qui se réclame de l’accord de Nouméa pourrait bien en devenir le fossoyeur.

Mais vous et votre parti êtes de plus en plus isolé. N’ y a-t-il pas aussi des discordances en interne.

Il n’y a pas de discordance au sein de Calédonie Ensemble. Toutes les décisions sont débattues et prises en commun. Nous préférons être debouts, respectueux des engagements pris envers les Calédoniens, que couchés, après avoir vendu nos convictions en échange de quelques prébendes.

Quelle sera la stratégie de votre mouvement en 2012, et spécialement en vue des élections législatives ?

Nous avons essayé de rendre la parole au peuple en 2011, en démissionnant à 3 reprises du gouvernement. Ça n’a hélas pas été possible.Mais le peuple pourra s’exprimer en juin 2012. Le véritable enjeu des prochaines législatives ne sera pas simplement d’élire deux députés. Ce sera un référendum pour ou contre la politique engagée par la coalition. Les Calédoniens auront à s’exprimer sur ce qui a été fait depuis 18 mois : le drapeau, Wamytan président du congrès, le Parti Travailliste au gouvernement, etc. Soit ils valideront cette politique, soit ils la censureront.

S’ils la valident, ça donnera une légitimité au Rump, à l’UC et au PT pour continuer à écrire l’avenir du pays, c’est-à-dire l’indépendance-association. En réalité l’indépendance, avec l’association en guise de feuille de vigne.

Mais si les Calédoniens disent stop, Calédonie Ensemble constituera l’alternative pour un autre destin qui est celui d’une Nouvelle-Calédonie pleinement émancipée, affirmant son identité particulière au sein de la République. Mais nous ne voulons ni d’indépendance association ni d’Etat associé : ce n’est pas l’engagement que nous avons pris auprès des Calédoniens en 2009.

Vous risquez d’avoir en face de vous des formes d’alliances plus ou moins déclarées ? Pourrait-il y en avoir de votre côté, en cas de second tour, notamment avec le Palika ?

Il est évident qu’en face il y aura des alliances. Elles existent déjà. Les candidats du Rump attendent le retour de coutume : après avoir donné le drapeau, la présidence du congrès et le reste, ils espèrent que l’UC et le PT s’en souviendront au 2ème tour des élections législatives… Quant à nous, nous avons toujours été favorables à un dialogue constructif avec les indépendantistes, même quand ce n’était pas à la mode, et non à des alliances de circonstance.

Serez-vous candidat vous-même compte tenu d’un calendrier judiciaire qui ne vous est pas favorable ?

Deux juges d’instructions ont refusé, en leur intime conviction, de me mettre en examen. Le parquet s’est acharné mais, je ne vois pas pourquoi le tribunal, lors de l’audience prévue en mars, déciderait autrement que ne l’ont fait ces deux magistrats indépendants, qui ont instruit mon dossier pendant plusieurs centaines d’heures ces 5 dernières années. Donc nous ne tiendrons pas compte du calendrier judiciaire dans le processus de désignation de nos candidats. Cela dit, il y a dans notre mouvement plusieurs personnes d’expérience et de talent qui peuvent défendre nos valeurs. Nous choisirons les mieux placés au meilleur moment, car notre objectif est de faire barrage à la coalition et à ses dérives.

Quand seront désignés vos candidats ?

Fin mars ou début avril. Mais nous sommes déjà sur le terrain, à faire campagne. De la mobilisation des Calédoniens aux élections législatives dépendra, pour une large part, notre succès.

Quelle sera la démarche de votre parti s’il emporte l’une des deux circonscriptions, ou les deux ?

Ce sera un fait politique qui s’imposera à la fois aux membres de la coalition et à l’Etat. Les Calédoniens adresseront un message de défiance, un coup d’arrêt, à ce qui a été mis en œuvre depuis 18 mois. Ils auront signifié qu’ils ne veulent pas de la solution d’indépendance association qui est en train de s’écrire. Ça obligera les uns et les autres à prendre en considération la voix du peuple. Il en résultera des conséquences dans chacun des grands partis de la coalition. Une autre histoire s’écrira alors.

Inversement, en cas de défaite, comment vous positionnerez-vous ? Comment se prépareront les provinciales de 2014 ?

Si les Calédoniens votent massivement pour les candidats de la coalition, ça voudra dire qu’ils valident la démarche entreprise de construire l’indépendance association du pays. A partir de ce moment là, Calédonie Ensemble restera à sa place. Nous resterons une force de proposition. Mais il faut aussi se méfier des victoires en trompe-l’oeil. Grâce au concours de Charly Pidjot et de LKU, le Rump peut, au deuxième tour des élections législatives, éventuellement sauver ses sièges tout en perdant massivement ses propres électeurs. Et nous pouvons ne pas l’emporter, tout en élargissant notre assise électorale. Ce sera alors de très bon augure pour les provinciales de 2014, où le scrutin se jouera sur un seul tour et à la proportionnelle. Là, chacun défendra ses positions. Il n’y aura pas de retour de coutume possible. Il n’est pas exclu que le Rump sauve sa mise en 2012 pour ne se retrouver qu’ avec un groupe d’élus réduit au congrès en 2014. Dans ce cas, si les Calédoniens nous ont fait confiance, nous serons présents pour mettre en œuvre une solution alternative.

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