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INTERVIEW DE PHILIPPE GOMES DANS « C’EST A DIRE » – RNC – 17 FEV 2012

SUR RNC 17 FEV 2012

Calédonie Ensemble force de propositions au sein des institutions.

Journaliste : Philippe Gomès, bonjour !

Philippe Gomès : Bonjour ! 

Journaliste : Vous êtes le leader de Calédonie ensemble, aujourd’hui dans l’opposition, après avoir perdu votre fauteuil de président du gouvernement, il y a tout juste un an. Vous êtes membre du gouvernement en charge des transferts de compétences du droit civil, du droit commercial et des règles de l’état civil, mais aussi de la sécurité civile, de la circulation aérienne et maritime. Des secteurs qui ne vous conviennent pas. Vous avez d’ailleurs, comme les deux autres élus Calédonie ensemble, Philippe Dunoyer et Hélène Iekawé, engagé plusieurs recours, en majorité sans succès, auprès du tribunal administratif. Vous êtes dans la contestation sur la plupart des actions du gouvernement. Ces derniers mois, on vous a peu entendu, ce qui ne vous ressemble pas car vous avez, autant à la tête de la province Sud qu’au gouvernement, occupé souvent la scène médiatique. Êtes-vous dans la contestation politicienne ou dans l’opposition politique ?

Philippe Gomès : Ni l’un, ni l’autre. Calédonie ensemble est une force de proposition depuis l’origine, c’est ce qui a fait notre différence, et je crois que c’est ce qui a fait que nous avons été entendus par les Calédoniens lors des élections provinciale de 2009. Donc, lorsque nous nous opposons, par exemple, à la TGA qui est appelée, avec beaucoup d’humour, par certains Calédoniens, à juste titre, me semble-t-il, la « très grosse arnaque », c’est parce que, au moment où la majeure partie des familles calédoniennes ont des difficultés à boucler les fins de mois, on va générer une inflation significative sur l’ensemble des produits calédoniens concernés par cette taxe, et notamment sur les produits de première nécessité. Il est donc nécessaire, pour Calédonie ensemble, qui a toujours fait du combat pour le pouvoir d’achat des Calédoniens, et notamment des classes moyennes, l’un des axes de sa politique, il est donc nécessaire pour Calédonie ensemble de s’y opposer.

Journaliste : Vous avez d’ailleurs demandé une seconde lecture du texte.

Philippe Gomès : Tout à fait, qui devra avoir lieu le 9 mars, et on se désole qu’elle est d’ores et déjà inscrite au Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Je rappelle que l’intersyndicale s’est opposée au texte qui a été voté par le Congrès, ces dernières semaines. Je rappelle également que l’ensemble des forces économiques, à l’exception du Medef, mais la CGPME, la FINC, le syndicat des commerçants, le SDBTP, les artisans et les professions médicales se sont également opposés à ce texte. Pour quelle raison ? Parce qu’il n’y a eu aucune concertation. Comment vous pouvez imposer un nouvel impôt contre la volonté de celles et ceux, les entreprises, qui sont chargées de le collecter ? C’est ce que le gouvernement et le Congrès essayent de faire aujourd’hui. Comment vous pouvez imposer un nouvel impôt, alors que l’intersyndicale a fait du combat contre la vie chère sa priorité absolue ? Comment vous pouvez accepter qu’on vote un nouvel impôt indirect, alors qu’il n’y a pas plus injuste que ce type de fiscalité, pourquoi ?

Journaliste : C’est un de vos arguments…

Philippe Gomès : Sur le paquet de Sao, Madame, sur le paquet de Sao, vous qui gagnez ce que vous gagnez, vous allez payer la même taxe que moi et que celui qui gagne 100 mille francs CFP. Est-ce que ça vous paraît juste ? Il y a pas plus injuste dans un pays que la fiscalité indirecte. C’est la fiscalité directe, c’est-à-dire la fiscalité qui est proportionnelle au revenu qui, elle, peut véritablement apporter plus de justice fiscale. Donc, bien évidemment, Calédonie ensemble, on n’est pas dans la contestation. On est dans la proposition qui est celle de nos origines, qui est celle de la campagne de 2009 : oui, à une Nouvelle-Calédonie émancipée, mais dans le cadre d’une justice sociale et d’une justice fiscale qui permette à tous les Calédoniens et notamment à ceux qui sont défavorisés ou issus des classes moyennes de vivre mieux dans leur pays.

Journaliste : Et qu’est-ce que vous attendez de l’assemblée le 9 mars ?

Philippe Gomès : Ce qu’on aurait souhaité, c’est que Rock Wamytan, le président du Congrès, n’inscrive pas cette loi en deuxième lecture tout de suite, qu’il se comporte en président du Congrès et non pas comme membre de la coalition, pour donner le temps nécessaire aux partenaires sociaux et aux forces vives économiques de travailler en liaison avec les services du gouvernement de façon à amender ce texte. Je vous donne un exemple d’amendement qui serait indispensable : aujourd’hui, il y a un seul taux de TGA qui est prévu qui est de 6 %, c’est-à-dire que sur un produit de première nécessité comme sur un bijou, le taux sera le même. Ça vous paraît normal qu’il y ait qu’un seul taux, quel que soit le produit concerné ? Donc, bien évidemment, on pourrait mettre, c’était la demande de l’intersyndicale, des taux différenciés entre les produits de luxe et les produits de première nécessité. Voilà un amendement qui pourrait tout à fait passer, dès lors que la concertation sera engagée. Sauf que cette concertation, elle n’existe pas, et on ne peut que le regretter. Une nouvelle fois, ce sera la massue fiscale qui s’abattra sur le portefeuille des Calédoniens, et je crois que c’est vraiment pas le moment.

Journaliste : Votre avis sur l’action du gouvernement dont vous faites partie, maintenant plus comme président, mais l’action du gouvernement dans la lutte contre la vie chère :

Philippe Gomès : On va prendre trois exemples. Je viens de parler de la massue fiscale de la TGA qui va venir prendre dans le portefeuille des Calédoniens, qui est déjà pas très épais. On peut parler de l’augmentation des cotisations au Ruamm qui vient d’intervenir aussi bien pour les salariés que pour les travailleurs indépendants qui, là aussi, va diminuer le pouvoir d’achat des Calédoniens, et puis enfin, dernière chose : je lisais un article, ce matin, sur le bâtiment. Or, le gouvernement vient de décider d’augmenter la TCA, la taxe communale d’aménagement, qui s’applique sur tous les permis de construire. Lorsque vous déposez une demande de permis de construire, désormais, vous devez payer cette taxe qui s’applique sur la base d’un barème. Ils viennent d’augmenter la TCA de 5 %, comme si le secteur du bâtiment n’était pas déjà à moitié mort, en plus, ils sont en train de le finir en prenant des mesures de cette ampleur. Ce que je veux dire, c’est que la lutte contre la vie chère, on peut faire le bilan du gouvernement actuel, c’est-à-dire de la coalition en réalité, puisque c’est la coalition au pouvoir qui, aujourd’hui, décide de tout, et qui impose sa volonté, aussi bien à Calédonie ensemble qu’aux autres minorités indépendantistes ou non-indépendantistes qui n’en font pas partie, on peut dire qu’au contraire, elle aura aggravé, en très peu de temps les choses. Je vais donner un exemple dans le secteur du bâtiment, puisque c’est le sujet du jour, on aura, en 2012, 1000 à 2000 licenciements dans ce secteur-là. On a déjà 300 contrats à durée déterminée qui n’ont pas été renouvelés auprès des grands groupes, on va s’engager dans des phénomènes de chômage partiel massifs, faute de travaux, et bien évidemment, c’est un secteur important dans notre pays, puisque il emploie une main d’œuvre nombreuse, et c’est souvent une main d’œuvre peu qualifiée, ou qualifiée…, qui s’est faite sur le terrain. Et pourquoi on en est là en ce qui concerne le secteur du bâtiment ? C’est pour deux raisons essentielles, et permettez-moi de les développer. La première raison, c’est l’arrêt des programmes de construction de logements sociaux. On construisait 1000 logements sociaux par an, 1000 logements, en moyenne à 20 millions le logement, ça fait 20 milliards de travaux. Aujourd’hui, vous savez le nombre de logements sociaux qui sera construit en 2012 par la province Sud ? 127 ! Donc, de 20 milliards de travaux, on va passer à 3 milliards de travaux. Et deuxième élément, la défiscalisation qui a cessé de s’appliquer telle qu’elle a pu le faire à une certaine époque, et bien évidemment, tous les logements intermédiaires qui ne sont, aujourd’hui, plus construits de ce fait. Donc, voilà pourquoi le secteur du bâtiment va mal. Il y a un dicton populaire, et il faut souvent se référer aux dictons populaires, parce qu’ils sont frappés au coin du bon sens : quand le bâtiment va, tout va. Je peux vous dire qu’aujourd’hui, tout va très mal aller en ce qui concerne notre économie. C’est pas le seul point. Il y aurait beaucoup d’autres choses à développer.

Journaliste : Nous avons une question au standard :

Intervenant : Bonjour, Monsieur Philippe Gomès.

Philippe Gomès : Bonjour, Monsieur.

Intervenant : Tous les groupes politiques parlent de la vie chère, et j’ai entendu récemment, sur les antennes, qu’on va faire venir de métropole, des personnalités pour essayer de comprendre pourquoi la vie chère en Nouvelle-Calédonie. Je pense que ce serait sympathique de leur dire que c’est pas la peine de venir, qu’elles regardent juste les marges des produits quand ils arrivent et quand ils sont revendus, quoi. Je pense qu’au fur et à mesure que les politiques veulent nous faire comprendre quelque chose, je crois que c’est tout le contraire que les gens du peuple comprennent. Il y a une distance entre les politiques et les gens qui devient…, c’est même plus un fossé, c’est incompréhensible.

Journaliste : Monsieur, votre question :

Intervenant : Est-ce qu’il est vrai qu’il va y avoir un groupe qui va se réunir de métropole pour venir pour constater que la vie est chère ?

Philippe Gomès : Le monsieur qui est intervenu a tout à fait raison. Je rappelle que selon les statistiques qui ont été rendues publiques, il y a quelques mois, par UFC Que choisir, le coût de la vie en Nouvelle-Calédonie est, en moyenne, deux fois supérieure à celui de la métropole. Ce coût, il est dû à un certain nombre de raisons. Bien évidemment l’éloignement, le fait qu’on soit une île, le fait que deux tiers de nos approvisionnements viennent de métropole, mais il est dû aussi à une autre raison, c’est que nous sommes un micro marché, et que, hélas, sur ce micro marché calédonien de 250 mille habitants, les situations de monopole ou de duopole, comme le dit monsieur, contribuent à la création de marges beaucoup plus importantes qu’elles ne le sont dans les départements d’outre-mer ou en France métropolitaine.

Journaliste : Et vous, quand vous étiez président, qu’est-ce que vous avez fait contre la vie chère ?

Philippe Gomès : On s’est battus comme des malades, avec beaucoup de difficultés pour arriver à mettre en place ce qu’on appelle la loi anti trust. La meilleure manière de lutter contre la vie chère dans un petit pays comme le nôtre, c’est d’empêcher la création de situations de monopole ou de duopole. Parce que, bien évidemment, tout le monde le comprend, lorsque vous êtes tout seul sur un marché à vendre un produit, vous avez, mécaniquement, tendance à prévoir une marge plus importante que si vous étiez en concurrence avec d’autres, où dès lors vous devriez baisser vos marges de façon à pouvoir vendre vos produits. Nous avions un projet à Calédonie ensemble, que nous avons développé pendant la campagne électorale de 2009, qui était de dire qu’il faut adopter une loi anti trust en Nouvelle-Calédonie. Dans un certain nombre de secteurs d’activité, aucune entreprise ne doit détenir plus de 30 % des parts de marché. On pense notamment à la grande distribution où, aujourd’hui, on est dans une situation duopolistique, et peut-être demain, dans une situation où un seul grand groupe contrôlera toutes les enseignes, on pense bien sûr à ce qui relève des compagnies d’assurance, des concessions automobiles et des banques. Dès lors que vous mettez en œuvre une règle de cette nature, pas plus de 30 % à un seul groupe, vous avez mécaniquement au moins quatre groupes qui vont devoir se faire concurrence sur le marché, et dès lors, qui auront tendance à ne pas faire les marges telles qu’ils souhaitent les faire, mais à les réduire de façon à garder des parts de marché qui soient suffisamment significatives pour les faire vivre. Et donc, l’autorité de la concurrence qui vient, c’est à la demande de Calédonie ensemble. Nous nous sommes battus comme des diables de façon à ce que cette autorité vienne ici, pour qu’elle rende un rapport à l’instar de ce qu’elle a fait quand il y avait les événements en Guadeloupe, en Martinique, à la Réunion, pour qu’elle rende un rapport sur les structures économiques de la grande distribution et de l’importation de notre pays, qui permettra de mettre à jour ce qu’a dit monsieur, c’est-à-dire que les marges, étant donné la situation de faible concurrence dans la grande distribution, dans l’importation, que les marges sont excessives, et les marges, elles se font sur qui ? Elles se font sur le dos des Calédoniens. Une fois que ce rapport aura été rendu, vous pouvez faire confiance à Calédonie ensemble pour continuer à œuvrer pour faire des propositions concrètes, comme nous l’avons fait sur le minimum vieillesse et sur d’autres sujets, de façon à ce que demain, cette loi anti trust soit applicable en Nouvelle-Calédonie. C’est la seule véritable manière structurelle de lutter contre la vie chère. Tout le reste est, d’une manière ou d’une autre, voué à l’échec.

Journaliste : On a une question au standard

Intervenant : Bonjour, Philippe Gomès.

Philippe Gomès : Bonjour, Monsieur

Intervenant : Monsieur Gomès, je suis patenté, et je voudrais savoir, parce que vous en avez déjà parlé, qu’est-ce que vous allez faire pour les patentés, parce que le gouvernement que nous avons actuellement, pour les patentés, c’est peau de balle, c’est rien du tout. Et vous, Monsieur Gomès, vous avez l’intention de faire quelque chose pour les patentés. J’ai des copains patentés qui ont 73 ans, qui travaillent encore, Monsieur Gomès. Qu’est-ce que vous comptez faire pour nous ? Il y a 22 mille patentés sur le territoire, Monsieur Gomès. Je pense que vous pouvez récupérer beaucoup de voix avec les patentés, si vous faites quelque chose pour eux.

Philippe Gomès : Soyons clairs, il faut bien que les auditeurs comprennent que dès lors que Calédonie ensemble propose quelque chose, la coalition s’essuie les pieds sur nos propositions. Je dirais même que dès lors qu’on fait des propositions, parce que c’est nous, elles ont vocation…

Journaliste : Donc, vous êtes complètement marginalisés.

Philippe Gomès : Oui, on est complètement marginalisés. Même les secteurs de compétences dont nous disposons au gouvernement sont des secteurs qui nous ont été imposés, on n’a même pas pu choisir le secteur d’animation et de contrôle de l’activité qu’on voulait. Pour répondre à monsieur : en ce qui concerne le secteur des patentés : oui, Monsieur, je sais, pour avoir été maire de La Foa pendant 20 ans, pour avoir mis mes mains dans la glaise du pays, là où les situations sont parfois extrêmement modestes en termes de revenus, oui, je sais qu’il y a encore beaucoup, dans notre pays, de petits pêcheurs, petits agriculteurs, petits commerçants, petits artisans qui doivent continuer à travailler à 60 ans ou à 70 ans et plus, faute d’avoir pu cotiser à une caisse de retraite qui existait pas à l’époque. C’est pour ça que nous nous battons en ce qui concerne le minimum vieillesse, pour qu’il concerne non seulement les salariés qui ont cotisé à la Cafat, mais également celles et ceux dont je viens de parler, travailleurs indépendants, patentés, qui n’ont pas cotisé, et qui, eux, se retrouvent uniquement avec 85 mille francs CFP par mois, alors que si le minimum vieillesse applicable aux salariés, qu’on appelle le minimum retraite leur était également étendu, ils pourraient gagner jusqu’à 120 ou 140 mille francs CFP par mois. Ça, c’est quelque chose d’important, parce qu’on doit valoriser le travail. Mais que ce soit un travail salarié ou non salarié, on doit avoir le même comportement en ce qui concerne la solidarité qui s’exprime au titre de la puissance publique. Voilà pourquoi c’est un exemple que je veux donner : nous nous devons d’être solidaires avec les agriculteurs, commerçants, artisans, travailleurs indépendants de ce pays qui ont, aujourd’hui, plus de 60 ans et qui, faute d’avoir pu cotiser, ne disposent pas des moyens nécessaires pour vivre dignement. C’est une impératif, c’est une exigence pour notre pays, et c’est pour ça que Calédonie ensemble a déposé une proposition de délibération.

Intervenant : (inaudible)

Philippe Gomès : Alors, deuxième chose…, monsieur vient d’intervenir, donc, on peut en dire un mot. Oui, c’est ce que je disais tout à l’heure, je donnais trois exemples sur les coups de massues fiscaux qui s’abattent sur les Calédoniens. Et il s’est abattu sur les salariés avec l’augmentation des cotisations au Ruamm, mais il s’est abattu également sur les travailleurs indépendants qui viennent, depuis le 1erjanvier 2012, de subir une augmentation très significative de leurs cotisations au Ruamm. Or, quand on sait que la conjoncture économique est difficile pour beaucoup d’entre eux, on se dit bien que c’était pas le bon moment pour aller prendre, en ce qui concerne leurs cotisations, un peu plus que ce qu’on prenait déjà. Là aussi, le plan de maîtrise des dépenses de santé, vous l’avez vu dans la presse, il y a eu beaucoup d’interventions, il a été négocié avec personne, il a pas été discuté avec les professionnels, ni de santé, ni l’ensemble des artisans concernés. Le témoignage de monsieur est éloquent là-dessus, et je crois qu’on aurait pu, là aussi, au lieu d’aller à la facilité, c’est-à-dire taxer encore plus celles et ceux qui travaillent, envisager d’autres solutions plus novatrices, plus concertées, pour faire en sorte qu’on ait un régime d’assurance santé qui permette à la fois de couvrir correctement les Calédoniens, mais en même temps qui préserve leur pouvoir d’achat.

Journaliste : Monsieur Gomès, j’aimerais qu’on parle aussi de l’avenir…

Philippe Gomès : Ah, ben, écoutez, je suis à votre disposition !

Journaliste : …et les élections qui arrivent, les législatives. Une question sur le répondeur :

Intervenant : Bonjour. J’habite Nouméa, je suis vraiment très heureux d’entendre de nouveau monsieur Gomès. Ma question : aux législatives, j’espère qu’on aura des candidats Calédonie ensemble. Vous avez été, Monsieur Gomès, personnellement exclu, méprisé par l’UMP de Copé qui a donné ses investitures à Gay et Yanno pour les législatives. J’aimerais savoir le positionnement de Calédonie ensemble et de ses candidats, par rapport aux partis présents à l’Assemblée nationale. Est-ce que vous ne traînez pas une gamelle en restant à l’UMP et est-ce que le Modem de monsieur Bayrou ne serait pas une piste politique intéressante pour Calédonie ensemble ? Merci.

Philippe Gomès : Écoutez, c’est une question intéressante, et je remercie cet auditeur d’être intervenu sur le sujet. Comme vous l’avez souligné, je suis de longue date à l’UMP, avant au RPR, et j’ai fait les campagnes pour Jacques Chirac et pour Nicolas Sarkozy lorsqu’ils ont été, l’un et l’autre, appelés aux plus hautes fonctions à la tête de la République française. L’expérience de ces cinq dernières années nous a conduits, à Calédonie ensemble, à réfléchir. Nous sommes loin d’être tous à l’UMP, vous savez, à Calédonie ensemble, vous avez des gens qui appartiennent, ou sont de sensibilités différentes, et qui donc, se sentent plus proches de tel ou tel parti national. Mais, il y a un certain nombre, dont je fais partie avec Sonia Lagarde et d’autres qui sont proches de l’UMP. Nous considérons donc que notre mouvement politique, Calédonie ensemble, est avant tout un mouvement calédonien. Quand je dis « calédonien », ça veut dire que nous ne voulons plus dépendre d’instructions qui sont données par des mouvements nationaux, parce que nous avons constaté, hélas, au fil du temps, l’affaire du drapeau est un exemple récent…

Journaliste : Oui, on aurait bien aimé en parler, mais on est déjà à la fin de cette émission…

Philippe Gomès : Que ces instructions-là, elles conduisent parfois les partis locaux à avaler des couleuvres et que les partis nationaux leur imposent des décisions qui sont des décisions prises parfois dans l’intérêt de l’État ou dans l’intérêt du parti au plan national, mais sûrement pas dans l’intérêt des Calédoniens et dans l’intérêt général du pays. Je crois que si on veut véritablement défendre l’intérêt général du pays, en dehors de toute considération nationale, on doit ne pas être affilié, ou être un affidé d’un parti politique national. Donc, c’est le positionnement de Calédonie ensemble, en ce qui concerne l’élection présidentielle à venir, au titre du mouvement, sera celui-là : je souhaite que le conseil politique de notre mouvement se prononce dans les prochaines semaines sur le sujet. Nous laisserons la liberté de vote à tous les adhérents, tous les sympathisants, tous les électeurs de Calédonie ensemble. Certains d’entre eux voteront pour Nicolas Sarkozy, d’autres, comme l’a proposé le monsieur au téléphone, pour François Bayrou, d’autres pour Eva Joly, pour François Hollande, ou pour Marine Le Pen. Que chacun puisse librement s’exprimer au plan national. Calédonie ensemble est avant tout le parti du pays, le parti des Calédoniens, et donc, nous laissons celles et ceux qui sont chez nous le soin de choisir, au plan national, d’affirmer leur préférence.

Journaliste : Philippe Gomès, est-ce que vous êtes candidat à la députation ?

Philippe Gomès : Il y a deux circonscriptions. La première, c’est Nouméa, plus les îles Loyauté, et la seconde, c’est toute la grande terre, sauf Nouméa. Le député sortant de la première, qui a été réinvesti par l’UMP, est Gaël Yanno, et le député sortant, c’est Pierre Frogier qui est parti s’enfuir au Sénat, de façon à se mettre à l’abri des 85 mille électeurs de la deuxième circonscription qui lui ‘auraient peut-être demandé quelques comptes sur ses reniements de ces 18 derniers mois. Cela étant, Calédonie ensemble présentera, bien sûr, un candidat dans chacune des circonscriptions. Nous avons des talents, nombreux, et j’en suis fier, dans la première circonscription, des personnes aussi différentes que Frédérique de Greslan, que Philippe Dunoyer, que Sonia Lagarde, peuvent tout à fait représenter dignement notre mouvement et défendre nos convictions et nos valeurs. Dans la deuxième circonscription, vous avez des personnes comme Philippe Michel, qui est bien connu dans le monde agricole, comme Gérard Poadja qui a une autorité morale, intellectuelle et coutumière en province Nord, au titre de notre mouvement qui est exceptionnelle, des maires valeureux qui travaillent dans des communes difficiles, je pense à Corine Voisin, maire de La Foa, qui a su résister sur l’affaire du drapeau, malgré les pressions immenses. Je pense à Thierry Song, le maire de Thio. Donc, vous voyez, on a véritablement des candidats qui sont tout à fait susceptibles de défendre notre projet politique.

Journaliste : Donc, ça veut dire que vous n’avez pas arrêté, encore, de candidat ?

Philippe Gomès : Nous n’avons pas arrêté les choses. En ce qui me concerne, je suis susceptible d’être candidat. Je rappelle que j’ai exercé pendant 20 ans les fonctions de maire de La Foa, donc, une petite commune de brousse, de la deuxième circonscription, que j’ai également été président de la province Sud, j’ai œuvré à ce titre-là de manière forte sur Nouméa. Et donc, nous déciderons de ces candidats, à l’occasion, d’abord, d’un conseil politique qui fera des propositions, probablement, d’ici la fin du mois de mars, et ensuite, d’un congrès qui confirmera, je l’espère, les propositions faites par le conseil politique en ce qui concerne les candidats très probablement au mois d’avril. Donc voilà, c’est la démarche que nous avons aujourd’hui engagée. Mais vous savez, ce qui compte pour nous, permettez-moi de conclure mon propos là-dessus, ce qui compte pour nous, c’est de désigner les meilleurs candidats possibles. Il n’y a personne qui, à Calédonie ensemble, se sent investi d’une mission de droit divin pour devenir député. Par contre, nous nous sentons investis d’une mission pour défendre l’intérêt général du pays pour défendre les milliers de Calédoniens qui nous ont fait confiance en 2009 et pour apporter aussi une alternative politique à celles et ceux qui, depuis 2009, ont été déçus par les mouvements auxquels ils avaient accordé leur confiance et qui souhaitent voir aujourd’hui leur voix portée par d’autres mouvements. Donc, nous désignerons les candidats qui seront le plus susceptibles de rassembler les suffrages des Calédoniens, et nous permettre, demain, de faire entendre leur voix parce qu’ils n’ont pas pu s’exprimer, les Calédoniens, depuis deux ans, alors que des reniements majeurs, au plan politique…

Journaliste : Oui, mais il y a des échéances électorales… ?

Philippe Gomès : Vous savez, Madame, la dignité d’un homme politique, j’insiste là-dessus, c’est à l’occasion des échéances électorales, de dire ce qu’on va faire. Et nous, à Calédonie ensemble, on a une formule : « on fait ce qu’on dit et on dit ce qu’on fait ». Or, là, en l’espèce, un certain nombre de mouvements politiques, en 2009, ont dit un certain nombre de choses, et une fois élus, ont fait systématiquement le contraire. Et donc, ça s’appelle : mépriser le peuple. Nous, ce que nous souhaitons, justement, c’est prendre des engagements, et que ces engagements, on les tienne. Et donc, à l’Assemblée nationale, si les Calédoniens nous font confiance, s’ils font confiance à nos candidats, ils peuvent être sûrs qu’on ne fera pas, à l’Assemblée, le contraire de ce qu’on leur a dit pendant la campagne électorale, et j’en prends solennellement l’engagement, au nom de notre mouvement.

Journaliste : Hier, le maire de Moindou a dû, Joseph Peyronnet, hisser le drapeau FLNKS ou kanak, c’est selon. Le combat pour le drapeau commun, est-ce qu’il continue ? C’est une question d’un auditeur qui n’a pas pu être posée et qui était sur le répondeur ?

Philippe Gomès : Mais, bien sûr, parce que le combat pour un drapeau commun, il est fondamental. Le combat pour un drapeau commun, il fait partie de la philosophie politique de Calédonie ensemble. Nous, nous considérons que nous n’avons pas vocation à avoir chacun un drapeau dans notre coin. Nous considérons que nous devons mettre en œuvre l’Accord de Nouméa qui prévoit un drapeau, je le rappelle, je cite l’Accord de Nouméa, « qui affirme l’identité kanake et le futur partagé entre tous ». Or, le drapeau du FLNKS qui est respectable, en tant que drapeau d’un mouvement politique, ne peut pas incarner le futur partagé entre tous, puisque, c’est le drapeau de la revendication indépendantiste. Donc, nous sommes toujours dans notre combat qui est pour l’adoption d’un drapeau commun. Nous avons déposé sur le bureau du Congrès un vœu en ce sens qui n’a jamais été inscrit à l’ordre du jour, nous le regrettons. Nous avons demandé à ce qu’un débat ait lieu dans la population calédonienne, hélas, les engagements pris par un certain nombre, et je pense à Gaël Yanno qui, en mars de l’année dernière, s’était engagé à ce qu’un grand débat ait lieu, juste avant la marche vous savez qui a rassemblée des milliers de Calédoniens sur l’affaire du drapeau. Une fois la marche passée, le débat a été enterré, malgré les demandes réitérées de Calédonie ensemble. Mais, la différence, entre nous et les autres, c’est que ce qu’a fait Jo Peyronnet, le maire de Moindou, qui appartient à notre mouvement, c’est qu’il a soumis la question à son conseil municipal, et il a perdu par huit voix contre sept. Est-ce que le conseil municipal de Nouméa a été consulté sur l’affaire du drapeau avant qu’il ne soit hissé sur les bâtiments de la mairie ? Non ! Celui du Mont Dore non plus, celui de Dumbéa non plus, celui de Farino, de Boulouparis, de Paita non plus. Donc, l’exercice démocratique, Madame, et j’en terminerais par là, c’est qu’à Calédonie ensemble, nous le mettons en œuvre et nous le respectons. Nous avons consulté les conseillers municipaux sur l’affaire du drapeau. Lorsqu’une majorité s’est déclarée contre le drapeau, il n’a pas été hissé, lorsqu’une majorité s’est déclarée pour le drapeau, il l’a été, c’est le cas aujourd’hui à Moindou. Mais, oui, ça reste un combat fondamental pour nous, parce que c’est un combat pour l’avenir du pays. Le destin commun, c’est pas qu’un rite incantatoire, le destin commun, c’est également accepter de partager avec les autres et de ne pas avoir quelque chose qui nous soit imposé, or, ce drapeau-là, nous a été imposé.

Journaliste : Merci Philippe Gomès.

Philippe Gomès : Merci à vous, merci de votre invitation.

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