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ROCH WAMYTAN CAUTIONNE LA DICTATURE FIDJIENNE

Communiqué de presse du 7 mars 2012

La politique menée par la coalition en matière de relations internationales porte une atteinte grave aux intérêts et à l’image de la Nouvelle-Calédonie et de la France dans le Pacifique

Dans un communiqué de presse récent, le congrès de la Nouvelle-Calédonie a précisé les différentes étapes de la mission de coopération interparlementaire régionale effectuée au Vanuatu et à Fidji par M. Roch WAMYTAN, président du congrès.

A Fidji, M. WAMYTAN a été reçu par M. Josaia Voreqe BAINIMARAMA, le Premier ministre, avec qui, selon le communiqué du congrès, « il a évoqué la situation politique de Fidji ainsi que le processus de consultation prévu pour la mise en place de la nouvelle Constitution ». En outre, « le Premier ministre a (…) insisté sur sa volonté de supprimer la corruption qui gangrène son pays ainsi que (…) de construire une véritable citoyenneté Fidjienne “ One country, One people ” ».

Quant à M. WAMYTAN, il s’est déclaré confiant que la feuille de route annoncée pour un retour à la démocratie au cours du dernier trimestre 2014 serait respectée : « Moi, j’ai le sentiment que Fidji est véritablement sur le chemin du retour vers une démocratie parlementaire (…) Je suis tout à fait confiant que les autorités fidjiennes vont respecter ce (calendrier de retour à la démocratie) ».

Par ailleurs, toujours selon le communiqué, le président du congrès a pu avoir un entretien avec M. Aiyaz Sayed KHAIYUM, le Procureur général, et comprendre « la démarche du gouvernement Fidjien quant à la mise en place d’une nouvelle Constitution et des nouvelles lois permettant de bâtir un nouvel Etat Fidjien ».

Le gouvernement fidjien, en réponse à cette visite, s’est déclaré, par la voix de son chef de la diplomatie, M. Ratu Inoke KUBUABOLA, disposé à « approfondir les relations cordiales avec des pays comme la Nouvelle-Calédonie, dont les évolutions politiques sont similaires à celles de Fidji ».

Par son déplacement à Fidji, M. WAMYTAN a apporté, en tant que président de la première assemblée du pays, son soutien à M. BAINIMARAMA, dont le régime a été unanimement condamné de part le monde.

Par ses déclarations, M. WAMYTAN a été le VRP docile de la propagande  Fidjienne : « Nouvelle Constitution », « véritable citoyenneté », « Lutte contre la corruption », « nouvel Etat Fidjien », etc.

La caution que Roch WAMYTAN a tenu à apporter à la dictature militaire de M. BAINIMARAMA constitue une rupture par rapport à la politique menée envers le régime fidjien par la France, l’Union européenne, le Forum des Iles du Pacifique (FIP) et les principaux partenaires de la Nouvelle-Calédonie dans la région (Australie et Nouvelle-Zélande) ainsi qu’une atteinte aux principes posés par l’Accord de Nouméa en matière de coopération régionale.

  1. 1.    Une rupture par rapport à la politique menée envers le régime fidjien par la communauté internationale.

Le coup d’Etat de décembre 2006 du Commodore BAINIMARAMA, Chef d’état-major des forces armées, a été unanimement condamnéepar la communauté internationale, aussi bien par le secrétariat général des Nations-Unis, le Conseil de l’Union européenne et le Commonwealth que par le Forum des Iles du Pacifique.

Sur la base de l’article 96 de l’Accord de Cotonou conclu avec les pays ACP, l’Union européenne a même décidé, en octobre 2007, de subordonner le versement des fonds de développement au respect des engagements pris en faveur du rétablissement de la démocratie.Depuis quatre ans, l’Union européenne ne verse donc plus aucune aide au gouvernement fidjien.

Le durcissement du régime, en avril 2009, à la suite de l’abrogation de la Constitution et de l’annonce du report des élections en 2014, a suscité de nouvelles condamnations de la communauté internationale, en particulier la suspension de Fidji du Forum des Iles du Pacifique.

L’Australie a d’ailleurs adopté des sanctions à l’égard du régime Fidjien, en refusant les visas de ses ressortissants et de leurs proches.

La dictature a alors soumis à rude épreuve le peuple fidjien, qui a subi de nouvelles atteintes aux libertés publiques : état d’urgence (levé depuis peu, le 7 janvier 2012), censure des médias, destitution de certains magistrats et avocats, limogeage de certains haut-fonctionnaires et mainmise de l’armée dans les rouages du pouvoir.

En juillet 2010, l’ambassadrice d’Australie, Sarah ROBERTS, était expulsée au motif qu’elle serait immiscée dans les affaires intérieures. Les arrestations arbitraires d’opposants politiques ou de syndicalistes sont monnaie courante. Sous la pression du gouvernement de M. BAINIMARAMA, il a été interdit aux entreprises étrangères de détenir plus de 10% des médias Fidjiens, afin de pouvoir mieux les contrôler et exercer la censure. Le quotidien Fidji Times a ainsi été racheté par un groupe fidjien. Très récemment, Mere SAMISONI, ancienne députée dont le mandat a pris fin avec le coup d’Etat et cheffe d’entreprise de 74 ans très populaire à Fidji, a été arrêtée pour « conspiration ».

Le communiqué du congrès indique que « M. l’ambassadeur (de France) s’est félicité des relations qu’entretiennent la Nouvelle-Calédonie et Fidji ». Aucun communiqué officiel du Quai d’Orsay n’est venu accréditer cette affirmation de Roch WAMYTAN qui est contraire à toutes les positions prises antérieurement par la France sur cette question.

Au final, cette initiative personnelle de Roch WAMYTAN, qui a porté le soutien de la Nouvelle-Calédonie au seul pays de la Mélanésie dont le chef d’Etat est un putschiste, donnent de notre pays une image très dégradée sur la scène internationale, un sentiment d’incohérence, au moment même où nous exerçons de nouvelles compétences, notamment en matière de relations internationales.

  1. 2.    Des atteintes intolérables aux principes fixés par l’Accord de Nouméa et aux règles juridiques contenues dans la loi organique.

Les conditions dans lesquelles la Nouvelle-Calédonie est associée à certaines compétences de l’Etat, en particulier en matière de relations extérieures, sont fixées très précisément par les dispositions des articles 28 à 33 de la loi organique (cf. ANNEXE 1)

Pour justifier sa mission au Vanuatu et à Fidji, le président du congrès s’appuie sur l’accord de partenariat entre le congrès et le Parlement du Vanuatu qui a été conclu récemment, le 12 décembre 2011.

Mais, aucun accord de ce type n’a été conclu entre le congrès et le Parlement de Fidji, puisque celui-ci n’existe plus, depuis le coup d’Etat militaire… Du reste, le communiqué du congrès ne fait aucune mention d’une visite au Parlement de Fidji… En réalité, ni le congrès de la Nouvelle-Calédonie, ni le bureau, ni même la conférence des présidents n’ont été informés de l’initiative de M. WAMYTAN.

L’Accord de Nouméa rappelle que : « les relations internationales sont de la compétence de l’Etat ». Et la loi organique précise que l’action de la Nouvelle-Calédonie en matière de relations extérieures et de coopération régionale ne peut s’effectuer que « dans le cadre du respect des engagements internationaux de la France ».

En l’espèce, M. WAMYTAN a engagé sa démarche à l’égard de la dictature militaire fidjienne en totale contradiction avec les engagements internationaux de la France, en opposition complète aux condamnations de la communauté internationale et sans aucun respect à l’égard de la position du FIP et de nos grands voisins (Australie et la Nouvelle-Zélande).

Au moment où la liberté s’écrit avec le sang dans de nombreux pays de la planète, au moment où de nombreux peuples soulèvent le joug de pouvoirs oppresseurs, voir notre pays se coucher devant un dictateur de la région nous interpelle sur l’image que nous donnons de nous-même à la communauté internationale, alors que nous faisons nos premiers pas en matière de relations extérieures, et sur le modèle de société que nous entendons construire dans notre pays.

  1. 3.    Ces atteintes ont été réitérées lors de la signature d’une convention d’assistance avec le Groupe Mélanésien du Fer de Lance (GMFL)

Selon le communiqué du congrès, lorsqu’il était au Vanuatu, « le président (du congrès) s’est ensuite rendu au secrétariat du GMFL et, au cours de cette visite, il a  signé avec le directeur général du groupe, M. Peter FORAU, une convention d’assistance. Cette assistance vise particulièrement les fonctions et activités suivantes : 1) un partenariat d’assistance pour la coopération régionale en Mélanésie 2) la promotion de la francophonie au sein du secrétariat 3) la traduction et l’interprétariat (assistance technique) ».

Là encore, M. WAMYTAN a signé une convention d’assistance avec le GMFL sans y avoir été habilité préalablement par le congrès, sans même avoir été autorisé à négocier une telle convention.

Cette violation des règles et des procédures fixées par la loi organique constitue une nouvelle atteinte à l’Accord de Nouméa.

  1. 4.    Ces fautes ne sont pas le fait seulement du président du congrès. C’est, en réalité, la marque de fabrique de la Coalition.

Le président du gouvernement a annoncé, ce lundi, en réunion de gouvernement, l’annulation du déplacement en Nouvelle-Zélande d’une délégation calédonienne qu’il devait conduire à l’instar de la visite officielle que j’avais effectuée en Australie, en tant que Président du gouvernement du 10 au 12 mars 2010.

C’est la troisième fois que ce déplacement, prévu à l’invitation formelle du gouvernement néo-zélandais, est annulé. La première fois, le décès brutal de Jacques LAFLEUR avait empêché le départ des autorités calédoniennes. La deuxième fois, la visite avait été repoussée à la suite du reversement du gouvernement que je présidais.

On le voit bien, ce sont des événements importants de la vie politique calédonienne qui avaient bouleversé le calendrier de ce déplacement. Cette fois, les raisons sont différentes et apparaissent très légères, compte tenu des enjeux diplomatiques en cause.

En fait, le déplacement a été annulé à la suite de la décision des parlementaires calédoniens sortants de participer au meeting électoral organisé en métropole, à Villepinte, par Nicolas SARKOZY… L’absence des parlementaires, leur participation au meeting étant jugée indispensable…,  interdit donc au gouvernement calédonien de répondre à l’invitation du gouvernement néo-zélandais.

Cette volte face constitue un manquement grave aux relations amicales et constructives que nous avons tissées de longue date avec la Nouvelle-Zélande.

Calédonie Ensemble déplore le déplacement du président du congrès à Fidji  et la décision unilatérale du président du gouvernement d’annuler, pour la troisième fois, un déplacement très attendu en Nouvelle-Zélande. Ces initiatives donnent une image très négative de la Nouvelle-Calédonie et de la France dans la région. Elles portent sérieusement atteinte aux relations que la Nouvelle-Calédonie tisse depuis plusieurs années maintenant avec ses voisins du Pacifique.

Pour consulter l’annexe 1, cliquez-ici.

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