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VISITE DU DICTATEUR FIDJIEN EN NOUVELLE-CALEDONIE

La Nouvelle-Calédonie n’est pas un paillasson sur lequel M. BAINIMARAMA peut venir s’essuyer les pieds

Dans une interview parue, ce matin, dans Les Nouvelles calédoniennes, M. TUTUGORO, en qualité de porte-parole du FLNKS pour le Fer de Lance, annonce la visite, en juillet prochain, d’une délégation du Groupe Mélanésien du Fer de Lance, menée par le Premier ministre fidjien, M. BAINIMARAMA, et chargée notamment « d’évaluer l’avancée de l’Accord de Nouméa ».

Calédonie Ensemble et le LMD condamnent fermement l’annonce de cette visite.

1. Il y a un mois, Calédonie Ensemble avait fait part de son profond désaccord, à la suite du déplacement à Fidji de M. WAMYTAN, en sa qualité de président du congrès de la Nouvelle-Calédonie, et du soutien qu’il avait apporté alors,au nom du pays, au régime fidjien.

Il avait notamment déclaré, à cette occasion : « Moi, j’ai le sentiment que Fidji est véritablement sur le chemin du retour vers une démocratie parlementaire (…) Je suis tout à fait confiant que les autorités fidjiennes vont respecter ce (calendrier de retour à la démocratie) ».

Calédonie Ensemble avait marqué sa totale désapprobation au soutien apporté par M. WAMYTAN au régime fidjien, parce que cette position était en contradiction avec celle de l’ensemble de la communauté internationale, aussi bien du secrétariat général des Nations-Unis, du Conseil de l’Union européenne et du Commonwealth que du Forum des Iles du Pacifique, qui avait unanimement condamné le coup d’Etat en 2006 et le durcissement du régime en 2009.

Surtout, nous avions condamné une nouvelle violation de l’Accord de Nouméa et de la loi statutaire, ces textes fondamentaux ne conférant aucune compétence propre au président du congrès en matière de relation internationale. Quant à la coopération interparlementaire, dont se prévaut M. WAMYTAN, elle ne saurait lui tenir lieu de justification, dans la mesure où le parlement fidjien n’existe plus depuis le putsch de M. BAINIMARAMA.

Roch WAMYTAN a tenté de se rattraper aux branches en déclarant sur RRB « J’ai tenu quand même à aller à Fidji (…) pour explorer les possibilités de coopération avec le futur parlement, même si c’est dans deux ans (…) ! ».

2. Que M. TUTUGORO se soit rendu à Fidji, il y a quelques jours, pour participer au sommet des leaders du Groupe Mélanésien du Fer de Lance ne pose aucun problème, dans la mesure où il y représentait le FLNKS.

En revanche, nous sommes totalement opposés à ce que le chef de la junte militaire au pouvoir à Fidji vienne en Nouvelle-Calédonie. Nous pensons que la Nouvelle-Calédonie, qui fait partie intégrante du territoire de la République française, n’a pas vocation à accueillir le seul dictateur de la Mélanésieà fortiori si sa visite a pour objet « d’évaluer l’avancée de l’Accord de Nouméa ».

Comment l’auteur d’un coup d’Etat militaire, unanimement condamné par la communauté internationale, pourrait évaluer l’avancée de l’Accord de Nouméa, accord politique approuvé par une majorité de Calédoniens ?

Comment celui qui a abrogé la Constitution, dissout le Parlement et concentré entre ses mains tous les pouvoirs civils et militaires, peut-il prétendre évaluer les progrès du processus politique à l’œuvre en Nouvelle-Calédonie ?

Comment celui qui a porté de multiples atteintes aux libertés les plus fondamentales et aux droits de l’homme : pour mémoire, arrestations arbitraires, interdiction des libertés syndicales, d’association, de réunion, de manifestation, censure des médias, limogeage de certains juges, avocats et fonctionnaires, etc., serait-il qualifié pour porter une appréciation sur l’état de droit qui prévaut en Nouvelle-Calédonie ?

Comment celui qui vient d’abolir le Grand conseil des chefs où siégeaient les dignitaires coutumiers, dont certains s’étaient opposés à son coup d’Etat, en le qualifiant de « vestige de l’époque coloniale », pourrait-il porter une appréciation sur le fonctionnement des institutions coutumières, au premier rang desquelles le sénat ?

3. Par ailleurs, cette visite en Nouvelle-Calédonie est totalement contraire aux positions prises sur le sujet par le Forum des Iles du Pacifique ou nos grands voisins australiens et néo-zélandais.

Ainsi, dans le communiqué du 42ème Forum des îles du Pacifique, qui s’est tenu les 7 et 8 septembre 2011 à Auckland, les dirigeants des pays membres ont tenus à rappeler « les valeurs sous-jacentes du Forum, à savoir le respect de la démocratie, de la gouvernance et de la primauté du droit » et à exprimer « leur profonde préoccupation quant à la détérioration de la situation des droits humains et de graves difficultés politiques et économiques auxquels fait face le peuple de Fidji ». En outre, ils ont réaffirmé « l’engagement clair de tous les membres du Forum pour encourager et soutenir un retour rapide de Fidji à la démocratie parlementaire, y compris leur offre si besoin, d’une assistance pratique pour relever les défis auxquels sont confrontés les Fidji ».

Les gouvernements australien et néo-zélandais se sont montrés très prudents par rapport à l’annonce faite par M. BAINIMARAMA du lancement d’un processus de consultations publiques en vue d’élaboration d’une nouvelle Constitution. Le Premier ministre néo-zélandais John KEY, a notamment rappelé, en guise de conditions à toute levée de sanctions, qu’après ces annonces, le gouvernement fidjien devait maintenant « faire la preuve de ses intentions sincères de tenir des élections démocratiques ».

Le nouveau ministre des affaires étrangères australiens, M. Bob CARR, répondant, pour sa part, à des spéculations selon lesquelles la posture adoptée par Canberra et Wellington pourrait très prochainement s’adoucir, a préféré déclarer que ce changement d’attitude de la part des deux grands voisins de la région était encore « prématuré ».

Il faut rappeler que les autorités d’Australie et de Nouvelle-Zélande ont décidé d’interdire à M. BAINIMARAMA ainsi qu’aux officiels de haut rang du régime fidjien de séjourner dans leurs territoires respectifs.

Comment un dictateur qui n’a pas le droit de fouler le territoire australien ou néo-zélandais peut-il venir en toute impunité sur le territoire de la Nouvelle-Calédonie c’est-à-dire de la France ? A fortiori, pour évaluer un processus dans lequel l’Etat est engagé.

4En conséquence, porteur d’une certaine idée de la Nouvelle-Calédonie et de la voix qu’elle doit exprimer dans le Pacifique, en général, et en Mélanésie, en particulier, nous nous opposons à la venue de M. BAINIMARAMA en Nouvelle-Calédonie.

Nous souhaitons alerter l’opinion publique sur cette importante affaire. Nous saisirons le ministre des affaires étrangères du gouvernement de la République française afin que le Commodore BAINIMARAMA ne participe pas au déplacement du Fer de Lance.

Pour reprendre l’expression de Rama YADE, utilisée à l’occasion de la visite de KHADAFI à l’Elysée, nous considérons que la Nouvelle-Calédonie n’est pas un paillasson sur lequel M. BAINIMARAMA peut venir s’essuyer les pieds.

Cette regrettable affaire donne l’occasion à Calédonie Ensemble et au LMD de rappeler leur attachement très fort au respect des libertés fondamentales, des droits de l’Homme et de la démocratie, qui est au cœur des projets politiques que nous portons pour le pays.

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