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POLITIQUE, ENJEUX ET SENS DES RESPONSABILITES

Dans une déclaration prononcée au lendemain du 1er tour des élections législatives, Pierre Frogier a reconnu l’échec électoral de sa stratégie politique et déclaré assumer la responsabilité personnelle de ce qu’il a lui-même qualifié de « dur revers » et de « sanction » pour son mouvement.

C’est bien le moins que l’on pouvait attendre de la part de celui qui a décidé, au mépris de tous ses engagements politiques, d’imposer le drapeau du FLNKS aux Calédoniens et de faire alliance avec l’UC de Charly Pidjot et le Parti Travailliste de Louis Kotra Uregei, pour préparer l’indépendance-association du pays.

Ce que l’on aurait pu espérer, en revanche, c’est que Pierre Frogier assume pleinement ses responsabilités, au lieu de se défausser sur les électeurs, sur ses adversaires et sur ses partenaires indépendantistes de la coalition : responsable, mais pas coupable !

Se défausser sur les électeurs

Le président du R-UMP explique que les Calédoniens n’ont pas compris le « projet généreux et novateur » qu’il leur a proposé, mais il maintient ce projet envers et contre tout, en qualifiant le résultat de dimanche dernier « d’accident électoral ». Il démontre ainsi son refus d’entendre le message que lui ont adressé les électeurs le 10 juin.

Car les Calédoniens ont parfaitement compris ce qu’ils devaient comprendre : les engagements pris n’ont pas été tenus ! Chaque élection est d’abord un contrat de confiance passé avec les électeurs, sur la base des engagements pris par les candidats. Et le Rassemblement a tout simplement trahi la confiance de beaucoup de ses électeurs en imposant le drapeau du FLNKS, en élisant Roch Wamytan à la présidence du Congrès et en offrant des postes clé au parti travailliste de Louis Kotra Uregei.

Se défausser sur Calédonie Ensemble

Lorsque le président du R-UMP explique que ses candidats ont été sanctionnés parce que Calédonie Ensemble aurait mené une campagne de mensonges et de désinformation, il se défausse là encore de ses responsabilités. Nous nous sommes contentés derappeler des faits avérés, connus de tous, en expliquant les raisons de notre opposition politique à ce que nous considérons comme un reniement pur et simple des engagements pris devant les calédoniens. C’est notre honneur et notre fierté de n’avoir jamais accepté l’inacceptable, en en appelant au jugement des électeurs !

Se défausser sur ses partenaires indépendantistes de la coalition 

Lorsque le président du R-UMP explique enfin que ses candidats ont été sanctionnés par les électeurs, « à cause du comportement des responsables indépendantistes » dont il était « en droit d’attendre plus de courage » pour « assumer publiquement un certain nombre de positions »  ce qui a « laissé croire aux calédoniens que le R-UMP faisait des concessions unilatérales », Pierre Frogier se livre à un formidable aveu : il reconnait publiquement ce que nous affirmons depuis des mois.

Gaël Yanno aussi, qui lors du journal télévisé d’hier soir, a fait les mêmes aveux …

Oui, le Rassemblement a fait des concessions inutiles et dangereuses à l’UC et au parti travailliste ! Oui, il discute en secret de l’indépendance association avec eux !

Au final, Pierre Frogier déclare assumer la responsabilité politique de l’échec électoral de ses candidats, mais il en rejette toute la faute sur d’autres ! Il déclare avoir compris le message des électeurs, mais affirme qu’il maintiendra sa stratégie politique quoiqu’il arrive !Bref, il est responsable, mais il n’assume rien et ne changera rien ! 

Mais où est Yanno ?

L’absence de Gaël Yanno à la conférence de presse de Pierre Frogier est en soi un évènement particulièrement remarquable. Le bateau n’a pas fini de couler que les rats quittent le navire.

Cette absence ne l’exonère en rien d’une politique que, ces deux dernières années il a cautionnée pour une seule raison : obtenir l’investiture de l’UMP afin de rester député.

La ficelle est trop grosse ! Personne ne peut croire que Gaël Yanno, membre éminent du Rassemblement, parlementaire du pays, n’avait pas la capacité à affirmer ses convictions, en s’opposant à la montée du drapeau du FLNKS, à l’alliance avec l’UC et le parti travailliste et à l’élection de Roch Wamytan à la présidence du congrès. D’autres que lui ont eu ce courage, au sein du RUMP, comme Jean Lèques, qui a refusé de hisser le drapeau du FLNKS sur la mairie de Nouméa.

On ne peut pas prétendre aller à Paris représenter les Calédoniens, afin de garantir le maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la République et, dans le même temps, s’exonérer des positions prises par le président de son mouvement sur la question du drapeau et sur les concessions faites aux indépendantistes ! On ne peut pas affirmer avoir pour seul adversaire l’indépendance et faire alliance avec les indépendantistes !

Quelle consigne de vote pour le second tour dans la deuxième circonscription ?

Dans la deuxième circonscription, le second tour oppose Philippe Gomès, candidat non-indépendantiste (Calédonie Ensemble) et Jean-Pierre Djaïwé, candidat du FLNKS.

Le premier tour d’une élection législative est celui où l’on peut exprimer une nuance. Le second tour est celui du rassemblement sur l’essentiel. 

Il appartenait donc à Pierre Frogier, en tant que président d’un mouvement qui a participé à l’histoire du pays, de prendre ses responsabilités à l’occasion de ce second tour, en appelant à voter pour le candidat non-indépendantiste. D’autant plus qu’il y a moins de trois semaines, il lançait un vibrant appel à l’union de la droite…

Au-delà de la déception liée au score du RUMP, ou de la piqûre à son orgueil, il se serait ainsi hissé au niveau des enjeux et de la responsabilité qui est la sienne.

D’autres, au niveau national, ont su le faire : Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP, a appelé clairement à voter Philippe Gomès, contre le candidat indépendantiste.

D’autres, à l’échelle de l’histoire du pays, ont su mettre de côté les états d’âme, pour prendre leurs responsabilités : c’est le cas de Philippe Gomès qui, en 2007, a appelé au second tour de l’élection, à voter pour Gaël Yanno, contre Charles Washetine.

Pire, en sous-main, Pierre Frogier et les dirigeants du Rassemblement appellent leurs militants à voter pour Jean-Pierre Djaïwé. Il appartiendra aux Calédoniens de s’en rappeler en temps opportun.

Remettre les pendules à l’heure !

Dimanche prochain, les Calédoniens auront l’occasion de remettre les pendules à l’heure et de rappeler à tous les responsables politiques que leur premier devoir est de respecter leurs électeurs. C’est un devoir civique, si nous voulons préserver le fonctionnement de notre démocratie !

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