Accueil ACTUALITÉS CALEDONIE ENSEMBLE, NIE PAR LA COALITION, MAIS LEGITIME PAR LE SUFFRAGE UNIVERSEL

CALEDONIE ENSEMBLE, NIE PAR LA COALITION, MAIS LEGITIME PAR LE SUFFRAGE UNIVERSEL

A l’issue du second tour des élections législatives, Calédonie Ensemble a largement confirmé son rang de première formation politique de Nouvelle Calédonie, en remportant les deux postes de députés à pourvoir.

Lors du 1er tour, nos candidats avaient déjà rassemblé 50% de suffrages de plus qu’en 2009, en dépit d’un taux de participation très nettement inférieur (24 000 voix au lieu de 16 000).

Lors du 2ème tour, dans la 1ère circonscription, Sonia Lagarde a recueilli 17.337 voix, soit près de 54% des suffrages exprimés. Elle est arrivée en tête dans quatre des cinq communes de la circonscription, devançant Gael Yanno de plus de 2.500 voix au total. Dans la 2nde circonscription, Philippe Gomès a obtenu 28.398 voix, soit 52,5% des suffrages exprimés et 2.750 voix d’avance sur Jean Pierre Djaiwé. C’est le plus haut score jamais obtenu par un candidat de sensibilité non indépendantiste dans cette circonscription.

Ces résultats ont été obtenus grâce à la mobilisation des électeurs de Calédonie Ensemble, renforcée par le report de voix des électeurs non indépendantistes qui ont su, pour beaucoup d’entre eux, dépasser les consignes de vote de leurs formations politiques respectives, pour se rassembler sur l’essentiel.

Qu’ils en soient tous très sincèrement remerciés.

Au terme de cette élection, le message exprimé par les électeurs est très clair :

– d’une part, nos concitoyens souhaitent, très majoritairement, que la Nouvelle Calédonie poursuive son processus d’émancipation au sein de la République Française, en respectant scrupuleusement le calendrier et les principes posés par l’Accord de Nouméa,

– d’autre part, ils entendent que les responsables politiques honorent leurs engagements dans l’exercice de leurs responsabilités,

– enfin, en mettant un terme à la représentation parlementaire exclusive du Rassemblement UMP, les calédoniens ont confirmé l’existence d’une légitimité politique distincte de celle portée par les  « signataires d’origine » des accords de Matignon et de Nouméa, légitimité issue du suffrage universel.

Ce message des électeurs rappelle chacun à ses responsabilités.

 1. Poursuivre notre processus d’émancipation, en respectant l’Accord de Nouméa :

Dimanche dernier, 70% des électeurs ont de nouveau apporté leurs suffrages à des candidats de sensibilité non indépendantiste,ce qui confirme la volonté des calédoniens d’inscrire l’avenir de notre pays au sein de la République Française. C’est le premier enseignement de ce scrutin.

En soutenant massivement les candidats de Calédonie Ensemble, en dépit des consignes de vote de certains candidats du premier tour,les électeurs de sensibilité non indépendantiste ont également sanctionné les dérives constatées, ces deux dernières années, dans la mise en œuvre des dispositions de l’Accord de Nouméa et la gestion des institutions. C’est le deuxième enseignement de ce scrutin.

Ces dérives, nous les avons dénoncées, en matière de signes identitaires du pays, de non respect des principes de collégialité et de consensus au sein du Gouvernement et d’exclusion systématique des opposants à la coalition au pouvoir dans les autres institutions (1 présidence de commission sur 11 pour Calédonie Ensemble au Congrès, purge totale des élus de Calédonie Ensemble au sein des 150 comités et conseils d’administration d’établissements publics et organismes divers de la Nouvelle Calédonie, débarquement des vice-présidences de la province Sud, etc.).

Ces comportements ont conduit au dévoiement de l’Accord de Nouméa, ce que le Palika, le LKS et d’autres formations politiques avaient dénoncé en leur temps (Cf. les déclarations sur le sujet de Charles Washetine « coalition de bric et de broc », d’Elie Poigoune « coalition pour partager des postes » et de Paul Néaoutyine « alliance contre-nature »).

Pourtant, l’Accord de Nouméa, approuvé par 72% des calédoniens et constitutionnalisé, s’impose à tous. François Fillon lui-même l’avait rappelé à tous les responsables calédoniens le 19 mai 2011 à Paris, en insistant sur la nécessité de « respecter à la lettre les principes fondateurs (…) de collégialité et de proportionnalité » pour une « mise en œuvre loyale de l’Accord de Nouméa ».

Au lendemain de ces élections législatives, qui ont renforcé la légitimité démocratique de Calédonie Ensemble, nous considérons donc que ces principes fondateurs de l’Accord de Nouméa doivent être restaurés dans les institutions :

– Au Congrès de la Nouvelle Calédonie, en respectant les dispositions applicables sur la représentation proportionnelle en ce qui concerne les présidences de commissions intérieures de l’assemblée, mais aussi en examinant les propositions de textes portées par notre mouvement, au lieu de faire obstacle à leur discussion, comme c’est le cas depuis deux ans (proposition de loi du pays sur le minimum vieillesse, proposition de délibération sur le drapeau commun…).

– Au gouvernement, en appliquant les règles de collégialité et de proportionnalité dans la définition consensuelle des secteurs de compétences dévolus à chacun des membres de l’institution et en respectant notre représentativité dans les nominations au sein des comités, conseils et organismes extérieurs.

C’est à ces conditions que nous pourrons poursuivre ensemble la mise en œuvre normale de l’Accord de Nouméa, conformément à l’expression démocratique des calédoniens.

2. Respecter les engagements pris devant ses électeurs :

Si les calédoniens ont massivement sanctionné les candidats du Rassemblement UMP lors de ces élections, ce n’est pas, comme on a pu l’entendre ici ou là, parce qu’ils sont « opposés à toute discussion avec les indépendantistes ». Ce n’est pas parce qu’ils sont « opposés à toute forme de reconnaissance de la légitimité indépendantiste, ni à tout partage de responsabilités avec eux ». Ce n’est pas non plus, parce qu’ils sont « opposés à toute recherche d’une solution consensuelle de « sortie » de l’Accord de Nouméa ».

Il y a longtemps que nous discutons avec les indépendantistes, spécialement nous à Calédonie Ensemble. Mais nous le faisons dans la transparence la plus totale et sans renier nos propres engagements.

Il y a longtemps que la légitimité de la revendication indépendantiste, comme celle du peuple Kanak, a été consacrée par les accords de Matignon, puis l’Accord de Nouméa qui a reconnu « les ombres et les lumières » de la période coloniale. Mais l’Accord de Nouméa a également affirmé la légitimité des autres populations qui ont participé à l’édification du pays à y vivre et à continuer de contribuer à son développement. C’est ce qui fonde notre citoyenneté partagée et notre volonté de bâtir ensemble un destin commun pour le pays.

Il y a longtemps que nous partageons ensemble la responsabilité de la gestion de nos institutions. Nous l’avons prouvé à la Province Sud et au Gouvernement, lorsque nous dirigions ces collectivités, en définissant ensemble les politiques publiques et les réformes sociales au bénéfice de toutes les populations défavorisées et des classes moyennes. Et s’il en fallait une seule preuve, il suffit de rappeler que Philippe GOMES est le seul Président du Gouvernement à avoir été élu à l’unanimité depuis la signature de l’Accord de Nouméa.

Il y a longtemps enfin, que nous savons nous qu’il est souhaitable de trouver ensemble une solution négociée de « sortie » de l’Accord de Nouméa, plutôt qu’une formule de référendum « guillotine », comme celle que le Rassemblement UMP préconisait jusqu’en 2009. Mais nous savons aussi que si cette solution consensuelle n’est pas trouvée, alors nous devrons passer par la case « référendum », en nous efforçant de le faire dans un climat apaisé.

Si les calédoniens ont sévèrement sanctionné certains candidats à cette élection, c’est tout simplement parce qu’ils ont trahi leurs engagements et la confiance que leurs propres électeurs avaient placée en eux.

Inversement, si les candidats de Calédonie Ensemble ont été élus, c’est précisément parce qu’ils ont respecté leurs engagements et leurs positionnements, jusqu’à perdre toutes leurs responsabilités et être totalement marginalisés dans les institutions depuis deux ans, jusqu’à être nié dans leur existence même.

Dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit a toujours été notre devise. Et nous continuerons d’appliquer ce principe, quoiqu’il nous en coûte.

C’est pourquoi nous respecterons les engagements que nous avons pris durant cette campagne. Dès le prochain comité des signataires, nous demanderons donc l’ouverture de discussions sur la recherche du drapeau commun exprimant « l’identité Kanak et le futur partagé entre tous », comme le prévoit l’Accord de Nouméa et comme le stipulaient expressément les conclusions des deux derniers comités des signataires qui invitaient les partenaires calédoniens à « effectuer, conformément au point 1.5 de l’Accord de Nouméa, un travail de recherche en commun du drapeau exprimant l’identité kanak et le futur partagé entre tous ». Nous demanderons également l’ouverture de discussions sur la réintégration dans le corps électoral des élections provinciales des 4.600 enfants du pays qui en sont aujourd’hui exclus, soit en assouplissant les modalités d’application de la loi, soit en la modifiant.

Par ailleurs, dès notre prise de fonction, nous interviendrons auprès de l’Etat sur le plafonnement des frais bancaires, la création d’un dispositif permanent de lutte contre la vie chère et le renforcement des moyens de l’Etat contre l’insécurité. Ce sont des engagements que nous avons pris durant la campagne électorale des législatives. Ce sont des sujets de préoccupations essentiels pour la majorité des calédoniens.

3. Conforter la légitimité démocratique pour garantir le respect de l’Accord de Nouméa et réussir la sortie du dispositif :

La question de l’avenir institutionnel du pays a été le principal enjeu des dernières élections législatives.

Sur ce sujet, les Calédoniens avaient à choisir entre deux projets, portés par les différents candidats : ouvrir dès maintenant les négociations sur la sortie de l’Accord de Nouméa, entre signataires du Rassemblement UMP et de l’UC, ou bien réserver cette négociation aux formations politiques qui seront élues lors des provinciales de 2014, en y associant les représentants de la société civile.

Le verdict des urnes est sans appel. La majorité des Calédoniens a choisi la seconde option, en élisant pour la première fois, depuis 26 ans, deux députés qui ne sont ni élus du Rassemblement UMP, ni signataires de l’Accord de Nouméa.

Cela signifie clairement que les signataires d’origine de l’Accord de Nouméa ne détiennent ni la légitimité exclusive de sa mise en œuvre, ni la légitimité exclusive d’en négocier la « sortie ».

L’Etat lui-même en avait déjà fait le constat en 2011, puisqu’il avait décidé, sous l’autorité de François Fillon, d’élargir la composition du comité des signataires à l’ensemble des groupes politiques représentés au Congrès, « pour tenir compte de l’évolution de la situation en Nouvelle Calédonie et de l’expression démocratique ».

Ce fait politique nous conforte dans notre détermination à faire respecter scrupuleusement toutes les dispositions de l’Accord de Nouméa, et en particulier, celles concernant le calendrier et les modalités de négociation de « sortie » du dispositif.

Dès lors, nous continuerons de participer aux échanges en cours dans le cadre du comité de pilotage sur l’avenir institutionnel du pays, afin d’examiner les différentes formules d’évolution statutaire possibles pour la Nouvelle Calédonie.

Mais nous nous opposerons fermement à toute forme de négociation de notre avenir institutionnel, avant les élections provinciales de 2014, conformément aux conclusions du Comité des signataires du 24 juin 2010 : « les signataires conviennent qu’un travail de préparation, qui n’est pas une négociation, est nécessaire et doit s’inscrire dans la durée, indépendamment de toute échéance électorale ». Ce n’est en effet qu’après cette élection que les différentes formations politiques, choisies par les Calédoniens, disposeront d’un mandat légitime de négociation. Ces négociations devront être conduites dans la transparence la plus totale, en y associant les représentants de la société civile calédonienne, sur un strict pied d’égalité entre indépendantistes et non indépendantistes.

Le projet de Calédonie Ensemble est d’aller aux frontières extrêmes de l’autonomie, ce qui nous paraît être un aboutissement possible du processus de décolonisation prévu par l’Accord de Nouméa. Notre objectif est de nous gouverner nous même, sans rompre les liens de souveraineté qui nous unissent à la République.

4. Assumer ses responsabilités et respecter la démocratie :

La démocratie s’est exprimée et chaque responsable doit respecter le verdict des urnes. Or, on assiste depuis plusieurs jours à une tentative de remise en cause du résultat des élections.

Certains forcent volontairement le trait, en affirmant que le vote des calédoniens aux législatives condamne désormais toute forme de discussion ou de partage des responsabilités avec les indépendantistes, sans autre perspective d’avenir que celle d’aller directement aux référendums « pour ou contre » l’indépendance… C’est une insulte à l’intelligence des électeurs.

D’autres nous proposent tel ou tel poste dans les institutions, suggérant que nous pourrions trouver ensemble un petit arrangement sur le dos des électeurs, pour esquiver nos responsabilités politiques. Qu’ils ne comptent pas sur nous pour accepter ce genre de marchandages. Si nous voulions des postes, il nous suffisait d’accepter certaines compromissions pour conserver ceux que nous avions déjà !

D’autres enfin, menacent à mots couverts la population de troubles à l’ordre public si les concessions qu’ils ont obtenues de la part du Rassemblement UMP venaient à être remises en cause…

Ces comportements sont totalement contraires aux principes démocratiques les plus élémentaires. C’est à ceux qui ont été sanctionnés par les urnes, qu’il appartient d’assumer leurs responsabilités. Pour notre part, nous ne céderons ni aux avances, ni au chantage.

Nous ne revendiquons rien d’autre qu’un rang et des attributions conformes à notre représentativité, pour pouvoir défendre les engagements que nous avons pris devant nos électeurs, dans le cadre du projet que nous portons pour le pays.

A cet égard, nous saluons l’attitude constructive et l’esprit de responsabilité des représentants du FLNKS qui se sont exprimés hier, avec calme et dignité, pour donner leur analyse des résultats de l’élection du 17 juin dernier, et exposer les grandes lignes de leur stratégie politique à venir.

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