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RESPECTER L’EXPRESSION DEMOCRATIQUE ET ASSUMER SES RESPONSABILITES

Depuis le second tour des élections législatives, plusieurs personnalités se livrent à des analyses politiques erronées sur le résultat de ce scrutin, en effectuant des déclarations publiques de nature à radicaliser l’opinion et provoquer des troubles. Cette attitude n’est pas conforme au sens des responsabilités que les Calédoniens attendent de leurs élus. Elle ne sert pas l’intérêt général du pays.

Ainsi, lorsqu’Harold Martin déclare, sur les ondes de RRB, le 26 juin 2012 : « on ne peut échapper à la volonté des Calédoniens », qui ont donné raison à Philippe Gomès qui « a bâti sa campagne sur le drapeau indépendantiste qu’il fallait baisser », il se livre à de la provocation pure et simple. Charly Pidjot l’a d’ailleurs relevé, lors de sa conférence de presse du 27 juin, en soulignant que ces propos ne sont « pas très sains ».

De même, lorsque Pierre Frogier déclare sur le plateau du JT de NC 1ère, le 20 juin 2012, qu’en refusant un geste qui n’était que « la suite et la conséquence » de la poignée de mains entre Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou, les Calédoniens ont fait revenir le pays « vingt-cinq ans en arrière », ce qui signifie qu’il faut cesser les discussions « dans le comité industriel, le comité du bilan et le comité sur l’avenir », puisque « les électeurs ont dit qu’ils n’en voulaient pas », il exprime son amertume et sa déception, mais ne se montre pas à la hauteur de ses responsabilités.

On peut également citer Roch Wamytan, dans Les Nouvelles Calédoniennes du 20 juin 2012, déclarant : « Si quelque chose venait à bouger sur le drapeau ou le partage des responsabilités, la radicalisation pourrait venir de chez nous. Une radicalisation de terrain. C’est un risque certain », ou encore Charly Pidjot, sur RRB, le 26 juin : « Philippe Gomès tient des propos racistes concernant le président du Congrès et le vice-président du gouvernement et veut faire descendre le drapeau. (…) Il ne veut pas d’un Kanak à la tête du Congrès et du gouvernement, pourquoi ? Parce qu’on est noirs ? Parce qu’on est indépendantistes ? »

Toutes ces déclarations témoignent d’une volonté de surenchère médiatique contre Calédonie Ensemble. Mais ces invectives, ces provocations et ces menaces, sont inacceptables. Elles sont injustifiées. Elles ne respectent pas l’expression démocratique des Calédoniens. Elles sont dangereuses pour le pays.

Sur l’accusation de racisme

Présenter la victoire électorale de Calédonie Ensemble comme celle du racisme anti Kanak est une ineptie politique, dangereuse pour l’avenir.

Nous avons toujours dialogué et partagé les responsabilités avec les indépendantistes, dans toutes les institutions que nous avons dirigées : dans nos communes, à la Province Sud, au Gouvernement. Cette politique a d’ailleurs été saluée, à diverses reprises, par les responsables indépendantistes eux mêmes, soit au travers d’opérations emblématiques comme le projet de Gouaro Déva, le « comité de pilotage » de Saint Louis, ou encore le partenariat avec les îles pour l’acquisition du Betico II, soit au travers des réformes sociales que nous avons initiées au profit des populations les plus défavorisées.

Ce dialogue permanent avec les responsables indépendantistes et les populations kanak, nous l’avons également nourri, dans la transparence et le respect, lors de toutes nos campagnes électorales, à l’occasion de débats publics et de tournées de terrain, en terres indépendantistes, pour exposer nos positions en toute clarté.

Dans ces conditions, il est inacceptable d’être accusé de racisme par ceux là même qui se laissent aller, en permanence, à des attaques de ce type à notre encontre, à l’image d’Eric Gay (« vous n’êtes pas d’ici »), de Rock Wamytan (« ce n’est pas un Philippe Gomès qui va dicter à un responsable kanak dans quel pays mélanésien il devrait aller ou pas ») ou de Louis Kotra Uregei (« Moi, les produits MESSMER, je ne les qualifie pas de Calédoniens », « je ne permets pas qu’un pied-noir insulte mon peuple »).

En conséquence, nous appelons tous les Calédoniens à ne pas céder aux provocations grossières, qui ne poursuivent qu’un but : récuser le verdict des urnes, par la menace et l’intimidation, en prenant la population en otage, pour conserver tous les leviers institutionnels et les acquis politiques obtenus du RUMP.

Sur le drapeau du FLNKS

Nous avons toujours affirmé que le drapeau du FLNKS est respectable pour ce qu’il est : le symbole d’une lutte politique, qui a forgé pour une part l’histoire de notre pays.

Mais le drapeau du FLNKS n’est pas le drapeau du pays prévu par l’Accord de Nouméa. Et ce n’est pas être raciste que de l’affirmer.

Le drapeau du FLNKS ne représente pas « l’identité Kanak et le futur partagé entre tous » prévue par l’Accord de Nouméa. Il n’a pas fait  l’objet d’une « recherche en commun ». Il n’a pas été voté par une loi du pays à la majorité des trois cinquièmes du Congrès.

Calédonie Ensemble ne réclame donc rien d’autre que l’application des dispositions de  l’Accord de Nouméa. C’est ce que les deux derniers comités des signataires ont formellement validé, sous la signature de toutes les formations politiques du pays, à commencer par celles des signataires « d’origine », partenaires de la coalition. Notre position sur ce point est d’ailleurs partagée par certaines formations politiques indépendantistes, comme le Palika ou le LKS.

Dès lors, accuser Calédonie Ensemble de vouloir « descendre » le drapeau du FLNKS n’est qu’une provocation, destinée à radicaliser l’opinion. C’est un comportement indigne de la part de ceux qui se sont engagés à respecter l’Accord de Nouméa et les conclusions du comité des signataires.

Sur le prétendu retour à une politique des blocs :

Interpréter le résultat des dernières élections législatives comme l’expression d’une volonté majoritaire de refuser toute discussion entre indépendantistes et non indépendantistes, pour se réfugier dans une politique de blocs qui ramènerait le pays 25 ans en arrière, est une insulte à l’intelligence des électeurs et un déni pur et simple de l’expression démocratique.

En approuvant l’Accord de Nouméa à 72%, les Calédoniens ont, à une très large majorité, accepté le principe même de la discussion et du partage des responsabilités entre indépendantistes et non indépendantistes, pour accompagner le processus d’émancipation du pays. La paix civile, le bon fonctionnement des institutions et résultat de toutes les élections organisées depuis 1998 l’attestent.

Mais cette approbation ne dispense personne de respecter ses engagements.

Ce que les électeurs ont sanctionné lors des dernières élections, c’est la trahison des engagements pris et la tentative de confiscation des institutions du pays et des discussions d’avenir par quelques uns, au motif qu’ils appartiendraient à la caste des signataires « d’origine ». Cette volonté de confiscation s’est d’ailleurs exprimée à l’encontre d’autres formations politiques et d’autres signataires, y compris indépendantistes.

Quelle que soit la déception ressentie après le verdict des urnes, ne pas le comprendre, ou pire, ne pas l’accepter, c’est ne pas être à la hauteur de ses responsabilités.

Dans ces conditions, prétendre que nous n’avons plus d’autre perspective que de cesser toutes les discussions au sein du comité de pilotage sur l’évolution institutionnelle du pays, pour aller directement au référendum de « sortie », revient à prôner une politique de la terre brulée, par dépit, au mépris des engagements pris devant les Calédoniens, l’Etat et les autres formations politiques.

Il faut rappeler que ce comité de pilotage a été institué par le comité des signataires de juin 2010, à la demande de ses membres, pour examiner divers exemples de statuts de très large autonomie, de souveraineté partagée, ou de souveraineté pleine et entière dans le monde. Ce comité a donc vocation à continuer d’échanger et de discuter sur divers modèles d’évolution institutionnels possibles pour le pays, mais pas à négocier quoique ce soit.

C’est exactement la position que Calédonie Ensemble a toujours tenue, en rappelant que seules, les formations politiques consacrées par le suffrage universel en 2014, disposeraient de la légitimité politique pour pouvoir mener ces négociations. Ce point de vue est totalement partagé par le Palika. Il a été affirmé, au nom du FLNKS, par Jean-Pierre Djaïwé, lors des dernières élections législatives.

Sur la poursuite du processus de l’Accord de Nouméa :

Calédonie Ensemble a toujours affirmé sa volonté de respecter le processus d’émancipation instauré par l’Accord de Nouméa, lorsque d’autres manifestaient leur opposition à cet accord, soit en se déclarant « désengagés » de leur signature (Pierre Frogier), soit en qualifiant le qualifiant de « couillonnade » (Louis Kotra Uregei).

Personne ne peut aujourd’hui nous accuser d’être opposés à la poursuite du processus, et en tout cas pas ceux qui le remettent régulièrement en cause, au gré des circonstances politiques du moment.

On rappellera sur ce point q’entre les deux tours des législatives, le candidat du Rassemblement UMP dans la première circonscription s’est, pour sa part, engagé à stopper le processus s’il était élu, en s’opposant à tout nouveau transfert de compétences et en déposant une proposition de modification constitutionnelle sur le corps électoral.

On rappellera que d’autres entendent aller au-delà des dispositions de l’Accord de Nouméa, en adoptant un code de la citoyenneté calédonienne comportant d’autres restrictions aux droits fondamentaux que celles prévues par la loi organique (droit de vote et protection de l’emploi local). Ce projet a d’ailleurs déjà commencé à prendre corps, avec le vote d’une condition de résidence de 10 ans pour pouvoir bénéficier du minimum vieillesse.

On rappellera enfin, que certains affirment : « Kanaky 2014 ! Point final ! Il n’y a rien à négocier ! »

L’Accord de Nouméa ne peut être interprété au gré des circonstances ou des intérêts particuliers. Il doit être respecté à la lettre. Pour autant, il est souhaitable de trouver une solution consensuelle de « sortie » de l’Accord, en lieu et place d’un référendum, dont le résultat est connu d’avance.

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Pour conclure, nous rappelons tous les responsables politiques aux devoirs de leur charge, au sens de la mesure et au respect de l’expression démocratique. Nous mettons solennellement en garde tous ceux qui auraient la tentation de remettre en cause le vote des Calédoniens, par le développement de discours racistes et la radicalisation des comportements. Notre pays a beaucoup souffert de ces maux par le passé et nous ne pourrons pas construire notre avenir sur ces fondements.

Quel que soit le verdict des urnes, chacun doit le respecter, à commencer par ceux qui sont en charge d’un mandat électif. C’est l’essence même de la démocratie. 

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