Accueil ACTUALITÉS « IL VIENT UN MOMENT OÙ LA QUESTION N’EST PLUS DE SAVOIR QUI TENAIT LE FOUET ET QUI RECEVAIT LES COUPS »

« IL VIENT UN MOMENT OÙ LA QUESTION N’EST PLUS DE SAVOIR QUI TENAIT LE FOUET ET QUI RECEVAIT LES COUPS »

Un îlien à l’écoute

Sur le plan politique, nous avons apprécié la qualité d’écoute de Victorin Lurel. Il a pu rencontrer, longuement, toutes les forces politiques calédoniennes, sans exception, ainsi que les représentants patronaux et syndicaux. Ces entretiens ont manifestement permis de lever bien des ambigüités et ont apporté au ministre une indispensable compréhension des enjeux du pays.

Le ministre des outre-mer est un homme de culture, qui sait replacer déclarations et évènements dans leur juste perspective. C’est aussi un îlien, un ultramarin, qui s’assume pleinement comme tel. Il connaît parfaitement, parce qu’il les vit au quotidien en Guadeloupe, les problématiques de l’injustice sociale, de la vie chère et du devenir de la jeunesse. Tout cela constitue autant d’atouts lui permettant d’apprécier la situation calédonienne, et c’est indéniablement un atout pour notre pays.

Le retour de l’Etat impartial

Nous avons noté aussi le retour de l’Etat impartial. Victorin Lurel s’est en effet engagé à être un « arbitre équidistant quand des blocages apparaissent, mais aussi (…) force d’impulsion lorsqu’il faut les dépasser » et il nous a témoigné « sa volonté de restaurer une confiance que l’approche des échéances électorales de 2014 pourrait menacer ». Nous sommes satisfaits de cette volonté de neutralité « active », car, à chaque fois que l’Etat a choisi son camp, il en a résulté des dommages pour le pays, qu’il s’agisse de l’époque Mitterrand, de l’époque Pons ou du précédent quinquennat, lorsque le RUMP a engagé l’Etat à soutenir la politique de la coalition…

La réaffirmation de cette neutralité de l’Etat était d’autant plus importante que, peu après sa prise de fonctions, Victorin Lurel avait dérapé au sujet du nom du pays. A l’occasion de sa visite, il a su remettre les choses en place en reconnaissant, sur le plateau du journal TV, que cette phrase avait été « inopportune ».

Nous resterons bien sûr vigilants sur la nécessaire permanence de cette impartialité de l’Etat,  condition sine qua non à une mise en œuvre juste et équilibrée de l’accord de Nouméa.

Le destin commun mis en perspective

Victorin Lurel a aussi adressé à tous les Calédoniens des mots très forts sur la question de la construction du destin commun. Il a en particulier eu, à l’issue de la séance solennelle du congrès, ces mots très éclairants : « Il vient un moment où la question n’est plus de savoir qui tenait le fouet et qui recevait les coups ». Cette pensée prend tout son sens alors que se multiplient les postures de victimisation, qui détournent une part de la population des vrais enjeux de l’avenir du pays. Elle a aussi une résonance particulière avec ces phrases du préambule de l’accord de Nouméa : « Le passé a été le temps de la colonisation. Le présent est le temps du partage, par le rééquilibrage. L’avenir doit être le temps de l’identité, dans un destin commun ».  L’accord, qui a pris acte « des ombres et des lumières de la période coloniale », a invité les Calédoniens à transcender le rapport colonisateur-colonisé, pour se tourner vers la construction de la communauté de destin. C’est ce que nous a rappelé avec sagesse le ministre, avec des mots qui renvoient à sa propre histoire.

Les demandes de Calédonie Ensemble prises en compte dans l’ordre du jour du comité des signataires

En ce qui concerne la préparation du prochain comité des signataires, nous sommes heureux de constater que seront abordés  de très nombreux sujets sur lesquels nous nous étions engagés (cf. notre conférence de presse du 22 novembre) :

–       les signes identitaires, y compris le drapeau. L’inscription de ce point était d’autant plus légitime que  la commission de la législation et de la réglementation générales du congrès vient, hier lundi 26 novembre, à l’unanimité, de donner un avis favorable sur notre proposition de délibération créant une commission spéciale chargée, en association avec la société civile, de « rechercher en commun » un drapeau exprimant « l’identité kanak et le futur partagé entre tous ». Cette évolution est d’autant plus importante qu’un vœu identique avait été soumis au congrès en juin 2010 et que la coalition avait décidé, lors de la séance publique du 20 août 2010, que celui-ci ne serait pas débattu ;

–       la lutte contre la vie chère, à laquelle le ministre est particulièrement attaché. Il s’agira en particulier de statuer sur la création d’une autorité locale de la concurrence dotée de pouvoirs d’enquête et de sanction (ce qui nécessite une révision de la loi organique) et de finaliser le plafonnement des frais bancaires, par un décret annoncé avant le 31 décembre ;

–       le rééquilibrage, avec notamment la construction des nouveaux lycées du Mont-Dore et de Pouembout (la question de leur financement sera réglée directement par le premier ministre à l’occasion du comité des signataires), le financement des « emplois d’avenir » (dès que le congrès aura inséré dans  le code du travail calédonien des dispositions en ce sens), la cession gratuite de foncier de l’Etat afin de réaliser des logements sociaux (le décret sera pris très prochainement), etc. Autant de sujets sur lesquels Philippe Gomès avait interpellé le gouvernement de la République à l’Assemblée nationale (le 7 novembre 2012 pour les lycées, les 12 septembre et 8 novembre pour les emplois d’avenir, et les 10 octobre et 14 novembre pour la cession de foncier) ;

–       l’insécurité, avec la question des moyens affectés aux forces de police, de gendarmerie et à la justice. Rappelons, sur ce dernier sujet, la mission obtenue par Sonia Lagarde et Philippe Gomès auprès de Christiane Taubira, garde des sceaux, à laquelle Mme Mireille Imbert-Quaretta, conseillère d’Etat, vient de remettre un rapport ;

–      le transfert des compétences, qui nécessite une accélération du travail de mise à jour des textes applicables localement en matière de droit civil et de droit commercial. La récente loi sur la vie chère outre-mer comporte à ce titre deux articles résultant d’amendements déposés par les députés calédoniens : le premier permet à l’Etat d’adopter des ordonnances visant à étendre en Nouvelle-Calédonie certaines dispositions métropolitaines ; le second procède à l’extension, avec certaines adaptations, de la loi de 1989 qui encadre les relations entre bailleurs et locataires.

D’autres points pourront probablement être évoqués lors du comité technique qui se tiendra après le comité des signataires : la correction des règles concernant la continuité territoriale, la place de la Nouvelle-Calédonie dans le dispositif des « 60 000 enseignants », et la situation des personnes nées en Nouvelle-Calédonie mais non inscrites sur la liste électorale « spéciale », notamment.

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