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PHILIPPE GOMES REVIENT SUR LA VISITE DU MINISTRE

Le député de la seconde circonscription était, jeudi 29 novembre, l’invité du journal du midi de la radio Océane FM. Il est revenu sur la visite du ministre des Outre-mer ainsi que sur l’ordre du jour du prochain comité des signataires.

Vous trouverez ci-joint la retranscription de l’intervention du député sur radio Océane FM (29/11/12):

Journaliste : Philippe Gomès, bonjour et merci d’avoir accepté notre invitation à la veille de votre départ pour Paris, pour assister à la réunion du comité des signataires. Comment allez-vous, suite à votre accident ?

Philippe Gomès : Vous savez, c’est rien, c’est juste un mec qui monte sur un bombardier, qui saute une vague, et qui tombe du bombardier. Ça arrive tous les jours, sauf que je suis un peu mal tombé, que pour le coup, j’ai passé la nuit à l’hosto, mais rien de grave. En tout cas, ça incite à être un peu plus prudent pour les prochaines sorties, parce que, comme dit, on n’a pas toujours 20 ans.

Journaliste : Donc rien qui vous empêche de prendre l’avion, samedi pour aller à Paris ?

Philippe Gomès : Non, pas du tout. Je suis persuadé que ça aurait fait plaisir à un certain nombre, mais ce ne sera pas le cas, je serai bien dans l’avion.

Journaliste : On revient sur la visite du ministre des outre-mer, Victorin Lurel. Êtes-vous satisfait de ses déclarations ? Je pense au rôle de l’État qui accompagne, au consensus nécessaire et à certaines mesures contre la vie chère.

Philippe Gomès : Oui, à Calédonie ensemble, nous considérons que les déclarations du ministre sont particulièrement positives, pour plusieurs raisons. La première raison, c’est qu’il avait dérapé, quand il avait accueilli Paul Néaoutyine…

Journaliste : Nouvelle-Calédonie-Kanaky, c’est ça ?

Philippe Gomès : Nouvelle-Calédonie-Kanaky. On a dû lui rappeler, Sonia Lagarde et moi-même, que la Constitution de la République française ne prévoyait qu’un seul mot pour désigner notre territoire. C’est Nouvelle-Calédonie. Que la loi organique aussi, et qu’un ministre de la République, son rôle premier, c’était de respecter la Constitution et la loi. Et donc, il n’avait pas vocation, d’une manière ou d’une autre à dire autre chose, pour dénommer notre pays, que Nouvelle-Calédonie.

Journaliste : Il l’a bien pris ?

Philippe Gomès : Il l’a peut-être pas très bien pris à l’époque, mais pour autant, ce que j’ai constaté, c’est que, sur le plateau du JT de RFO, il a reconnu que cette déclaration était inopportune. Je crois que c’est bien qu’il se soit remis dans les clous, à l’occasion de son passage en Nouvelle-Calédonie, et c’est un bon signe. C’est un bon signe parce qu’on a besoin d’un État impartial, en Nouvelle-Calédonie. J’explique : on a eu la période Mitterrand, en 1981, qui s’est engagé à donner l’indépendance à la Nouvelle-Calédonie, et on a vu les désordres que ça a pu créer, notamment de 84 à 88, avec les événements, avec Ouvéa. On a eu, ensuite une période Pons, qui était aussi une période où l’État a pris parti pour les uns, contre les autres, et on en a payé le prix. Et puis, au cours du dernier quinquennat, il est clair que le pouvoir UMP, au plan national, avait pris fait et cause pour le Rassemblement UMP, à la fois sur la question du drapeau du FLNKS aux côtés du drapeau français, mais aussi en soutenant l’élection de Rock Wamytan à la présidence du Congrès. Donc, nous, à Calédonie ensemble, on considère que l’État doit rester à sa place. Sa place, c’est d’être impartial, d’appliquer l’Accord de Nouméa, tout l’Accord de Nouméa, mais rien que l’Accord de Nouméa. Et à l’occasion de son discours au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, c’est bien ce que le ministre a dit : il s’en tiendra à l’Accord, et fera en sorte que l’État ne soit pas susceptible d’être considéré comme engagé en faveur d’un clan ou d’un autre. Et ça, c’est capital pour notre pays.

Journaliste : Les mesures contre la vie chère :

Philippe Gomès : Vous savez comme nous que c’est un sujet qui tient particulièrement à cœur à Calédonie ensemble…

Journaliste : Vous avez fait campagne là-dessus.

Philippe Gomès : Oui, on a fait campagne là-dessus. On nous disait d’ailleurs : un député, ça sert à rien pour la vie chère. Je ne sais pas si vous vous souvenez de ça. Voilà, les Calédoniens vont pouvoir se rendre compte qu’un député, ça peut aussi servir pour la vie chère, même si la majeure partie des mesures doivent être prises par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et le Congrès. Pour autant, nous nous étions engagés, avec Sonia Lagarde, à ce que les frais bancaires soient plafonnés dans notre pays, puisque comme chacun sait, ils sont deux à dix fois plus élevés, pour les mêmes opérations, que ce qui se pratique en métropole, et donc, j’ai déposé, avec Sonia, un amendement à la loi vie chère à l’Assemblée nationale. Cet amendement a été adopté par l’Assemblée nationale, et le ministre, lors de son séjour en Nouvelle-Calédonie, devant le Congrès, s’est engagé à ce que, lors du comité des signataires, le décret qui vise à plafonner les frais bancaires soit pris. Donc, voilà une action concrète de lutte contre la vie chère dans note pays. Il faut savoir, par exemple, qu’en métropole, les frais de tenue de compte, il n’y en a plus. Aucune banque ne fait payer des frais de tenue de compte, alors que chez nous, la quasi-totalité des banques font payer des frais de tenue de compte, qu’un ordre de virement est cinq fois plus élevé chez nous qu’il ne l’est en métropole. Pour quelle raison ? Il n’y a aucune raison ! Est-ce que les Calédoniens sont des mauvais payeurs ? Pas du tout ! Au contraire, par rapport à l’ensemble de l’outre-mer, les Calédoniens sont les meilleurs payeurs de tout l’outre-mer. Nous avons un taux de chèques payés qui est équivalent à celui de l’hexagone. Donc, il y a aucune raison pour que les frais bancaires soient plus élevés chez nous. Voilà une mesure concrète annoncée par le ministre, qui avait fait l’objet d’un engagement de Sonia Lagarde et moi-même. Et puis, l’autre mesure capitale, qui est plus complexe, mais il faut la dire quand même, c’est la création de la haute autorité de la concurrence. Qu’est-ce que c’est ? C’est nécessaire dans notre pays, parce que, en métropole, elle existe, mais elle n’a pas de pouvoir en Nouvelle-Calédonie. Donc, il faut qu’on en crée une qui soit indépendante des pouvoirs politiques et économiques et qui dispose d’un véritable pouvoir d’enquête et de sanction à l’égard de celles et ceux qui pratiquent des marges abusives ou qui ont des  comportements anticoncurrentiels parce qu’ils sont en situation de monopole ou de duopole dans le pays. Ça veut dire quoi, en clair : ça veut dire qu’on aura la possibilité d’avoir, lorsque des prix sont trop élevés, que des positions dominantes sont assumées de manière abusive ou quand des marges sont abusives, l’autorité qui condamne, l’autorité qui sanctionne et qui le fera en toute indépendance, et voilà une manière structurelle de lutter contre la vie chère dans notre pays. C’est un combat que nous menons à Calédonie ensemble, mais qui est mené aussi par d’autres. Je pense à l’intersyndicale qui est sur la même ligne que nous, et nous avons milité fort pour qu’au comité des signataires, cette question soit inscrite, parce qu’elle nécessite une modification de la loi organique du pays, et donc, on peut pas faire ça avec nos institutions locales, il faut que ça relève du parlement de la République française. Donc, voilà deux mesures, plafonnement des frais bancaires, création d’une haute autorité de la concurrence, qui étaient des engagements que nous avions pris, avec Sonia Lagarde, pendant la campagne, et qui sont aujourd’hui, en train de se réaliser. Donc, bien sûr, on a quand même le sentiment du devoir accompli sur ces sujets-là.

Journaliste : Est-ce que vous pensez qu’il pourrait y avoir une séparation entre pouvoir économique et pouvoir politique ?

Philippe Gomès : C’est indispensable que cette autorité-là, c’est pour ça que nous souhaitons que cette autorité, elle soit composée de magistrats, qu’elle soit pas composée de représentants de je ne sais quel groupe économique, politique ou de lobby. On est un tout petit pays. Il est clair que 250 mille habitants, dans une île, il y a une interpénétration permanente de tout ce qui relève, aussi bien de la politique que de l’économie que du syndicat que de l’associatif. Et si on veut véritablement avoir un arbitre indépendant, un gendarme indépendant, susceptible de sanctionner ce qui conduit le pays à être 90 % plus cher, en ce qui concerne les produits alimentaires, qu’en métropole, je le dis parce qu’il faut le rappeler. L’étude INSEE qui a été rendue il y a quelques semaines : vous prenez un panier, un chariot de la ménagère, vous allez dans un supermarché métropolitain, et vous prenez le même chariot de la même ménagère qui, au lieu de faire ses courses en métropole, vient les faire chez nous, le même chariot, à la caisse, il va coûter 90 % plus cher. Le logement, toujours la même étude INSEE, vous constatez que le logement, en Nouvelle-Calédonie, en réalité, c’est pas que le logement, c’est logement – électricité – eau, le logement, est 62 % plus cher chez nous qu’il ne l’est en métropole. Comment voulez-vous que les Calédoniens s’en sortent, lorsque les deux principaux postes de dépenses que sont les produits alimentaires et le logement sont, pour les uns 90 % plus chers, pour les autres, 60 % plus chers. Est-ce que les Calédoniens touchent 90 % de revenus en plus ?

Journaliste : ça se saurait.

Philippe Gomès : On en aurait entendu parler. Donc, non seulement, il y a des prix qui sont nettement plus élevés que dans l’hexagone, mais en sus, les revenus sont, en moyenne, 20 % inférieurs à ceux de l’hexagone. Voilà, la problématique calédonienne. Et si on ne fait pas des réformes structurelles, je ne parle pas d’aller contrôler quatre prix ou d’autres actions du même acabit, si on ne fait pas des réformes structurelles, la loi antitrust qui interdira à toute entreprise dans le pays de disposer de plus de 25 % des parts de marché, ce qui obligera, mécaniquement, au moins cinq entreprises dans tous les secteurs à se faire concurrence, et plus les entreprises sont en concurrence, plus les prix baissent, moins la vie est chère, et plus le pouvoir d’achat des Calédoniens est préservé. Et la haute autorité de la concurrence, dans ce dispositif, c’est essentiel. Une réglementation ne vaut et n’est appliquée qu’à partir du moment où il y a un gendarme indépendant pour la faire respecter.

Journaliste : Qu’attendez-vous du comité des signataires et êtes-vous satisfait du dossier des signes identitaires qui a fait couler beaucoup d’encre ?

Philippe Gomès : Et pas qu’un peu. Parce qu’on m’a expliqué que pendant toute la campagne, que je mentais aux Calédoniens sur le drapeau commun…

Journaliste : Vous étiez minoritaire, là-dessus.

Philippe Gomès : C’est le moins qu’on puisse dire. Pas depuis la campagne, depuis 24 mois, depuis février 2011, date à laquelle le gouvernement que je présidais a été renversé parce que le drapeau du FLNKS n’avait pas été hissé à La Foa. Donc oui, la question des signes identitaires sera à l’ordre du jour, donc, oui, on abordera la question du drapeau. Nous, à Calédonie ensemble, on veut des choses très simples. On ne demande pas la lune, on veut simplement que l’Accord de Nouméa soit mis en œuvre. L’Accord de Nouméa prévoit qu’un drapeau doit flotter aux côtés du drapeau tricolore, et que ce drapeau doit représenter l’identité kanake et le futur partagé entre tous. L’Accord de Nouméa nous dit également que ce drapeau, je cite, doit être recherché en commun, recherché en commun. Ce sont les mots de l’Accord. Et l’Accord de Nouméa nous dit, enfin, que c’est par une loi du pays, adoptée par le Congrès, à une majorité particulière, la majorité des trois cinquièmes, que ce drapeau doit être adopté. Donc, nous, ce qu’on demande, c’est que cette mécanique prévue par l’Accord soit mise en œuvre. C’est ce que les précédents comités des signataires avaient d’ailleurs envisagé, et donc, on demande maintenant que cette recherche en commun soit engagée. Après, elle aboutira à ce à quoi elle aboutira, mais il faut qu’on engage cette démarche. Aujourd’hui, le drapeau du FLNKS, pour nous, à Calédonie ensemble, qui flotte aux côtés du drapeau tricolore, il représente pas le futur partagé entre tous, il représente une idéologie, il représente une part d’une ethnie, il a pas été recherché en commun, contrairement à l’Accord de Nouméa, et il a pas été adopté par une loi du pays à une majorité des trois cinquièmes. Est-ce qu’on a progressé sur le sujet ? Oui, puisque pour la première fois, pour la première fois, au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, il y a quelques jours, la proposition de délibération qui a été déposée depuis deux ans par Calédonie ensemble, pour qu’on crée une commission qui associe la société civile et les partis politiques, visant à rechercher ce drapeau, eh bien, notre proposition de délibération qui avait toujours été refusée jusqu’à maintenant, a reçu l’avis favorable, à l’unanimité des partis politiques, à l’occasion de la réunion de cette commission. Donc, je trouve que c’est un signe positif. Je trouve que les partis politiques qui, jusqu’à maintenant, s’opposaient à ce sujet-là, ont fait preuve d’une évolution. Il faut la constater, et j’espère qu’au comité des signataires on pourra poursuivre dans cette nouvelle démarche, une démarche positive pour le pays, et à laquelle il faudra associer la population. Je le dis très clairement. La question d’un drapeau, c’est pas trois mecs dans un bureau qui décident tout seuls. Ça, c’est plus possible dans le monde dans lequel on vit, aujourd’hui, a fortiori dans un pays en construction comme le nôtre, il faut faire partager par le peuple calédonien ce qui va le représenter, ce qui va l’incarner, et le drapeau, bien sûr, c’est la première des manières de porter les couleurs d’un pays. Donc, nous souhaitons que cette commission, lorsqu’elle aura été délibérée par le Congrès, elle puisse trouver le moyens d’associer les Calédoniens à la recherche en commun d’un drapeau qui doit nous rassembler, et non pas d’un drapeau qui nous divise, comme c’est le cas aujourd’hui.

Journaliste : Pourquoi allez-vous déposer une motion de censure contre le gouvernement, ce qui serait une première dans l’histoire politique du pays ?

Philippe Gomès : Vous venez de parler de la nième augmentation du prix de l’essence. C’est un élément concret dans la vie des gens. On fait le bilan. Ça fait deux ans que le gouvernement est en place, c’est pas d’aujourd’hui. Le gouvernement Martin-Tuyenon-Backes, ça fait deux ans qu’ils gouvernent le pays. Qu’est-ce qu’on a constaté ? 20 % d’augmentation du prix de l’essence, 10 % d’augmentation du prix du gaz, des produits alimentaires qui sont toujours 90 % plus chers qu’ils ne le sont en métropole, etc., etc. Ce que je veux dire, c’est que quand l’intersyndicale finit, après avoir été particulièrement patiente, moi, je le dis, je trouve que l’intersyndicale a été particulièrement patiente, par bloquer le gouvernement pour faire en sorte qu’enfin les accords qui ont été négociés soient signés par lui, c’est qu’ils sont un peu au bout du rouleau, parce qu’il y a une exaspération. On n’attend pas deux ans sans qu’il n’y ait aucun résultat, sans qu’au bout d’un moment, la population soit excédée. C’est le cas. Donc, d’abord, c’est la première raison, c’est que c’est gouvernement est d’une inefficacité rare, depuis la signature de l’Accord de Nouméa. La deuxième raison importante, politique, c’est que le peuple calédonien, les 10 et 17 juin, a donné son avis. Il y a eu un sondage grandeur nature, ça s’appelle un vote, c’était les élections législatives. Qu’est-ce qu’il a dit, le peuple calédonien ? Il a dit : on ne veut plus de cette coalition au pouvoir, on ne veut plus de ce rassemblement entre le Rassemblement UMP, l’UC et le Parti travailliste, parce qu’on considère que les décisions politiques qui ont été prises ne sont pas bonnes pour le pays, et on veut une autre voie. C’est pour ça que Sonia Lagarde, dans la 1ère circonscription et moi-même, dans la 2e, avons été élus. Donc, il faut maintenant clôturer cette séquence de la coalition. Cette coalition, elle s’est constituée sur le drapeau du FLNKS, en juillet 2010, elle a renversé le gouvernement, en février 2011, elle a été sanctionnée par les Calédoniens, en juin 2012, lors des élections législatives. Il faut maintenant que les partis politiques en tirent les conséquences, au sein du Congrès, et donc, il faut un nouveau gouvernement, d’abord, pour changer de politique et être un peu plus efficace dans un certain nombre de domaines, notamment dans la lutte contre la vie chère. Il faut changer le gouvernement pour qu’il y ait une nouvelle stabilité institutionnelle, et Calédonie ensemble a proposé que les partis de sensibilité non-indépendantiste fassent une liste commune, pour changer ce gouvernement, et que nous recherchions, au sein de chacun de notre mouvement, un président qui soit un président de consensus.

Journaliste : Donc, une main tendue.

Philippe Gomès : Plus qu’une main tendue ! Une proposition concrète que nous avons mise sur la table. Nous avons dit : jetons la rancune à la rivière. On a tous été, d’une manière ou d’une autre, peut-être blessés, des blessures d’orgueil, des blessures d’ego, parfois. Certes, ça fait partie de la vie, de manière générale, et de la vie politique en particulier. Mais il y a un moment, quand l’essentiel est en jeu, on doit abandonner ce qui relève de notre personne, et faire en sorte que seul l’intérêt général nous guide. Et je crois que ce moment-là, en Nouvelle-Calédonie, est venu. C’est pour ça que nous avons fait cette proposition. Vous savez, les autres partis politiques, notamment le Rassemblement UMP, nous ont humiliés. Ils nous ont confié la météo au gouvernement. Vous vous rendez compte ? Est-ce qu’on peut plus humilier quelqu’un qu’en faisant ça ? Nous, on dit : c’est pas grave. Ok, ça a été une part d’histoire du pays, ils se sont peut-être, à un moment donné, perdus dans des chemins de traverse, dans des alliances avec les indépendantistes qui visiblement ont été sanctionnés par leurs électeurs. Revenons aux fondamentaux, revenons à l’essentiel et essayons de travailler ensemble. Donc, ça, c’est la deuxième raison pour changer de gouvernement. Et puis, la troisième raison : reconstruisons un dialogue avec les indépendantistes, mais pas un dialogue, comme dit Paul Néaoutyine, de marchandage, » je te donne un poste, tu me donnes un poste », un dialogue où on se répartit les prébendes. Non, ça, c’est un dialogue faussé, c’est un dialogue vicié, c’est un dialogue qui est même malsain. Non. Reconstruisons un dialogue avec les indépendantistes sur des bases saines, sur des bases transparentes. Oui, nous devons construire ensemble le pays dans le respect de l’idéologie de chacun. Voilà les propositions que nous avons mises sur la table. Hélas, et ce sera ma conclusion, qu’est-ce qui s’est passé ? On nous a claqué la porte sur le museau. On nous a dit : vos propositions, on n’en veut pas. Bon, eh bien, si on n’en veut pas, à partir de ce moment-là, il faut que le peuple soit parfaitement informé de ce qui se passe. C’est pour ça que nous déposons une motion de censure au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, nous la déposerons après le comité des signataires pour laisser cette séquence-là se dérouler normalement…

Journaliste : Donc, après le 15 décembre.

Philippe Gomès : Après le 15 décembre, enfin après le 6 décembre, entre le 6 et le 15, et puis chaque parti politique, en toute transparence, prendra ses responsabilités. Ceux qui veulent que le gouvernement actuel reste, ceux qui veulent que la coalition continue à diriger le pays, à partir de ce moment, ils voteront pour le maintien du gouvernement Martin-Tuyenon-Backes. Ceux qui veulent changer de gouvernement, ceux qui veulent une nouvelle stabilité, ceux qui veulent un nouveau dialogue sincère, franc et sain avec les indépendantistes, ceux qui veulent une nouvelle politique de lutte contre la vie chère, à partir de ce moment-là, ils voteront pour le renversement de ce gouvernement et la mise en place d’un nouveau gouvernement. Et puis après, chacun assumera ses responsabilités. On est en démocratie. Si une majorité considère que le gouvernement actuel fait l’affaire et qu’il faut le laisser continuer à travailler jusqu’en 2014, ce sera le cas, et puis, les Calédoniens, en 2014, au moment des élections provinciales, ils décideront si finalement ce gouvernement, il fallait le garder, si les partis politiques qui l’ont porté doivent continuer à exercer le pouvoir, ou au contraire, Calédonie ensemble avait peut-être raison de vouloir changer la donne. Et à partir de ce moment-là, nous offrirons, au plan politique, et en termes économiques et sociaux aussi, une alternative véritable aux Calédoniens.

Journaliste : Comment analysez-vous la nomination de Daniel Goa ? Comme un signe d’ouverture, ou c’est le changement dans la continuité ?

Philippe Gomès : Il l’a dit lui-même, peut-être pas sur vos ondes, mais sur d’autres ondes : il y avait deux candidats, un candidat de rupture, qui était Pierre Chanel Tutugoro, et un candidat de la continuité, c’est-à-dire la continuité de Charles Pidjot. Il l’a d’ailleurs déclaré clairement dans un certain nombre de supports, et donc, bien évidemment, la ligne politique, aujourd’hui, de l’UC est la ligne qui était, auparavant, menée par Charles Pidjot, c’est-à-dire la ligne politique de la coalition. Il a déclaré, je vous lis la phrase de Daniel Goa parce que c’est intéressant pour les auditeurs de savoir ce qui se passe, il a déclaré : voilà, on ne doit pas fermer les portes avec le Rassemblement UMP, il n’y a pas de raison qu’on referme les portes sous prétexte qu’il y ait eu des ratés, soit au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, lors de la destitution de Rock Wamytan, soit par rejet du vote de la TGA. Donc, en clair : oui, il y a eu un peu de tangage, entre le Rassemblement UMP et l’UC, oui, ils ont pas voté pour Rock Wamytan à l’occasion de la dernière élection, mais nous, UC, on laisse les portes ouvertes pour continuer avec la coalition. Et que dit Pierre Frogier, lui-même, quand Daniel Goa a été élu ? Il a dit, sur la même radio : les déclarations du nouveau président se situent dans la perspective ouverte par les initiatives que Charles Pidjot a pu prendre ces dernières années, notamment le drapeau. Ce que je veux dire, c’est que j’ai lu dans des articles dans la presse, à mon avis, mal informée, que la coalition était morte. Non, la coalition, elle vit encore. Les uns et les autres l’ont déclaré. L’air de rien, au gouvernement, ils continuent à travailler ensemble, et on verra à l’occasion de la motion de censure, ce qu’il en est vraiment. Si la coalition est morte, à partir de ce moment-là, ce gouvernement a vocation à être renversé, et un nouveau gouvernement, dans le sens que j’ai proposé, a vocation à être mis en place. Si au contraire, la coalition perdure, à partir de ce moment-là le gouvernement actuel restera en place. Donc, les Calédoniens pourront juger. À partir de ce moment-là, chaque parti politique devra prendre sa responsabilité. Nous, Calédonie ensemble, en tout cas, nous prenons les nôtres.

Journaliste : À Paris comme à Nouméa, l’UMP n’est pas au mieux de sa forme. Est-ce une bonne nouvelle pour l’UDI, le mouvement auquel vous adhérez ?

Philippe Gomès : C’est une mauvaise nouvelle pour la démocratie, parce que vous savez déjà que la politique, elle a pas bonne presse, que les hommes politiques sont souvent vilipendés, ici comme ailleurs. Quand on voit en plus le spectacle qui est donné au sein d’une grande formation politique comme l’UMP, il est clair que la démocratie française, elle-même, en souffre, et que la désaffection qu’on a constatée, notamment lors des derniers scrutins, où, hélas de moins en moins de Français vont voter, est une désaffection qui va se poursuivre parce que le spectacle est tellement lamentable que ça donne pas envie d’aller participer à des élections. Donc, c’est une mauvaise chose pour la démocratie française, c’est une mauvaise chose pour la droite républicaine. Il n’y a que deux partis de droite républicaine à l’Assemblée nationale, c’est l’UMP et l’UDI. Et bien évidemment, quand on voit le pouvoir socialiste qui est en train de mener une politique qui est nocive pour la France, nocive pour l’avenir, nocive pour notre économie, de plus avoir de véritable opposition, aujourd’hui, en face, c’est une très mauvaise nouvelle pour la droite républicaine. Mais bien évidemment, la seule bonne nouvelle, dans ce désastre, elle est pour l’UDI, parce que l’UDI, avec Jean-Louis Borloo qui représente, au sein de la droite républicaine, une force alternative, celle d’une droite modérée, d’une droite plus sociale, d’une droite humaniste, d’une droite sensible aux enjeux écologiques, ben oui, elle est, aujourd’hui, en train de se renforcer, parce que beaucoup d’adhérents de l’UMP ou de sympathisants sont tellement dégoûtés, qu’aujourd’hui, ils se tournent vers nous, parce que nous incarnons, comme le dit Jean-Louis Borloo, une alternative sereine et constructive. Mais au total, oui, c’est effectivement l’intérêt du parti auquel j’appartiens aujourd’hui. À l’échelle nationale, c’est pas l’intérêt de la démocratie, et c’est pas l’intérêt de la droite, donc, je crois qu’il est temps, maintenant, que les choses s’arrêtent, que la fin de la récréation soit sifflée, que chacun retrouve sa raison et que Jean-François Copé et François Fillon, qui prétendent tous les deux être des hommes d’État, puisque ce sont des candidats potentiels à la prochaine présidentielle, essayent de montrer aujourd’hui, qu’ils sont au moins des hommes qui ont le sens de l’intérêt général, et le sens de l’intérêt de la droite et de la démocratie. Et j’espère qu’on y arrivera.

Journaliste : Philippe Gomès, merci.

Philippe Gomès : Merci beaucoup.

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