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WASHETINE INVITÉ DU JT

Charles WashetineDimanche 31 mars dernier, Charles Washetine était l’invité politique du journal télévisé de Nouvelle-Calédonie 1ère. Le porte-parole du Palika a rappelé à cette occasion le positionnement de son parti qui a salué les réformes mises en place depuis 2004, notamment par le gouvernement Themereau, puis, en 2009 celles entamées par le gouvernement Gomès.

Rappelant le positionnement du Palika dans le monde indépendantiste, Charles Washetine a aussi évoqué longuement son attachement au respect de l’accord de Nouméa.

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Retrouvez ci-dessous, l’intégralité de la retranscription de cette interview:

Journaliste : Charles Washetine, bonsoir.

Charles Washetine : Bonsoir.

Journaliste : Vous êtes un des porte-parole du Palika, avec Paul Néaoutyine qui est également porte-parole. Avant de vous poser des questions, on va regarder quel est le positionnement du Palika sur l’échiquier politique local. Vous détenez huit communes, huit membres sur 54 sièges au Congrès, vous n’avez aucun élu dans les îles, et en revanche, dans le Nord, vous êtes aux commandes de la plus riche des trois provinces.

Journaliste : Dans une récente enquête d’opinions commandée par le gouvernement local, Paul Néaoutyine est en tête des hommes politiques préférés des Calédoniens. C’est dire si, sans communication offensive, le leader du Palika, avare d’occupation du terrain médiatique, a su s’imposer comme leader incontournable dans le pays. Il faut dire que le développement spectaculaire de la province Nord, dont il est le président, a contribué à cette image d’homme pragmatique qui a fait du développement économique une priorité par rapport aux discours idéologiques. En cela, la différence avec l’UC, autre grand frère indépendantiste, est notable. Le Palika apparaît donc aujourd’hui comme un mouvement indépendantiste modéré, et ses relations avec l’UC sont souvent tendues. Le parti critique le rapprochement de l’UC et du Parti travailliste, au motif notamment que ce dernier né de la famille indépendantiste s’est toujours opposé à l’Accord de Nouméa. Un texte majeur qui tient lieu de feuille de route pour le parti de Paul Néaoutyine. Mais les divergences ne s’arrêtent pas là. En 2011, le Palika est opposé à la chute du gouvernement Gomès, voulue par l’UC, et une fois de plus, les adversaires du Palika l’accusent de jouer une partition un peu trop harmonique avec les non-indépendantistes de Calédonie ensemble. Enfin, sur l’affaire de la levée des deux drapeaux, le Palika estime que c’est pour un temps bien défini car, selon l’Accord de Nouméa, il faut rechercher un drapeau pour tous les Calédoniens.

Journaliste : Comment est-ce que vous expliquez cette aura de Paul Néaoutyine, sa cote de popularité dans l’opinion calédonienne ?

Charles Washetine : Je crois que Paul Néaoutyine a toujours été constant dans ce qu’il dit. C’est un homme de conviction. Je rappelle qu’il fait partie de ceux qui ont créé le Palika et que le Palika se bat pour l’émancipation du pays, se bat pour l’indépendance du pays, s’est donné une méthode de travail également et des axes qui permettent au pays d’accéder à l’indépendance. Il est resté sur cette ligne de conduite. Il y a eu un moment, dans l’histoire du Palika…

Journaliste : Il y a eu une ligne plus forte, plus dure ?

Charles Washetine : Tout au début du mouvement, on a privilégié le travail de terrain, parce qu’il fallait expliquer pourquoi se battre pour l’indépendance du pays. À un moment donné, on s’est ralliés au sein du Front indépendantiste pour occuper également l’espace institutionnel, parce qu’on considère que c’est aussi un levier qui nous permet d’engager un certain nombre de réformes, pour asseoir un petit peu mieux encore l’indépendance. Depuis les accords successifs, le discours que tient le Palika, par rapport à l’avenir du pays, reste inchangé. Effectivement, dans le reportage, vous parlez du pragmatisme, c’est aussi ça qui plaide, tout au moins, par rapport au sondage qui a été fait.

Journaliste : Parti indépendantiste modéré, est-ce que ça vous correspond bien, aujourd’hui ?

Charles Washetine : Je crois qu’on a fait le choix de vivre pleinement l’Accord de Nouméa, et je crois que depuis 98, nous n’avons pas varié sur le profil que l’on a, c’est-à-dire que nous, nous restons un mouvement qui prône l’indépendance du pays. Nous avons signé cet accord avec l’État et le Rassemblement, à l’époque, le RPCR, et l’État, des engagements pris par les uns, et par les autres. C’est notre feuille de route. Le Palika l’a dit, c’est même nous qui l’avons proposé dernièrement, l’Accord de Nouméa, c’est notre parole, ça a été le mot d’ordre pour les dernières législatives.

Journaliste : Cette proximité qu’on vous prête à Calédonie ensemble, elle est vraie ?

Charles Washetine : Nous, nous disons qu’on a la responsabilité de porter le pays à son émancipation. Assumer ce défi suppose aussi qu’on engage des grandes réformes. Et il s’est trouvé que depuis la mise en œuvre, enfin, tout au moins, depuis 98, les premières réformes qui ont été engagées au niveau du pays ne datent que de 2004, parce qu’avant 2004, il n’y a rien qui a été mis œuvre, y compris les transferts, etc., et au moment du gouvernement Thémereau, à l’époque. Je crois que c’est, effectivement, là, parce qu’il y a un programme qui est clair. Nous avons travaillé pour que le programme qui a été proposé par le gouvernement Gomès à l’époque soit mené à terme. Ceci explique peut-être le fait qu’il y ait une relation de proximité entre nous et Calédonie ensemble, mais ça reste des liens liés à la manière de conduire des politiques publiques. Ceci dit, Calédonie ensemble reste totalement opposé à l’indépendance du pays…

Journaliste : Il y a des choses qui vous différencient, vous n’êtes pas du tout sur même schéma à l’avenir ?

Charles Washetine : Absolument. Nous, on a toujours considéré que nous n’avons pas…, même si on est partenaires dans le cadre de l’accord, ce sont quand même nos adversaires politiques, parce que nous, nous nous battons pour faire accéder le pays à l’indépendance.

Journaliste : Cela fait une semaine que le FLNKS a eu son congrès à Paita. Une démarche unitaire a été décidée, à un an des échéances majeures pour le pays. On sait que vous êtes pour une union, mais à certaines conditions. Quelles conditions ?

Charles Washetine : Que nous travaillons sur la base des positions que l’on devra proposer ensemble, entre nous, au sein du Front. Aujourd’hui, le Front, c’est quatre groupes de pression. Nous, nous considérons que c’est au titre du FLNKS qu’aujourd’hui, on s’est engagés pour la mise en œuvre de l’Accord de Nouméa. Donc, il nous faut voir comment on aborde la dernière ligne droite de cet accord. Donc, il y a les élections qui arrivent, des enjeux majeurs. Entre autres, il est prévu, à l’occasion de cette dernière mandature, qu’une majorité qualifiée des trois cinquièmes se détermine pour le référendum de sortie, donc il faudra qu’on voie comment on arrive à mobiliser les électeurs pour avoir une représentation qualifiée au Congrès pour le référendum de sortie.

Journaliste : Le Front l’a dit la semaine dernière, il souhaite obtenir les trois cinquièmes du Congrès pour pouvoir agir. Est-ce que c’est réaliste, trois cinquièmes du Congrès pour les indépendantistes ?

Charles Washetine : Ce sont des élections, donc, évidemment, il faut aller au devant des électeurs pour les persuader du bien-fondé de notre projet politique, parce que c’est aussi ça le projet politique qu’on aura à définir. C’est la feuille de route qui a été également proposée à l’issue de ce congrès. Donc, il faudra aller auprès des gens pour dire : voilà, peut-être, le projet d’indépendance est possible. Donc, il faut aller convaincre les gens pour qu’ils puissent voter en leur âme et conscience pour les candidats qu’on aura à présenter dans les trois provinces.

Journaliste : Au Palika, est-ce que vous vous interrogez toujours sur cette idée de bloc nationaliste, un concept qui est défendu par l’UC ? On sait que vous n’êtes pas toujours sur la même longueur d’onde que l’UC. Vous cautionnez cette démarche ?

Charles Washetine : Nous, nous disons…, et l’accord est on ne peut plus clair sur le sujet. Le pays a vocation à devenir une nation au terme de l’accord. Donc, c’est un processus. Nous, nous disons qu’il faut viabiliser le processus. Pour pouvoir le faire, et l’accord le prévoit bien, il faut que…, parce qu’aujourd’hui, la Nouvelle-Calédonie, c’est un territoire, la Nouvelle-Calédonie, c’est un peuple également qui est là, avec son histoire, c’est un corps de citoyens. Donc, pour pouvoir accéder à cette nation, il faut travailler l’assise de la citoyenneté. C’est un enjeu qui nous paraît primordial. Considérer qu’il y a, aujourd’hui, des inégalités sociales énormes qui existent, c’est un peu le paradoxe du pays. C’est qu’on est un pays riche et on voit que, malgré tout, il y a aujourd’hui 21 % de la population qui vit en-dessous du seuil de pauvreté, etc. Donc, il y a une inégale répartition des richesses. Pour nous, il faut précisément se battre pour qu’il y ait plus de justice et d’équité sociale. Et c’est la meilleure manière de configurer, de consolider le citoyen du pays.

Journaliste : Vous estimez que l’Accord de Nouméa, il reste beaucoup à faire notamment en termes de rééquilibrage économique et sociale. Qu’est-ce que vous préconisez, vous, à ce moment-là, au Palika ?

Charles Washetine : Des grandes réformes. Et les réformes passent également par la maîtrise de nos ressources. C’est un peu le sens qui a été donné notamment pour la manière de gérer l’usine du Nord, etc. Pour nous, il faut impérativement que l’on sorte de ce système totalement inégalitaire. Ça passe également en amont, évidemment par la réforme sur le plan éducatif. Aujourd’hui, quand on regarde ce qui se passe, parce que le système veut que celui qui accède à un emploi ait, a minima, un diplôme. Or, aujourd’hui, on se rend compte que 21 % des enfants qui sortent du système éducatif sont sans diplôme. Sur les 6 mille demandeurs d’emploi aujourd’hui enregistrées, 50 % n’ont pas de diplôme, et par conséquent, ne peuvent pas prétendre à accéder à des emplois.

Journaliste : Et ça touche énormément les jeunes. Est-ce que vous pensez qu’il faut un plan Marshall pour la jeunesse, pour la formation, pour que, justement, on puisse former la jeunesse de demain ?

Charles Washetine : Je crois que c’est le challenge que l’on doit relever, c’est nos jeunes. C’est la moitié, 50 % de la population a moins de 20 ans, et l’avenir repose sur eux. Il y a des mesures, aujourd’hui, qui sont prises, mais…

Journaliste : Oui, il y a beaucoup d’argent consacré à la formation. C’est utilisé, c’est…

Charles Washetine : Dans le même temps, on voit bien que les problèmes restent. Je dis, 21 % de la population qui sortent du système éducatif sont sans diplôme. Il y a un souci, donc il y a des réformes à engager au niveau du système éducatif. Ça passe peut-être par une amélioration de ce qui est proposé, à l’intérieur de l’école, tant sur les programmes que sur la manière d’enseigner, parce que la réalité du pays…

Journaliste : Vous pensez que l’école n’est pas suffisamment adaptée aux réalités locales, aux spécificités locales ?

Charles Washetine : Si l’on regarde les résultats, effectivement, oui. Et je crois que l’école, et c’est bien connu, est de plus en plus adaptée, mais c’est pas suffisant. Il est bien connu que l’école reproduit un petit peu le système inégalitaire, le système social inégalitaire. Il faut travailler dans les deux sens, à la fois, juguler le problème qui est lié à l’injustice sociale, et agir en amont, notamment vis-à-vis des jeunes. L’école est un bon levier pour donner des perspectives…

Journaliste : Au Palika,  qu’est-ce que vous entendez par indépendance, demain ?

Charles Washetine : L’indépendance, c’est de donner, au peuple de ce pays, à se déterminer sur son avenir. Ce n’est ni plus, ni moins.

Journaliste : Ça veut dire, la capacité que la Calédonie a à décider de son destin, c’est pas forcément accéder à une indépendance souveraine ?

Charles Washetine : L’indépendance, c’est d’abord décider de ce qu’on veut de l’avenir. C’est d’abord ça. Donc, comment on mobilise nos ressources pour pouvoir ne pas être tributaire de ce qui se fait ailleurs. Donc, on sait bien qu’on a un pays qui a un potentiel énorme, donc il faut voir comment on mobilise nos ressources pour pouvoir rendre…, au moins répondre aux besoins immédiats des gens. Après, la question se posera sur un certain nombre de compétences, puisque c’est aussi évoqué dans le cadre de l’accord, notamment les compétences dites régaliennes, de souveraineté. On est un petit pays et on a besoin aussi de travailler avec les autres, dans le cadre de la région. Après, c’est à nous de déterminer quelles sont les natures des liens qu’on peut avoir avec les autres pays, mais c’est nous qui décidons.

Journaliste : Charles Washetine, merci.

Charles Washetine : Merci.

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