Accueil ACTUALITÉS « NOUS AVONS UNE RESPONSABILITÉ PARTICULIÈRE AU MOMENT OÙ LA CALÉDONIE DOIT CHOISIR SON DESTIN »

« NOUS AVONS UNE RESPONSABILITÉ PARTICULIÈRE AU MOMENT OÙ LA CALÉDONIE DOIT CHOISIR SON DESTIN »

Philippe Gomès

Le député Philippe Gomès a accordé un entretien à l’hebdomadaire DNC ce vendredi 12 avril 2013. Il revient sur l’actualité politique du moment et sur les valeurs de son mouvement, Calédonie Ensemble

Quels commentaires faites-vous sur la scission du RUMP et sur la proposition de réunification des non-indépendantistes ?

Ces appels à l’union montrent simplement que certains essaient de se refaire une virginité en vue des prochaines élections. Je rappelle qu’au lendemain des provinciales de 2009, l’ensemble des mouvements de sensibilité non-indépendantiste ont constitué un pacte pour assurer la stabilité des institutions. Pierre Frogier et Harold Martin ont brisé cet accord en imposant le drapeau du FLNKS au pays. Calédonie Ensemble ne l’a pas accepté. Ils ont alors formé une coalition avec l’UC, le Parti Travailliste, Leroux et Loueckhote pour diriger le pays, après que le gouvernement que je présidais ait été renversé au motif que le drapeau du FLNKS ne flottait pas sur la mairie de La Foa… Je rappelle aussi qu’avant de déposer la motion de censure contre le gouvernement, fin 2012, nous avons proposé de faire une liste non-indépendantiste unitaire, pour donner un nouvel élan aux reformes économiques et sociales et une nouvelle stabilité institutionnelle. Ceux qui appellent aujourd’hui au rassemblement nous ont alors claqué la porte au nez. Leurs appels à l’unité ne sont donc qu’une posture de circonstance.

Quant à la scission du RUMP, on peut se poser une question simple : pourquoi si tard ?

Vous sortez d’une tournée en brousse, ce qui veut dire que vous êtes déjà en campagne ?

Votre question semble vouloir dire que l’on ne doit rencontrer les électeurs qu’en période de campagne électorale ! A Calédonie Ensemble nous pensons l’inverse. Le lien avec les Calédoniens doit être nourri de manière constante. C’est indispensable pour rester au contact des réalités. Lors des dernières législatives, nous nous étions engagés avec Gérard Poadja, mon suppléant, à aller à la rencontre des habitants de la circonscription tous les trimestres. Nous nous attachons simplement à respecter cet engagement. Notre dernière tournée est d’ailleurs la troisième depuis les législatives.

Personnellement allez-vous vous présenter dans une commune ?

Non. J’ai été vingt ans maire de La Foa. C’est ma fierté et ma plus belle expérience politique. Tout ce que je suis aujourd’hui, je le dois à la brousse calédonienne. C’est là que j’ai appris le chemin des tribus et des vallées. Je ne me suis pas représenté en 2008, au terme de mon troisième mandat, car je considérais que je ne pouvais pas cumuler mes fonctions de président de la Province Sud et celles de maire. Je me suis appliqué la règle du non-cumul des fonctions exécutives, avant même qu’elle ne soit inscrite dans la loi.

Philippe Gomès

 Calédonie Ensemble se sent-il capable de partir seul lors de ces deux élections ?

Calédonie Ensemble s’est opposé, seul, pendant deux ans, à la coalition et à l’Etat, sans céder ni aux menaces, ni aux prébendes. Donc oui, nous considérons que nous devons affirmer notre identité propre à l’occasion des prochaines échéances. En outre, je ne suis pas sûr que l’empilement de personnalités éparses sur une liste dont la seule ambition est de franchir la barre pour avoir des élus au congrès, soit à la hauteur de l’échéance majeure qui nous attend entre 2014 et 2018. Faute d’un véritable projet de société, qui ne peut se limiter à quelques slogans, ce genre d’exercice finit toujours en débandade. Calédonie Ensemble est aujourd’hui la première formation politique du pays, ce qui nous confère une responsabilité particulière au moment où la Calédonie doit choisir son destin. Car la seule vraie question qui se pose pour les prochaines élections provinciales, c’est : à qui les Calédoniens doivent-ils confier la responsabilité de négocier, avec les indépendantistes et avec l’Etat, la sortie de l’accord de Nouméa ? A ceux qui ont levé le drapeau du FLNKS  dans le dos du peuple, après avoir promis de « purger l’indépendance » ? A ceux qui l’ont fait hier et qui le regrettent aujourd’hui ? Ou  à ceux qui, comme nous, ont gardé le même cap, contre vents et marées ?

Concernant Nouméa, il se murmure que Sonia Lagarde ou Frédéric de Greslan voudraient y aller ?

Laissez les murmures se propager. Calédonie Ensemble désignera ses têtes de liste en temps et en heure.Ce qui compte, avant tout, c’est de construire un projet partagé, qui réponde aux attentes des habitants, dans chacune des communes où nous seront présents. A Nouméa, comme dans les 32 autres communes du pays.

Les non-indépendantistes sont en difficulté dans le Nord et n’ont plus aucun siège dans les îles. Ne faut-il pas faire front commun pour reconquérir des sièges ?

Aujourd’hui, le seul front commun qui existe, c’est celui de la coalition RUMP-UC-AE-PT-Leroux-Loueckhote. C’est cette coalition qui a conduit le RUMP et ses alliés, en sous-main, à appeler à voter pour le candidat du FLNKS dans la 2ème circonscription au second tour des législatives. Au même moment, le RPC affirmait que voter Djaïwé ou Gomès, c’était pareil. Finalement, tous ces partis dits non-indépendantistes n’avaient qu’un seul objectif : empêcher les candidats de Calédonie Ensemble de devenir députés de la Nouvelle-Calédonie, quitte à faire élire un indépendantiste.

Quant à la question particulière de la province Nord, la seule liste qui ait fait la preuve de sa capacité à franchir la barre des 2000 voix pour accéder à des sièges au sein de l’assemblée, c’est celle de Calédonie Ensemble et d’Une province pour Tous, menée par Gérard Poadja. Aux dernières législatives, nous avons rassemblé 2500 voix, loin devant Eric Gay, candidat du RUMP et de l’Avenir Ensemble (1400 voix), le Front National (300 voix) et le RPC d’Isabelle Lafleur (600 voix). Les choses sont claires : ceux qui se disent de sensibilité non indépendantiste et qui se présenteront en 2014 alors qu’ils n’ont aucune chance de passer la barre feront le jeu des indépendantistes. Je ne doute pas – s’ils sont sincères – qu’ils apporteront, le moment venu, leur soutien à Gérard Poadja. Les discussions sont possibles avec ceux qui auront fait ce pas, dans le respect de l’identité de chacun.

Philippe Gomès

 Vous avez fait campagne sur la vie chère et les deux drapeaux. Les frais bancaires n’ont pas diminué et on ne parle plus du drapeau commun. Que répondez-vous à vos électeurs sur ces deux sujets ?

Nous nous sommes engagés, avec Sonia Lagarde, sur l’encadrement des frais bancaires parce que c’est le seul sujet en matière de vie chère qui relève de l’Etat et pas du gouvernement local. Nous avons fait adopter, en novembre 2012, un amendement à l’Assemblée nationale pour plafonner 16 tarifs bancaires de base, qui sont 2 à 10 fois plus élevés chez nous qu’en métropole. Un décret sur le sujet, annoncé au dernier comité des signataires, doit intervenir dans les prochaines semaines. Après la question des frais bancaires, nous interviendrons sur les taux d’intérêt des emprunts, qui sont ici supérieurs de 2 points à ceux de la métropole. Au niveau du congrès, le groupe Calédonie Ensemble a aussi déposé une proposition de loi anti-trust, destinée à rétablir la concurrence et à contrôler les monopoles dans notre pays. Cette proposition a été validée par le Conseil d’Etat et doit être soumise prochainement au vote du congrès. Face au gouvernement Martin-Tyuienon inexistant, nous devons prendre des initiatives pour lutter contre la vie chère, même si nous avons été écartés des responsabilités.

En ce qui concerne le drapeau, nous avons fait acter au dernier comité des signataires notre proposition de délibération pour créer une commission spéciale au congrès, en vue de « rechercher en commun » un drapeau du pays permettant d’incarner « l’identité kanak et le futur partagé entre tous », comme le prévoit l’accord de Nouméa. C’est grâce aux Calédoniens, qui ont fait entendre leur voix aux législatives de 2012, que nous avons pu, enfin, engager cette démarche. Il était temps ! Le congrès a adopté cette proposition à l’unanimité et la commission spéciale vient d’être installée. Le travail de recherche en commun d’un drapeau reconnu par tous va donc pouvoir démarrer, en donnant la parole au peuple calédonien. C’est ce sur quoi nous nous étions engagés.

Borloo avait annoncé qu’il se rendrait prochainement en Calédonie. Où en est la création de la fédération UDI en Nouvelle-Calédonie ? Qui en sera le représentant, Pascal Vittori ou vous ?

La section locale de l’UDI a été créée le 30 novembre 2012. Sonia Lagarde et moi-même en assurerons la co-présidence. C’est Jean-Louis Borloo lui-même – président de l’UDI – qui nous en a confié la responsabilité. Cela étant, à Calédonie Ensemble, chaque sympathisant demeure libre de ses choix politiques au plan national. Notre mouvement n’est affilié à aucune structure métropolitaine. C’est un parti calédonien, avant tout, qui rassemble celles et ceux qui partagent notre projet de société : celui d’une Nouvelle-Calédonie émancipée et solidaire affirmant son identité particulière au sein de la République. 

Sylvie Robineau vous a traité ouvertement d’opportuniste en déclarant que vous étiez de centre-gauche à Paris, d’extrême droite à Nouméa et indépendantiste dans le Nord. Une réaction ?

Je vois que vous avez des lettres politiques. Après Vittori, Robineau. Cela étant, vous avez raison de la citer : en matière d’opportunisme, c’est une experte.

Concernant le Nord, on vous dit proche de Paul Néaoutyine. Avez-vous une vision commune pour l’avenir de la Nouvelle Calédonie ?

Calédonie Ensemble a toujours nourri le dialogue avec les indépendantistes, avant que cela soit à la mode. Paul Néaoutyine et moi avons publiquement débattu, en avril 2009, devant 500 personnes, pour confronter en toute transparence nos visions respectives de l’avenir du pays. Le texte de cet échange est disponible sur notre site internet.

Effectivement, nous partageons avec Paul Néaoutyine un certain nombre d’analyses. Oui, nous considérons tous les deux que la coalition RUMP-UC-AE-PT est « une alliance contre nature, basée sur la répartition des postes », pour reprendre son expression. Oui, nous avons la même vision sur le drapeau commun, puisque lui aussi dénonce « l’instrumentalisation du drapeau qui tend à opposer les Calédoniens » et qu’il soutient comme nous « le travail préconisé par le comité des signataires pour trouver ensemble les signes identitaires ». Oui, nous partageons son point de vue lorsqu’il déclare qu’avec la coalition « on est sortis de la collégialité au gouvernement ». Oui, nous considérons, avec lui, que la lutte contre les inégalités, qu’elles soient géographiques, sociales ou éducatives, est indispensable si l’on veut donner corps à un véritable destin commun pour tous les Calédoniens. Oui, au plan économique, nous sommes d’accord avec le fait que la Province Nord possède 51 % de l’usine du Nord et que la Nouvelle-Calédonie atteigne les 51% du capital de la SLN…

Pour autant, quelles que soient les convergences d’analyse sur ces sujets, nous n’avons pas vocation à constituer une coalition-bis pour gouverner le pays. Chacun doit être à sa place. Le PALIKA est membre du FLNKS, et milite pour une indépendance du pays. Nous, nous considérons que, si nous avons vocation à nous gouverner nous-même, nous devons le faire au sein de la République. Ni à côté, ni séparée d’elle.

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