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DE L’ENFER, FAIRE NAÎTRE LA PAÎX

Cérémonie émouvante

La mémoire des militaires morts lors des évènements d’Ouvéa a été honorée hier, lundi 22 avril en présence du député Philippe Gomès. Le maire d’Ouvéa, Maurice Tillewa, et le haut-commissaire de la République, Jean-Jacques Brot ont déposé une gerbe sur la nouvelle stèle, offerte par le Comité du 22 avril.

C’est certainement le geste qui marquera celles et ceux qui ont assisté hier à cette émouvante cérémonie : le représentant de l’Etat et le maire indépendantiste d’Ouvéa rendant hommage – ensemble – aux soldats morts lors de l’attaque de la gendarmerie de Fayaoué. Une façon pour les deux hommes de signifier aux yeux de tous que le regard des calédoniens doit être désormais tourné vers l’avenir, quel que soit leur camp.

Cérémonie Ouvéa

En présence de Léonard Sam, élu au congrès,  des forces armées, des institutionnels, des coutumiers et des membres du Comité du 22 avril, les discours se sont enchaînés pour défendre le même message : celui du destin commun.

 « Peut-être que la force ultime du peuple calédonien et de la France est d’avoir su, de cet enfer, de cette ultime violence, de cet abyme, faire naitre la paix » a déclaré le député Gomès dans un discours prônant l’apaisement et la réconciliation.

Cérémonie Ouvéa

Rappels : Pendant de cette attaque, quatre militaires sont tués. Vingt-sept autres gendarmes, désarmés, sont pris en otage et séparés en deux groupes. Le 5 mai 1988, durant l’entre-deux tours des élections présidentielles, dix-neuf indépendantistes et deux militaires sont tués lors de l’opération Victor qui permet la libération des gendarmes.

Un mois plus tard, le 26 juin 1988, Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur signent à Paris l’accord de Matignon sous l’égide du gouvernement français.

Cérémonie Ouvéa

Retrouvez ci-dessous la vidéo du discours du député Philippe Gomès prononcé ce 22 avril 2013 à Ouvéa :

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Retrouvez ci-dessous la retranscription de ce discours :

Monsieur le haut-commissaire,

Mon colonel,

Monsieur le vice–président du congrès,

Mon cher Mathias, conseiller provincial,

Monsieur le sénateur honoraire de la République,

Grand chef,

Monsieur le président du comité national du 22 avril,

Monsieur le président de sa section locale que je salue et l’ensemble de la délégation métropolitaine qui est aujourd’hui présente,

Je salue également l’ensemble des autorités civiles, militaires et coutumières,

Ici, des larmes ont coulé sur les joues des épouses qui ont perdu leur mari. Sur les joues des enfants qui ont perdu leur père. Sur les joues des frères et sœurs qui ont perdu leurs frères. Sur les joues des parents qui ont perdu leurs enfants. Ces larmes ont roulé et elles ont roulé deux semaines après sur d’autres joues, d’autres couleurs mais avec les mêmes souffrances, la même incompréhension et probablement dans la bouche, quelque part, un goût d’absurde.

Comment en est-on arrivé là ? Comment des hommes et des femmes d’intelligence, de culture, d’histoire, ont réussi de part et d’autre à s’entendre aussi peu qu’au bout du compte nait cette violence ultime, cet enfer ultime ?

Parce que chacun était rempli de son bon droit.

La République d’abord, considérant que sur son territoire, il ne pouvait pas y avoir de distinction en fonction de la race, pour reprendre les termes de la constitution, que dans une démocratie un homme c’est une voix et que la Nouvelle-Calédonie c’est la France, comme la Lozère c’est la France.

Le peuple Kanak, lui aussi fort de son bon droit, celui qui l’a conduit à être colonisé, à être comme le dit l’Accord de Nouméa marginalisé aux frontières politiques, économiques et culturelles de son propre pays, à être nié dans ses langues et dans sa culture, à voir, toujours selon l’Accord de Nouméa son patrimoine artistique pillé. Et c’est fort de son bon droit qu’une large part de ce peuple a souhaité que le droit de choisir son destin sur son île lui soit reconnu, comme il l’avait été par l’ONU en 1987.

C’est ainsi que chacun fort de son bon droit est allé jusqu’au mur, ce mur du 22 avril, ce mur du 5 mai. Ce mur qui est l’illustration ultime d’une incompréhension construite étage par étage pendant 135 ans. Mais peut-être que la force ultime du peuple calédonien et de la France c’est d’avoir su de cet enfer, de cette ultime violence, de cette abyme, faire naitre la paix et la construire, patiemment, pendant vingt-cinq ans. Jour après jour. A la tricoter, malgré les difficultés, malgré toujours certaines incompréhensions.

Et c’est cette force commune qui nous rassemble aujourd’hui.

C’est cette force commune que nous avons eu il y a vingt-cinq ans pour dépasser les souffrances et les drames et pour construire la paix.

C’est cette force commune qui nous rassemble aujourd’hui pour nous unir par la pensée, par la prière, autour de ces six morts. Les morts dit « du 22 avril » mais aussi autour des 19 morts, ceux dit du « 5 mai ».

Pourtant ces dates disent encore que les morts sont célébrés chacun de leur côté, chacun dans leur date. Mais la population rassemblée, ici maintenant, et à l’église tout à l’heure témoigne qu’au-delà des dates, c’est une communion de celles et ceux d’origine métropolitaine ou d’origine calédonienne. Qu’ils viennent de métropole ou de l’île, c’est une communion qu’ils font ensemble pour que la mémoire reste vive, pour que cette mémoire, celle des morts et des drames, celle de la violence, celle de l’incompréhension, pour que cette mémoire ne s’estompe pas.

On dit souvent qu’un pays sans mémoire est un pays sans avenir.

Je crois que la Nouvelle-Calédonie et Ouvéa et la République, par l’exemple qu’elles donnent ensemble à Ouvéa, témoignent, parce que nous sommes forts du souvenir de notre passé, que nous pouvons construire dans le respect des hommes et de leur mémoire un avenir tous ensemble.

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