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PHILIPPE GOMÈS INVITÉ DE RADIO OCÉANE

Radio OceaneLe député de la seconde circonscription s’est exprimé sur les ondes de radio Océane mercredi 24 avril pour faire un tour d’horizon de l’actualité politique, économique et sociale du pays.

Après avoir rappelé le positionnement et les valeurs portées par Calédonie Ensemble, Philippe Gomès a délivré un scoop aux auditeurs de Océane FM : Cynthia Ligeard sera très vraisemblablement la tête de liste du RUMP aux prochaines élections provinciales. Cela permettra à Pierre Frogier d’éviter une nouvelle fois le suffrage universel…

Retrouvez ci-dessous l’intégralité de la retranscription de l’émission:

Journaliste : Nous avons le plaisir de recevoir Philippe Gomès, député de la seconde circonscription, qui fait sa rentrée politique. Philippe Gomès, bonjour.

Philippe Gomès : Bonjour.

Journaliste : Et merci d’avoir accepté notre invitation. Vous êtes depuis, plusieurs semaines, particulièrement discret. Les raisons de ce silence ?

Philippe Gomès : Il y a pas de silence en particulier, on a tenu un certain nombre de conférences de presse sur des sujets importants pour la vie quotidienne des Calédoniens. C’est plutôt Philippe Dunoyer et Philippe Michel, l’un étant porte-parole de mon mouvement, et l’autre secrétaire général, qui s’y sont attelés. Par ailleurs, Sonia Lagarde et moi-même, nous avons, d’une part, notre travail à l’Assemblée nationale, et puis, d’autre part, la nécessité de rendre compte à nos électeurs, sur le terrain, de ce que nous faisons aujourd’hui, et du respect des engagements que nous avons pris à l’égard des Calédoniens. C’est pour ça que nous avons fait un certain nombre de tournées, Sonia notamment sur les îles Loyauté récemment, en ce qui me concerne dans l’intérieur, et plus particulièrement en province Nord. Voilà, c’est un petit peu le travail auquel nous nous sommes attelés. Par contre, le groupe Calédonie ensemble, au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, a déposé une proposition de loi et des propositions de délibérations qui vont révolutionner. « Révolutionner », je mesure le terme que j’utilise, « révolutionner la vie économique du pays ». C’est la loi antitrust, loi dont on parle, en ce qui nous concerne, depuis un certain nombre d’années.

Journaliste : L’un de vos engagements de la campagne électorale.

Philippe Gomès : Je vous félicite pour cette mémoire, c’est pas le cas de tous les journalistes, mais, oui, c’était un engagement majeur de notre campagne électorale et le texte était quasiment prêt lorsque je présidais le gouvernement, avant qu’il ne soit renversé en février 2011, parce que le drapeau du FLNKS ne flottait pas sur la mairie de La Foa. Ben, nous n’avons pas lâché l’affaire. Nous avons continué à travailler, tout seul, sans administration, juste le groupe des élus et de quelques collaborateurs, et nous avons donc déposé sur le bureau du Congrès cette loi antitrust et elle sera examinée par le Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Elle est inscrite à l’ordre du jour de la séance du 3 mai prochain. Et cette loi antitrust va révolutionner la vie économique du pays, pourquoi ? Parce qu’une fois qu’elle aura été adoptée, dans aucun secteur d’activité, une entreprise, quelle qu’elle soit, ne pourra détenir plus de 25 % de parts de marché. Je m’explique. On va prendre un secteur, celui de la grande distribution, par exemple. Aujourd’hui, deux entreprises, Carrefour, avec la déclinaison Champion et Discount, Géant, avec la déclinaison Casino et Leader Price, à eux deux, contrôlent 85 % du marché. Comment voulez-vous que, dans ces circonstances-là, on puisse avoir une véritable concurrence qui favorise une baisse des prix ? Ben bien évidemment, on n’en a pas une. L’étude de l’institut de la statistique qui a été rendue à la fin de l’année 2012 témoigne que le même chariot, avec les mêmes produits, rempli en métropole et rempli, soit à Carrefour, soit à Géant, c’est deux fois le prix métropolitain. Donc, qu’on ait un prix supérieur, parce qu’on est plus loin, parce qu’on est une île, c’est normal, que ce soit deux fois le même prix, c’est pas normal. Donc, voilà pourquoi notre loi, elle va changer quoi ? Elle va obliger ces entreprises à diminuer leurs parts de marché et à descendre jusqu’à 25 % au maximum. Ce qui permettra à d’autres entreprises, je vais citer des noms, mais c’est pas exhaustif, c’est juste pour illustrer les choses, au groupe Leclerc de venir s’installer en Nouvelle-Calédonie, au groupe Auchan de se développer en Nouvelle-Calédonie, à « U », hyper U, Super U, puisqu’un certain nombre de promoteurs ont, aujourd’hui, des projets. Et, là, aujourd’hui, les Calédoniens n’ont le choix, en réalité, qu’entre deux groupes, eh ben, demain, ils auront le choix entre au moins cinq groupes. Donc, vous voyez, ça va révolutionner les choses. On vient de parler de la grande distribution, je peux parler des concessions automobiles, aujourd’hui, qui sont un secteur hyper concentré, on le voit, là aussi, quand on paye le prix des véhicules. Il suffit de regarder les publicités à la télé sur combien ça coûte en France et combien on nous les facture, ici. Vous avez compris que tout ça, ça finit quand même dans un certain nombre de poches extrêmement limitées. Le secteur des assurances, etc. Donc, c’est, à la fois une très bonne nouvelle, une fois qu’elle aura été adoptée, cette loi, pour les Calédoniens, mais c’est aussi une très bonne nouvelle, et je tiens à insister là-dessus, pour tous les entrepreneurs du pays. Parce que, dans notre pays, il y avait beaucoup de Calédoniens qui souhaitaient entreprendre, qui souhaitaient se développer, qui souhaitaient créer des entreprises, qui souhaitaient développer les entreprises dont ils disposaient et qui n’y arrivaient pas, parce que, lorsqu’on a un ou deux acteurs dans un secteur, ils verrouillent tout et on peut plus progresser, on peu plus prospérer, on peut plus se développer. Cette loi, elle permettra à tous les entrepreneurs calédoniens qui n’arrivaient pas à développer leur entreprise, désormais de pouvoir le faire, parce qu’elle obligera les entreprises calédoniennes à ne plus avoir plus de 25 % de parts de marché dans un secteur d’activité quel qu’il soit. Dernière chose, et j’en termine sur le sujet, mais je me permets de parler un peu longtemps de ce sujet, parce que vous savez, c’est la vie concrète. Je sais, on parle beaucoup, Frogier, Yanno, Loueckhote, machin, bon, on va en parler après, mais, ça, ça remplit pas les assiettes des Calédoniens, c’est d’autres préoccupations qui sont aujourd’hui les leurs. Et donc, une fois que cette loi aura été adoptée, cette loi antitrust, il faut la faire respecter, parce que vous comprenez bien qu’on peut adopter toutes les lois du monde, si elles ne sont pas respectées, elles servent à rien. Et donc, on a milité, avec Calédonie ensemble, avec Sonia Lagarde à l’Assemblée nationale, pour qu’au comité des signataires, qui s’est tenu en décembre 2012, la loi organique, c’est-à-dire la loi qui fixe le statut de notre pays dans le cadre de l’Accord de Nouméa, que la loi organique soit modifiée pour qu’une autorité indépendante de la concurrence soit créée. Cette autorité indépendante de la concurrence sera composée de magistrats, elle sera totalement indépendante des lobbys économiques ou politiques, ou médiatiques du pays. Elle disposera d’un pouvoir d’enquête et de sanction et elle pourra aller jusqu’à délivrer, c’est un terme barbare, ça s’appelle des « injonctions structurelles ». Ça veut dire quoi ? Ça veut dire obliger une entreprise qui détient plus de 25 % des parts de marché à vendre une part de son activité à un concurrent. Donc, vous voyez, cette loi, une fois qu’elle aurait été adoptée, et j’espère qu’on trouvera la majorité nécessaire au Congrès, parce que, vous savez, les grosses boîtes, elles ont quand même des relais au sein de l’assemblée, eh ben, à partir de ce moment-là, la vie du pays en sera changée, pour les Calédoniens en termes de prix, et pour les entrepreneurs du pays qui pourront se développer.

Journaliste : En termes de date, ce serait pour quand ?

Philippe Gomès : Alors, la loi, elle est inscrite, aujourd’hui, à l’ordre du jour de notre séance du Congrès du 3 mai, et la modification de la loi organique, pour créer l’autorité de la concurrence, elle est prévue au mois de juin, c’est la date qui avait été prévue par le comité des signataires. Après, il faut bien sûr le décret d’organisation de cette autorité, la nomination des membres de cette autorité. Donc, en clair, je pense que d’ici la fin de l’année, on aura une loi antitrust applicable et une autorité, chargée de la faire respecter, en ordre de marche. Ça sera un grand pas pour le pays vous savez, et on n’a pas fini d’en mesurer les conséquences.

Journaliste : Retour sur un événement qui continue à faire polémique, la révision des listes électorales. Votre sentiment, et ensuite qui doit voter, quelles sont vos propositions ?

Philippe Gomès : En ce qui concerne la liste électorale, qui doit voter ? C’est prévu dans l’Accord de Nouméa, celles et ceux qui sont inscrits avant novembre 98 sur la liste électorale peuvent voter aux élections provinciales. Et puis après, il y a ce que l’on appelle le corps électoral gelé, c’est-à-dire celles et ceux qui sont arrivés après 1998, et ils sont nombreux, de 23 mille au total, et qui, eux, ne peuvent pas voter aux élections provinciales, qui peuvent voter aux élections municipales, présidentielles, européennes, etc. Nous, ce qu’on dit à Calédonie ensemble, depuis l’origine, c’est que d’abord, le corps électoral aurait dû être glissant, c’est pas tout bloquer en 98, c’est : tu arrives en 2000, tu pouvais voter en 2010, tu arrives en 2002, tu pouvais voter en 2012. C’est pas ce qui a été choisi, puisque la réforme constitutionnelle de 2007 est en réalité gelée. Ceux qui sont arrivés après 98, ils peuvent pas voter. Donc, ça, c’est un premier scandale, et puis on a, lors des élections législatives, rappelé un deuxième scandale, on va appeler ça « le scandale dans le scandale », c’est que dans les 23 mille qui peuvent pas voter, qui habitent dans notre pays, qui y vivent, ils sont nés en Nouvelle-Calédonie. Il y en a 4 mille qui sont nés en Nouvelle-Calédonie. Donc, l’objectif de ce corps électoral, c’était pas d’empêcher des Calédoniens de voter, d’ailleurs sur ces 4 mille, il y a 1800 Kanaks et 2200 ou 2400 d’autres ethnies. Donc, nous, nous avons demandé à ce que les modalités d’inscription sur la liste électorale pour ces gens-là soient assouplies, parce que c’est une injustice quand on est né dans un pays, qu’on puisse pas désigner ses représentants. La deuxième chose que je veux dire sur ce sujet, c’est qu’il y a eu une attitude scandaleuse, inadmissible, inacceptable, intolérable, raciste, de la part du Parti travailliste, du DUS, que personne ne connaît, ça s’appelle Dynamique unitaire Sud, c’est des dissidents du Palika, emmenés par Sylvain Pabouty, et de certains membres de l’UC, qui a consisté à tenter d’obtenir la radiation de la liste électorale d’un certain nombre de Calédoniens, au motif que leur nom était un nom qui n’était pas un nom kanak. Vous vous rendez compte ? Donc, ça, c’est inacceptable. C’est une action à caractère raciste, on peut pas parler de destin commun et faire des choses comme ça. En plus, ça a fait flop-flop, parce qu’ils peuvent faire tous les recours du monde, il faut prouver que la personne a vocation à ne pas être inscrite sur la liste, et ce qui me fait plaisir, je le dis à votre antenne, ce qui me fait plaisir, c’est que des indépendantistes ont condamné cette attitude. Celui qui l’a fait, c’est Charles Washetine, qui est le porte-parole du Palika.

Journaliste : À notre micro aussi.

Philippe Gomès : À votre micro, eh ben je suis heureux qu’il ait pu le faire, où il a dit que ce qui s’est passé, là, est quelque chose qui constitue un dérapage, je reprends ses termes, qui discrédite les indépendantistes qui l’ont fait et qui doit être condamné. Donc, je suis heureux que des indépendantistes condamnent les actions extrémistes d’autres indépendantistes. Je rappelle que le Parti travailliste qui a mené cette action fait partie de la coalition avec le Rassemblement UMP et l’Avenir ensemble, Leroux et Loueckhote. Donc, attention à certaines fréquentations, je suis pas sûr qu’elles soient très productives pour le pays.

Journaliste : Le Congrès vient d’installer la commission spéciale chargée de rechercher en commun le drapeau du pays, vous avez porté cette revendication, vous êtes satisfait ?

Philippe Gomès : Ah ben, écoutez, on revient de loin, c’est grâce aux Calédoniens. Je vais vous dire que si les Calédoniens, en juin 2012, ils avaient pas dit stop à la politique qui a été menée par la coalition, s’ils avaient pas renvoyé Gay d’un côté, au Mont Dore, et Yanno de l’autre, à Nouméa, et donc fait confiance à votre serviteur et à Sonia Lagarde, on n’en serait pas là. On a réussi donc, depuis cette élection, à faire aboutir quelque chose qu’on demande depuis plus de deux ans, qui est la création d’une commission au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, qui associe tous les partis politiques, et qui recherche en commun, j’utilise les termes de « recherche en commun », parce que ce sont les termes de l’Accord de Nouméa, ce sont pas les miens. « Recherche en commun un drapeau qui incarne, je cite toujours l’Accord de Nouméa, l’identité kanake et le futur partagé entre tous ». Est-ce que le drapeau du FLNKS qui flotte, aujourd’hui, au-dessus d’un certain nombre de bâtiments publics a été recherché en commun ? Non, ça, il a été recherché tout seul par le FLNKS, et il nous a été imposé. Deux, est-ce que ce drapeau incarne l’identité kanake et le futur partagé entre tous ? Ah ben, non, il incarne une part de l’identité kanake, les Kanaks indépendantistes, et le futur partagé entre tous, sûrement pas. Trois, est-ce qu’il a été adopté par une loi de pays ? Non plus, c’est un simple vœu qui a été émis par le Congrès. Donc, maintenant, grâce au vote des Calédoniens, grâce aussi à l’action déterminée de Calédonie ensemble, depuis l’origine, sur le sujet, la commission a été créée par le Congrès et tous les groupes politiques ont voté, vous voyez le changement ? L’UC l’a voté, le Palika l’a voté. Les seuls qui se sont abstenus, c’est le Parti travailliste, on a compris pourquoi. Cette commission est désormais en place et elle a vocation, pendant l’année 2013, de rechercher en commun ce drapeau. C’est-à-dire quoi ? C’est-à-dire, d’abord, de tenir des audiences publiques, pour entendre celles et ceux qui veulent l’être, les représentants des communautés, des forces vives du pays, les associations diverses et multiples en matière culturelle, qui œuvrent  chez nous, et puis aussi aller redonner la parole aux Calédoniens sur le terrain. Et nous, à Calédonie ensemble, on est très motivés là-dessus, que cette commission aille tenir des réunions dans les mairies, dans les maisons de quartiers, dans les tribus, dans les vallées, dans les villages, pour recueillir l’avis du peuple. Comment on peut prétendre imposer un drapeau au pays sans qu’à aucun moment, le peuple n’ait dit comment il voit les choses, comment il conçoit le destin commun. Pour nous, à Calédonie ensemble, c’est simple, destin commun, égale drapeau commun. C’est la pierre blanche qu’il doit y avoir sur le chemin du destin commun que nous devons construire ensemble. Donc, oui, nous avons progressé. Le chemin, il va pas être simple, c’est pas moi qui va vous raconter qu’à la fin de l’année, on va adopter un drapeau commun, il faut arrêter de dire des choses qui sont inexactes, non. Mais on a engagé cette démarche, elle sera longue et elle sera difficile, elle sera peut-être douloureuse, mais elle est nécessaire pour notre pays. Elle est nécessaire pour que tout le peuple calédonien, un jour peut-être, se reconnaisse dans un drapeau qui lui rassemble.

Journaliste : L’usine du Nord vient de fêter sa première coulée de nickel. En tant que député de cette circonscription, quels sont les autres projets de développement que vous portez ?

Philippe Gomès : Moi, je soutiendrai bien sûr les projets de développement portés par la Nouvelle-Calédonie, la province Nord ou les communes, qu’il s’agisse de développement en matière agricole ou aquacole, qui est une part importante de l’âme de la brousse, de l’âme du Nord, de l’âme du pays. Qu’il s’agisse de rééquilibrage au profit de la côte Est, parce que vous savez, aujourd’hui, la côte Est, elle se vide de ses habitants. Les habitants de la côte Est, ils viennent, soit en province Sud, dans le grand Nouméa, soit sur la côte Ouest, sur la zone VKP. Donc, il faut vraiment prendre à bras le corps la problématique de la côte Est, autrement, la côte Est, demain, ça sera comme les îles Loyautés, il restera plus que les vieux et les gosses. Et on aura dans notre île, dans notre archipel, des zones qui seront complètement désertées, c’est pas une bonne chose en termes de politiques d’aménagement du territoire. En ce qui concerne l’usine du Nord, un mot quand même, j’ai été invité à l’occasion de cette coulée, qui était la première coulée de l’usine, vendredi dernier, une émotion immense. Je vous assure, une des émotions les plus fortes de ma vie politique, parce qu’on sent que quelque chose d’extraordinaire s’est passé, là. Que ce rêve, vieux de 40 ans, même peut-être 50 ans, parce que le général De Gaulle en a parlé pour la première fois en 1966, que des vieux Calédoniens ont soutenu. Je rappelle le combat permanent qu’a mené Robert Frouin, élu de la province Nord, maire de Koumac pendant des années, en faveur de cette usine. Un chemin difficile pour accéder à la ressource, le Koniambo, autrement il ne pouvait pas y avoir d’usine. Les doutes qui ont été émis, de manière permanente, je pense à Pierre Frogier et au Rassemblement UMP, « ça se fera pas, ils sont pas capables, il faut que ce soit la SLN qui fasse », etc., etc. Enfin, bon, même si maintenant, la victoire est belle, il  ya des convertis de la 25e heure, bon. Et au total, ça y est, elle existe. Elle va générer directement près de mille emplois, les emplois indirects et induits qui seront au nombre de 2 mille à 3 mille. On va enfin avoir, en province Nord, un véritable pôle de rééquilibrage économique et urbain. Donc, c’est pour notre pays un saut formidable. C’est aussi un saut formidable en matière de souveraineté économique. La souveraineté économique, c’est important, ça permet de moins dépendre des autres, et notamment de moins dépendre aujourd’hui des flux financiers de la métropole. Vous savez que c’est 140 milliards de francs CFP qui, chaque année, irriguent notre pays, ça représente quasiment 20 % de notre PIB, c’est pas rien. Et vous avez vu les difficultés colossales que la France doit assumer avec beaucoup d’autres pays européens, l’Espagne, l’Italie, la Grèce, etc. Donc, on a intérêt, nous, en Nouvelle-Calédonie, à être plus forts économiquement, plus fort en termes de création de richesse et de valeur ajoutée dans notre pays, pour moins dépendre de flux qui, éventuellement, pourraient un jour ou l’autre être moins puissants à nous irriguer. Donc, ce pas vers la souveraineté économique du pays, c’est pour nous, à Calédonie ensemble, quelque chose d’important, d’autant plus qu’on a toujours défendu une chose très simple, la maîtrise de nos ressources naturelles, la maîtrise de notre développement métallurgique. On a toujours été favorables aux 51 % dans l’usine du Nord, c’est une chose formidable pour nous, on a toujours été favorables aux 51 % dans la SLN, parce qu’on doit disposer de la maîtrise de cet outil, qui est l’outil métallurgique fondamental dans le pays. Et on a toujours considéré qu’au bout du compte, quand on aura 51 % dans la  SLN, 51 % dans l’usine du Nord et 51 % dans Posco, en Corée, qu’à partir de ce moment-là, ces participations doivent être rassemblées dans ce qu’on pourrait appeler un holding, de façon à ce qu’on dépasse l’intérêt privé de chacune des entreprises pour œuvrer en faveur de l’intérêt général du pays.

Journaliste : Donc, une politique industrielle commune ?

Philippe Gomès : Une politique industrielle commune, à l’échelle du pays, au-delà des intérêts propres des opérateurs. Il nous faudra, à un moment, les dépasser pour construire une politique qui vise l’intérêt général du pays. C’est une prochaine étape, ça sera une étape compliquée, difficile, mais elle est essentielle, parce qu’elle conditionne également le développement de notre souveraineté économique.

Journaliste : Justement, vous parliez de l’usine du Nord et des retombées économiques, est-ce que cela va légitimer un petit peu plus la position notamment des partis non-indépendantistes et de la province Sud à demander à rediscuter de la clé de répartition ?

Philippe Gomès : Nous, à Calédonie ensemble, on a déposé deux projets de lois qui sont sur le bureau du Congrès. Il suffit qu’elles soient inscrites à l’ordre du jour pour que la province Sud n’ait plus de problème. Pourquoi ? Je le dis pour resituer le débat. Dans la loi organique, il est prévu que le Congrès peut, à la majorité des trois cinquièmes, modifier la clé de répartition telle qu’elle existe. Cette modification est indispensable, et elle ne porte pas atteinte à l’esprit, ni à la lettre de l’Accord de Nouméa, puisqu’elle est prévue par la loi organique. On peut pas faire mieux. D’ailleurs, notre proposition de loi a été soumise à l’avis du conseil d’État qui a donné un avis favorable. Pourquoi cette modification est indispensable ? Je le dis en deux mots, c’est vachement simple, c’est qu’en 1989, lors du recensement de la population en Nouvelle-Calédonie, la province Sud représentait 67 % de la population du pays, la province des Îles représentait 17 % de la population du pays et la province Nord représentait le reste. 20 ans après, en 2009, le même recensement général de la population, la province Sud représente plus 67 % de la population du pays, mais 75 % de la population du pays. Elle a augmenté d’abord sous l’afflux de personnes extérieures, et notamment bien sûr de Métropolitains qui sont venus travailler en Nouvelle-Calédonie, mais la population de la province Sud a augmenté aussi du fait de flux intérieurs qui viennent de la province des Îles Loyauté et de la province Nord. La province des Îles, elle, qui représentait 17 % de la population, représente plus, aujourd’hui, que 11 % de la population. Donc, il s’agit pas de remettre en cause les équilibres qui ont été prévus lors des Accords de Matignon et qui ont permis la mise en œuvre de cette clé de répartition, il s’agit de revenir à la discrimination telle qu’elle existait en 89, de la remettre au même niveau que celle de 89, étant donné que la population, aujourd’hui est… Donc, voilà ce qui est indispensable et qui est susceptible d’être fait, à mon avis, s’il y a un minimum de bonne volonté de part et d’autre. En tout cas, nous, c’est un dossier où on s’est pas contenté d’en parler à la radio, à la télé ou dans les journaux, on a conçu des propositions de lois, elles ont été déposées, elles ont été validées par le conseil d’État et elles peuvent être votées demain.

Journaliste : Récemment, il y a eu deux événements importants dans le camp loyaliste, le départ de Gaël Yanno et de ses soutiens du Rassemblement et le congrès du RUMP, samedi dernier, à Bourail. Le départ des yannistes, comment analysez-vous cette scission, ça vous fait plaisir ?

Philippe Gomès : Ni plaisir, ni déplaisir. Ce que je veux dire, c’est que nous, on compte sur nos propres forces, sur nos propres convictions, nos propres valeurs, nos propres projets de société, nos propres projets politiques pour faire en sorte d’être entendus par les Calédoniens, à l’occasion des prochaines élections provinciales qui se tiendront en 2014. Vous savez, on n’a pas de victoire, on ne construit pas de victoire sur les faiblesses des autres, voilà, c’est un principe de base, et donc, pour le Rassemblement UMP, je sais pas ce qui se passe, j’ai vu que ça alimente beaucoup les conversations de ci, de là, mais, en ce qui concerne Calédonie ensemble, ça ne prête pas à discussion particulière. Nous, en plus, on est dans une situation spéciale, on est la première formation politique du pays, devant le FLNKS, devant le Rassemblement UMP, devant toutes les autres. On a, aujourd’hui, aux élections législatives, rassemblé 25 mille voix au premier tour, 45 mille au deuxième tour, donc, on a une légitimité qui est forte, pour une simple et unique raison, c’est le peuple qui nous l’a donnée. Vous savez, un homme politique, il existe pas par lui-même. La seule légitimité qui lui permet de parler et de s’exprimer, c’est celle que lui donne le peuple. Si aujourd’hui je suis invité par vous, c’est parce que le peuple m’a confié une part de sa confiance à l’occasion des dernières élections et que j’essaye, aujourd’hui, d’en être digne, et c’est ce que j’essaye de faire dans la vie de tous les jours et dans ma défense des intérêts du pays. Donc, on a cette responsabilité particulière, a fortiori, à l’approche des élections de 2014, puisqu’on rentre dans une séquence qui est quand même une séquence unique dans l’histoire du pays, avec un référendum pour ou contre l’indépendance, et donc, on concentre notre action et notre travail sur la définition de notre projet politique dans la perspective de ces élections. Et ce qui se passe à côté ne doit pas appeler particulièrement notre attention, on le constate simplement.

Coupure de la connexion Internet

 

Philippe Gomès : …, elle prend les Calédoniens pour des billes. C’est pas la première fois que le Rassemblement UMP les prend pour des billes. Ils devaient purger l’indépendance dès 2014, afin qu’après, on n’en parle plus, puis une fois que les élections sont passées, ils ont imposé le drapeau du FLNKS aux Calédoniens, après avoir dit « jamais le drapeau du FLNKS » pendant la campagne. Ce que je veux dire, c’est que c’est quand même, un mode de fonctionnement assez classique de ce parti. Donc oui, quand on a un siège à l’ONU, on est un État souverain, autrement, on ne peut pas avoir de siège à l’ONU. Donc, mademoiselle Rufenacht cite le cas de l’Ukraine et de la Biélorussie, pour essayer d’embourber un peu les Calédoniens en disant « mais non, si, il y avait déjà des États qui avaient leur siège à l’ONU, mais qui n’étaient pas indépendants ». C’est pas faux, l’Ukraine et de la Biélorussie, elles ont été intégrées lors de la création de l’ONU, c’est-à-dire après la deuxième guerre mondiale, il y a plus de 50 ans, et c’est le seul cas de figure, parce que c’est au moment de la création de l’ONU que ça s’est passé. Mais depuis lors, jamais aucun État n’a pu intégrer l’ONU s’il n’était pas souverain, et c’est comme ça que la souveraineté égale siège à l’ONU. Je vais vous donner un exemple dans le Pacifique. Les îles Cook, qu’on considère, nous, comme un État, n’est pas un État souverain, et c’est parce qu’il n’est pas un État souverain qu’il ne peut pas avoir son siège à l’ONU. Donc oui, Pierre Frogier, quand il dit, et c’est un sujet important parce que je vois qu’ils essayent de se dépatouiller en disant que ce n’est pas vrai et de se laver les mains. Non, non, ils ne vont pas se laver les mains, je ne les laisserai pas faire sur le sujet, parce que c’est trop important pour l’avenir du pays. Il faut dire aux Calédoniens ce qu’on va faire, faire ce qu’on dit, et dire ce qu’on fait. Et là, en l’espèce, je crois que le Rassemblement UMP fait exactement le contraire. Donc oui, il a indiqué qu’il fallait une représentation internationale, c’est donc un siège à l’ONU, et oui, il a indiqué au comité directeur qui s’est tenu à Boulouparis, en octobre 2010, vous vous en souvenez, qu’il fallait que la Nouvelle-Calédonie délègue les compétences régaliennes à la France. Vous vous souvenez de ça ! Comment vous voulez qu’on délègue des compétences régaliennes qu’on n’a pas ? Si on délègue des compétences régaliennes, c’est dire qu’on nous en a données, oui ou non ? Si on nous les a données, c’est dire qu’on est un État, oui ou non ? Donc, il faut bien qu’on passe par la case État pour avoir des compétences régaliennes, que, dans l’hypothèse de Pierre Frogier, on redélèguerait à la France. Donc voilà, un certain nombre d’éléments qui témoignent, de manière assez claire, me semble-t-il,  sauf pour celles et ceux qui veulent ne plus se souvenir de ce qui a été dit, du fait que c’est bien vers une indépendance association à la Pisani que le Rassemblement UMP nous a engagés. Et d’ailleurs, ils se prennent un peu les pieds dans les files, parce que, bien sûr, à force de dire tout et son contraire, on finit par avoir des difficultés à marcher droit. Et donc, toujours madame Rufenacht, elle dit, à la fin d’une des interventions, « nous voulons que la Calédonie reste dans la France », et puis elle dit « et que nous gardons notre nationalité française ». Oh, ben attends, si on reste dans la France, ça va de soi, non, qu’on garde la nationalité française ! C’est si on ne reste pas dans la France que, le cas échéant, la question de la double nationalité peut se poser. Donc, ils finissent eux-mêmes par se prendre les pieds dans leurs files. Donc, il faut que les Calédoniens sachent que, si on n’a pas accéléré sur la voie de l’indépendance association, c’est grâce à eux, parce qu’en juin 2012, ils ont dit stop à cette dérive qui commençait par le drapeau dans leur dos et qui aurait fini par l’indépendance association dans leur dos.

Journaliste : Comment abordez-vous les élections provinciales de 2014, et dans cette perspective, la main tendue de Pierre Frogier via Simon Loueckhote ? Vous la serrez ?

Philippe Gomès : Je ne sais pas où vous avez vu une main tendue, je pense qu’on n’a pas vu les mêmes codes.

Journaliste : Si, il appelle à un regroupement de toutes les forces loyalistes, non pas autour, je l’ai bien fait préciser hier à Virginie Rufenacht, non pas autour du Rassemblement UMP, mais à côté, pour faire cesser les batailles d’égos et les divisions, et pour gagner les provinciales ? Même argument de la part de Gaël Yanno avec l’union pour la France.

Philippe Gomès : En tout cas, la porte-parole nouvelle du Rassemblement UMP a indiqué, hier à votre micro, « nous ne voulons pas travailler avec les dirigeants de Calédonie ensemble ».

Journaliste : Exact.

Philippe Gomès : Donc, je ne sais pas où vous avez vu une main tendue. À mon avis, c’est plus un refus, enfin, me semble-t-il. Donc, ce que je veux dire, c’est quoi ? Tout ça, c’est de la posture médiatique.

Journaliste : À Bourail, Pierre Frogier a lancé cet appel.

Philippe Gomès : C’est pas la première fois qu’il lance un appel. Je rappelle qu’il a lancé cet appel, c’est un peu une mécanique de l’appel à l’union pour la France, dès lors qu’il est un peu en difficulté. Sauf qu’il faut quand même qu’il revisite la manière de se positionner. Il l’a fait juste avant que mon gouvernement, que je présidais, soit renversé en février 2011, c’était à l’assemblée de la province Sud en décembre 2010. Les Nouvelles titraient « La main tendue de Pierre Frogier », et par en-dessous, il agitait Charlie Pidjot pour que Charlie Pidjot renverse le gouvernement. Je rappelle qu’avant les législatives, vous vous souvenez, il a fait aussi la main tendue de Pierre Frogier pour qu’il y ait un candidat par circonscription. Et d’ailleurs, Isabelle Lafleur, qui s’est précipitée sur cette main tendue, et là, hop, Pierre Frogier l’a retirée en disant « non, c’est trop tard, il aurait fallu que vous veniez avant ».

Journaliste : Elle l’avait d’ailleurs signalé sur les ondes de radio Océane.

Philippe Gomès : Oui. Donc, ce que je veux dire, c’est qu’il ne faut pas avoir honte, il faut être clair, il ne faut pas avoir honte pour refaire le coup de la main tendue. En réalité, il n’y a pas plus de mains tendues que de (?), la réalité, elle est très simple. Ils sont en train de faire un nouveau packaging. Donc, il y a la plateforme, et c’est pas lui qui va le faire, donc, il demande à Simon Loueckhote de s’y atteler. Simon Loueckhote va aller voir Didier Leroux et dire « Didier Leroux, tu viens sur notre plateforme ? » Didier va dire « oui, oui ». Après Simon Loueckhote, il va aller voir Harold Martin, avec qui il a fait une liste en 2009, « Tu viens sur notre plateforme ? ». Harold Martin va dire oui. Et puis voilà, ils vont faire leur plateforme à quatre. Mais ce que je veux dire, c’est que la plateforme à quatre, elle existe déjà, elle s’appelle la coalition. Il y a bien, aujourd’hui, Didier Leroux, Harold Martin, Pierre Frogier, et Simon Loueckhote qui sont dans la coalition avec le Parti travailliste et l’UC. Donc, cette plateforme n’est qu’un papier cadeau nouveau sur les partis qui ont décidé de travailler et de gouverner avec le Parti travailliste et l’UC. Et pourquoi ils ont pris cette initiative ? C’est très simple, c’est parce que Gaël Yanno a lancé son « union pour la France ». Donc, ils ne voulaient pas en rester en reste, et donc, ils ont lancé, eux, de leur côté, cette plateforme commune. En ce qui nous concerne, à Calédonie ensemble, nous, on ne considère pas que, empiler des personnalités, juste avec quelques slogans, sans véritable projet, ça constitue véritablement une bonne chose pour le pays. Nous, on a une identité propre, Calédonie ensemble, nous sommes un parti calédonien, nous sommes un parti favorable à une mise en œuvre pleine et entière de l’Accord de Nouméa, nous assumons tout ce qui relève de l’accord, dans toutes ses dimensions. Nous sommes pour une Calédonie émancipée, au sein de la République, qui se gouverne elle-même. Nous sommes pour une Calédonie solidaire, parce que le vrai scandale de notre pays, ce sont bien sûr les injustices sociales, les inégalités sociales, et nous devons faire en sorte que si le destin commun arrive, un jour, dans notre pays, et susceptible d’être construit, et susceptible de nous rassembler, c’est bien sûr en luttant d’abord contre les inégalités sociales. Nous sommes pour aller au bout de l’Accord de Nouméa, mais pour rester au sein de la République parce que, comme je le dis souvent, la République, c’est un peu comme le récif autour de notre île, ça nous protège. Ça nous protège de qui ? Ben d’abord, des prédateurs extérieurs. Les Chinois sont en train de racheter, avec de grosses liasses, toutes les îles du Pacifique, les unes après les autres. Et moi, je crains, hélas, que si la Nouvelle-Calédonie, un jour, devait s’aventurer sur les rivages de l’indépendance, on soit très rapidement sous une mainmise chinoise, ici, d’autant plus que nous avons des ressources naturelles qui sont susceptibles de les intéresser particulièrement. Donc oui, la République, c’est un récif, ça nous protège de l’extérieur, et la République, ça nous protège aussi de certains d’entre nous. Vous savez, dans cette affaire de drapeau, que j’ai vécue ces trois dernières années, j’ai quand même fait l’objet d’attaques incessantes, d’une mobilisation totale. Imaginez qu’on ait été indépendant, je vais vous dire, ça fait longtemps que je serais au camp Est avec les autres opposants politiques, parce que ça se passe comme ça. À Fidji, tous les opposants politiques ou syndicaux sont au camp Est. Vous avez bien vu qu’aux Salomon, en Papouasie Nouvelle-Guinée, le Premier ministre, il part, il revient, il y en a un qui a pris sa place. Ce que je veux dire, c’est que, au total, certes, nous devons nous gouverner nous-mêmes, et nous, à Calédonie ensemble, nous souhaitons nous gouverner nous-mêmes, affirmer notre identité, une identité propre. Nous sommes Calédoniens, nous avons notre histoire, nous sommes un pays pluriel, aux cultures plurielles, aux langues plurielles, avec le rapport au monde qui est le nôtre, qui est celui de la Mélanésie, qui est celui de l’Océanie, mais en même temps, se gouverner nous-mêmes avec des limites qui nous protègent aussi, quelque part, de certains d’entre nous.

Journaliste : Calédonie ensemble part en solo aux élections ?

Philippe Gomès : Calédonie ensemble a une identité propre et nous considérons que c’est pas en empilant des personnalités pour tenter d’accéder à des sièges que nous avons vocation à construire un pays. Pourquoi Leroux ne va pas tout seul aux élections ? Parce qu’il ne passe pas la barre. Pourquoi Martin ne va pas tout seul aux élections ? Parce qu’il ne passe pas la barre, il faut 5 mille voix. Pourquoi Loueckhote ne va pas tout seul aux élections ? Parce qu’il ne passe pas la barre. Et donc, automatiquement, il faut qu’ils s’agrègent pour se faire, les uns et les autres, la courte échelle, de façon à, le cas échéant, passer la barre aux prochaines élections et accéder à des sièges. Et puis, je vais vous livrer un scoop, je prends date, devant vos auditeurs et devant vous aujourd’hui : Pierre Frogier ne mènera pas la liste en 2014. Vous savez qu’il a quand même une capacité extraordinaire à éviter le suffrage universel, parce qu’il parle au nom du peuple, mais il évite de se soumettre au jugement du peuple. Il nous a déjà fait le coup aux législatives. Il était député en titre, c’est pas son activités à l’Assemblée nationale qui peut en témoigner, mais enfin, il était député en titre jusqu’en juin 2012. Qu’est-ce qu’il a fait en septembre 2011, quand il voyait quand même que sa politique menée dans le dos des Calédoniens était quand même assez mal perçue ? Hop, il a glissé aux sénatoriales. C’était plus facile de se faire élire sénateur par 200 conseillers du Rassemblement UMP, le petit doigt sur la couture du pantalon, que d’aller affronter 100 mille électeurs dans la circonscription. Eh ben là, aux provinciales de 2014, de la même manière, il va éviter d’avoir à se confronter avec les électeurs, et la tête de liste, je vous la donne en avant-première, ce sera Cynthia Ligeard. La mise en orbite médiatico-politique qui est en cours aujourd’hui, c’est pour faire en sorte que Cynthia Ligeard tire cette liste. Et donc, à la sortie, Pierre Frogier se mettra de côté en disant « voilà, c’est pour conseiller les jeunes et permettre à une nouvelle génération. Que nenni, c’est pas pour conseiller les jeunes, c’est pour éviter, le cas échéant, de se prendre une fessée électorale, une fessée électorale que les Calédoniens aimeraient bien lui mettre et qu’il mérite.

Journaliste : Après la prochaine mandature de 2014, comment voyez-vous l’avenir institutionnel du territoire ? Proposition et alliance. Rapidement.

Philippe Gomès : Rapidement, c’est compliqué de parler de 2014 rapidement, mais si vous m’obligez à le faire, je vais le faire. Je crois que les Calédoniens, lors des élections provinciales de 2014, ils n’ont pas 150 questions à se poser. La question est simple : on rentre dans une période particulière de l’histoire de notre pays. Pour la première fois, on va devoir, d’une manière ou d’une autre, choisir  notre destin, dans le cadre d’un référendum, et tous les Calédoniens auront à se prononcer. Ce référendum sera organisé, soit en 2014, en 2015, 2016 ou 2017, si le Congrès le décide à la majorité des trois cinquièmes, c’est-à-dire 33 membres sur 54, soit en 2018, obligatoirement par l’État, si jamais le Congrès ne l’a pas décidé. Si les Calédoniens disent non une fois à l’indépendance, un nouveau référendum sera organisé en 2020, et s’ils disent non une nouvelle fois, un nouveau référendum sera organisé en 2022. Voilà aujourd’hui le schéma prévu en ce qui concerne la sortie de cet accord. Donc vous voyez, pourquoi je rappelle…

Journaliste : Donc, au plus tard, 2022.

Philippe Gomès : C’est pour ça qu’on dit, la sortie de l’accord, c’est pas 2014, comme le disait le Rassemblement UMP ou comme le disait Louis Kotra Urégei. La sortie de l’accord, c’est 2018, voire 2022, en fonction des résultats au référendum. Pourquoi je rappelle ça ? Parce que c’est dire à quel point on va rentrer dans une période totalement nouvelle et essentielle pour la vie du pays, c’est-à-dire pour notre capacité à continuer à vivre ensemble et à faire en sorte que nos enfants, demain et après-demain, continuent eux aussi à vivre ensemble. Donc, la question que les Calédoniens doivent se poser, lorsqu’ils mettront un petit bulletin dans l’urne en 2014, c’est : à qui puis-je faire confiance pour négocier la sortie de l’Accord de Nouméa avec les indépendantistes et l’État ? À ceux qui ont hissé le drapeau du FLNKS dans notre dos et qui a emmené le pays vers l’indépendance association ? À ceux qui ont participé à cette politique et qui le regrettent aujourd’hui ? Ou à ceux qui, comme nous, ont toujours tracé un sillon droit et ont maintenu le cap contre vents et marées ? C’est ça, la vraie question. Parce qu’en réalité, aux élections de 2014, c’est bien évidemment chez les non-indépendantistes, la formation politique qui sortira devant, qui sera légitime, qui aura été légitimée par le peuple, à qui le peuple aura fait confiance, qui devra mener les négociations avec les indépendantistes et avec l’État. Et donc, cette légitimité, elle ne pourra être établie qu’à partir du moment où il y a véritablement une large part des Calédoniens qui accorderont leur confiance à une même formation. Et moi, ce que je dis, c’est qu’il faut être solide à ce moment-là, il ne faut pas avoir changé de cap 25 fois, il ne faut pas avoir fait le contraire de ce qu’on dit, il faut être, à la fois, expérimenté et déterminé dans la défense d’une certaine idée du pays. Et je crois que Calédonie ensemble a fait la preuve de sa résistance aux coups, a fait la preuve de sa détermination et a fait la preuve de sa capacité à porter un vrai projet d’identité, d’émancipation et de solidarité au sein de la République.

Journaliste : Sur votre activité au Palais Bourbon, vous avez intégré la commission des affaires étrangères, pourquoi et quel est votre job dans cette commission, vous faites quoi ?

Philippe Gomès : Cette commission est une commission passionnante, il faut le dire, parce que la politique étrangère de la France y est systématiquement disséquée, expliquée, analysée. On a régulièrement, tous les mois, le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, qui vient rendre compte des différents actions diplomatiques qui ont été engagées par la France, dès lors qu’une opération d’importance, comme l’intervention française au Mali.

Journaliste : Vous avez voté pour sa prolongation ?

Philippe Gomès : Oui, bien sûr. Dès lors qu’une intervention importante, comme l’action de la France au Mali, est engagée, à partir de ce moment-là, les ministres et autres responsables viennent rendre compte devant la commission, répondent aux interrogations de la commission. Dès lors qu’un responsable gouvernemental d’un autre pays ou un ambassadeur d’un autre pays est de passage en métropole, à partir de ce moment-là, il est auditionné par la commission. Donc, c’est bien sûr les affaires du monde, donc, c’est bien loin du récif, pour une large part. Mais en même temps, on se rend compte à quel point on est un tout petit confetti dans le Pacifique et ça relativise, bien sûr, un certain nombre de choses. Et puis, la deuxième raison qui m’a conduit à être dans cette commission, c’est que, comme vous le savez, je suis très engagé sur ce qui relève de l’intégration régionale. La Nouvelle-Calédonie doit prendre toute sa place au sein de la Mélanésie, et au sein de l’Océanie, au sein de la région Pacifique qui sera bien évidemment, ou qu’il l’est déjà, la première région politique et économique du 21e siècle. Et donc, pour ce faire, j’ai milité en tant que président du gouvernement pour que la Nouvelle-Calédonie devienne membre à part entière du forum des îles du Pacifique, qui est la première organisation politique régionale. J’ai œuvré aussi pour que des représentants de la Nouvelle-Calédonie soient au sein des ambassades de France dans la région, en tant que délégués du pays, tout ce qui est prévu par l’Accord de Nouméa. Et donc, la politique qui est menée dans la région, par l’Australie, par la Nouvelle-Zélande, par le Japon, par la Chine, d’une manière ou d’une autre, vient impacter l’intégration régionale de la Nouvelle-Calédonie ou peut concerner la politique de la France dans le pacifique. Et donc, être au sein de la commission des affaires étrangères me permet de faire entendre la petite musique du pays, le cas échéant, lorsqu’un certain nombre de sujets nous concernent ou sont susceptibles de nous concerner, me permet aussi d’être informé de ce qui se passe au niveau, non seulement de l’action en matière de politique étrangère de la France, mais également de l’action en matière politique étrangère, je pense à l’Australie ou à la Nouvelle-Zélande. Je suis membre, en ce qui me concerne, pour justement suivre ces sujets-là, des groupes d’amitié France-Australie, France-Nouvelle-Zélande, France-Vanuatu et France Papouasie Nouvelle-Guinée. C’est vous dire que j’entends véritablement, parce que Calédonie ensemble est attaché à l’identité propre du pays, que nous prenions toute notre place dans le concert des pays du Pacifique.

Journaliste : Sur une autre radio de la place, une célèbre chroniqueuse parle de vous comme d’un député centriste. Cela vous fait plaisir, cela vous convient ?

Philippe Gomès : Je trouve que l’imagination ne lui a jamais fait défaut. J’ai fait, une fois, un bilan sur les dix dernières années, vous allez rire, mais on peut rire aussi dans une interview politique, c’est pas interdit par la loi encore, pas encore, ça le sera peut-être un jour, mais…

Journaliste : En tout cas, jamais à Radio Océane, il n’y a pas de souci.

Philippe Gomès : Je vous remercie, mais j’ai fait un petit bilan sur les dix dernières années, de 2004 à 2013, de voir combien de fois j’avais été cité dans cette chronique. En dix ans, vous avez quasiment 500 chroniques. J’ai été cité 412 fois, c’est quand même formidable ! Ce que je veux dire, c’est que je suis quasiment un élément obsessionnel de la chroniqueuse dont vous faites état. Donc, cette plaisanterie mise à part, force est de constater que ces chroniques n’ont pas d’importance que peut-être, elle y accorde plus qu’au total, qu’il s’agisse de 2009 ou 2012, les Calédoniens ont suivi leur chemin indépendamment des chroniques qui me vilipendent à longueur, le lundi matin. Vous savez, le lundi, j’écoute pas cette chronique, mais j’en lis le script, de façon à savoir quelle sont les turpitudes dont je me suis rendu coupable au cours de la semaine écoulée. Sur la question du député centriste, c’est un nouveau qualificatif qui m’est attribué. Centriste, sûrement pas, je ne sais même  pas ce que c’est que le centrisme. J’ai l’impression que c’est, ni de droite, ni de gauche, un peu au milieu, et finalement, nulle part. Non, centriste, je crois pas que ce soit un qualificatif qui soit susceptible de m’être attribué, je pense que ma vie politique et mon parcours politique, le cas échéant, en témoigne. Non, je fais partie d’un groupe qui s’appelle l’UDI, Union des démocrates et indépendants, vous avez vu qu’il n’y a pas le terme de centrisme. Autrement, si c’était un groupe centrisme, il y aurait marqué centriste, c’est pas marqué. C’est Union des démocrates et indépendants, qui est un groupe, en réalité, qui réunit toute la droite parlementaire non UMP. Il y a l’UMP qui est le gros parti politique de droite, avec 200 députés, et puis à côté, il y a l’UDI, qui est un autre parti politique de droite, plus petit, de 30 députés.

Journaliste : Avec, comme leader, Jean-Louis Borloo.

Philippe Gomès : Et dont le leader est Jean-Louis Borloo, qui est d’ailleurs parti radical, qui n’est pas d’une formation centriste. Et dans ce groupement, vous avez les députés centristes du Nouveau centre auquel je n’ai jamais appartenu, qui est toujours le parti d’Hervé Morin, vous aviez les représentants du parti radical, vous avez les députés de Polynésie qui viennent de gagner d’ailleurs les élections aux provinciales et vous avez des députés qui étaient, jusqu’à maintenant, non-inscrits et qui font partie de la droite parlementaire. Donc, qu’est-ce qui caractérise ce groupe, si on veut le distinguer de l’UMP ? On peut dire que c’est une droite modérée, une droite sociale, une droite humaniste, une droite écologiste. Voilà ce qu’on peut dire par rapport à l’UMP. Donc, je fais partie, à titre individuel, je le dis bien aux auditeurs, de ce groupe politique-là, parce qu’il fallait bien siéger au sein de l’Assemblée nationale au sein d’un groupe, si on voulait avoir la capacité à défendre des dossiers du pays, à prendre la parole au nom d’un groupe. Autrement, quand on est non-inscrit, on a quand même tendance à avoir plus de difficulté. Et on l’avait dit à l’occasion des élections, je l’avais dit avec Sonia Lagarde, soit nous resterons non-inscrits, soit nous deviendrons apparentés à un groupe parlementaire de droite. L’UMP étant déjà pris, et même deux fois pris maintenant, puisque j’ai vu qu’ils avaient deux boutiques de représentation locale, l’une Pierre Frogier, boutique résiduelle, et Gaël Yanno, boutique nouvelle. Nous, il est clair qu’on ne pouvait pas représenter l’UMP, en plus, la politique suivie par l’UMP, notamment avec le drapeau, etc., nous paraissait pas très opportune pour le pays. Donc, c’est comme ça qu’on a adhéré à l’Union des démocrates et indépendants. Mais Calédonie ensemble est un parti calédonien qui dépend strictement d’aucune formation politique nationale, c’est notre fierté. On ne cherche pas à appartenir à une formation politique nationale. À Calédonie ensemble, on peut venir et avoir la sensibilité nationale qu’on veut. On peut être UMP, on peut être UDI, on peut être socialiste, on peut être écolo, on peut être ce que vous voulez, peu importe, il n’y a pas de nécessité d’appartenir à une formation politique nationale. L’importance, c’est quoi ? C’est qu’on se retrouve pour un projet pour le pays, au-delà de notre sensibilité nationale, qu’on partage et qu’on porte un même projet pour le pays. Et vous savez, en réalité, dans nos adhérents, 90 % de nos adhérents, n’appartiennent à aucun parti national, peut-être 10 % qui ont des cartes de partis nationaux, mais 90 % n’appartiennent à aucun parti. Ils sont surtout au sein de Calédonie ensemble parce qu’on porte une certaine idée de la Nouvelle-Calédonie, de son avenir et de son émancipation au sein de la République.

Journaliste : Si mes infos sont exactes, l’omelette est l’un de vos plats préférés. Vous irez, dimanche, à la fête de la ville de Dumbéa, partager l’omelette géante, avec Georges Naturel ?

Philippe Gomès : D’abord, vous êtes un très mauvais journaliste d’investigations. Je tenais à vous le dire, parce que celui qui vous a dit que l’omelette était mon plat préféré, c’est que, soit il vous a menti, soit il vous a roulé, ou peut-être, un des deux. Non, ce n’est pas l’omelette, ce sont les pâtes. Et donc, si vous voulez, d’ailleurs, la prochaine fois, je reviens et je vous fais des pâtes.

Journaliste : Je ne vous donnerai pas mes sources.

Philippe Gomès : Mais par contre… Non, il ne faut pas les donner, elles sont mauvaises. Mais par contre, oui, j’irai, dimanche, à la fête de la ville de Dumbéa, je suis allé déjà à plusieurs reprises. Et si jamais Georges Naturel, le maire, partage, avec moi, un bout d’omelette qui ne soit pas trempé dans l’arsénique, ben c’est avec beaucoup de plaisir que je le mangerai.

Journaliste : Philippe Gomès, merci.

Philippe Gomès : Merci à vous, merci aux auditeurs.

 

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