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« CALÉDONIE ENSEMBLE BOTTE LE CUL DU CAPITALISME SAUVAGE » par Tardy

tardyLe seul sauvage de Calédonie c’est le capitalisme

Il y a une pensée simplette et des simplets pour qui un Frogier et un Gomès c’est du pareil au même, des bébés Lafleur, des égos démesurés, des gourous, pour qui leur parti et leurs partisans, RUMP et CE, c’est du pareil au même, des assoiffés de pouvoir, des ambitieux, des revanchards, des membres de sectes. Renvoyer dos à dos, refuser de choisir et de voir, renoncer à juger, faire son Ponce Pilate, faire son plus malin que les autres, son arbitre au-dessus de la mêlée, c’est tentant, c’est commode, c’est facile.

Il y a des simples d’esprit, enfumés et ramonés par des tordus moins ingénus, pour qui Gomès veut juste la place de Frogier, pour qui « c’est tous les mêmes », « tous des politiciens », « la place est la bonne », « vivement des jeunes », « vivement du sang neuf », « vivement des gens propres », « il faudrait qu’on s’unisse tous ! », « mais pourquoi ils arrivent pas à s’entendre ?! », « ils font le jeu des indépendantistes », « ça peut plus durer ! » et bla et bla… etc… etc… etc…

Les médias font ça aussi, distribuant niaisement et aveuglément, ou perfidement, bons et mauvais points à égalité, pratiquement tous les médias, le quotidien local vendu au Capital, la télé-radio d’État étale, pas de vagues, vendue aux bons salaires. L’Internet de comptoir fait ça, les sites de râleurs, les blogs de café du commerce aussi. Le philosophe de permanence et l’universitaire de service font ça. Les syndicats font ça, le Simplet d’Or revenant sans conteste à cette intersyndicale contre la vie chère qui a mis cette semaine dans le même sac la proposition de loi du pays relative à la concurrence de Calédonie Ensemble et celle du RUMP, qui n’a été déposée que pour casser la première.

Il y a quand même des esprits moins naïfs qui sentent bien que d’un côté on a des gens qui favorisent le social, le logement social, la justice sociale, les compléments retraite et vieillesse, l’évolution sociétale de la loi Taubira, qui luttent contre les abus des banques et des bailleurs privés, contre la vieille dictature de la SLN, contre la corruption et les détournements d’argent public au profit de médias de propagande, contre l’impunité des gros fraudeurs du fisc et l’opacité des sociétés, qui sentent bien que d’un autre côté on a le camp et le clan des nantis, des « familles », des héritiers, des banquiers, des gros propriétaires et des grandes sociétés, des actionnaires, des réactionnaires homophobes anti Taubira, opposés aux réglementations nationales et aux sanctions fiscales sur les « affaires ».

Il est pour le moins simpliste de confondre et d’amalgamer les gens de Calédonie Ensemble avec ces dynasties de notaires, d’usuriers, de spéculateurs, d’armateurs, d’exploiteurs de terres spoliées et de prolétaires déportés ou importés, de marchands d’eau, de vendeurs de courant, parrains représentés et défendus de tout temps par le parti hégémonique, sponsors et commanditaires des élus ou directement élus eux-mêmes, encore plus pratique.

Si la séance de vendredi au Congrès n’a pas ouvert les yeux des simplets qui renvoient encore innocemment Frogier et Gomès, le RUMP et CE, dos à dos, c’est que nos candides n’ont décidément pas dépassé le niveau mental de l’école des fans où Jacques Martin faisait noter 10 sur 10 indifféremment à tout le monde, même aux plus nuls, par les chérubins. La joute verbale et politique très tendue de ce 3 mai entre Philippe Michel de CE et Pierre Brétégnier du RUMP et les péripéties des votes sur la proposition de loi du pays relative à la concurrence en Nouvelle-Calédonie, la proposition de loi du pays relative au contrôle des concentrations en Nouvelle-Calédonie, la proposition de résolution relative à la création en Nouvelle-Calédonie d’une autorité administrative indépendante disposant de pouvoirs de contrôle et de sanction en matière de concurrence, la proposition de loi du pays instituant des peines pénales sanctionnant les infractions à la réglementation fiscale, ont clairement, évidemment, crûment révélé que le RUMP est toujours le parti de l’argent et des puissants en Calédonie et l’ennemi de la concurrence, des contrôles, des prix bas, des consommateurs et donc du peuple calédonien, oui oui Frogier… celui qui ne comprend rien d’après toi… mais qui en fait comprend trop bien désormais.

Brétégnier a désespérément ferraillé pour sauver ses amis de la thune et des monopoles, et c’est vraiment le moins mauvais de la bande pour ce genre de mission. Il a démontré et dévoilé de façon presque obscène que son parti était le bras politique du Capital et des riches dans ce pays où l’écart entre les plus favorisés et les plus démunis est de 17 fois, alors qu’il n’est que de 7 fois en métropole. Il a utilisé tous les moyens, tous les stratagèmes, tous les subterfuges, pour retarder, dénaturer, briser, annuler le vote de ces lois essentielles et historiques. Sa face encore plus austère et amère qu’à l’ordinaire témoignait de l’ampleur de sa déconvenue face à son échec et face au succès de ses adversaires qui défendaient, eux, les consommateurs et le peuple. Même l’UC ne pouvait décemment pas se ranger derrière ce représentant du grand patronat et de la finance. Seul Louis Kotra Uregei avec son parti « travailliste » de petits « travailleurs kanak exploités », toujours aussi farcesque, s’est rangé du côté du MEDEF et de son instrument : le RUMP !…

Oui, un vote historique. L’histoire de la Nouvelle-Calédonie se confond avec ces puissances démesurées, à la limite de la démocratie et de la légalité, avec ces États dans l’État, souvent plus forts que l’État, et dictant leur loi au pouvoir central et aux gouverneurs, aux préfets. Il y eut la puissance inouïe de l’Administration Pénitentiaire, cet État déjà presqu’indépendant que fut le Bagne, trafiquant sur les matériaux et les vivres, spoliant des milliers d’hectares, concluant des contrats juteux de chair humaine avec les mineurs et leur vendant ses forçats comme esclaves. Il y eut cet « État » Ballande trustant l’importation, le transport, le commerce, l’élevage, les plantations, la mine, battant quasiment monnaie avec ses bons d’achat rendant captifs ses employés et ouvriers, commandant et gérant Nouméa et son maire pendant plus de trente ans. Il y eut et il y a encore Le Nickel, l’État SLN, décapant et vendant la Calédonie sans l’enrichir, dictant sa politique et sa presse australe, sans rien y laisser que des ruines, des rouilles et des boues, engraissant ERAMET, les actionnaires, la famille Duval, niant l’amiante, niant les dissimulations de bénéfices et les fraudes fiscales, imposant encore aujourd’hui l’empoisonnement par le carbone aux Nouméens pour ne pas lâcher une miette de bénéfices. Il y eut l’État Lafleur, la puissance économique et financière tentaculaire qu’il était imprudent de gêner, le parti unique, qu’il était téméraire de critiquer, ses directives mensongères et ses dictats autistes à la République et aux gouvernements centraux, son exploitation politique et économique éhontée de l’exaspération et du soulèvement des opprimés pour mieux asseoir et garantir son pouvoir, ses affaires et ses bénéfices. Il y a aujourd’hui ce groupe Hayot, deux milliards d’euros de chiffre d’affaire, deux cents quarante milliards de CFP, qui souhaitait prendre le relais de ces anciens États dans l’État, qui a déjà avalé la moitié de la distribution calédonienne, et qui avec un tel poids financier ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et a déjà commencé à faire sa loi, « racket » des industriels pudiquement appelé « marges arrière », obtention de la part du RUMP et de son chef, avec la bénédiction de sa Coalition indépendantiste, de l’autorisation au projet d’hypermarché Géant à Dumbéa, qui en 2014 devrait porter à plus de 70 % sa part sur ce marché.

Voilà le véritable enjeu en Nouvelle-Calédonie : la finance. Brétégnier et son parti se veulent, se voulaient, le rempart pour la finance, quitte à ce que la menace d’indépendance soit leur meilleure alliée pour rabattre vers eux le troupeau apeuré et docile à la tonte, quitte même à ce que l’indépendance effective, associée ou non, leur permette de régner encore davantage, libérés des règles républicaines et démocratiques, et de tondre encore davantage les Calédoniens. Mais… grains dans les rouages… grain à l’horizon… l’allié Sarkozy est tombé, les complices Gay et Yanno sont tombés, le progressiste Poadja dirige le Congrès, des lois révolutionnaires ont été déposées sur son bureau, elles ont été votées !

La Pénitentiaire, la SLN, Ballande, Lafleur, Hayot… Ces potentats étaient-ils une fatalité pour la Calédonie ? Cette appartenance craintive à des seigneuries valorisantes et cette soumission à des seigneurs rassurants et gratifiants, jouant habilement de l’autoritarisme et du paternalisme, façon Laroque, étaient-elles inscrites définitivement dans le génome des Calédoniens ? Et bien non ! Philippe Michel et Calédonie Ensemble l’ont démontré de façon éclatante ce vendredi 3 mai 2013 au Congrès de la Nouvelle-Calédonie : le valet Brétégnier du grand capital aura beau encore s’agiter, menacer, aura beau faire le chantage aux faillites et faire sa pleureuse en lieu et place du MEDEF, aura beau en appeler à des deuxièmes lectures et à la saisie du Conseil Constitutionnel, les États dans l’État, le capitalisme sauvage et leurs valets politiques ont perdu la partie et pris un coup de pied au cul vendredi après-midi. Une page de notre histoire est tournée.

Jeffrey Tardy, 4 mai 2013

Sources : pour lire cet article sur le site de Tardy, cliquez ici

 

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