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PHILIPPE MICHEL SUR OCÉANE FM

Philippe Michel oceane fm Le secrétaire général de Calédonie Ensemble, Philippe Michel, était l’invité du journal de Océane FM ce mercredi 22 mai 2013. Il a à cette occasion fait un point sur l’actualité sociale du pays en revenant sur le mouvement de grève générale de l’intersyndicale et les propositions de Calédonie Ensemble visant à lutter contre la vie chère.

Vous pouvez retrouvez ci-dessous l’intégralité de cette émission en podcast:

Ci dessous, la retranscription de l’intervention de Philippe Michel:

« mot à mot » OFM MAI 22 MID – MICHEL

Journaliste : Nous avons le plaisir de recevoir Philippe Michel, secrétaire général de Calédonie ensemble. Philippe Michel, bonjour !

Philippe Michel : Bonjour, Ali !

Journaliste : Hier, à votre place, nous recevions Pierre Bretegnier du Rassemblement UMP qui vous accuse, comme le FLNKS, enfin, d’abord vous, de manipuler, de politiser le mouvement contre la vie chère. Affirmation partagée par d’autres responsables politiques. Vous leur répondez quoi, Philippe ?

Philippe Michel : D’abord, j’observe que, dans cette affaire, le Rassemblement UMP de Pierre Frogier, de Pierre Bretegnier, tient exactement le même discours que l’USTKE et le Parti travailliste de Louis Kotra Uregei, et là-dessus, je vois qu’ils se rejoignent, et je trouve ça, à la fois grotesque, et puis, je trouve surtout que c’est particulièrement insultant pour tous les Calédoniens qui sont, aujourd’hui, mobilisés sur la question de la vie chère. Quand Pierre Bretegnier et Louis Kotra Uregei accusent ces Calédoniens qui souffrent de la vie chère d’être manipulés par Calédonie ensemble, c’est insultant pour eux, et c’est tout à fait indigne des responsabilités politiques qu’ils occupent, parce que sur la question de la vie chère, je voudrais rappeler une chose très simple : tous les partis politiques du pays, sans aucune exception, à commencer par le parti politique de monsieur Bretegnier et celui de monsieur Louis Kotra Uregei, se sont engagés à opérer un certain nombre de réformes pour faire baisser le coup de la vie. Personne ne les a forcés à s’engager. Ils ont signé les accords économiques et sociaux du 12 juin dernier, avec l’intersyndicale, ils ont, donc, donné leur parole, pris des engagements, et aujourd’hui, la responsabilité et l’honneur de n’importe quel responsable politique, c’est tout simplement d’honorer les engagements qui ont été pris et d’entendre ce qui se passe dans la rue et dans notre pays, parce que les Calédoniens n’en peuvent plus de cette question de la vie chère et de l’inactivité, de l’inertie des groupes politiques qui, aujourd’hui, dirigent toutes les institutions dans lesquelles, en l’occurrence, je le remarque, Pierre Bretegnier, enfin le Rassemblement et le Parti travailliste sont politiquement totalement alliés.

Journaliste : Philippe Michel, si aujourd’hui vous étiez à la place d’Harold Martin, que feriez vous ?

Philippe Michel : J’aurais à cœur de respecter mes engagements. Je rappelle que les accords économiques et sociaux, négociés après plus d’un an de discussions avec l’intersyndicale, pour mettre en œuvre un certain nombre de réformes économiques et fiscales, je rappelle qu’ils ont été signés par tous les groupes politiques du Congrès, le 12 juin 2012, et que le gouvernement d’Harold Martin, lui, a refusé de les signer pendant six mois. Il a fallu une nouvelle manifestation et un nouveau blocage de l’intersyndicale devant le gouvernement pour que, fin novembre, Harold Martin se décide de les signer. Et puis, aujourd’hui, on voit bien, et c’est ce qui provoque l’exaspération des Calédoniens et de l’intersyndicale, c’est qu’en dépit de cette signature, le temps passe, et il ne se passe rien. Le gouvernement d’Harold Martin n’a déposé aucune proposition d’aucune sorte sur le bureau du Congrès …(coupure)…

On sais ce qu’on a à faire sur le sujet, on sait ce qu’on a à faire, parce que nous avons une kyrielle de rapports, d’expertises et d’analyses de l’autorité nationale de la concurrence qui est venue en Nouvelle-Calédonie, du gouvernement national qui a traité les mêmes problèmes de vie chère dans les DOM et qui a pris une loi Lurel, votée, je le signale, par tous les parlementaires outre-mer quel que soit leur bord politique, c’est-à-dire, y compris l’UMP a voté dans les DOM un certain nombre de mesures pour lutter contre la vie chère. Donc, nous avons les recettes, nous savons exactement ce que nous avons à faire, il faut juste de la volonté politique et se mettre au travail.

Philippe Michel

Journaliste : Pourquoi est-ce si long pour appliquer les accords économiques et sociaux ? C’est la seule réponse, la volonté politique ?

Philippe Michel : Je crois que les choses sont assez claires. Il y a, dans notre pays, des groupes politiques qui militent pour qu’un certain nombre de choses changent, et puis, il y en a d’autres qui œuvrent pour que les choses ne changent pas. C’est aussi simple que ça, et en particulier, le Rassemblement de Pierre Bretegnier et ses alliés, Harold Martin, Didier Leroux et quelques autres, qui entretiennent de très longue date des rapports étroits avec les grands groupes économiques, qui ont une philosophie extrêmement libérale de l’économie, considèrent, et Pierre Bretegnier, à votre micro, hier, l’a revendiqué ouvertement, il s’en cache pas, il considère qu’il ne faut pas intervenir dans l’économie, qu’il faut laisser les grands groupes économiques développer normalement leur activité, sans leur imposer de règles de contraintes, et puis qu’ensuite, ça retombera peut-être en pluie fine sur le citoyen ordinaire. Nous, nous ne partageons pas cette philosophie-là. Nous sommes convaincus que dans notre pays, aujourd’hui, il y a un certain nombre de règles minimum qu’il faut imposer, pour permettre à tous les Calédoniens de trouver leur place dans ce pays, parce que, ce qu’il faut bien comprendre dans cette affaire qui est extrêmement grave, c’est que, si demain, les responsables politiques ou institutionnels, quels qu’ils soient, ne parviennent pas à régler, d’une manière ou d’une autre, cette question de la vie chère, eh bien, la rue va s’enflammer. Et s’il y a des troubles sociaux dans le calendrier politique dans lequel on se trouve aujourd’hui, dans la séquence politique tout à fait particulière qui est la nôtre aujourd’hui, celle où on va devoir, à partir de 2014, décider purement et simplement de notre avenir politique et institutionnel, eh bien, si la rue s’enflamme, si les désordres sociaux ne sont pas contenus et réglés, on risque tout simplement de mettre le pays à feu et à sang, comme ça s’est produit, je le rappelle, en Guyane et dans d’autres DOM. Et franchement, je ne crois pas que nous devons prendre ce risque-là. Il faut, et après tout, c’est la première fonction des élus, il faut entendre ce qui se passe dans la rue, il faut entendre que ces électeurs nous disent, et il ne faut pas nier la responsabilité. Moi, j’entends des responsables politiques, comme Pierre Bretegnier, Didier Leroux ou quelques autres, tenir des propos tout simplement hallucinants. Quand on explique le plus sérieusement du monde aux Calédoniens que la vie chère en Nouvelle-Calédonie, aujourd’hui, n’est pas une réalité mais une sensation, un ressenti, je trouve, très sincèrement, qu’on est totalement autiste, sourd, et en tout cas pas du tout à la hauteur de ses responsabilités politiques.

Journaliste : Les fonctionnaires sont, en général, rémunérés 70 % plus cher, dans le Sud, et ça va jusqu’à 90, 92 % dans le Nord. On a l’impression, quand on écoute David Meyer qu’effectivement, tout le monde lutte dans le même sens et du même pas, pourtant, une petite partie semblerait plus privilégiée pour lutter contre la vie chère, par rapport à d’autres.

Philippe Michel : Ce qu’il y a de clair, en Nouvelle-Calédonie, c’est que la vie chère est un problème d’autant plus grave, qu’il recoupe des inégalités sociales, économiques et ethniques que tout le monde connaît. Les statistiques officielles, en Nouvelle-Calédonie, les statistiques officielles, celles de la Cafat, nous disent que 62 % des salariés du secteur privé gagnent aujourd’hui moins de 200 mille francs par mois. Il faut écouter ça, il faut comprendre ce que ça veut dire. On sait tous qu’en ville, en particulier, il est extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, d’élever correctement une famille et d’offrir une perspective à ses enfants quand on gagne moins de 200 mille par mois. Donc, les revendications, notamment des salariés du secteur privé, sont parfaitement justifiées, et contrairement à ce j’entends de la bouche d’un certain nombre d’autres responsables politiques, nous ne sommes pas condamnés à subir la vie chère. Parce que l’autre discours qu’on entend toute la journée, c’est qu’on peut rien faire. On peut rien faire parce que la vie chère, ça serait importé, à cause de l’inflation importée, on ne peut rien faire parce que dans les pays riches et développés, comme la Nouvelle-Calédonie, c’est ce que Pierre Bretegnier expliquait, hier, il est normal d’avoir des prix aussi élevés qu’à Hong Kong, Los Angeles ou je ne sais où, et que si on veut des prix bas, il faut aller dans les pays sous-développés. Mais comment les Calédoniens qui gagnent moins de 200 mille francs par mois, ils peuvent accepter un discours pareil ? Ce discours, il est inacceptable, parce que la Calédonie est un pays riche, tout le monde le sait. Lorsqu’on prend le PIB annuel de la Nouvelle-Calédonie et qu’on le divise par le nombre d’habitants, la Calédonie est classée au 21e rang mondial, devant la Nouvelle-Zélande, juste derrière l’Australie, au niveau de pays comme Singapour. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’il y a de la richesse et de la ressource en Nouvelle-Calédonie, mais qu’elle est extrêmement mal répartie. Donc, et c’est bien le boulot des politiques, c’est pour ça qu’ils sont élus, il faut intervenir pour réguler cette économie calédonienne et répartir un petit peu mieux la richesse. Nous ne sommes condamnés à rien, nous ne sommes pas des citoyens français de seconde zone. Il y a, en Nouvelle-Calédonie, aujourd’hui, des abus complets sur les tarifs bancaires, les marges de la grande distribution, les bénéfices des compagnies pétrolières et j’en passe, et des meilleures, qui seraient inacceptables n’importe où ailleurs, en métropole. Expliquez-moi pourquoi on devrait les accepter ici ! Nous ne sommes condamnés à rien, nous devons défendre nos intérêts, et surtout, nous devons faire en sorte que chacun puisse trouver sa place en Nouvelle-Calédonie, parce qu’on vit un moment très particulier de notre histoire, où on parle beaucoup de destin commun et de construction de l’avenir, et que, si chacun ne trouve pas sa place, il n’y aura pas d’avenir, il n’y aura pas de destin commun. Vous comprenez bien que lorsque les statistiques officielles nous disent qu’en Calédonie, aujourd’hui, 60 mille personnes vivent sous le seuil de pauvreté relative, avec 70 mille francs par mois, c’est une réalité qu’il faut comprendre et entendre, parce qu’il y va de notre avenir à tous. C’est aussi simple que ça.

Philippe Michel

Journaliste : Le gouvernement, les importateurs et les distributeurs ont proposé une baisse des prix, par la suppression des taxes sur les produits importés en dehors de l’Union européenne, un texte qui devrait être acté aujourd’hui même. C’est une bonne idée, Philippe Michel ?

Philippe Michel : D’abord j’observe, à moins que j’ai raté quelque chose, c’est pas les importateurs qui ont proposé ça, c’est le gouvernement. C’est-à-dire que dans cette affaire, la négociation et la discussion a commencé par une proposition du gouvernement. On sait toujours pas ce que les importateurs et les grandes surfaces sont prêts à faire. Je le dis parce que c’est quand même une curieuse manière d’aborder les discussions et les négociations. On convoque la grande distribution, mais on leur demande pas ce qu’ils proposent, on commence, nous, par proposer quelque chose, et en l’occurrence, on commence par proposer de baisser les taxes sur un certain nombre de produits, de 15 à 20 %, enfin ça dépend des jours. J’ai entendu tout à l’heure 6 %, je sais plus trop, mais enfin, peu importe. Ça suscite deux commentaires, pour moi. Le premier, c’est que la principale cause de la cherté de vie en Nouvelle-Calédonie, contrairement à ce qu’on colporte, ce n’est pas le niveau de taxes. Il y a des études extrêmement complètes et sérieuses qui ont été faites sur le sujet, qui démontrent que, alors que le prix des produits alimentaires, sur un panier de la ménagère, sur un chariot totalement identique en Nouvelle-Calédonie et en métropole sont deux fois plus chers en Nouvelle-Calédonie qu’en métropole. Eh bien, les taxes, la fiscalité, n’expliquent que 30 % de ces 100 % de surprix. Donc, le premier constat, c’est que le principal facteur de la vie chère, ce n’est pas les taxes. Deuxièmement, les gouvernements précédents ont déjà supprimé toutes les taxes, et je dis bien : toutes les taxes à l’entrée sur les produits de première nécessité. Le gouvernement de Marie-Noëlle Thémereau, en 2006, avait supprimé la totalité des taxes à l’entrée, depuis la TGI jusqu’à la TBI, en passant par les droits de douane, sur les produits dits de première nécessité importés en Nouvelle-Calédonie. Et pourtant, ces produits, ils continuent d’être chers. Pourquoi ? À cause des marges ! Moi, ce que j’observe, c’est qu’il faut impérativement demander aux distributeurs quels efforts ils sont réellement prêts à faire, parce que si l’effort consiste simplement à répercuter la baisse de taxes, c’est-à-dire la diminution de recettes pour la collectivité, que le gouvernement consent, vous comprenez bien que c’est un peu trop facile. Je remarque également que, par le passé, nous avons déjà supprimé, sur un certain nombre de produits, un certain nombre de taxes. Je vais donner un exemple très précis. En Calédonie, on consomme huit mille tonnes de poulets par an. C’est la première protéine animale qui est consommée en Nouvelle-Calédonie. D’accord ? En 2010, le gouvernement d’Harold Martin a décidé de supprimer les taxes à l’entrée, d’abaisser les taxes à l’entrée sur le poulet. Il a décidé de supprimer 18 % de taxes à l’entrée sur le prix du poulet congelé. Ça représentait 430 millions de recettes en moins pour le budget de la Nouvelle-Calédonie. Ces taxes ont été supprimées. La question est : est-ce que les consommateurs en ont bénéficié ? La réponse est : non. Après la suppression de ces taxes, il y a des relevés de prix qui ont été faits de manière très soigneuse, très encadrée, sur le prix du poulet, et on s’est rendu compte que, dans le meilleur des cas, le poulet n’avait pas changé, voire qu’il avait augmenté de 2 %. C’est-à-dire que les 430 millions de taxes qu’on a supprimés en 2010, sur le prix du poulet, sont allés en totalité dans la poche de la grande distribution. Donc, cet exemple-là, et je pourrais parler de l’exonération de TGI sur les pick-up double cabine et sur toute une série d’autres produits sur lesquels on a baissé les taxes, cet exemple, il montre quoi ? Il montre que, avant de proposer une baisse des taxes, c’est-à-dire une réduction de recettes pour le budget de la Nouvelle-Calédonie, et donc, pour la collectivité, il faut s’assurer que les distributeurs la répercuteront. Or, aujourd’hui, ce n’est pas le cas. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, la semaine dernière, le groupe Calédonie ensemble a déposé sur le bureau du Congrès une proposition de délibération pour que le gouvernement ait les moyens juridiques d’imposer les prix sur un certain nombre de produits, si la grande distribution ne joue pas le jeu. Ça s’appelle un accord de modération sur les prix. C’est une mesure qui a été mise en place outre-mer, après les épisodes vie chère et les troubles sociaux dans les Antilles, notamment il y a deux ans. À La Réunion, par exemple, il y a plus d’une centaine de produits qui ont fait l’objet d’un accord de modération des prix, et à l’issue de ces accords de modération des prix, eh bien, les prix de cette centaine de produits ont effectivement baissé de 15 %. Quand on connaît le niveau de marge en Nouvelle-Calédonie, on se dit qu’ici où les marges sont beaucoup plus élevées qu’à La Réunion, on doit pouvoir avoir des résultats significatifs, sur cette mesure-là.

Philippe Michel

Journaliste : Quelles sont vos propositions pour favoriser, et la baisse des prix, et l’emploi ?

Philippe Michel : Avant, je vais vous raconter une petite histoire qui illustre bien quel est le problème et la position des différents groupes politiques dans cette affaire. En 2005, le gouvernement de Marie-Noëlle Thémereau, parce qu’on avait pris cet engagement pendant la campagne électorale, a décidé de généraliser l’octroi des allocations familiales à tous les enfants de la Nouvelle-Calédonie. Il y avait, à l’époque, 15 mille enfants, les enfants des parents les plus défavorisés, qui ne bénéficiaient pas d’allocations familiales, alors que c’était ceux qui en avaient le plus besoin, et la Nouvelle-Calédonie était le dernier territoire de la République où cette discrimination existait. Et pour financer évidemment, parce que c’est bien joli d’étendre les allocations familiales, mais il faut trouver des ressources. Pour financer cette mesure de justice sociale, nous avons, à l’époque, proposé au Congrès de créer un impôt supplémentaire sur les sociétés les plus riches du pays, c’est-à-dire celles qui, chaque année, gagnent plus de 200 millions de bénéfices nets annuels. Ces sociétés, on les connaît, grosso modo, c’est la grande distribution, c’est les pétroliers, c’est les banques, enfin, voilà, il n’y a pas de surprise. Lorsqu’on a débattu au Congrès du vote de cet impôt supplémentaire, qu’on appelle « la contribution sociale additionnelle à l’impôt sur les sociétés », Pierre Bretegnier et le Rassemblement nous ont expliqué que c’était une folie, qu’on allait décourager tous les investisseurs et que les banques allaient quitter le pays. Malgré tout, cet impôt a été voté et 7 ans plus tard, qu’est-ce qu’on constate ? Est-ce qu’une seule banque, un seul groupe pétrolier, un seul groupe de la grande distribution a quitté la Nouvelle-Calédonie ? Non. Et l’impôt qui a été voté en 2005, il rapporte aujourd’hui deux fois plus que ce qu’il rapportait en 2005, et il permet aujourd’hui de financer, non seulement les allocations familiales pour 15 mille enfants qui en ont le plus besoin, mais en plus, une partie du minimum vieillesse, c’est-à-dire les deux extrêmes, finalement, en termes de fragilité dans notre pays, les enfants et les personnes âgées. Ce que je veux dire, quand je dis ça, c’est que, comme je le disais tout à l’heure, nous ne sommes condamnés à rien. Si on a la volonté politique d’opérer un certain nombre de réformes économiques, fiscales ou sociales en Nouvelle-Calédonie, on a parfaitement les moyens de le faire, sans tuer l’économie du pays, sans passer, comme je l’ai entendu, sous un régime d’économie administrée, modèle cryptocommuniste, socialiste, tout ça. Raconter tout ça aux Calédoniens, c’est les prendre pour des imbéciles. Tout le monde sait qu’il y a, en Nouvelle-Calédonie, un problème de répartition des richesses, tout le monde sait qu’il y a aujourd’hui, en Nouvelle-Calédonie, un problème d’inégalité sociale qui se creuse, et tout le monde sait enfin, qu’en Nouvelle-Calédonie, il y a un certain nombre de contribuables, qu’il s’agisse de personnes physiques ou de sociétés, qui pourraient contribuer beaucoup plus au financement des mesures d’intérêt général sans remettre en cause leurs activités. Donc, la voix et les propositions de Calédonie ensemble pour régler aujourd’hui la question de la vie chère, eh bien, c’est celle-là. C’est d’abord d’opérer une réforme sociale…, une réforme fiscale, pardon, qui permette à ceux qui ne contribuent pas assez de contribuer un peu plus. De qui je parle, là ? Je parle d’abord de l’industrie du nickel qui, très clairement, peut et doit contribuer fiscalement davantage à l’équilibre des comptes du pays, et surtout à la préparation de l’avenir parce que le nickel n’est pas une ressource renouvelable. Et donc, il est important qu’on mette en place une contribution sous forme d’une taxe d’extraction du nickel pour permettre de financer un certain nombre de réformes sociales et pour préparer l’avenir des générations futures. Ensuite, il faut mettre en place une réforme fiscale qui permette à ceux qui contribuent aujourd’hui au plan fiscal beaucoup moins qu’en métropole par exemple, de contribuer un petit peu plus, parce que la règle en matière de fiscalité, c’est ça, c’est celle de la contribution en proportion de ses revenus et de ses ressources. Et aujourd’hui, c’est pas le cas. Et puis enfin, il faut mettre en place des réformes structurelles de notre économie, c’est-à-dire favoriser le développement de la concurrence en Nouvelle-Calédonie. Il est très facile de comprendre que si, sur le marché de l’assurance, de la banque, de la distribution de produits pétroliers, de la grande distribution agroalimentaire et un certain nombre d’autres secteurs, si vous n’avez pas de concurrence, eh bien, vous n’avez pas de baisse sur les prix, parce que le ou les deux acteurs ou trois qui sont en place, ils se mettent d’accord sur des niveaux de prix, sur le dos des Calédoniens, et les Calédoniens n’ont aucun autre choix que de payer ce prix, puisque nous sommes sur une île, c’est-à-dire un marché captif. Si tu ne veux pas, aujourd’hui, acheter ton service bancaire, ton essence ou faire tes courses chez tel ou tel groupe, eh bien, tu n’as pas le choix, parce que tu ne peux pas aller ailleurs. Le développement de la concurrence, c’est vraiment la clé dans cette affaire, parce qu’on comprend bien qu’une entente sur les prix à deux, comme c’est le cas aujourd’hui, par exemple, dans la grande distribution, c’est plus possible s’il y a quatre ou cinq opérateurs, parce que chacun doit faire un effort sur ces prix pour faire venir les clients chez lui, plutôt que chez le concurrent. Voilà les trois axes de la réforme. C’est des réformes sociales, des réformes fiscales et des réformes de l’économie. Mais tout ça, je le répète, doit permettre de changer un petit peu les choses, de déplacer un petit peu le curseur parce qu’il faut bien comprendre qu’une réforme fiscale qui permettrait aux plus riches de payer encore moins que ce qu’ils payent aujourd’hui n’aurait aucun intérêt. Or, c’est précisément ce que le gouvernement est en train de nous proposer. Je rappelle que la grande annonce qui a été faite lundi dernier par Harold Martin, entouré de Sonia Backes et d’Anthony Lecren, pour la circonstance, concernant la modification de l’impôt sur le revenu qu’ils envisagent, cette modification-là, elle ne profitera qu’aux ménages les plus aisés, abaisser, puisqu’il s’agit de ça, relever pardon le seuil d’imposition à 40 %. Vous savez que dans l’impôt de revenus, vous avez des tranches d’imposition en fonction du niveau de vos revenus. Et donc, le projet qui nous est proposé, c’est de relever le seuil d’imposition à 40 %. Or, qui paye, aujourd’hui, l’impôt sur le revenu sur la tranche à 40 % en Nouvelle-Calédonie ? Ce sont ceux, si on prend un ménage classique, c’est-à-dire deux salariés et deux enfants, ce sont ceux qui gagnent plus de 1,5 million CFP par mois. C’est ceux-là qui vont bénéficier de l’allégement le plus important. Et puis, les catégories moyennes, elles, elles bénéficieront de quelques miettes. Donc, c’est pas du tout la conception qu’on a de ce qu’il faut faire en la matière, et donc, c’est la raison pour laquelle Calédonie ensemble a fait un certain nombre de propositions…, a déposé un certain nombre de propositions sur le bureau du Congrès, à commencer par la loi antitrust qui a été votée la semaine dernière et que d’autres contentent, mais nous continueront à faire ces propositions parce que la classe politique, dans son ensemble, doit comprendre qu’il est maintenant urgent de proposer un certain nombre de réformes de fond, et pas des pansements ou pas des mesurettes, parce que la situation est grave et que si la rue enflamme, nous le paierons tous très cher, et qu’il ne faut pas pousser le bouchon trop loin.

Journaliste : Philippe Michel, merci.

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