Accueil VIDÉOS PHILIPPE GOMÈS INVITÉ DE LA MATINALE DE RNC

PHILIPPE GOMÈS INVITÉ DE LA MATINALE DE RNC

RNC1ère

Interview du 8 juillet 2013 sur RNC1ère

Le député Gomès était ce lundi matin l’invité du journal de Radio Nouvelle-Calédonie 1ère. A cette occasion, il a évoqué la lettre qu’il a envoyé au Premier Ministre afin de demander l’intervention d’un fonds de secours exceptionnel suite aux dernières intempéries dont ont souffert la Nouvelle-Calédonie et les populations de l’intérieur et, parmi elles bien sûr, les agriculteurs.

Philippe Gomès a ensuite répondu aux auditeurs et fait un point de la situation sociale, économique et politique du pays. Il a notamment rappelé les avancées obtenues par les deux députés Calédonie Ensemble à l’Assemblée nationale (plafonnement des frais bancaires, autorité de la concurrence,…) Il a ensuite décliné la proposition de sortie de l’accord de Nouméa que fait Calédonie Ensemble : rendre la parole au peuple Calédonien pour un choix d’avenir éclairer et apaisé :  « à ce référendum aveugle, qui est un référendum de chaos, qui est prévu par l’Accord de Nouméa, substituons un référendum éclairé qui sera un référendum de paix »

 Retrouvez ci-dessous l’intégralité de l’intervention de Philippe Gomès en podcast du lundi 8 juillet 2013 :

Retrouvez ci-dessous l’intégralité de l’intervention de Philippe Gomès du lundi 8 juillet 2013 :

 

Retranscription « mot à mot »

 

Journaliste : Philippe Gomès, bonjour !

Philippe Gomès : Bonjour !

Journaliste : Le député de la 2nde circonscription que vous êtes a-t-il un réel pouvoir pour mobiliser l’État après ces fameuses intempéries et dévastations, on parle d’un milliard de francs ou pas loin.

Philippe Gomès : Oui, il ne faut pas oublier que la Calédonie qui est sur la voie de son émancipation est donc de plus en plus amenée à se gouverner elle-même et à s’assumer elle-même. Ce qui est une bonne chose. Et nous avons, aujourd’hui, au niveau des provinces, des communes, de la Nouvelle-Calédonie, l’ensemble des dispositifs pour, justement, pallier les difficultés ou les conséquences financières de ces désastres qui sont des désastres liés à des événements majeurs.

Journaliste : L’état de catastrophe naturelle…

Philippe Gomès : Mais on peut toujours demander à l’État, comme c’est le cas en métropole, l’intervention d’un fonds de secours exceptionnel, eu égard au caractère exceptionnel des précipitations. C’est la lettre que j’ai adressée, ce week-end, au Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, de façon à ce qu’il puisse prendre en compte la situation particulière que vit la Nouvelle-Calédonie, eu égard au caractère, à proprement parler, exceptionnel des précipitations qui ont frappé notre île.

Journaliste : Conséquences des pluies : les prix vont exploser, en matière de fruits et légumes, notamment. On n’a rien décidé, ou presque, quand on réfléchissait à la vie chère, en matière de prix agricoles. Il fallait surtout pas fâcher le monde rural ?

Philippe Gomès : Je ne sais pas ce que le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a décidé en la matière, puisque c’est une coalition qui rassemble l’UMP, l’UC, le Parti travailliste et l’Avenir ensemble, qui aujourd’hui est aux manettes, et nous sommes, nous, à Calédonie ensemble, marginalisés. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a deux lignes dans le protocole qui a été signé, sur la nécessité d’éviter les pénuries. On va voir ce qui sera mis en œuvre en la matière. Mais en l’espèce, là, il est clair que la pénurie, on l’évitera pas et que donc les importations doivent être ouvertes le plus rapidement possible pour permettre aux consommateurs calédoniens de ne pas supporter de manière trop brûlante les conséquences de ces désastres météo.

Journaliste : Parlons nickel. Il faut une doctrine du pays, c’est ce qu’on dit les spécialistes depuis 2010. Pourtant le comité stratégique industriel n’a toujours pas réussi à sortir un schéma industriel minier. Qu’est-ce qui pourrait vraiment faire bouger les choses maintenant ?

Philippe Gomès : Le comité, il fait ce qu’on lui demande de faire. Il va pas se substituer à nous. Il ne faut pas non plus rejeter sur les autres, le résultat de notre propre incurie. Il faut s’assumer, de manière générale, dans la vie, et particulièrement, en ce qui nous concerne, responsables politiques, dans un pays où on a quasiment toutes les compétences, sauf les compétences régaliennes. En ce qui concerne Calédonie ensemble, notre stratégie, elle est claire. Un : nous considérons que nous devons prendre la maîtrise de nos ressources minières et métallurgiques, c’est-à-dire, en clair, que nous devons atteindre 51 % des parts dans l’ensemble des outils qui, aujourd’hui, sont en Nouvelle-Calédonie, en la matière, y compris en ce qui concerne la société Le Nickel. Nous considérons, deux, que nous n’avons à exporter que les garniérites pauvres ou les latérites qui ne sont pas susceptibles d’être transformées localement. Et bien évidemment, nous considérons que nous devons les exporter de manière prioritaire dans des outils dont nous disposons à l’extérieur de la majorité au sein du capital, c’est le cas aujourd’hui, par exemple, au sein de Posco. Donc, oui, nous devons mettre en place une stratégie à l’échelle du pays, oui, il faut faire en sorte que les stratégies individuelles de chaque opérateur privé puissent être rassemblées au sein d’un holding qui, lui, poursuivra l’intérêt général du pays. Inutile de vous dire que le chemin qui reste à accomplir est considérable. Mais, en ce qui nous concerne, c’est la volonté qui nous anime.

Journaliste : Le petit mineur, comme on l’appelle, NKM, qui signe avec un Japonais pour écouler la garniérite de la mine ADA, c’est pas laisser partir carrément la richesse de la Calédonie et la faire valoriser par d’autres ?

Philippe Gomès : Oui, mais si tel est le cas, c’est que la Nouvelle-Calédonie a donné son accord, puisqu’il y a deux comités qui doivent se réunir, le comité des mines et le comité consultatif des mines, pour autoriser préalablement toute opération d’exportation. Donc, si tel a été le cas, et si le contrat a pu être signé, c’est que la Nouvelle-Calédonie a dit oui. Est-ce que cela correspond à l’intérêt général ? C’est un autre débat.

Journaliste : Et pendant qu’on parle nickel, les deux experts promis par l’État, commencent aujourd’hui leur mission. En gros, c’est pour voir si la SLN a eu raison de choisir le charbon plutôt que le gaz pour sa centrale. C’est vous qui avez insisté pour les faire venir, mais dans l’état actuel du marché du nickel, c’est pas naïf d’imaginer pouvoir s’opposer à l’argument de la SLN qui dit tout simplement « le charbon, c’est moins cher, et puis c’est tout » ?

Philippe Gomès : Si on était dans un monde, en Calédonie, où seul le moins cher a droit de cité, à partir de ce moment-là, il faudrait ouvrir totalement nos frontières, et permettre à l’ensemble des produits à hyper bas prix de la planète de nous envahir, ce qui détruirait, par exemple, la totalité de notre industrie locale qui, aujourd’hui, représente 11 mille emplois dans le pays. Si le moins cher n’avait que droit de cité, à partir de ce moment-là, il faudrait faire fi de toutes les conséquences environnementales de modes de production qui sont des modes de production qui portent atteinte à notre environnement. Donc, nous, en ce qui nous concerne, on est pas dans cette philosophie-là, on est dans une philosophie où on doit faire en sorte que la donnée sociale et environnementale soit également prise en compte dans l’appareil de production calédonien et le mode de société qu’on essaye de construire. En ce qui concerne cette centrale de la SLN, c’est un combat que nous avons engagé de longue date, avec Sonia Lagarde qui avait d’ailleurs interpellé la ministre de l’environnement, qui a été limogée récemment, à l’Assemblée nationale, pour faire en sorte qu’on ait une tierce expertise. Nous, à Calédonie ensemble, on dit un truc très simple : qui nous dit que cette centrale SLN est le meilleur choix possible ? L’industriel. Et qui, à part l’industriel ? Personne. Donc, ayons une tierce expertise, en l’espèce, c’est celle de l’État, qui vienne éclairer le dossier pour l’ensemble des Calédoniens, et ensuite, les collectivités, la mairie, la province, devront se positionner.

Journaliste : Ça va pas être gênant, justement, d’avoir changé de ministre.

Philippe Gomès : Non, vous savez, les ministres passent, mais l’État reste, heureusement. Donc, c’est au terme de cette expertise qu’un rapport sera rendu. En ce qui nous concerne à Calédonie ensemble, nous considérons que nous ferons nôtres les conclusions de cet expert, parce qu’on aura enfin un regard objectif et indépendant sur un sujet qui va engager les Calédoniens pour 50 ans. Cette centrale, une fois réalisée, va fonctionner pendant 50 ans. Est-ce qu’on veut encore quelque chose comme les 50 dernières années. Je crois que c’est non. Donc, stop ! À chaque contexte sa décision. Le contexte d’il y a 50 ans n’est pas le contexte d’aujourd’hui, donc, faisons encore que la SLN ne décide pas toute seule. C’est fini, ce temps-là. Il y a, aujourd’hui, d’autres responsables dans les institutions qui doivent aussi assumer les décisions et faire en sorte qu’elles soient conformes à l’intérêt général.

Journaliste : Nous avons Annie au standard :

Annie : J’ai beaucoup de choses à vous dire. Je partage tout à fait, effectivement, votre point de vue au niveau environnemental. Mais c’est quelque chose d’autre, c’est sur la vie chère. Ce sont les femmes qui font les courses, en majorité. Quand on voit que les prix ont augmenté de manière inconsidérée, que ce qui a été mis dans la liste, la liste est complètement à côté de la plaque, parce que, effectivement, on n’a pas consulté les femmes.

Philippe Gomès : Ce que je retiens de manière un peu humoristique, c’est que les femmes exerçant des responsabilités au plan syndical sont insuffisantes, parce qu’autrement, la liste aurait été établie de manière différente. Donc, je lance un appel à l’intersyndicale pour qu’elle intègre davantage de femmes au sein de ses structures de responsabilités. De manière plus sérieuse : la question de la vie chère est un combat central pour Calédonie ensemble, de longue date. Nous nous étions engagés, avec Sonia Lagarde, lors des élections législatives, à faire en sorte qu’au niveau de l’État, puisqu’en tant que députés, nous avons un rôle à ce niveau-là, pas au niveau du gouvernement où nous ne sommes pas en situation de responsabilités, mais au niveau de l’État, à faire en sorte que, par exemple, un amendement soit passé pour les frais bancaires, pour les plafonner en Nouvelle-Calédonie, …

Journaliste : Ça, ça a marché

Philippe Gomès : Ça, ça a marché. La création de la haute autorité de la concurrence qui a vocation à venir en septembre…

Journaliste : Ça, c’est pas fait encore.

Philippe Gomès : Non, c’est pas fait, mais le texte de loi est, aujourd’hui, sur le bureau de l’Assemblée nationale, il commence par le Sénat, et il sera adopté au mois de septembre à l’Assemblée nationale. Donc, on aura bientôt un gendarme indépendant pour faire en sorte que les règles en matière de concurrence soient respectées. Et je vais donner un dernier exemple : on vient de faire adopter quelque chose de fondamental, et je ne le dis pas pour nous en enorgueillir, je le dis simplement parce que c’est la réalité, c’est la loi antitrust. C’est une loi qui doit permettre, à échéance de quelques années, de faire en sorte que quelques groupes, un, deux ou trois, ne contrôlent pas la totalité d’un secteur. Je pense au secteur de la grande distribution, on peut penser au secteur automobile, au secteur des assurances ou au secteur des fournitures scolaires ou à d’autres. Pourquoi ? Parce que, dès lors qu’un seul groupe, ou deux ou trois, contrôlent un secteur, à partir de ce moment-là, ils font les marges qu’ils veulent et les prix qu’ils veulent. Et l’une des causes majeures de la cherté de vie en Calédonie résulte d’un phénomène de concentration trop important. Alors, bien sûr, pour les Calédoniens, c’est une réponse insuffisante, et on le conçoit aisément, parce que c’est quelque chose qui produira des fruits dans quelques années et pas de manière immédiate. Or la problématique, elle est immédiate, elle est brûlante, de manière immédiate. Mais cela étant, la réforme de structure qui a été engagée au travers de cette loi antitrust qui a été déposée par Calédonie ensemble au Congrès, produira ses fruits à échéance de quelques années. J’espère que ce seront de beaux fruits.

Journaliste : Parlons de votre référendum éclairé. Pour vous, si on vous a bien suivi, il faudrait, en quelque sorte inverser le timing. Plutôt que de d’abord répondre indépendance ou maintien dans la France, d’abord creuser ce que ça veut dire que de rester dans la France, pour la Calédonie, ou ce que ça veut dire de s’en éloigner. Pourquoi cette inversion de timing ? Parce que c’est pas clair, ce que veulent les uns et les autres ?

Philippe Gomès : C’est pas que c’est pas clair. C’est explicitement prévu par l’Accord de Nouméa qui nous dit qu’au plus tard, en 2018, on aura un référendum pour ou contre l’indépendance, que si on dit non, il y en aura un deuxième en 2020, que si on redit non, on en a un troisième en 2022. Donc, une fois qu’on aura dit trois fois non, l’Accord de Nouméa nous dit : il faut vous retrouver autour de la table et discuter. On a tous les ingrédients pour transformer cette sortie de l’Accord en immense pétaudière à l’échelle du pays. Donc, nous, on dit : évitons la pétaudière. Comment l’éviter ? C’est la proposition de Calédonie ensemble, c’est de dire, d’une part, négocions avant le référendum, entre 2014 et 2018, entre les indépendantistes, les non-indépendantistes et l’État. Point numéro deux : donnons du contenu à ce qui, aujourd’hui, n’en a pas. Qu’est-ce que c’est l’indépendance ? Au lendemain du référendum, imaginons, où finalement, c’est l’indépendance qui l’emporte, ce que nous ne souhaitons pas, nous, à Calédonie ensemble, mais imaginons que ce soit le cas. Le pays, le jour d’après, c’est quoi ? On est dans quel pays ? Quelle est l’organisation des institutions…

Journaliste : Il peut y avoir différentes indépendances…

Philippe Gomès : De toute façon, quelle qu’elle soit, vous la connaissez pas. Vous avez voté pour un principe et derrière ce principe, il y a un vide intersidéral. Même chose si vous votez contre l’indépendantiste, vous souhaitez rester dans la France, qu’est-ce qu’il y a dans ce principe ? Vous n’en savez rien. Bon, okay, vous êtes dans la France, mais quel est le pays qui est au sein de la France ? Vous le savez pas non plus. Donc, il est nécessaire de remplir les deux contenus, parce que c’est aussi une marque de respect à l’égard des Calédoniens. Quand ils vont mettre un bulletin sur l’indépendance, ils sauront ce qu’il y a le lendemain du jour où ils ont voté. S’ils mettent un bulletin pour la France, de la même manière, ils sauront ce qu’il y a le lendemain du jour où ils ont voté. C’est pour ça qu’on dit : à ce référendum aveugle, qui est un référendum de chaos, qui est prévu par l’Accord de Nouméa, substituons un référendum éclairé qui sera un référendum de paix.

Journaliste : Pour vous, Calédonie ensemble, la Calédonie d’après, elle est très claire ?

Philippe Gomès : Ah ben oui, en ce qui nous concerne, nous souhaitons que cette Nouvelle-Calédonie continue à se gouverner par elle-même, comme c’est le cas aujourd’hui, puisque nous exerçons toutes les compétences sauf les compétences régaliennes, mais d’une manière qui soit, à la fois plus solidaire, parce que la problématique des injustices dans notre pays est une problématique qui entrave la construction du destin commun, qui entrave la mise en œuvre d’un véritable vivre ensemble, donc, un pays qui se gouverne lui-même, qui soit plus solidaire, et qui, en même temps, prenne le contrôle de sa destinée. Je pense notamment au sujet que nous avons abordé tout à l’heure, les ressources minières et l’utilisation métallurgique qui en est faite, il est temps, désormais, que ce soient plus d’autres qui s’en occupent pour notre compte, et que nous prenions en main les leviers qui nous permettent d’organiser notre avenir.

Journaliste : Et cette vision, elle vous semble si éloignée que ça de celle des autres partis loyalistes, Philippe Gomès ?

Philippe Gomès : Je crois que l’avantage de notre démarche, c’est qu’elle permet de mettre tout le monde autour de la table. On dit pas : réunissez-vous autour de notre projet, le voilà, c’est le plus beau, c’est le meilleur. On dit : voilà une méthode, construisons ensemble les deux branches de l’alternative de sortie de l’Accord de Nouméa, construisons-les de manière partagée, que chacun vienne autour de la table, avec sa part d’âme, avec son projet pour son pays. parce que ce qui est sûr, c’est que nous sommes tous profondément attachés à notre pays, mais il faut pas que cet attachement à notre pays soit source, à la sortie, de heurts et de désordre, mais il faut que cet attachement à notre pays nous permette de construire le fabuleux destin commun auquel nous appelle l’Accord de Nouméa, qui a quand même, parfois, des allures d’inaccessible étoile.

Journaliste : Philippe Gomès, poète, ce matin. Merci d’avoir accepté notre invitation.

Philippe Gomès : Merci à vous de votre invitation.

Venez découvrir la chaîne Caledonie Ensemble suret abonnez-vous pour suivre l’actualité !

À voir aussi :

Échange Jean-Luc Mélenchon – Philippe Gomès à l’Assemblée, ou quand « Kanaky » s’invite dans l’hémicycle

( 14 décembre 2017 ) « En république, le droit s’applique et le droit aujourd’hui pour la …