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11ÈME COMITÉ DES SIGNATAIRES: PHILIPPE GOMÈS DRESSE SON BILAN SUR RADIO OCÉANE

Oceane fm

(21/10/2013)- Invité d’Océane FM, Philippe Gomès s’est déclaré satisfait de la position du comité des signataires sur plusieurs dossiers importants portés par Calédonie Ensemble : création de l’autorité locale de la concurrence, plafonnement des frais bancaires par arrêté du haussaire, «Calédonisation » des emplois dans les services locaux de l’Etat, recherche en commun d’un drapeau pour le pays, etc. Le comité a également pris acte du récent rapport sur l’avenir institutionnel. Philippe Gomès s’est félicité du consensus quant au fait qu’il appartiendra aux responsables élus en 2014 de rechercher ensemble une voie pour éviter le référendum tel que prévu par l’Accord de Nouméa. Les experts qualifient en effet cette voie de « pire des solutions » et ne retiennent que 2 méthodes possibles pour la sortie de l’Accord, dont celle du « référendum éclairé » prôné par Calédonie Ensemble. La démesure des délégations montées à Paris a conduit Philippe Gomès à proposer qu’à l’avenir, le comité compte moins de 20 élus calédoniens.

Interrogé sur le rapport d’expertise sur la nouvelle centrale de la SLN, le député a rappelé que celle-ci n’aurait jamais eu lieu si Sonia Lagarde n’avait pas interpellé la ministre. Il retient de ce rapport les efforts qui restent à faire sur la définition et le respect des normes de pollution à respecter, sur la gestion des cendres et sur la compensation du CO2.

Le député a enfin rappelé le succès des « rencontres citoyennes » organisées par Calédonie Ensemble, qui permettent à plus de 200 personnes, à chaque fois, de venir partager et débattre sur l’un des thèmes du projet de société que porte le mouvement.

Vous trouverez ci-dessous, le podcast Océane fm, avec Philippe Gomès:

Retrouvez ci-dessous la retranscription intégrale de cette entretien:

Journaliste : Nous avons le plaisir de recevoir Philippe Gomès, député de la seconde circonscription. Philippe Gomès, bonjour.

 

Philippe Gomès : Bonjour.

 

Journaliste : Merci d’avoir accepté notre invitation. Retour sur le comité des signataires, ses points forts et ses faiblesses :

 

Philippe Gomès : D’abord, je crois qu’il faut parler des aspects politiques. Il y a, pour nous, à Calédonie ensemble, deux sujets qui ont été traités et qui nous semblaient essentiels. Le premier, c’est l’affaire du drapeau, vous savez que c’est, pour nous, un marqueur politique majeur, c’est là-dessus que nous avons notamment marqué notre différence par rapport aux autres formations dites de sensibilité non-indépendantiste. Le comité des signataires a acté, dans son relevé de conclusions, que le travail avait été engagé par la commission que nous avons fait créer au Congrès pour rechercher ce drapeau commun et que le comité se félicitait du chemin qui avait été parcouru. Alors certes, il va falloir continuer, on ne va pas aboutir demain, on en est d’accord. Mais pour nous, à Calédonie ensemble, ce qui importe, c’est qu’on respecte l’Accord de Nouméa, et l’Accord de Nouméa avait bien prévu une recherche en commun d’un drapeau qui incarne l’identité kanake et le futur partagé entre tous. Donc, voilà pourquoi pour nous, c’est important d’avoir fait acter ce point-là au comité des signataires. Deuxième point au plan politique qui a été acté, c’est le dialogue. Oui, après 2014, il nous faut dialoguer pour voir comment on sort de l’Accord de Nouméa et essayer d’en sortir le mieux possible. Le comité qui sera chargé de mettre en œuvre ce dialogue n’a pas été identifié, la mission de ce comité non plus. Donc, on n’en est pas sur les modalités, mais sur le principe. Indépendantistes et non-indépendantistes, au-delà de nos sensibilités, ont acté le fait qu’après 2014, une fois les élections passées, il faudra dialoguer pour sortir de l’accord. Et nous, nous insistons, à Calédonie ensemble, sur un point essentiel, ce dialogue sera mené d’abord par les formations politiques qui ont reçu la légitimité du suffrage universel. En mai 2014, il y a des élections provinciales, les Calédoniens devront choisir celles et ceux qui auront vocation, demain, à porter leur parole pour organiser cette sortie de l’Accord de Nouméa. Pour nous, c’est important. La légitimité issue du suffrage universel est une légitimité qui doit primer sur d’autres légitimités, notamment la légitimité, le cas échéant, de ce qu’on appelle les signataires de l’Accord de Nouméa.

 

Journaliste : Historiques !

 

Philippe Gomès : C’est eux qui s’autoqualifient d’historiques, mais signataires ira largement. Ça, c’est le bilan du comité des signataires, en ce qui concerne les aspects politiques. Sur les aspects de vie concrète, parce que la politique, ça ne met pas quelque chose dans l’assiette. Les Calédoniens, ils attendent des mesures aussi concrètes de ce genre de réunions. Nous, à Calédonie ensemble, nous avons poursuivi la mise en avant des sujets auxquels nous tenons beaucoup : la création de la haute autorité de la concurrence, qui a été enfin installée par la loi organique, qui a été adoptée par le Parlement de la République, et qui sera le gendarme de la loi antitrust, qui va permettre, dans certains secteurs d’activités où il n’y a plus de concurrence, de réinstaurer de la concurrence, et cette haute autorité sera un petit peu le gendarme de cette loi antitrust. Elle sera indépendante des pouvoirs politiques et économiques, et elle aura une capacité à prononcer des sanctions. Je crois que le chemin vers la vie chère, c’est un chemin qui conduit à instaurer plus de concurrence dans notre pays, parce qu’il y a un certain nombre de secteurs d’activités qui sont complètement cadenassés, qui sont verrouillés, où la concurrence, s’exerçant plus, automatiquement, les marges des entreprises prospèrent et les prix atteignent des niveaux qui sont beaucoup trop élevés pour le portefeuille des Calédoniens. Les frais bancaires aussi, sujet de vie concrète. Nous avons fait modifier la loi organique, avec Sonia Lagarde, ça n’a pas été une mince affaire, pour que le haut-commissaire, dans notre pays, puisse fixer, par voie d’arrêté, les tarifs maximums applicables à un certain nombre de services bancaires qu’on appelle services bancaires de base, qui sont, chez nous, hélas, deux à dix fois plus élevés qu’en métropole. Ça aussi, ça a été acté par le comité. D’ici la fin de l’année, le haut-commissaire devra avoir pris cet arrêté. L’objectif étant, qu’à terme, on s’aligne sur les tarifs bancaires applicables en France métropolitaine. Troisième sujet de ce comité des signataires qu’on a porté, cette fois-ci, avec Gérard Poadja, lorsqu’il était président du Congrès, qui est la calédonisation des administrations de l’État. Nous avons, dans notre pays, des administrations de l’État, ce sont l’armée, la police nationale, la gendarmerie, la justice, l’administration pénitentiaire, il faut que de plus en plus de Calédoniens puissent être recrutés dans ces administrations de l’État. Nous avons le socle nécessaire, la ressource nécessaire, il n’y a pas de raison que les Calédoniens ne puissent pas prendre leur place dans ces administrations. Un certain nombre de points ont été actés à l’occasion de ce comité des signataires, notamment en ce qui concerne la gendarmerie. Aujourd’hui, il y a à peu près 20 % de Calédoniens qui travaillent au sein de la gendarmerie, l’objectif est d’arriver à 75 % à échéance de 5 ans. Voilà un point particulier, mais nous, nous avons insisté pour que les autres administrations de l’État, la justice, l’administration pénitentiaire, l’armée, puissent faire l’objet d’un plan identique, de façon à ce que, à échéance de quelques années, les Calédoniens soient dignement représentés dans l’ensemble de ces fonctions publiques d’État. Et puis enfin, dernier sujet, qui est aussi pour nous un sujet important, nous avons fait acter ça aussi au comité des signataires, nous nous en sommes occupés avec Sonia Lagarde à l’Assemblée nationale, les lycées. C’est quand même quelque chose de fondamental, le lycée du Mont-Dore, attendu par des milliers de Montdoriens de très longue date, qui sera un lycée d’enseignement général, technique et professionnel, dont l’ouverture est prévu à la rentrée 2016. Il faut les crédits pour construire ce lycée, autrement, il n’y aura pas d’ouverture à la rentrée 2016. Dans la conjoncture actuelle avec l’État, vous avez vu quand même que le froid est polaire sur le budget 2014. Et donc, nous avons obtenu, là aussi, que les crédits soient effectivement inscrits au budget de l’éducation nationale pour 2014, avec 5 milliards CFP qui sont inscrits pour le lycée du Mont-Dore et celui de Pouembout aussi, puisque sur la base du lycée agricole, on doit étendre un lycée d’enseignement général et professionnel. Au total, les deux lycées coûteront 11 milliards de francs CFP, c’est pas une mince affaire, et les deux devraient ouvrir à la rentrée 2016. Jai tenu à parler des aspects politiques, et ensuite, des aspects de vie concrète parce que ce n’est pas que de la politique, le comité des signataires. Vu du côté de Calédonie ensemble, c’est aussi des dossiers concrets qui doivent améliorer la vie des Calédoniens, qu’on doit poser sur la table et faire avancer, j’en ai cités quelques-uns.

 

Journaliste : Le comité des signataires, sa composition a fait couler beaucoup d’encre. Beaucoup de monde, beaucoup d’argent dépensé, on parle de près de 50-60, voire 100 millions. 60 personnes, 70 peut-être. Vous comprenez que ça râle ?

 

Philippe Gomès : Non seulement je le comprends, mais c’est complètement hallucinant qu’on ait aujourd’hui une délégation de cette ampleur. Moi, je le dis très tranquillement, Calédonie ensemble, au comité des signataires de 2010, on était deux sur 60, Gérard Poadja et moi. À celui de 2011, on était trois. À celui de 2012, on était trois. Et à celui de cette année, on était quatre. Vous voyez, on est entre deux et quatre sur 60. Je dois dire, pour être tout à fait honnête, que le Palika, c’est pareil. Le Palika de Paul Néaoutyine, au maximum, ils sont à quatre. La majeure partie du temps, ils sont à deux ou trois. Mettons les choses là où elles doivent être mises. Il y a 50 à 60 personnes qui sont exclusivement issues des mouvements Rassemblement UMP, Avenir ensemble pour les non-indépendantistes, ils sont 25 ou 30, et l’UC, de l’autre côté, ils sont 25 ou 30. Ce sont les mêmes qui ont toujours des délégations type armée mexicaine, qui viennent au comité des signataires. Donc, ne mettons pas tous les partis politiques, je le dis aux Calédoniens, dans le même sac. Il y a ceux qui profitent de la situation pour faire voyager le banc et l’arrière banc des élus et des attachés en métropole, à l’occasion du comité des signataires, où il finit par y avoir plus de monde derrière le premier rang autour de la table, que devant, autour de cette table. Tout ça est, pour nous, totalement inutile et gabégique, et nous, ce que nous souhaitons, nous l’avons dit, nous nous sommes engagés, nous avons saisi d’ailleurs le Premier ministre et le ministre de l’outre-mer sur le sujet, c’est de revenir à une base qui soit une base claire et saine. Ça veut dire quoi ? C’est-à-dire qu’on doit revenir aux partis politiques qui ont signé l’Accord de Nouméa. Il y en a deux, il n’y en a pas 150, c’est le RPCR de l’époque, Jacques Lafleur, et le FLNKS. Ces partis politiques, bien sûr, comme ils ont signé l’Accord de Nouméa, même si cette légitimité n’est qu’historique, mais elle l’est, ils doivent bénéficier d’une délégation, quatre personnes, c’est largement suffisant, on n’a pas besoin d’être 150. Quatre personnes pour chacune des délégations de ces deux partis politiques signataires. Depuis lors, depuis 98, d’autres partis politiques, Calédonie ensemble par exemple, sont issus du suffrage universel. C’est les Calédoniens qui ont conduit à ce que des partis politiques comme le nôtre deviennent la première formation politique du pays. Et donc, nous sommes représentés au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, où nous avons un groupe. Dès lors, en complément de ces deux partis signataires historiques, les autres partis qui ne sont pas signataires et qui ont un groupe au Congrès doivent également siéger au comité des signataires. Mettons, là aussi, quatre personnes par parti. Donc, au total, notre système conduira à ce qu’on ait, au maximum, 16 personnes qui siègent au comité des signataires, et non plus 60 comme c’est le cas aujourd’hui. À charge pour chacun des partis d’amener, dans ses troupes, les présidents d’institutions ou les parlementaires. Nous, on ne demande pas une place particulière pour les parlementaires au sein de ce comité des signataires. Voilà la proposition concrète qu’on a fait, de façon à ce que la dérive hallucinante qui a été constatée en termes de participations à ce comité ces dernières années…

 

Journaliste : Et financière ?

 

Philippe Gomès : Bien sûr, parce que, quand vous multipliez 50 par le prix des billets et les frais de mission que chacun perçoive, il est clair que c’est probablement aux alentours de 100 millions qu’a coûté cette petite blague. Et puis, c’est pas la peine, en réalité. Autour du comité des signataires, vous savez combien il y a de personnes qui parlent ? Je vais vous le dire, parce que les Calédoniens ne le savent pas. Au niveau des non-indépendantistes, vous avez entendu cette fois-ci Pierre Frogier, Harold Martin et moi-même, et au niveau des indépendantistes, vous avez entendu Rock Wamytan, Reignier et Néaoutyine. Donc, il y en a six qui ont parlé. Et chaque comité des signataires, au grand maximum, il y en a cinq ou six qui parlent. Déjà, si on y va à 16, il y en a déjà dix qui vont rien dire autour de la table et cinq ou six qui vont parler. Ça sera largement suffisant, croyez-moi.

 

Journaliste : Pour sortir de l’Accord de Nouméa, quelles sont les pistes aujourd’hui ?

 

Philippe Gomès : Très bonne question, parce qu’en réalité, les choses sont jusqu’à maintenant très mal présentées. Je crois qu’il faut vraiment revenir à la base de ce que contient le rapport qui a été rendu par les experts. Il y a deux experts qui ont travaillé pendant trois ans, qui ont rendu leur rapport. Ce rapport insiste sur quatre solutions pour l’après Accord de Nouméa, une solution statu quo, l’Accord de Nouméa qu’on consolide, une solution autonomie élargie, on va un petit peu plus loin que ce que prévoit aujourd’hui l’Accord de Nouméa, une solution État-associé, on est indépendant, mais associé avec la France, et puis enfin, une solution État indépendant pur et simple, on est indépendant sans être associé à la France ou à un autre État. Ça, c’est les quatre possibilités de sortie après l’accord. Mais surtout, ce rapport d’experts insiste sur les trois méthodes possibles, comment on fait pour arriver à une des quatre solutions ou à certaines de ces solutions ? Les experts préconisent trois pistes de sortie, trois méthodes de sortie. La première, respecter l’Accord de Nouméa, c’est-à-dire, on va au référendum tel qu’il est prévu.

 

Journaliste : Je rappelle, 2018, 2020, 2022.

 

Philippe Gomès : Exact. Oui ou non à l’indépendance, posée en 2018, on répond non. Une deuxième fois, la question est posée en 2020, on répond non. Une troisième fois, la question est posée en 2022, on répond non, et là, l’accord dit les partenaires se réunissent pour examiner la situation ainsi créée. En clair, il n’y a plus d’encre dans les stylos et ils ont dit qu’ils verront bien ce qu’ils feront en 2018. Voilà, on en est là. Nous, on dit toujours que ce référendum est un référendum chaos, qui n’apportera rien au pays, qui en plus, ne prévoit rien. Qu’est-ce qui se passe le jour d’après ? On vote pour l’indépendance, qu’est-ce qu’il y a le jour d’après ? Rien. On vote contre l’indépendance, qu’est-ce qu’il y a le jour d’après ? Rien non plus, puisque les signataires doivent se réunir pour examiner la            situation ainsi créée. Nous, on avait dit, c’est un chaos. Qu’est-ce que dit le rapport des experts ? Le rapport des experts dit : aller au référendum tel que prévu par l’accord, je cite, c’est la pire des solutions. Les experts confirment ce que Calédonie ensemble dit depuis l’origine, depuis sa création, depuis 2008, que le référendum prévu par l’Accord de Nouméa, c’est à la fois un chaos politique, et un non-sens juridique. Ça, c’est une première piste de sortie, aller au référendum prévu par l’accord. Deuxième piste de sortie, qui est défendue par certains partis politiques, c’est ce qu’on appelle la solution consensuelle. Solution consensuelle, c’est, on se met tous d’accord sur une seule et unique solution, les indépendantistes y sont favorables, les non-indépendantistes aussi, l’État aussi, et une fois qu’on s’est mis d’accord sur cette solution, on la soumet au peuple dans le cadre d’un référendum. Nous, à Calédonie ensemble, on y est opposés. Pourquoi ? Parce qu’on considère que les indépendantistes ne signeront une solution consensuelles que si, a minima, c’est une indépendance-association. Autrement, ils ne vont pas aller signer une solution consensuelle. Il ne faut pas faire croire aux Calédoniens que les indépendantistes ont renoncé à l’indépendance, c’est faux. Les indépendantistes ont toujours une volonté claire et affirmée, de faire en sorte que, selon des modalités multiples, leur pays devient indépendant. Ça, c’est la seconde piste de sortie que les experts proposent, la solution consensuelle. Et puis, la troisième piste de sortie, c’est le référendum éclairé. Les experts disent exactement ceci : il faut définir, je cite les experts, les perspectives qu’une réponse oui ou une réponse non ouvrirait, de telle sorte que les électeurs soient éclairés sur la perspective de leur vote. C’est le référendum éclairé que nous proposons. En clair, nous, on dit : il y a une possibilité indépendance, bâtissons ce projet indépendance, de façon à ce que les Calédoniens sachent, le lendemain de l’élections, dans quel pays ils se lèvent, quelle est l’organisation des institutions dans ce pays, quelle est la place des nationaux et des non-nationaux dans ce pays, est-ce que ce pays garde des relations avec la France ou pas, quel est le régime des libertés publiques dans ce pays, quid du soutien financier qu’apporte l’État aujourd’hui, chaque année, 140 milliards de francs CFP à ce pays, etc. Au moins, les Calédoniens de sensibilité indépendantiste, qui mettront un bulletin « oui à l’indépendance », ils sauront, le lundi matin, dans quel pays ils se réveilleront. Et de la même manière, pour celles et ceux qui, comme nous, à Calédonie ensemble, sont favorables à une Calédonie émancipée qui reste au sein de la République, définissons cette Calédonie qui reste au sein de la République. Comment s’organisent les pouvoir publiques, est-ce qu’on reste dans un dispositif de gouvernement proportionnel et collégial, qu’est-ce qu’on fait des compétences qui restent à transférer, comment s’organisent les relations de cette Nouvelle-Calédonie émancipée avec la République, etc. En clair, ça permettra aux Calédoniens, dans le cadre de ce référendum éclairé, un, d’avoir un produit, entre guillemets, qui correspond à leur sensibilité, indépendantiste ou non-indépendantiste, et deux, que ce produit-là soit rempli, c’est-à-dire, on change. Au lieu d’un référendum qui est un référendum oui ou non à l’indépendance, un référendum d’opposition frontale bête et méchant qui va conduire à nous opposer, et le cas échéant, qui sera générateur de troubles dans notre pays, on change et on en fait un référendum de projets, un projet pour un pays indépendant et un projet pour un pays émancipé, mais qui reste au sein de la République. Donc, voilà les trois pistes des experts, je les rappelle : on va au référendum tel que prévu, oui ou non à l’indépendance, ils disent que c’est la pire des solutions. Deuxième méthode, on organise une solution consensuelle, tout le monde la signe, et les Calédoniens voteront, nous, on dit attention, une solution consensuelle comme ça, ça ne peut être qu’une indépendance-association, autrement les indépendantistes la signeront pas. Troisième possibilité, on éclaire les deux pistes de sortie de l’accord, l’indépendance ou la non-indépendance, et ça nous permet de substituer au référendum aveugle actuel un référendum éclairé, et comme ça, chaque Calédonien pourra voter en toute connaissance de cause. Je m’excuse d’avoir été un peu long sur le sujet, mais les choses sont tellement mal expliquées aujourd’hui que je doute que les Calédoniens puissent s’y retrouver dans le cadre de cette sortie de l’accord.

 

Journaliste : Le choix de la centrale à charbon de la SLN, choix que vous avez soutenu, vous le vivez comment, c’est un succès ?

 

Philippe Gomès : Ah non, non, moi, je n’ai pas du tout soutenu ça. Moi, dès février 2011, j’avais écrit en tant que président du gouvernement au président d’Eramet pour lui dire que c’est la centrale à gaz qui avait notre préférence, que nous ne soutiendrons la défiscalisation qu’à condition que ce soit une centrale à gaz qui soit réalisée, au lieu et place de l’actuelle centrale à fuel, etc. Je rappelle également que c’est nous, à Calédonie ensemble, avec Philippe Michel comme chef de groupe, qui nous sommes battus pour qu’un débat au sein de l’assemblée de province Sud soit organisé sur la question de cette centrale à charbon, que de la même manière, Sonia Lagarde s’est battue pour qu’un débat soit organisé au sein du conseil municipal sur le sujet et qu’enfin, si une expertise, une tierce expertise a bien été effectuée, c’est grâce à qui ? C’est grâce à Sonia Lagarde qui a posé la question à l’Assemblée nationale, à l’ancienne ministre de l’environnement, madame Batho, qui a dit « oui, effectivement, il y a un problème en matière d’environnement, nous allons désigner une mission d’experts qui ira faire le point sur le sujet ». Donc, ce rapport, qui a été rendu récemment, nous en avons la paternité puisque nous nous sommes battus pour qu’il puisse exister. Je reconnais ici qu’il y a eu un travail de sensibilisation qui a été organisé par Martine Cornaille et son association. Ce rapport a été rendu, et pourquoi on voulait ce rapport ? Parce que, jusqu’à maintenant, il n’y a que la SLN qui nous disait que la centrale au charbon, c’était bien. Qui d’autre nous le disait ? Personne. Bien évidemment, l’industriel, il dit, « le charbon, c’est bien », ben oui, il ne va pas dire que c’est mal, c’est sa proposition, vous comprenez l’histoire ? Bien évidemment, si on veut éclairer les institutions, comme je l’avais fait d’ailleurs à l’époque pour l’usine de Goro, il faut demander des tierces expertises qui disent, sur chaque dossier, quels sont les avantages ou quels sont les inconvénients. Et là, sur la question de la centrale au charbon, il y a quand même des points importants qui ont été évoqués par les experts. Ils ont dit effectivement le charbon, c’est la moins mauvaise des solutions, en l’état actuel des choses, mais ils ont dit trois choses complémentaires.

 

Journaliste : Il y a des contreparties !

 

Philippe Gomès : La première chose, quelles sont les contreparties apportées par l’industriel ? Aujourd’hui, on a une visibilité zéro sur les contreparties apportées par l’industriel. Deux, quid du traitement des cendres, qui est fondamental, et notamment les possibilités de les exporter sur d’autres pays, et troisième point, quid de la capacité de cette centrale à respecter de manière stricte les normes, on n’a pas, là aussi, les garanties nécessaires. Donc, les experts, ils ont comparé les différentes possibilités, charbon, gaz ou énergies renouvelables, et puis ensuite, ils ont dit, comme le charbon, c’est le moins pire des systèmes, entre guillemets, il faut quand même avoir des éclaircissements sur ces trois contreparties que je viens d’énoncer. Cette tierce expertise a été utile et maintenant, nous, à Calédonie ensemble, de manière concrète, on va se battre pour que ces contreparties qui, aujourd’hui, ne sont pas définies et qui vont contribuer de manière forte à la qualité de vie, et du moins, aux émissions qui seront celles de cette centrale dans l’atmosphère, que ces contreparties, que l’industriel doit expliciter et annoncer, soient bien au rendez-vous. Voilà notre nouveau cheval de bataille sur le sujet.

 

Journaliste : La création de l’UCF autour de Gaël Yanno, Isabelle Lafleur et Philippe Blaise, c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle pour Calédonie ensemble ?

 

Philippe Gomès : Ni l’une, ni l’autre. Vous savez, on assiste au regroupement de petits partis qui s’agrippent les uns aux autres, pour essayer de passer la barre à l’occasion des prochaines élections. On a, d’un côté, ce que j’appelle la bande des quatre, Frogier, Martin, Leroux, Loueckhote, qui vont s’unir pour essayer de passer cette barre de 5 % aux élections, et puis de l’autre côté, les gens que vous venez d’indiquer qui en font de même. Moi, je dis attention, parce que ces regroupements sont parfois un peu hétéroclites, on se demande ce qui, au plan politique, les rassemble. Alors certes, la volonté d’obtenir des postes, j’ai bien compris, mais à part ça ? Les trois que vous citez, là, vous savez qu’il y en a un là-dedans, qui s’appelle Blaise Philippe, qui, lui, a quitté le Rassemblement UMP pour l’affaire du drapeau, quand Pierre Frogier a annoncé que le drapeau du FLNKS devait être hissé. Et puis, en même temps, il y en a un autre, Gaël Yanno, qui, lui, pendant que Blaise partait du Rassemblement UMP, l’a hissé sur la mairie de Nouméa. Et puis, quant à Isabelle Lafleur, je ne connais pas sa position particulière, mais je connais celle de Jacques Lafleur, qu’il a exprimée à cette occasion-là, dans l’hebdomadaire qu’il dirigeait, où il disait que c’était un geste, le drapeau, inutile et dangereux. Donc, on voit bien que sur quelque chose qui est quand même centrale, le drapeau du FLNKS ou pas aux côtés du drapeau tricolore, un drapeau commun ou pas aux côtés du drapeau tricolore, ces trois personnes ont eu des positions extrêmement divergentes. Et puis maintenant, je vois que dans leur programme commun, on va appeler ça comme ça, il y a la recherche d’un drapeau commun. Donc, je dis que là, en l’espèce, Gaël Yanno, il a fait un tête à queue sur le sujet. Je crois que les rassemblements, c’est possible, mais il faut qu’il y ait un minimum de points communs qui justifient une démarche politique. Sur quoi on se rassemble ? Si c’est juste pour avoir des postes, ça ne vaut pas cher, c’est une combine politicienne. Si c’est, au contraire, pour porter un même projet de société, c’est autre chose. Je constate que les divergences entre eux sont quand même majeures et qu’ils se sont assis dessus pour se rassembler.

 

Journaliste : Philippe Gomès, on fait une petite pause, on se retrouve dans quelques instants.

 

Journaliste : Quelques mots sur la cinquième convention que vous avez organisée, samedi dernier, à Nouville, de quoi s’agissait-il ?

 

Philippe Gomès : D’abord, beaucoup de monde, on était quasiment 250 personnes qui y ont participé. C’est quand même pas évident, moi, je suis toujours très reconnaissant à celles et ceux qui, par un samedi lumineux, ensoleillé, décident d’aller à l’université pour travailler sur ces sujets-là. Et je le dis parce qu’à chacune de nos rencontres citoyennes, on a, en réalité, toujours 200 à 300 personnes qui viennent, quel que soit le sujet. On a fait l’agriculture, l’environnement, l’économie, l’éducation. On vient de faire santé et solidarité, on va faire mine et métallurgie dans la perspective du 16 novembre, donc, voilà, il y a toujours beaucoup de monde, et ça, c’est formidable. Et puis ensuite, les débats, je suis toujours fasciné par ça, parce que les personnes qui y participent, à ces rencontres citoyennes, elles sont d’origine très diverse, à la fois professionnelle, en même temps ethnique, en même temps géographique. Et pour autant, je trouve que les débats sont toujours d’une richesse formidable. Là aussi, vous y avez assisté, donc, vous avez pu toucher du doigt cette réalité, c’est quand même quelque chose qui nourrit notre réflexion, à nous, à Calédonie ensemble. Et on a vraiment besoin d’aller comme ça, à la rencontre du peuple calédonien, dans sa diversité pour nourrir notre projet pour 2014. Donc, à ce titre-là bien sûr, la rencontre citoyenne d’hier a eu toute sa pertinence. Quelques éléments sur cette rencontre citoyenne, le sujet du logement, on connaît nos positions, on en a débattu, hier, elles sont partagées par celles et ceux qui sont venus. La production de logements sociaux dans notre pays a été divisée par quatre ! Et c’est pas par hasard, ça a été une volonté politique. Les nouveaux contrats de développement qui ont été signés par la province Sud, en 2011, prévoient 247 logements sociaux par an, pendant cinq ans. Et quand j’étais président de la province Sud, nous avons livré, en moyenne mille logements sociaux par an. Les derniers ont été livrés en 2011, parce que vous passez les conventions avec les organismes d’habitat social, en 2008-2009, et ensuite deux à trois ans après, les logements sociaux sont livrés. Donc, on n’en a pas tout de suite senti l’impact, mais il y a eu un écroulement de la production de logements sociaux. On le sent en 2013, puisque ça y est, il y a plus rien qui est livré des conventions que j’avais passées, donc, maintenant, on tombe à 250 par an. Quel est l’impact ? Triple impact, triple conséquence sur notre environnement économique et social. Première conséquence, chute du BTP, 1500 emplois directs. Pourquoi ? Parce que, quand vous faites mille logements sociaux par an, c’est 20 milliards de francs CFP de chiffre d’affaires que vous apportez au secteur du BTP, 20 millions par logement. Et quand vous en faites 250, au lieu de 20 milliards, vous apportez 4 milliards, c’est simple. Donc, conclusion, 15 milliards en moins de chiffre d’affaires du secteur, 15 milliards en moins, ça fait 1500 emplois en moins. Première conséquence, économique. Deuxième conséquence, sociale. Les gens, vous savez, ils sont là, ils rentrent pas sous terre parce qu’on construit plus de logement. Ils rentrent pas sous terre, les gens. Les Calédoniens, ils sont là. Les Calédoniens qui attendent un logement sont toujours là. Où ils vont, ces Calédoniens qui attendent un logement ? Deux endroits, les squats, explosion de l’occupation des squats, il y a qu’à aller voir sur Nouville pour celles et ceux qui auraient quelques doutes sur le sujet. Deuxième conséquence sociale, la sur-occupation des logements sociaux existants. On a 20 % de notre parc de logements sociaux, où au lieu qu’il y ait une seule famille qui y vive, on a deux ou trois familles qui s’agglutinent dans le logement. Vous imaginez les conséquences de ces situations. Les enfants qui rentrent le soir, ils font où leurs devoirs ? Ben, dans la rue, parce que, quand vous êtes deux ou trois familles dans un logement social de 80 mètres carrés, à partir de ce moment-là, les enfants, ils finissent dans la rue. Dans la rue, échec scolaire, délinquance, etc. Donc, les conséquences de ces décisions prises par l’alliance Rassemblement UMP, Avenir ensemble, FLNKS, parce que les indépendantistes, là-dessus, ils ont pas de circonstances atténuantes non plus, c’est ce que je viens d’indiquer. Donc, premier élément de cette rencontre citoyenne, relancer la production de logements sociaux. Les mille logements sociaux, on ne les a pas sortis par hasard, c’est le rapport de la Chambre des comptes qui a été rendu sur le sujet, qui a identifié le besoin de logements sociaux annuels à, au moins, mille en Nouvelle-Calédonie.

 

Journaliste : Sur 12 ans.

 

Philippe Gomès : Sur 12 ans…, je vois que vous l’avez lu, le rapport, c’est pas le cas de tous les Calédoniens, c’est normal, c’est des sujets très techniques, mais, voilà. Deuxième axe qui est pour nous fondamental, c’est l’accession des classes moyennes à la propriété. Aujourd’hui, quand on gagne correctement sa vie dans notre pays, quand je dis correctement, on va dire pour un foyer, un couple, entre 400 et 700 mille francs CFP par mois, ou entre 300 et 700 mille francs CFP par mois. On a les pires difficultés à accéder à la propriété, pourquoi ? Parce que le prix du foncier s’est envolé, parce que le prix de la construction s’est envolé et qu’à la sortie, même si on gagne correctement sa vie, on peut plus devenir propriétaire. Et ça, pour les Calédoniens, c’est insupportable. Quand on est intégré, qu’on travaille, que toute l’année, on assume l’ensemble des obligations qu’on a dans une vie, à élever des enfants, à aller à son job, etc., et qu’à la sortie, on ne peut même pas devenir propriétaire, c’est pas acceptable. Donc, on a fait, nous, Calédonie ensemble, plusieurs, non pas propositions, mais plusieurs actions, la dernière d’ailleurs étant très récente pour permettre de remédier cet état de fait. La première, c’est la mise en place du prêt à taux zéro. Quand j’étais président du gouvernement, c’était un engagement de campagne qu’on avait pris d’ailleurs au titre de Calédonie ensemble. Le prêt à taux zéro, aujourd’hui, permet de prêter jusqu’à 15 millions de francs CFP aux familles des classes moyennes sans intérêts. Les intérêts sont pris en charge par la Nouvelle-Calédonie. Et il y a maintenant 350 familles par an qui bénéficient de ce prêt à taux zéro et qui peuvent ainsi accéder à la propriété. Donc, ça, c’est la première solution. La deuxième solution, c’est celle que l’on vient de mettre en œuvre, vous savez dans le cadre du plan qui avait été proposé par le gouvernement pour la défiscalisation du logement intermédiaire, c’est-à-dire permettre à des gens qui ont des hauts revenus de financer du logement qui sera à la location avec des loyers un peu inférieurs. Donc, ça, c’est bien, mais, nous, on a complété ça en disant, les Calédoniens qui veulent devenir propriétaires de leur habitation principale, doivent aussi bénéficier de cette aide fiscale. Ça veut dire quoi en clair ? Ça veut dire que les Calédoniens, maintenant que cette mesure a été adoptée…, alors il y a une deuxième lecture qui doit être faite, à l’initiative du FLNKS, sur ce dossier, donc, elle n’est pas encore totalement mise en œuvre. Mais, lorsqu’elle aura été définitivement adoptée par le Congrès, c’est une mesure qui a été initiée par Calédonie ensemble et adoptée par le Congrès. Les Calédoniens qui veulent devenir propriétaires de leur habitation principale bénéficieront d’une aide fiscale de 30 % du montant de leur investissement. En clair, vous achetez un appartement à 20 millions, vous allez avoir 6 millions d’aide fiscale. Et comment vous allez bénéficier de cette aide fiscale ? C’est que ces 6 millions seront déduits pendant 10 ans de votre impôt sur le revenu. En clair, dès lors que vous allez devenir propriétaire de votre habitation principale, pour la quasi-totalité des ménages, vous ne payez plus d’impôt sur le revenu.

 

Journaliste : On paye sa maison avec ses impôts ?

 

Philippe Gomès : C’est ça. Donc, vous voyez, nous, on se contente pas de bavarder (coupure) l’accession des classes moyennes à la propriété, je donne deux exemples : le prêt à taux zéro, l’aide fiscale qu’on vient de délibérer, l’objectif pour nous, parce que c’est une dignité absolue de pouvoir avoir un toit pour soi et ses enfants. C’est le rêve d’une vie : devenir propriétaire. Et nous, en tant que politiques, c’est notre job. On doit pouvoir donner corps aux rêves des Calédoniens, et ça, c’est un rêve de base, devenir propriétaire de son logement. Donc, voilà parmi d’autres sujets, ceux qui ont été abordés à l’occasion de la rencontre citoyenne de samedi.

 

Journaliste : On fait le point sur l’UDI et votre activité de député à Paris, qu’est-ce que vous faites, à Paris ?

 

Philippe Gomès : Ah ben…, je me promène ! Je vois que vous avez le sens de l’humour. Je viens de passer quasiment une vingtaine de jours. Il y a eu bien sûr les obligations diverses liées au comité des signataires, à l’exposition remarquable au quai Branly sur l’art kanak. Près d’une cinquantaine d’institutions dans le monde ont prêté leurs pièces au quai Branly, pour que pendant plusieurs mois, cette exposition soit organisée. C’est fascinant, c’est intéressant, c’est instructif et j’encourage tous les Calédoniens qui ont la chance de pouvoir aller à Paris dans les mois qui viennent d’aller faire un tour à cette exposition. Et puis en ce qui nous concerne, Sonia Lagarde et moi-même, nous nous sommes bien sûr attelés à loi organique, puisqu’elle est passée en séance à l’Assemblée nationale et ensuite en commission mixte paritaire, qui réunit l’Assemblée nationale et le Sénat, le 9 octobre. Et donc, là-dessus, nous avons pu faire progresser un certain nombre de choses. Bien sûr, nous avons contribué à ce que cette autorité indépendante en matière de concurrence puisse être installée. Et puis nous avons fait progresser deux dossiers qui nous tenaient à cœur, le premier, c’est sur l’indemnisation des victimes de statut coutumier. C’est quelque chose que les Calédoniens ne connaissent peut-être pas, mais qui est importante pour les personnes qui relèvent du statut coutumier. Parce que vous étiez victimes, vous devez subir deux procès. Un premier procès pénal, et puis c’est au bout du procès pénal, quand le jugement est intervenu que vous deviez, pour vous faire indemniser, subir un deuxième procès qui est un procès civil, avec les assesseurs coutumiers. Donc, parfois, vous savez, quand vous avez subi le procès pénal et que vous êtes une victime, vous n’avez pas envie, après, de subir une deuxième fois. Et donc beaucoup de victimes de statut coutumier, au bout du compte, n’étaient pas indemnisées, alors qu’elles avaient subi un certain nombre de choses qui avaient donné lieu à sanction sur leur agresseur. Et donc, on a fait adopter une disposition qui, désormais, prévoit que l’indemnisation est simultanée au procès pénal et ces personnes n’auront plus deux procès à subir de manière continue. Donc, voilà, c’est quelque chose qui, pour les dizaines de milliers de ressortissants du statut civil coutumier dans le pays, a une importance. Et puis un autre sujet, très différent, mais l’actualité m’oblige à en parler, c’est que Sonia Lagarde est intervenue, à plusieurs reprises, en séance à l’Assemblée pour s’assurer qu’effectivement dans le cadre d’une ordonnance que le gouvernement doit prendre, les policiers municipaux seront habilités à verbaliser en ce qui concerne l’ivresse publique, ce qui est pas le cas aujourd’hui. Et on voit bien que les problèmes d’alcool dans notre pays, ou d’alcoolisation massive qu’on rencontre, nécessitent de nouveaux moyens et donner la possibilité aux policiers municipaux de verbaliser, et donc, d’intervenir, d’agir lorsque des infractions en la matière sont commises. C’est bien sûr un moyen supplémentaire pour aller vers plus de tranquillité publique. Je dis ce qu’on a fait en plus sur cette loi, et je peux dire aussi les échecs, parce qu’il y a des dossiers que j’ai portés et que j’ai pas pu faire aboutir, donc, il faut être honnête quand on rend compte de ce qu’on fait. Je me suis battu pour que les lois sur la transparence, qui sont applicables en métropole, à l’égard de l’ensemble des parlementaires, pour rendre public le patrimoine des parlementaires en début et en fin de mandat, soit également applicable à l’ensemble des élus provinciaux et territoriaux de Nouvelle-Calédonie. J’ai déposé plusieurs amendements en ce sens. Hélas, le gouvernement ne m’a pas suivi. Et puis j’ai également déposé des amendements pour interdire le cumul des mandats dans notre pays, qu’on puisse cumuler un emploi de membre du gouvernement et de maire, par exemple, ou de président de provinces, et vice-présidents de provinces et de maire, par exemple. Surtout qu’il faut avoir une sacrée capacité de travail pour être capable de faire les deux, vous vous en doutez bien. Et je crois que la démocratie s’en porte mieux lorsqu’on a qu’un seul mandat à exercer de manière pleine et entière, et là aussi, hélas, j’ai pas obtenu satisfaction sur ces sujets-là. Oui, il a des sujets sur lesquels j’ai pu progresser, après, la majorité, elle est socialiste et c’est elle qui décide, et comme vous le savez, je n’appartiens pas à cette majorité.

 

Journaliste : Un mot sur l’UDI ?

 

Philippe Gomès : L’UDI, vous savez, quand on s’est présentés à l’élection, avec Sonia Lagarde, on a dit qu’on est avant tout un parti calédonien, on sera avant tout des députés calédoniens, on ne veut pas de fil à la patte. On ne veut pas être obligés de répondre aux instructions d’un parti politique national quel qu’il soit. Nous, c’est l’intérêt du pays avant toute chose. Donc, on est à l’UDI parce qu’à l’Assemblée nationale, il y a que deux partis de droite, il y a pas plus, il y en a deux, c’est soit l’UMP, soit l’UDI. Donc, vous vous doutez qu’à l’UMP, ils sont en train de se battre pour arracher le morceau, entre Frogier et Yanno, sur qui aura la marque. Donc, c’était pas pour nous une priorité, et puis on considère qu’avec l’affaire du drapeau, Sarkozy, Fillon et tout ça, ils n’ont quand même pas, à notre sens, servi la sensibilité non-indépendantiste du pays. Donc, l’autre parti, c’était l’UDI, on s’est retrouvés à l’UDI, Jean-Louis Borloo qui le préside, et je dirais que c’est une droite plus sociale, plus modérée, plus humaniste qui convient aussi à Calédonie ensemble dans la philosophie politique qui est mise en œuvre dans notre pays.

 

Journaliste : Une dernière question, quand allez-vous annoncer les candidats Calédonie ensemble ?

 

Philippe Gomès : Ah oui, ça, je sais, c’est très people, parce que, finalement…

 

Journaliste : On est impatients…

 

Philippe Gomès : Mais, je sais, c’est la seule question qui se pose partout…

 

Journaliste : Non, non, non !

 

Philippe Gomès : Ah si, si !

 

Journaliste : Je vous ai d’abord demandé le programme…

 

Philippe Gomès : Ah non ! Vous m’avez pas demandé le programme, vous m’avez demandé les candidats, voilà. Et ben, nous, on est très différents des autres partis. Et c’est un peu notre marque de fabrique, à Calédonie ensemble, c’est quel projet. On veut être maires de Nouméa, Paita, de Koumac, de la Foa, quel projet Calédonie ensemble porte pour la commune ? Quel projet en matière de politique, de cadre de vie, de qualité de vie, en matière de circulation, d’écoles, d’activités sportives, culturelles, quel projet en matière de tranquillité publique ? C’est un sujet d’actualité, à juste titre, il est de plus en plus difficile, aujourd’hui, dans un certain nombre de lieux publics, à 18 h du soir d’y aller tranquillement, ou d’y aller avec sa femme et ses enfants. Donc, quel projet pour améliorer la tranquillité publique dans nos communes, qu’il s’agisse des communes de l’agglo, comme des communes de l’intérieur ? Et puis, enfin, quel projet en termes de cohésion sociale dans la commune ? Plus la cohésion sociale est forte dans la commune, plus il y a de l’emploi, de l’activité, plus il  y a de la solidarité des uns à l’égard des autres, plus la commune se porte bien, et plus elle vit mieux. Donc, voilà, quel est le projet qu’on bâtit. Nous, aujourd’hui, à Calédonie ensemble, depuis maintenant quasiment un an, avec nos équipes, on est sur le terrain, auprès de la population, pour recueillir leurs paroles. On ne veut pas d’un projet qui tombe d’en haut, voilà, on va vous expliquer ce qu’on va faire. Parce que les projets qui tombent d’en haut, vous savez, ils tombent souvent à côté. On veut un projet qui part d’en bas. On va rencontrer les gens sur le terrain, on fait de multiples réunions de quartiers, des réunions aux domiciles des personnes, où on recueille leur parole, qu’est-ce qu’elles attendent de leur commune, quelle vision elles ont de leur commune, qu’est-ce qu’elles attendent de la prochaine équipe municipale ? Cette parole, on l’a recueillie pendant six mois, partout dans le pays. Et aujourd’hui, sur la base de la parole des Calédoniens, on est en train de bâtir les projets que nous allons présenter pour chacune des communes à l’occasion de cette élection. Une fois qu’on a un projet, ce qui est fondamental, on n’a pas une personne qui tire une liste, qui peut croire, aujourd’hui, que par exemple, gérer une commune comme celle de Nouméa, c’est l’affaire d’une personne ? Qui peut croire ça ? Quand vous connaissez le budget de Nouméa, le personnel de Nouméa, l’ensemble des missions qui sont celles de la commune, même chose pour le Mont-Dore, Dumbéa, pour Paita. Non, nous, ce qui compte, c’est une équipe. La personne en elle-même n’a de sens qu’à partir du moment où elle est intégrée dans une équipe, et donc, on va présenter des projets et des équipes. Et c’est parce qu’on aura des projets qui correspondent à l’attente des Calédoniens, parce qu’on aura pris des équipes qui représentent à la fois la population des communes dans sa diversité, mais aussi qui comprennent toutes les compétences nécessaires pour gérer efficacement les communes. C’est en alliant un projet de qualité et une équipe représentative du pays que j’espère qu’on va construire des listes gagnantes à l’occasion de ces élections. Donc, vous saurez dans les prochaines semaines…

 

Journaliste : Donc, vous ne répondez pas à ma question.

 

Philippe Gomès : Non, non, parce que ça serait voir les élections par le petit bout de la lorgnette. C’est pas, qui c’est qui est sur la liste, c’est quel projet pour la population de la commune. Voilà comment nous, on fonctionne. J’ai vu qu’il y en a qui mettent la charrue avant les bœufs, nous, c’est pas notre cas.

 

Journaliste : Philippe Gomès, merci.

 

 

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