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LE DÉPUTÉ GOMÈS SUR RADIO OCÉANE LE 15 NOVEMBRE 2013

Oceane fm
le député Gomès a regretté le spectacle pas très « ragoûtant » offert par Messieurs Briault et Yanno à l’égard du maire sortant Jean Lèques. En effet, après avoir recherché son adoubement, les voilà désireux de le pousser vers la sortie sans ménagement….
Concernant la 5ème tournée politique de Calédonie ensemble dans le Nord, ces rencontres en brousse furent notamment l’occasion de parler des élections municipales où la démarche de Calédonie ensemble est  très ouverte. Les comités de commune sont  libres de partir sous l’étiquette du parti, de préférer la bannière d’ « une province pour tous » de Gérard Poadja ou alors de faire le choix d’une entente communale.
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En tout état de cause la philosophie est partout la même avec 3 axes défendus :
1.      Des politiques communales plus solidaires
2.      Des politiques communales plus sûres
3.      Des politiques communales plus proches des citoyens
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Pour ce qui est du budget de l’outre mer, Philippe Gomes a tenu à souligner que l’ensemble ultramarin ne fait pas l’objet de restrictions . Des crédits ont ainsi été confirmés pour les lycées du Mont Dore et de Pouembout .Il est aussi intervenu pour la création d’un IUT en Nouvelle-Calédonie pour les métiers du tertiaire et de la mine. Une mission viendra également le 6 décembre prochain pour l’implantation d’une antenne pénitentiaire dans le Nord.
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Quant à la 6 ème et dernière rencontre citoyenne de Calédonie ensemble portant sur la mine et la métallurgie,Philippe Gomes a rappelé que le projet porté par caledonie ensemble reposait sur 3 axes :
1.      Maitriser et contrôler les outils de l’industrie métallurgique et minière,
2.      Instituer une redevance d’extraction minière sur chaque tonne de minerai extraite et qui sera affectée à un fonds pour les générations futures. Le produit de cette redevance pourrait alimenter une épargne  intergénérationnelle et contribuer au financement de filières économiques alternatives.
3.      Développer une vraie gouvernance environnementale et sociale. Sur le sujet le député a vivement dénoncé l’irresponsabilité provinciale dans la gestion du dossier de Goro.
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Sur l’avenir institutionnel du pays, Philippe Gomès a dû revenir sur les dernières déclarations du Président de l’UC, Daniel Goa, en qualifiant son positionnement de pas très sérieux à l’égard du tempo fixé par l’accord de Nouméa. En cas de réponse « Non à l’indépendance », actée 3 fois lors des 3 référendums en 2018,2020 et 2022, contrairement aux declarations de Goa ,il n’est nullement prévu l’indépendance automatique après la 3ème consultation !
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Il est dit dans l’accord que « les partenaires se réunissent pour examiner la situation ainsi créée ».
A propos de la venue du président du sénat , Philippe Gomes a souligné comment il voyait le rôle de l’Etat, à savoir un rôle équidistant entre les différentes sensibilités.L’occasion de rappeler qu’à chaque fois que l’Etat a eu un rôle engagé, il s’en est suivi des troubles dans le pays.
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Retrouvez ci-dessous, l’intervention du député Gomès sur radio Océane:


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Retranscription « mot à mot » OFM 15 NOV 2013 / MID – GOMES

 

 

Journaliste : Nous avons le plaisir de recevoir Philippe Gomès, député de la 2e circonscription. Philippe Gomès, bonjour !

Philippe Gomès : Bonjour !

Journaliste : Et merci d’avoir accepté notre invitation. Un commentaire sur la candidature officielle de Jean-Claude Briault à la mairie de Nouméa ?

Philippe Gomès : J’observe, comme tous les Calédoniens, ce spectacle pas très ragoûtant, où Gaël Yanno comme les autres représentants du Rassemblement UMP, ont tous les deux tenté d’obtenir l’adoubement par Jean Lèques, et puis, au total, ils l’ont tous poussé dans les orties, parce que c’est ce à quoi ça arrive. Dans le monde politique, c’est vrai que les choses ne se font pas toujours correctement. Je crois qu’en ce qui concerne Jean Lèques, quelles qu’aient pu être les divergences que j’ai eues avec lui, sur un certain nombre de points, au cours de la décennie écoulée, je crois que, lorsqu’on a un homme qui a eu le parcours qu’il a eu, à l’assemblée territoriale, d’abord, au Congrès, ensuite, président du gouvernement, de 99 à 2001, auquel j’ai participé, à l’époque, maire de Nouméa depuis 1985, voilà, on ne pousse pas dans le dos, lorsque la sortie est envisagée. Qu’il s’agisse de Gaël Yanno ou du Rassemblement UMP, avec Jean-Claude Briault, je crois qu’ils ont pas eu un comportement très correct à l’égard de Jean Lèques. Je le regrette. Je crois que Jean, quelles que soient nos opinions politiques, méritait mieux.

Journaliste : Vous revenez d’une tournée dans le Nord. Quels en sont les retours, et les attentes des gens ? Qu’avez-vous appris ?

Philippe Gomès : J’apprends toujours beaucoup dans le Nord. D’abord, j’y prends beaucoup de plaisir. Ça, c’est important, on fait des métiers, c’est aussi pour se faire plaisir, pour avoir de vraies rencontres, de vrais échanges, et dans le Nord, qu’il s’agisse de Koumac, de Voh, de Koné, de Poya, de Ouéga, on est allé à la fête du cheval, et j’ai découvert une course de chevaux que je ne connaissais pas, qui est la course de cheval à l’anguille. Il y a 6 cavaliers au départ, il y a une petite piscine en plastique avec 6 anguilles dedans, des belles bêtes, et les cavaliers en course, se jettent dans la piscine et récupèrent une anguille, en la bloquant, soit avec la main, mais attention, c’est gluant, soit avec les dents, et là elle dans une position où elle a du mal à s’échapper, et ensuite, ils sautent sur le cheval et ils font un parcours de 300 à 400 m, avant d’arriver. C’est à Ouégoua que ça se passe, à l’occasion de la fête du cheval, et je vous assure que ça vaut le déplacement. Je dis ça parce que la brousse, c’est aussi ça, c’est un autre mode de vie, c’est un autre rapport au temps, un autre rapport au monde, c’est une simplicité, une convivialité, une chaleur, une humanité que, parfois, on ne trouve plus dans la ville. Et donc, c’est, pour nous, à Calédonie ensemble, un bonheur de faire ces tournées, comme celle qu’on vient d’effectuer sur la côte Ouest et sur la côte Est. De quoi a-t-on parlé ? D’abord d’attentes concrètes. Les gens de brousse, ils sont pas pour les grands discours ésotériques, ils sont pour une proposition concrète par rapport à leurs attentes, dans leur commune. Et donc, on a parlé des prochaines élections municipales, dans toutes ces communes, parce que nous allons, soit présenter des listes Calédonie ensemble, soit des listes Une province pour tous, qui est le parti frère de Calédonie ensemble, en province Nord, avec Gérard Poadja, soit des listes d’entente ou d’intérêt communal, qui vont rassembler plusieurs sensibilités non-indépendantistes, au sein de chacune des communes. Et nous, on a un principe, c’est qu’on n’impose rien. On considère que c’est véritablement les gens de la commune concernée qui sont les mieux à même de décider du choix qui doit être effectué entre ces différentes stratégies. C’est ce qu’on est allés dire partout où on est passés. Ensuite, on est allés rappeler ce qui constitue, pour nous, les trois axes fondamentaux qui doivent être poursuivis par les équipes Calédonie ensemble ou Une province pour tous, dans tout le pays, dans toutes les municipales. En réalité, ces trois axes, c’est l’illustration de la philosophie de Calédonie ensemble, mais appliquée aux élections municipales. Le premier axe majeur, c’est celui sur la cohésion, sur la solidarité. Il est, selon nous, indispensable que les prochaines équipes municipales mènent des politiques qui soient davantage solidaires, c’est-à-dire, en clair, qu’on ne doit plus avoir, comme c’est parfois le cas, certains quartiers dans les villes, ou certaines vallées, ou certaines tribus dans des communes de l’intérieur, qui sont un peu abandonnées, ou négligées ou marginalisées, dans tous les domaines, qu’il s’agisse des investissements, des actions sportives, culturelles ou sociales qui sont menées. Et ça, ce sont des choses qui fragilisent nos communes, qui fragilisent la société dans ces communes, et donc, le premier axe de Calédonie ensemble, c’est des politiques municipales plus solidaires que celles qu’on connaît aujourd’hui, hélas, dans trop de communes. Le deuxième axe, ce sont des communes plus sûres, bien évidemment. Comment peut-on vivre en harmonie dans une commune, lorsque l’insécurité règne ? Comment peut-on vivre en harmonie, lorsqu’on n’a pas la tranquillité publique pour les familles, pour les personnes âgées, pour les enfants ? Comment peut-on vivre en harmonie, lorsque, hélas, des agressions physiques, des beuveries sur la voie publique, des cambriolages se multiplient tout au long de l’année ? Donc, deuxième axe pour nous, de nos politiques municipales : des communes plus sûres, dans lesquelles on est susceptible de se promener à 18 h, le soir, sans craindre pour soi-même ou pour sa famille. Et puis troisième axe : ce sont des communes plus proches. Des communes plus proches, ça veut dire quoi ? La commune, c’est l’institution de proximité, c’est la base. C’est pas une province ou la Nouvelle-Calédonie. C’est la base, et cette base, elle doit répondre, en termes d’institution, aux attentes concrètes, aux attentes quotidiennes des administrés. Une commune plus proche, ça veut dire une commune où le maire et les adjoints, ils sont pas, sans arrêt, injoignables. Parce que, disons-le, là aussi, franchement, pendant les élections, on arrive à joindre ces élus-là, et puis, après les élections, hop, ils ont disparu, comme par hasard, on n’arrive plus à obtenir un rendez-vous, on n’a pas de réponse aux lettres qu’on adresse, etc. Donc, la philosophie de Calédonie ensemble, c’est : quand on est candidat à une élection, si jamais le peuple vous fait confiance et vous confie des responsabilités, à partir de ce moment-là, vous devez conserver une disponibilité équivalente à celle que vous avez eue à l’occasion des élections. Je vais donner un exemple concret. Lorsque j’exerçais des responsabilités de maire de La Foa, donc pendant près de 20 ans, tous les jeudis, dans la mairie, à partir de 9 h du matin jusqu’à 20 h, le soir, je recevais tous les La Foayens qui voulaient me voir, et sur tous les dossiers possibles et imaginables. Le cas échéant, je me faisais assister pour ces entretiens par un fonctionnaire de la mairie ou un adjoint concerné. Mais les habitants de La Foa savaient qu’une journée par semaine, le maire était à leur disposition de manière pleine et entière, et allait tenter de résoudre les mille et un problèmes qu’on peut rencontrer dans la vie. Une commune plus proche, c’est ça que ça veut dire pour Calédonie ensemble. Donc, des communes plus solidaires, plus sûres, plus proches. Au total, ça va donner des communes plus fortes, et c’est important, parce que vous savez, les communes, c’est un peu les oubliées des Accords de Matignon et de Nouméa. On a beaucoup parlé des provinces, de la Nouvelle-Calédonie, et du reste, et puis, on a un peu oublié les communes. Il faut que les communes reviennent au centre du paysage institutionnel calédonien, parce que c’est au travers de cette institution de proximité, qu’on pourra, je crois, le mieux répondre aux attentes des habitants.

Journaliste : La semaine dernière, vous étiez à Paris pour participer au vote du budget de l’outre-mer, un budget important. Quelles en sont les grandes lignes, et surtout, les conséquences pour la Nouvelle-Calédonie ?

Philippe Gomès : Le budget d’outre-mer ne comprend pas de restrictions particulières, contrairement à d’autres budgets d’autres ministères. Et ça, il faut le dire, on est un peu préservés, dans un climat budgétaire qui est assez polaire, au plan national, comme chacun sait, la croissance étant à quasiment 0 %, nos déficits ne cessant de s’aggraver, les impôts continuant à pleuvoir sur la tête des Français métropolitains, sans que pour autant les recettes fiscales augmentent. C’est vraiment une situation qui est quasiment catastrophique. L’outre-mer reste, pour l’instant, un peu à l’abri de ce blizzard budgétaire, et même, je dois dire que j’ai obtenu que, dans la budget, soit effectivement prévu un certain nombre de crédits qui étaient indispensables, puisque nous les avons souhaités, et qui étaient effectivement inscrits. Je vais vous donner des exemples très concrets, parce que, là aussi, c’est la vie quotidienne des gens du pays : les deux lycées qu’on attend de longue date, le lycée du Mont-Dore qui est un lycée qui doit être construit, d’enseignement général, technique et professionnel, qui va accueillir plus de mille élèves, avec un internat annexé, les crédits nécessaires pour ce lycée ont été inscrits au budget de l’éducation nationale, par exemple. Même chose pour Pouembout, le lycée de Pouembout qui est un lycée agricole aujourd’hui, et qui doit être étendu, en termes d’enseignements dispensés, à l’enseignement général, technique et professionnel, là aussi, les crédits ont été prévus. Au total, c’est 47 millions d’euros, près de 6 milliards de FCFP qui ont été inscrits au budget 2014. Il faudra que la même chose soit inscrite au budget 2015, et ces lycées pourront ouvrir leurs portes à la rentrée 2016. C’est pas rien. Un exemple pour le Mont-Dore, vous savez, il y a des enfants qui partent à 4 ou 5 h du matin pour accéder à leur lycée à Nouméa, à la rentrée, qui doivent attendre 18 ou 19 h, le soir, pour rentrer chez eux. Donc, croyez-moi, qu’il s’agisse du Sud ou du Nord, la construction de ces deux lycées, la rentrée 2016 va changer considérablement le quotidien d’un certain nombre de familles. Je suis également intervenu pour autre chose, qui me tient particulièrement à cœur, et qui est soutenu par d’autres formations politiques, c’est la création d’un IUT, en Nouvelle-Calédonie. On a des formations courtes, comme le BTS, mais qui sont en nombre insuffisant, il y a beaucoup de Bacs techno ou professionnels qui se retrouvent à l’université. Or, ils ne sont pas faits pour aller à l’université, et hélas, on n’a que 2 % de ces Bacs qui arrivent en licence. Ce qui est normal. Par contre, il faut développer des formations courtes dans lesquelles les Calédoniens, titulaires de ces Bacs-là, pourront, au contraire, se réaliser, s’épanouir professionnellement. C’est le sens du projet qui est porté par l’université de la Nouvelle-Calédonie, de création d’un IUT, un IUT sur les métiers du tertiaire, mais aussi un IUT sur les métiers industriels, notamment tout ce qui relève du génie industriel et mécanique. C’est un dossier que je porte, que j’ai porté auprès du ministère de l’outre-mer, auprès du ministère de l’éducation nationale, sur lequel j’ai interpellé le gouvernement, à l’occasion de l’examen du budget outre-mer. Et enfin, dernier dossier, pour être très concret, là aussi, et ne pas se perdre dans de grandes envolées qui sont intéressantes intellectuellement, mais qui ne concernent pas directement les gens, c’est le Camp Est. Vous savez qu’il y a des opérations de rénovation importantes qui ont été engagées. Il fallait vérifier que les crédits étaient inscrits au budget 2014, pour qu’elles soient poursuivies. Ça sera la dernière étape de ces rénovations, et puis surtout, que l’antenne du centre pénitentiaire qui est prévu, que nous avions demandée, avec Sonia Lagarde, soit effectivement réalisée, en province Nord. Donc, là aussi, une mission fait le déplacement, en Nouvelle-Calédonie, le 6 décembre prochain, pour identifier les terrains qui seront susceptibles d’accueillir cette antenne en province Nord. Voilà, le mécanisme est lancé et j’espère que dans les prochaines années, cette antenne ouvrira.

Journaliste : Vous organisez, demain, votre dernière convention citoyenne, consacrée à la mine et à la métallurgie, qui devrait nourrir votre programme de campagne. Quelques mots, peut-être, sur ce programme, vos propositions, vos engagements pour demain ?

Philippe Gomès : On a un certain nombre d’axes qui sont établis de longue date. On décide pas de la politique qu’on va faire en matière minière et métallurgique, la veille pour le lendemain. À Calédonie ensemble, on porte un projet. Je vais le décliner en trois axes. Le premier projet, le premier principe, c’est celui que nous devons maîtriser notre industrie minière et métallurgique. C’est pour ça que nous avons toujours été favorables, non seulement à l’usine du Nord et aux 51 % que détient la province Nord dans cette usine, mais également à ce que la Nouvelle-Calédonie puisse accéder au contrôle de la SLN, au travers de 51 % de son capital, ou alors, qu’elle détienne les 26 % que l’État a au sein d’Eramet, ce qui est la même chose, puisque Eramet est actionnaire de la SLN. Donc, nous avons toujours été favorables à cette maîtrise. Pourquoi ? Pour une simple raison, c’est que c’est stratégique pour la Nouvelle-Calédonie, le nickel est un élément stratégique. Or les pays, aujourd’hui, dans le monde, doivent contrôler les éléments stratégiques de leur politique. Exemple, en France : la France contrôle l’industrie de l’armement, parce que c’est stratégique, l’industrie nucléaire, parce que c’est stratégique, l’énergie, avec EDF-GDF, parce que c’est stratégique. Eh bien, de la même manière, la Nouvelle-Calédonie doit contrôler sa compagnie aérienne internationale, c’est Aircalin, c’est stratégique, Aircal, il en est de même, la BCI, en ce qui concerne le financement de l’économie, c’est indispensable, et bien sûr, elle doit contrôler ses usines. C’est déjà le cas du Nord, et nous œuvrons, nous, Calédonie ensemble, pour que demain, si nous sommes en situation de responsabilité, on puisse accéder également au contrôle de la SLN. C’est le prolongement de l’Accord de Nouméa et ça correspond à une nécessité pour le développement de notre pays. Ça, c’est une première philosophie dans le domaine du contrôle des outils stratégiques pour le pays. Le deuxième aspect concerne la redevance d’extraction. Là aussi, pour Calédonie ensemble, il est anormal que cette industrie prenne la richesse du pays et ne donne rien pour cette richesse. Est-ce que vous connaissez une industrie qui ne paye pas sa matière première ? Mais non, toutes les industries payent leur matière première, sauf le nickel. On prend le nickel dans notre sol, on le transforme ou on l’exporte, et on ne donne rien au pays. Donc, la redevance d’extraction, c’est ça, c’est que pour chaque tonne de minerai extraite de notre sol, une redevance doit être payée à la Nouvelle-Calédonie. cette redevance, elle doit être fonction d’une grille qui est indexée sur le cours du nickel, de façon à ce que, lorsque le cours est bas, bien évidemment, la redevance soit l’épaisseur du trait, pour pas pénaliser l’emploi ou la compétitivité des entreprises du pays. Mais par contre, quand le cours est haut, à partir de ce moment-là, cette redevance, sur une échelle variable, doit beaucoup plus rapporter au pays. Et l’idée, c’est que le produit de cette redevance ne se perde pas dans les méandres des budgets des collectivités, parce que capacité quand même à dépenser plus rapidement qu’on n’encaisse, on le voit encore aujourd’hui avec la crise que traverse la Nouvelle-Calédonie et la province Sud, parce que la croissance est aujourd’hui extrêmement faible dans notre pays. Donc, le produit de cette extraction, il faut l’affecter à un fonds pour les générations futures. Un jour, il n’y aura plus de nickel, il faudra pas qu’on soit comme les gens de Nauru à regarder le trou et à dire : qu’est-ce qu’ont fait nos anciens ? Il faut prévoir, d’ores et déjà, les choses, donc, affecter un fonds pour les générations futures, qui, lui, pourrait être divisé en deux branches, c’est en tout cas la proposition de Calédonie ensemble, une branche d’épargne intergénérationnelle, c’est-à-dire, on met de côté, comme un écureuil ses noisettes, pour la génération d’après, et puis l’autre partie pour développer des filières économiques alternatives au nickel, de façon à ce que demain, lorsque le nickel aura moins d’importance dans notre pays, ou moins de poids, on puisse avoir des secteurs d’activités économiques qui créent aussi de la valeur ajoutée, donc, de l’emploi. Voilà, sur trois points, la philosophie de Calédonie ensemble. J’aurais aimé que vous me parliez de ce qui s’est passé à Goro, parce que ça relève de la gouvernance environnementale et sociale. J’ai entendu, avec beaucoup de surprise, ce qu’a dit la présidente de la province Sud. Vous l’avez répété et vous avez dit : on veut tout savoir, on veut une transparence totale. J’ai envie de dire : il est temps ! Ah ben, il est temps ! Il est peut-être même un peu tard pour vouloir cette transparence totale ! J’ai présidé la province Sud de 2004 à 2009, on avait créé un comité qui s’appelait le CICS, Comité d’information, de concertation et de suivi de l’usine de Goro. Ce comité associait non seulement l’industriel, mais également les élus politiques de la province, de la commune, les associations environnementales, et c’était véritablement un comité qui devait suivre, de manière quasi permanente, le fonctionnement et la mise en œuvre de cette usine du Sud, et ce comité, entre 2004 et 2009, tenez-vous bien, il s’est réuni 14 fois. Il assumait totalement sont rôle de suivi. Et depuis 2009, il s’est réuni combien de fois, ce comité ? Vous savez ? J’ai vu qu’elle voulait la transparence totale, elle voulait tout savoir. Elle s’est pas précipitée pour tout savoir, ni elle, ni son exécutif, ni ses vice-présidents, puisqu’il s’est réuni zéro fois. Pas une seule fois, ce Comité d’information, de concertation et de suivi de l’usine de Goro ne s’est réuni au cours des cinq dernières années. Ils ont juste mis en place, au mois de mars 2013, c’est-à-dire tout récemment, un nouveau comité qu’ils ont appelé Comité local d’information, pourquoi pas, qui s’est réuni une seule fois, qui devait se réunir au mois d’août 2013, lisez le PV, vous verrez que c’est exact, et qui ne s’est jamais réuni. Donc, félicitation pour la transparence totale et, on veut tout savoir. Mais ce qu’on aurait voulu, c’est que la province assume la totalité de ses responsabilités, depuis 2009, ce qui n’a pas du tout été le cas. Je crois qu’il y a une responsabilité majeure de la puissance publique et du contrôle que doit exercer la province sur l’usine de Goro et sur ce qui s’est passé, ces derniers temps. Je dirai une dernière chose : il y a un arrêté ICPE que j’ai pris. C’est cet arrêté qui permet le fonctionnement de l’usine. Dans cet arrêté, sur l’affaire qui nous occupe, du tuyau qui s’est fracturé, il était prévu, explicitement, que des alarmes devaient être installées, de façon à ce que les fuites soient détectées, c’est une prescription de l’arrêté ICPE. Or, qu’est-ce qu’on constate dans les comptes-rendus, c’est qu’une fuite existe déjà depuis plusieurs mois et qu’à aucun moment, elle a été détectée. Comment se fait-il que cet arrêté ICPE, qui prévoyait des prescriptions particulières pour détecter les fuites, n’ait pas été mis en œuvre comme il aurait dû l’être ? Il y a de vraies questions de responsabilité…

Journaliste : Nous faisons une courte pause et nous reprenons dans quelques instants.

Journaliste : Concernant l’avenir institutionnel du territoire, Daniel Goa, le président de l’UC, a déclaré, je cite, « si au bout de trois référendums, c’est non, de toute façon, l’Accord de Nouméa s’arrête là, c’est la fin de la démarche. On renvoie alors le colonisé et le colonisateur en bilatéral, c’est-à-dire une discussion avec l’État, c’est ce qui est dit dans l’Accord de Nouméa, et l’État ne peut que nous donner l’indépendance ». Fin de citation. Qu’en pensez-vous ?

Philippe Gomès : Je pense que ce n’est pas très sérieux, pas très sérieux que le président du premier parti politique indépendantiste du pays, qui est l’UC, Daniel Goa, dise des choses pareilles. C’est pas très sérieux, parce que l’UC est engagée par sa signature, sa signature sur l’Accord de Nouméa. C’est une signature qui a été donnée en 98. Et donc, ils ne peuvent pas maintenant, au terme de cet accord, aller réécrire la sortie de l’Accord, comme ça les arrange, c’est-à-dire de manière malhonnête et d’essayer de faire croire à leur base des choses qui, en aucune manière, ne sont prévues par l’Accord de Nouméa. Je m’explique : qu’est-ce que prévoit l’Accord de Nouméa à sa sortie ? Trois référendums. Le premier, organisé, au plus tard, en 2018, par l’État, pour ou contre l’indépendance. Si on dit non, un deuxième, organisé en 2020. Si les Calédoniens disent une nouvelle fois non, un troisième, organisé en 2022. Et si les Calédoniens disent une nouvelle fois non, qu’est-ce que prévoit l’Accord de Nouméa ? L’Accord de Nouméa dit : les partenaires se réunissent pour examiner la situation ainsi créée. L’Accord de Nouméa ne dit pas, comme le dit, là, Daniel Goa, selon une histoire qu’il s’est raconté à lui tout seul et qu’il raconte maintenant aux siens, de manière malhonnête, je le redis, on renvoie alors le colonisé et le colonisateur en bilatéral, c’est-à-dire une discussion avec l’État, et l’État ne peut que nous donner l’indépendance. L’Accord de Nouméa ne dit pas du tout ça. L’Accord de Nouméa dit, au bout de trois non à des référendums, on doit se remettre autour de la table pour examiner la situation ainsi créée, c’est-à-dire, en clair, trouver une solution qui nous permette de continuer à vivre ensemble et à vivre en paix. Donc, rien à voir avec les affirmations de Daniel Goa. Deuxième chose, l’Accord de Nouméa prévoit explicitement que la réponse des Calédoniens à l’indépendance puisse être un non, puisqu’il pose même un principe, l’Accord de Nouméa, c’est le principe d’irréversibilité. Ça veut dire quoi, le principe d’irréversibilité ? C’est-à-dire que le point où on en est rendu au terme de l’Accord de Nouméa, en matière de décolonisation et d’émancipation, et notamment les transferts de compétences qui ont été effectués au profit de la Nouvelle-Calédonie, on ne peut pas revenir en arrière. L’Accord de Nouméa prévoit explicitement que l’autre hypothèse, celle qui n’est pas l’indépendance, a un cliquet qui empêche le retour en arrière, c’est l’hypothèse d’une Nouvelle-Calédonie qui reste au sein de la République, mais que les avancées de la Nouvelle-Calédonie, en termes de capacités à se gouverner elle-même, ne peuvent pas être remises en cause et que l’irréversibilité s’applique. Les déclarations de Daniel Goa sont strictement contraires à ce qui est prévu dans l’Accord de Nouméa, et ce qui est prévu dans l’Accord de Nouméa, l’UC s’est engagée au travers de sa signature sur cet accord. Voilà pourquoi je considère véritablement que les congrès de l’UC donnent parfois des pistes nouvelles qui n’ont rien à voir avec la réalité juridique et politique telle qu’elle est issue de l’Accord de Nouméa. Je vais retenir quand même un point positif dans ce qui est sorti de l’UC, à l’occasion du dernier congrès, c’est qu’ils ont proposé la création d’une assemblée référendaire pour dire qu’est-ce que ça va être l’indépendance et définir le projet du pays indépendant. On a envie de dire, ben, c’est pas trop tard, quand même, parce que pour l’instant, on avait juste un grand mot, Kanaky, le cas échéant, un drapeau, quant au projet, c’était le vide intersidéral, parce que la dernière constitution qui a été déposée, elle date de 87, il y a un mètre de poussière dessus. Il n’est pas inutile qu’on révise le sujet pour voir en quoi peut consister cet État indépendant, et surtout que le FLNKS nous le dise. Pourquoi je dis que c’est un point positif ? Parce que pour la première fois, les indépendantistes considèrent que le oui à l’indépendance, c’est un oui sur mot, mais c’est un oui dénué de projet. Donc, il faut construire ce projet. Et donc, ils acceptent d’éclairer une porte de sortie de l’Accord de Nouméa qui est la porte de sortie de l’indépendance. Or, vous savez qu’à Calédonie ensemble, depuis notre congrès de juin 2013 à Dumbéa, nous défendons l’idée de changer le référendum aveugle de l’Accord en un référendum éclairé. C’est-à-dire, quand on vote pour l’indépendance, ben que les Calédoniens de sensibilité indépendantiste, qui ont fait ce choix-là, puissent savoir, le lundi, quand ils vont se lever, dans quel pays ils vont se réveiller, quelle est l’organisation de ce pays en termes institutionnel, quels sont les Calédoniens qui vont avoir droit à la nationalité ou au passeport, est-ce que ce pays garde des relations avec la France ou pas. Si oui, les 140 milliards de francs CFP qui irriguent chaque année la Calédonie au travers des financements de l’État, est-ce qu’ils vont continuer ou pas, etc. En clair, que derrière le mot, on remplisse la boîte qui est celle de l’État indépendant. Et de la même manière, le référendum éclairé doit permettre aussi de remplir la boîte, qui est celle d’une Nouvelle-Calédonie émancipée, certes, mais qui reste au sein de la République française. Comment ça s’organise ? Si on met le bulletin pour cette Calédonie-là, qu’est-ce qu’il y a le lundi, le jour d’après, le lundi quand on se réveille, après le résultat du vote ? Est-ce qu’on garde un fonctionnement institutionnel comme celui qu’on a aujourd’hui avec les provinces, le gouvernement ? Est-ce que le corps électoral, il reste comme il est ? On ne va pas pouvoir le congeler ad vitam aeternam, donc il va bien falloir le dégeler, ce corps électoral. Selon quelles modalités ? Le droit à l’autodétermination du peuple calédonien, on a ce droit qui est reconnu par l’ONU, comment s’exerce-t-il ? Il ne peut pas disparaître, il doit continuer à pouvoir être exercé, comment s’exerce-t-il ? Le référendum éclairé, c’est aussi la possibilité, pour les Calédoniens de sensibilité non-indépendantiste que nous représentons au travers de Calédonie ensemble, comment faire pour qu’on sache, le lundi, qu’est-ce qui se passera dans notre pays, si cette option qui l’emporte. Le référendum éclairé, c’est ça, c’est construire deux projets, un projet d’un État indépendant et un projet d’une Nouvelle-Calédonie émancipée au sein de la République, mais le construire ensemble, construire ensemble les deux branches de l’alternative possible pour la sortie. On voit que l’UC vient de dire, enfin, on est d’accord pour construire une branche. J’ai envie de leur dire, c’est un pas, mais il n’est pas suffisant, il ne faut pas que l’éclairage, il soit hémiplégique. On ne peut pas éclairer juste un seul côté. Il y a deux possibilités de sortie, l’indépendance et la Nouvelle-Calédonie au sein de la République, il faut éclairer les deux possibilités. Donc, j’ai envie de dire à l’UC, encore un effort, camarades, et nous allons enfin pouvoir organiser un référendum éclairé qui permettra à chaque Calédonien de se prononcer en toute connaissance de cause, parce que c’est aussi ça que je veux dire, c’est quand on éclaire les solutions proposées, on respecte les Calédoniens, parce qu’ils vont voter, non seulement pour un avenir pour leur pays, celui qu’ils auront choisi, mais ils savent derrière cet avenir, comment il est construit, cet avenir, et quelle est la société dans laquelle ils se retrouvent.

Journaliste : Vous avez rencontré Jean-Pierre Bel, le président du Sénat, que lui avez-vous dit ?

Philippe Gomès : Je lui ai dit qu’il est très important que l’État garde, comme l’a dit François Hollande, président de la République, lorsqu’il a reçu les membres du comité des signataires à l’Élysée, pas cette année, mais l’année précédente, que l’État reste équidistant de chacune des sensibilités politiques du pays. On a eu un État, dans notre pays, qui a été parfois engagé, je pense aux socialistes, version Mitterrand, dans la foulée de 81, qui s’étaient ouvertement engagés pour l’indépendance du pays, c’était l’une des 101 propositions du candidat François Mitterrand. Tout ça a fini par les événements. Je pense également au gouvernement Chirac, de 86 à 88 qui, lui, s’était engagé exactement dans un sens contraire, ça a fini par Ouvéa. En clair, lorsque l’État s’engage aux côtés d’une sensibilité ou de l’autre, ça se termine mal pour notre pays. Il faut, au contraire, qu’on ait, comme ça a été le cas depuis les Accords de Matignon ou de Nouméa, un État qui reste à sa place, à équidistance de chacune des sensibilités. Ça ne veut pas dire que c’est un morceau de bois mort qui n’intervient pas, non, il reste acteur engagé, mais il ne penche pas au profit des uns ou des autres. J’ai envie de dire également que, quand on a eu, avec François Fillon et Nicolas Sarkozy, un État qui s’est engagé dans le cadre de la coalition entre le Rassemblement UMP, l’Avenir ensemble, le Parti travailliste et l’UC, en venant ici pour hisser le drapeau du FLNKS sur le haut-commissariat, je crois pas que ça avait servi non plus particulièrement le pays. Voilà, que l’État prenne sa place, toute sa place, mais ne soit pas à la solde d’une sensibilité ou d’une autre, voilà ce que j’ai dit au président du Sénat. Et je crois qu’il a parfaitement compris, et d’ailleurs l’ensemble des déclarations qu’il a effectuées au cours de son séjour nous semblent tout à fait respectueuses des sensibilités qui cohabitent au sein de notre pays.

Journaliste : Philippe Gomès, merci.

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