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TUYAU DE GORO : LA PROVINCE SUD DÉFAILLANTE

Goro

Conférence de presse du mercredi 20 novembre 2013

Après le déversement d’acide dans le creek de la Baie du Nord en avril 2009, l’effondrement d’une colonne d’extraction en avril 2010, un ouvrier touché par un jet d’acide sur l’unité de neutralisation en juin 2010, la fuite sur l’usine de production d’acide en mai 2012 et le « débordement » de 300 m3 de solution-mère en septembre 2012, un nouveau problème grave vient d’affecter l’usine de Vale Nouvelle-Calédonie avec la découverte de ruptures sur l’émissaire marin reliant le port au canal de la Havannah. Ce 6ème incident a conduit à un nouvel arrêt complet de l’usine.

Les investigations réalisées ont montré que l’émissaire s’est rompu en deux endroits et à deux moments distincts, dont un il y a plusieurs mois. Pendant une durée indéterminée mais conséquente, l’un des plus importants complexes chimiques au monde a donc déversé ses rejets dans le lagon en violation des autorisations délivrées. On est en droit de se poser la question de savoir combien de temps cette situation aurait perduré si l’équipage du Betico n’avait pas aperçu à la surface un tronçon du tuyau, durant le bref laps de temps où celui-ci a émergé.

L’industriel prétend être en règle vis-à-vis de l’arrêté ICPE du 9 octobre 2008, qui lui impose d’équiper toutes ses canalisations avec des « dispositifs de détection de fuites reliés à une alarme appelant le personnel à mettre en œuvre les mesures correctives nécessaires, y compris dans la partie sous-marine de la canalisation de rejet des effluents en mer ». Force est de constater que le ou les manomètres dont serait équipé le grand tuyau n’ont strictement rien détecté.

Cette accumulation d’incidents graves témoigne du manque de sérieux de l’industriel, qui n’a jamais démontré qu’il maitrisait son procédé de traitement hydrométallurgique des latérites du Grand Sud.

Bien évidemment, ce nouveau problème génère un certain émoi du côté de la province Sud, et la présidente multiplie ces jours-ci les annonces : une mise en demeure par-ci, un communiqué ferme par-là, une réunion (sans la presse) avec les associations, etc.


Mais cette agitation récente ne dédouane la province Sud de ses responsabilités.

1°) En matière de contrôles d’abord :

Il est totalement anormal que la province n’ait jamais réagi vis-à-vis du fait que l’industriel n’ait réalisé aucune inspection sur son émissaire depuis deux ans et demi, ni par plongeurs, ni par des moyens de téléobservation (obligation d’une visite tous les six mois)

De façon générale, toutes les personnes au fait du dossier constatent que l’administration est très peu présente pour exercer des contrôles.

L’Oeil avait été créé à l’initiative du précédent exécutif pour que la société civile puisse exercer en toute indépendance son droit de contrôle et son devoir de vigilance sur l’Usine du Sud, notamment en matière environnementale. Pourtant, l’actuel exécutif a beaucoup fait, ces dernières années, pour mettre sur la touche, notamment en acceptant une réduction de moyens. Un récent audit de l’Oeil évoque ce sujet en ces termes : « Ce qui s’est passé au niveau des contributeurs en 2012 et 2013, qui ont réduit de manière unilatérale leur contribution, est un très mauvais signal vis-à-vis de la société civile, et a rendu le fonctionnement de l’œil plus aléatoire. » (rapport final Oréade Brèche, novembre 2013, p. 6).

Nous rappellerons aussi que la présidente d’EPLP, dont les critiques dérangeaient, n’a pas été reconduite comme vice-présidente de l’Oeil et a été remplacée à ce poste par une élue provinciale.

Pourtant, sans aucun scrupule, la présidente de la province, se souvenant opportunément de l’exitence de l’Oeil met aujourd’hui celui-ci en première ligne sur toutes les opérations relatives à l’émissaire marin.

2°) En matière de concertation et de transparence, ensuite :

Sous la précédente mandature, le président de la province animait personnellement une fois par trimestre un CICS (comité d’information, de concertation et de suivi), créé en août 2004, qui réunissait une trentaine de personnes : collectivités, représentants coutumiers, représentants des populations riveraines, associations de protection de la nature, administrations, etc. 17 réunions se sont tenues de 2004 à 2009. C’est dans le cadre du CICS qu’ont été décidées des expertises très importantes, notamment celle sur les impacts de l’émissaire marin sur les milieux, celle sur les ouvrages de stockage de résidus sur la Kwé Ouest et celle sur la fuite d’avril 2009.

Tout cela a été totalement stoppé par le nouvel exécutif, et il aura fallu que Rhéébù Nùù hausse le ton, à plusieurs reprises, pour que la présidente de la province « accepte » de reprendre les réunions de concertation, en créant un CLI (comité local d’information) installé par le 2ème vice-président en mars 2013. Depuis son installation, ce CLI ne s’est jamais réuni.

Nous constatons aussi que les associations ont la plus grande difficulté à obtenir des documents pourtant parfaitement communicables. Ainsi, la province a refusé de leur communiquer le plan de prévention des risques industriels, l’étude de dangers et les bilans semestriels de surveillance de l’exploitation. La commission nationale pour l’accès aux documents administratifs (CADA) a été saisie.

3°) En matière de sanctions, enfin :

Force est de constater qu’aucun des 5 incidents graves précédents n’a conduit la province à sanctionner l’industriel.

Au contraire, lorsque 5 associations de protection de la nature ont porté plainte devant le procureur suite à la fuite d’acide ayant totalement détruit les milieux du Creek de la Baie du Nord en avril 2009, et que le parquet a demandé l’aide de la province, celle-ci est restée totalement passive.

 

La répétition d’incidents graves sur l’usine du Sud depuis son origine aurait dû conduire la province Sud à exercer une surveillance et des contrôles accrus.

Or elle a, au contraire, multiplié à l’égard de l’industriel les signaux complaisants :  absence d’implication dans les contrôles, diminution des moyens de l’Oeil, refus d’envisager des sanctions, réduction à 27 millions de la redevance demandée pour le grand tuyau, initialement prévue à un milliard…

Dans ces conditions, il est clair que l’agitation de la présidente de la province ne peut l’exonérer de ses propres responsabilités.

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