Accueil VU SUR LE WEB LETTRE D’UN POLICIER À GAËL YANNO

LETTRE D’UN POLICIER À GAËL YANNO

Yanno

« Paroles, paroles »

Gaël YANNO aurait donc décidé de s’attaquer à la violence au point d’en avoir fait le thème majeur de sa campagne électorale !! Que n’a-t-il entrepris cette tâche plus tôt, lui qui s’est trouvé aux premières loges pendant douze années en qualité de 1er adjoint au Maire, chargé de la coordination de l’action municipale, des finances et de l’intercommunalité?

Dans un domaine où, rappelons-le, le maire n’a que des compétences judiciaires accessoires, notre ex-député a donc tenu à délivrer aux électeurs toujours sceptiques en la matière (Cf. les Nouvelles du 18/11/13) un plan en huit points dont il convient peut-être, en fin de campagne, même sommairement, d’évaluer la consistance et le sérieux.

Notre candidat nous déclare tout d’abord vouloir « assurer personnellement les fonctions liées à la sécurité ». Faut-il entendre par là qu’il n’a pas pu, alors que l’on ne voyait que lui, exercer durant tant d’années la plénitude de sa compétence déléguée de coordination de l’action municipale ? Ou faut-il comprendre qu’il cherche par-là à s’exonérer de la responsabilité qui pourrait être à ce titre partiellement la sienne dans le malaise publiquement étalé de la Police municipale?

Il a également souhaité créer non pas une énième commission, ce qui aurait fait s’esclaffer, mais un groupe de travail associant sur les questions de sécurité l’Etat et la municipalité. Souvent éloigné du pays par le passé, notamment pour les nécessités de son lobbying parisien pro-défiscalisation, notre ex-député sait-il que la ville dont il aspire à être le maire s’est dotée en 2006 d’un Contrat local de Sécurité dont le suivi est assuré conjointement par l’Etat et la municipalité au moyen d’échanges, d’analyses et d’actions réguliers? Ou bien nous lâche-t-il l’aveu un peu maladroit de n’avoir pas montré jusqu’ici suffisamment d’intérêt pour ces affaires de prévention de la délinquance, domaine où l’action municipale se doit de déployer prioritairement son champ d’action le plus naturel?

Elections obligent, notre candidat en tient également, comme d’autres, pour la défense du droit des victimes et propose l’ouverture d’une « maison » dédiée où ces dernières seraient prises en charge. Pourquoi pas, mais il existe déjà, basées au Palais de justice une permanence des avocats du Barreau ainsi qu’une association d’aide aux victimes qu’on dit performante. Mais qu’importe, si c’est pour faire « sur le modèle de SARKOZY », rien ne sera trop beau… et le contribuable y pourvoira.

Faire payer les frais des dégradations et tripler les caméras de vidéoprotection sont également deux propositions de l’intéressé qui, soit dit en passant, le renvoient aux longues années d’une délégation qu’il paraît lui-même estimer insuffisante en la matière. Rappelons en effet que sous réserve d’autorisation de l’Etat rarement refusée, l’autorité municipale peut, dans le respect du droit, installer autant de caméras qu’elle le souhaite. De plus, il lui est depuis toujours loisible de se porter partie civile dans toutes les instances où elle s’estime victime d’un dommage. Quel bilan chiffré peut donc nous délivrer là-dessus notre 1er adjoint chargé des finances?

Enfin, lorsqu’il souhaite restreindre la vente d’alcool et limiter les nakamals, c’est à bon droit que notre candidat s’attaque pour tout dire à l’une des addictions majeures de Nouvelle-Calédonie, à un véritable problème de santé publique étroitement corrélé à un authentique défi de tranquillité publique. L’intention est louable: beaucoup d’autres l’ont eue avant lui. Mais n’y aurait-il pas cependant comme une manière d’inconséquence à prétendre apporter des solutions à des problématiques très complexes, toujours abordées mais jamais résolues et dans la gestion desquelles l’autorité municipale ne possède au demeurant que des compétences assez accessoires? N’y aurait-il pas non plus sur ce point comme une sorte d’hypocrisie-partagée par d’autres candidats-à prétendre, dans le même temps électoral, au soutien de clientèles influentes dont le commerce de l’alcool constitue dans tous ses segments une activité économique des plus rémunératrices? Bon courage tout de même, monsieur le candidat…mais nous ne sommes pas encore convaincus que vous parviendrez, si vous êtes élu, à passer outre à l’influence multiforme de tous ces groupes de pression.

Le contraire, ici, se saurait…

Enfin pas d’enfants le soir dans la rue…Même « Les Nouvelles Calédoniennes » pourtant peu suspectes de maltraiter médiatiquement notre candidat ont émis à cette occasion quelques doutes sur cette mesure à laquelle certains maires métropolitains se sont depuis longtemps essayés…avec un succès inégal…C’est tout dire!

Quant à certaines des mesures plus récentes, déclinées sur « 5 axes » (révélées par l’édition des Nouvelles du 14/02/14), elles induisent, telles qu’elles sont présentées, une appropriation par l’autorité municipale, pour l’heure impossible et pour tout dire aléatoire, de compétences juridiques que l’actuel droit français réserve à l’état lui-même (confiscation de véhicules, répression de l’ivresse…) ou à d’autres collectivités (centre éducatif, résorption des squats…)

Alors quoi de neuf réellement sur le front de l’insécurité urbaine?

Sur la forme, une posture qui fait dans le coup de menton pré-électoral annonciateur de manière peut-être sincère mais une fois encore tardive, d’une volonté de contrainte et de répression accrues qui n’est plus, tant s’en faut, la marque de nos sociétés hédonistes et frivoles.

Sur le fond, rien qui puisse nous faire sortir du cadre des pesantes logiques d’une norme juridique et d’une politique pénale largement importées et à certains égards aujourd’hui en relative inadéquation avec les spécificités socioculturelles de notre pays en devenir.

C’est pourquoi le positionnement idéologique bien connu du candidat, pour respectable qu’il soit, n’est cependant pas de ceux qui peuvent sur la durée, objectivement contribuer à la nécessaire production d’un droit pénal original et d’une procédure pénale rénovée, au service d’une cohésion sociale refondée.

C’est dire si les 8 points et les 5 axes du catalogue de Gaël YANNO, produit de marketing électoral on ne peut plus classique, font tout de même un peu court dans une telle perspective de nouveauté…

Jean GRENDA. Commissaire divisionnaire honoraire de la Police Nationale.
Chevalier de l’Ordre National du Mérite

Source : Calédosphere

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