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La manifestation Frogier/Martin : Une grossière manipulation

Conference de presse

Conférence de presse du jeudi 6 novembre 2014

Le Président de la République nous rendra visite le 17 novembre prochain. C’est un évènement exceptionnel puisque, sur la durée de la Vème République, soit 56 ans, ce sera seulement la 6ème visite présidentielle en Nouvelle-Calédonie.

Certains responsables politiques profitent de cette occasion pour organiser une manifestation destinée à démontrer au Président de la République que la majorité des Calédoniens souhaite le maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France.

Calédonie Ensemble ne s’associera pas à cette opération, pour plusieurs raisons :

1°) Aucune menace ne plane sur la Nouvelle-Calédonie, qui justifie une manifestation

Au début des années 1980, l’État avait pris officiellement parti en faveur de l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie. Cela avait conduit la population à manifester massivement, en 1985, lors de la visite du Président François Mitterrand.

Mais la Nouvelle-Calédonie d’aujourd’hui n’est pas celle d’il y a 30 ans. Hollande n’est pas Mitterrand, Vincent Bouvier n’est pas Pisani, et les socialistes de 2014 ne sont pas ceux de 1981.

Aujourd’hui, la position de l’État est claire : appliquer l’accord de Nouméa et préparer la consultation de 2018, en veillant en permanence au respect d’une « équidistance » vis-à-vis des deux sensibilités, indépendantiste et non-indépendantiste.

Le président de la République l’a déclaré en personne aux membres du comité des Signataires le 11 octobre 2013 à l’Élysée. Il l’a réaffirmé au député Philippe Gomès lors de leur entrevue du 30 octobre dernier.

Les discours et les actes du premier ministre confirment cette position sans la moindre ambiguïté : Manuel Valls, l’a affirmé à l’Assemblée Nationale, les 23 juillet et 1er octobre, en réponse aux députés Sonia Lagarde et Philippe Gomès. Il l’a réaffirmé dans son discours d’ouverture lors du dernier comité des signataires, en réitérant la volonté d’un Etat « neutre et impartial, à équidistance entre les indépendantistes et les non-indépendantistes ».

C’est d’ailleurs bien parce que l’Etat a décidé d’accompagner en toute neutralité le dialogue entre mouvements calédoniens pour préparer le scrutin de 2018, qu’il a décidé la mise en place de deux missions parlementaires « transpartisane » de députés et de sénateurs. Le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone l’a rappelé dans son communiqué du 21 octobre par ces mots « Ce serait une faute grave de vouloir faire porter au président de l’Assemblée nationale et à la mission d’information une position partisane. C’est aujourd’hui la responsabilité de chacun de ne pas chercher à instrumentaliser le travail de la représentation nationale. (…) La représentation nationale sera présente pour accompagner les mouvements politiques représentatifs dans leurs travaux tout en laissant aux électeurs de la Nouvelle-Calédonie la pleine responsabilité de la décision finale. »

Enfin, Dominique Busserau (UMP) et René Dosière (PS) ont confirmé cette opinion en précisant, le 30 octobre, lors d’une conférence de presse commune : « Nous sommes certains aujourd’hui que le dossier calédonien n’est plus une terre de bagarre pour nos partis politiques. Il y a bien quelques accrochés à droite et à gauche, mais ils ne sont pas représentatifs. »

C’est précisément ce positionnement clair et réaffirmé qui déçoit certains indépendantistes et notamment Roch Wamytan qui déclarait sur RRB le 24 octobre : « François Mitterrand (…), au moment où il accède au pouvoir, dit (…) qu’il allait accompagner l’indépendance (…). Concernant François Hollande, lui, il va garder une certaine équidistance. C’est ce principe d’équidistance que nous ne partageons pas. »

Pour Calédonie Ensemble, aucune menace ne justifie donc aujourd’hui la mobilisation des Calédoniens. C’est l’accord de Nouméa qui leur garantit que c’est eux, et eux seuls, qui décideront de leur avenir.

L’ONU l’a confirmé encore récemment, puisque la résolution adoptée le 8 octobre dernier concernant la Nouvelle-Calédonie « engage vivement toutes les parties concernées (…) à poursuivre leur dialogue, dans le cadre de l’Accord de Nouméa, (…) afin que le Territoire progresse pacifiquement vers un acte d’autodétermination (…) qui repose sur le principe selon lequel c’est aux populations néo-calédoniennes de choisir comment déterminer leur destin futur ».

En reprochant au « gouvernement socialiste de ne pas faire connaitre sa vision de l’avenir de la Nouvelle-Calédonie », et en prétendant que cela nous place dans un péril tel que seul Nicolas Sarkozy pourra nous en sauver, Pierre Frogier tente de tromper les Calédoniens tant sur l’hypothèse – le prétendu péril – que sur la conclusion – la nécessité de ne rien faire avant 2017…

2°) Pour Calédonie Ensemble, les Calédoniens ont fait mieux que manifester : ils ont voté

Le 11 mai 2014, 62 000 électeurs se sont prononcés en faveur de listes de sensibilité non indépendantiste, totalisant 59% des voix et 43 000 pour des listes indépendantistes. Cette proportion est d’ailleurs remarquablement constante depuis 25 ans.

Les Calédoniens doivent donc se poser une question toute simple : après une telle démonstration réitérée de l’attachement d’une large majorité des Calédoniens à la République, qu’est-ce qu’une manifestation pourrait apprendre de plus au chef de l’Etat ?

3°) Cette appel à manifester relève simplement d’une grossière tentative de manipulation

Harold Martin a lancé cette idée en même temps qu’il annonçait qu’il ne ferait pas appel de l’annulation de son élection à Païta. C’est ainsi qu’il entend démarrer une campagne électorale particulièrement cruciale pour lui, après son échec aux provinciales et avant d’être rattrapé par les affaires pour lesquelles il a été mis en examen…

Aux prochaines élections municipales de Païta, il sait que les indépendantistes auront un candidat présent au second tour et qu’il ne pourra plus compter sur ces voix qui lui avaient permis d’être élu en février dernier, grâce à son engagement en faveur du drapeau du FLNKS….

C’est pourquoi il a besoin, comme ceux qui soutiennent son projet de manifestation, de se refaire une virginité tricolore…

Ceux-là même qui, il y a quatre ans, ont levé du drapeau du FLNKS au fronton des institutions font aujourd’hui aux Calédoniens le coup du « plus Bleu Blanc Rouge que moi, tu meurs ». Ceux-là même qui, il y a quatre ans, ont installé Roch Wamytan à la présidence du Congrès, qui ont formé une coalition avec l’UC et le Parti travailliste, voudraient que les Calédoniens se mobilisent tous derrière eux, face au péril indépendantiste. C’est une véritable farce !

La seule question que nous nous posons à Calédonie Ensemble c’est : est ce que les Frogier, Martin, Yanno et Backes vont agiter les petits drapeaux du FLNKS pendant leur manifestation comme ils l’ont fait à l’arène de Paita lorsque Nicolas Sarkozy est venu en décembre 2011 ?

4°) Quand on se revendique de la République, on respecte ses institutions, et au premier chef son président

Quoique l’on pense de François Hollande, il est président de la République Française et il nous appartient de respecter les usages républicains. À Calédonie Ensemble, nous étions opposés à la politique du double drapeau. Pour autant, nous n’avons pas appelé à manifester quand Nicolas Sarkozy est venu.

Le chef de l’Etat fera lui-même preuve de respect en s’inclinant sur la tombe de Jean-Marie Tjibaou comme cela est traditionnellement le cas pour les représentants de l’État et – ce sera une première – sur celle de Jacques Lafleur. C’est un acte important pour ceux qui comme nous pensent que l’avenir du pays doit s’inscrire dans la France. Un geste qui illustre à lui seul « l’équidistance » de l’État.

5°) Ce dont le pays a besoin, c’est d’un dialogue constructif, pas de manifestations qui opposent les calédoniens les uns aux autres

Appeler à la manifestation pour une démonstration de force peut générer des troubles et des tensions surtout si cela déclenche en retour des manifestations indépendantistes. Ce n’est certainement pas la meilleure manière de régler la question de l’avenir institutionnel du pays.

Ce dont nous avons besoin plus que tout, c’est de dialoguer les uns avec les autres, en responsabilité, afin de régler de façon pacifique et constructive les différends qui nous opposent.

C’est ce que nous avons formellement acté au travers du contrat de gouvernance solidaire (CGS) en prévoyant « l’engagement d’un dialogue constructif entre les indépendantistes, les non indépendantistes et l’Etat, pour préparer la sortie de l’Accord de Nouméa ».

A moins que certains, après avoir fossoyé leur parti respectif, décident maintenant de fossoyer le pays afin de faire payer aux calédoniens de les avoir lourdement sanctionnés lors des élections provinciales.

Source : NC 1ère

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