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La mémoire et l’avenir

PG Djiido

( Mardi 25 novembre 2014 ) Le député Philippe Gomès était ce mardi l’invité de Radio Djiido interrogé par Romain Hmeun. Une longue interview au cours de laquelle il est revenu sur la visite en Calédonie du Chef de l’État et les enseignements que l’on peut en tirer. Philippe Gomès a également été interrogé sur les discussions sur l’avenir et la recherche d’une sortie de l’accord.

Il a insisté sur la nécessité du dialogue, « la recherche de ce dialogue, a-t-il déclaré, fait partie de l’ADN de Calédonie Ensemble ». L’occasion pour lui de revenir sur la proposition de referendum éclairé que Philippe Gomès soumet aux Calédoniens, car ce sont eux et eux seuls qui auront à se prononcer sur leur avenir.

« Ce n’est ni François Hollande, ni Nicolas Sarkozy, ni aucun autre qui décideront de notre destin », précise Philippe Gomès lors de cette interview.

Retrouvez ci-dessous, l’intervention du député de la 2ème circonscription lors de son passage sur radio Djiido :

Source : radio Djiido

 

Retranscription « mot à mot » de l’intervention de Philippe Gomès, député de la 2ème circonscription :

Journaliste : Nous recevons Monsieur le député Philippe Gomès, bonjour et merci d’avoir accepté cette invitation.

Philippe Gomès : Bonjour.

Journaliste : Avec ce qui s’est passé ces derniers temps, on va vous demander de réagir sur la décision du conseil constitutionnel par rapport à la loi du pays sur la fonction publique.

Philippe Gomès : Cette décision va de soi. Pourquoi je vous dis ça ? Parce que lorsque le texte a été examiné au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, Calédonie ensemble avait déposé des amendements. Quel était l’objectif de ces amendements ? Faire en sorte que la protection de l’emploi local soit prise en compte dans cette loi qui porte intégration des contractuels de la fonction publique dans la fonction publique. Notre amendement sur le sujet, il était basé sur quoi ? Très simple, on avait repris la loi sur la protection de l’emploi local dans le secteur privé, que j’avais fait voter en juillet 2010, lorsque je présidais le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. On avait repris les mêmes dispositions, c’est-à-dire que soient privilégiés, pour ces intégrations, les citoyens calédoniens ou ceux qui ont une durée suffisante de résidence. Et nous renvoyons à un autre texte pour décliner notamment ce qui relève de la durée suffisante de résidence, en fonction des emplois notamment. Cet amendement, et Romain, je vous demande d’être attentif là-dessus, a été rejeté par les indépendantistes et par les autres partis de sensibilité non-indépendantiste. En réalité, c’est Calédonie ensemble qui s’est retrouvé à voter ces amendements. Comme on a que 15 élus au Congrès, sur 54, et que dans une loi du pays, pour faire passer un amendement, il faut au moins 28 élus, c’est-à-dire la majorité, plus un, ces amendements n’ont pas été adoptés. Nous, ce qu’on regrette, c’est de ne pas avoir été entendus par les uns ou par les autres, à ce moment-là de l’histoire, et que maintenant, ben voilà, il va falloir repasser par derrière, en quelque sorte, pour faire en sorte d’intégrer cette protection de l’emploi local dans les intégrations de la fonction publique. C’est une bonne chose, nous, on n’est pas surpris par la décision du conseil constitutionnel, et on trouve qu’elle va dans le bon sens. C’est-à-dire, pour nous, le bon sens, c’est toujours le même, le respect de l’Accord de Nouméa, tout l’Accord de Nouméa, rien que l’Accord de Nouméa.

Journaliste : Le travail aujourd’hui, ça va être très rapide, vous pensez, et il faut le faire rapidement, pour que cette loi puisse être votée ?

Philippe Gomès : Oui, il y a plusieurs procédures qui sont possibles, je ne vais pas rentrer dans le détail, pour ne pas perdre les auditeurs, mais plus elle sera votée rapidement, mieux ce sera. Pour une simple raison, c’est qu’il y a beaucoup de personnes qui, aujourd’hui, attendent l’intervention de cette loi pour bénéficier d’une intégration. Il faut bien sûr que dans les meilleurs délais, la procédure soit reprise et que cette disposition qui doit être intégrée dans la loi sur la protection de l’emploi local le soit. En tout cas, Calédonie ensemble y était favorable hier et y est encore plus favorable aujourd’hui.

Journaliste : La visite présidentielle, qu’est-ce que vous en pensez ?

Philippe Gomès : Une journée du président de la République ou un voyage du président de la République, ça ne se mesure pas au poids. La question, c’est, qu’est-ce qu’il fait et qu’est-ce qu’il dit, c’est ça qui nous intéresse. Deuxième chose, c’est quand même formidable. Je trouve que dans la 5e République, on a eu, en tout et pour tout, six visites de président de la République, donc, c’est toujours un événement important pour une petite île comme la nôtre, dans le Pacifique. Ensuite, cette visite était chargée de symboles. Vous savez que dans notre pays, on attache de l’importance à la symbolique. Et dans ces symboles, moi, j’ai beaucoup aimé, parce que j’ai trouvé ça très juste, la présence d’Isabelle Lafleur et de Marie-Claude Tjibaou sur la tombe de Jacques Lafleur, où le président de la République est allé se recueillir. Et les mêmes femmes, Isabelle et Marie-Claude, qui se sont retrouvées sur la tombe de Jean-Marie Tjibaou, où là aussi, François Hollande est allé se recueillir. Sauf que c’était un message qui, d’abord, rappelait la mémoire, on ne peut construire un avenir que si on a une mémoire du passé. La formule, c’est que, un pays sans mémoire est un pays sans avenir. Donc, on a rappelé qu’on avait de la mémoire, et donc, j’espère qu’on va avoir un avenir aussi. C’est un message de paix, de réconciliation, de vivre ensemble, qui a été donné au travers de la symbolique de ces deux femmes et du geste du président. Ça, c’est un symbole important. Le deuxième symbole fort, c’est celui de l’usine du Nord. L’usine du Nord, nous, Calédonie ensemble, on y a toujours été favorables, on a toujours défendu les 51 %, c’est vraiment quelque chose qui fait partie de notre ADN, l’usine du Nord. Je me souviens, avec Robert Frouin, à l’époque déjà, on soutenait cette démarche, alors que le RPCR n’y était pas favorable. Mais que le président de la République vienne là-bas, salue le travail, dise ce qu’il a dit sur l’usine, c’est-à-dire que c’était un modèle, un exemple, moi, j’étais très fier. J’étais très fier pour mon pays, j’étais très fier pour celles et ceux qui, un peu partout, à différentes époques, ont agi pour que cette usine devienne une réalité. Ça, c’était le symbole du rééquilibrage. Deux autres symboles, celui de la rencontre avec la jeunesse à Gouaro Deva, là aussi, un site exceptionnel. Et en même temps, à Gouaro Deva, on a initié quelque chose qu’on a initié nul par ailleurs en Nouvelle-Calédonie, c’est que les clans qui voulaient le rétablissement du lien à la terre, sur les 8 mille hectares, qui sont regroupés au sein du GDPL Mwe Ara, ont accepté, et c’est unique, que la terre ne leur soit pas attribuée en terre coutumière et que, au lieu d’une attribution en terre coutumière, qu’ils soient partie prenante dans les projets qui se sont développés sur le site de Gouaro Deva, les clans sont aujourd’hui actionnaires à hauteur de 10 % du Sheraton. C’est pas rien, c’est un investissement de 11 milliards de francs CFP. Ils sont actionnaires à hauteur d’une trentaine de pourcents, je crois, de la SEM chargée de l’aménagement de la zone. On essaye de tracer un nouveau chemin où on reconnaît le lien à la terre, mais on essaye de développer économiquement la terre, parce qu’on sait, les uns et les autres, la problématique du développement sur terres coutumières. C’est pas impossible, mais c’est quand même difficile. Et puis enfin, le dernier symbole, c’est celui à la CPS. C’est important que la France vienne dire, ici, à tous les chefs d’État du Pacifique, on est là et on va continuer à vous accompagner, on va continuer à investir dans cette zone Pacifique, et puis surtout, on investit sur des sujets qui sont, pour vous, importants, tout ce qui relève notamment du climat.

Journaliste : Plus important pour le Pacifique !

Philippe Gomès : Très important. Les premiers réfugiés climatiques de la planète sont des réfugiés de notre région. Et donc, il y a une très grande conférence sur le climat qui se tient à Paris, à la fin de l’année 2015, et moi, j’ai suggéré, c’est la première fois que je le dis publiquement, au chef de l’État, à l’occasion du déplacement en Australie, que cette grande conférence sur le climat soit précédée d’un sommet France-Océanie, qui se tiendra à l’Élysée. C’est-à-dire qu’avant qu’on ait la conférence sur le climat, les États du Pacifique, qui sont les premiers concernés aujourd’hui par le dérèglement climatique, puissent être réunis par le chef de l’État, pour parler du sujet. Je crois que ce sera un beau symbole, un beau symbole de l’investissement de la France sur ce sujet-là, et un beau symbole aussi de l’investissement de la France dans l’Océanie et dans le Pacifique.

Journaliste : Comment il a régi par rapport à cela ?

Philippe Gomès : À ce niveau-là de responsabilité, on dit, pas oui, pas non tout de suite, on prend le temps de réfléchir, mais je crois qu’il a été très favorablement impressionné, d’une part, par la réunion avec les chefs d’État à la CPS, et de la sincérité des préoccupations des chefs d’État de la zone, sur ce sujet-là. Et puis ensuite, il a été convaincu encore plus en Australie, du désir de France, comme il l’a dit, qu’il y a, dans cette partie du monde aujourd’hui. Je crois que ce sont deux éléments positifs pour que ce sommet France-Océanie puisse se tenir en 2015. Vous savez qu’ils existaient, ces sommets France-Océanie, ils avaient été initiés par Jacques Chirac. Il y en a eu un en 2003, un autre en 2006. Ils avaient été poursuivis par Nicolas Sarkozy en 2009, mais dans des conditions assez déplorables, au dernier moment, c’est, ni Nicolas Sarkozy qui est venu, ni François Fillon, ce n’est Bernard Kouchner qui s’est intéressé strictement à rien…, c’était au mois d’août, donc, je pense que c’était le seul qu’ils avaient trouvé à nous envoyer, donc ça a été un sommet dont on va éviter de se souvenir. Et puis, depuis lors, il ne s’est plus rien passé. Donc, ce serait bien que, à l’occasion de cette conférence sur le climat, un sujet majeur pour nous, qu’il y ait à nouveau un sommet France-Océanie, et j’espère avoir été entendu par le chef de l’État sur le sujet.

Journaliste : Est-ce que le fait de rencontrer les élus politiques, les partis politiques, au centre culturel Tjibaou, c’est une des symboliques de cette visite, ou pas ?

Philippe Gomès : Oui aussi, mais je dirais que la visite au centre Tjibaou, c’est un cas de figure obligé. Le centre Tjibaou, c’est le vaisseau amiral de la culture kanake, de la civilisation kanake.

Journaliste : La rencontre plutôt avec les élus politiques, parce qu’il aurait pu choisir le haussariat, ou le Congrès, ou le gouvernement !

Philippe Gomès : Tout à fait, mais vous avez raison, c’est pas neutre non plus d’avoir choisi cet espace-là pour rencontrer les forces vives du pays, et notamment les partis politiques, plutôt qu’un autre espace. Mais le centre culturel Tjibaou, chez nous, c’est aujourd’hui un totem. Il a été décidé lors des Accords de Matignon, il porte un grand nom de l’histoire du pays, disparu, hélas, prématurément, et c’est bien, je crois, que François Hollande ait reçu l’ensemble des forces vives dans cet espace-là, qui est porteur de symboles, qui est porteur d’histoire, qui rappelle aussi une civilisation qui est vieille de 3 mille ans. Et quand la France est arrivée ici, la civilisation existait, il y avait un peuple qui était ici, c’est ce que dit le préambule de l’Accord de Nouméa. C’est important, tout ça, tout ça fait sens. Il a pris le temps de rencontrer et de parler avec les partis politiques. Chaque formation a été reçue, a parlé longuement avec lui. Il est nécessaire de s’imprégner des choses, de s’imprégner de la chaire d’un dossier, de la chaire d’un pays, de la chaire d’une histoire. Il peut lire toutes les notes du monde sur la Nouvelle-Calédonie, François Hollande, c’est qu’en venant ici qu’il va sentir, qu’il va pouvoir peut-être appréhender l’âme du pays. Et puis notre âme, elle n’est pas toujours facilement appréhendable, il faut parfois un peu de temps, il faut parfois bien regarder avant d’arriver à la voir. En tout cas, il aura commencé à l’approcher, c’est déjà pas mal

Journaliste : Son arrivée à la Tontouta était aussi très significative, a bien marqué beaucoup de monde, d’être reçu par les autorités coutumières et aussi l’hymne du pays, avec la Marseillaise.

Philippe Gomès : Franchement, je n’ai pas vu de plus bel accueil et plus juste accueil à Tontouta, d’un chef d’État, que celui de François Hollande. Il y avait tout. Il y avait, à la fois, la dimension républicaine, c’est la Marseillaise, c’est la revue des troupes, et puis il y avait la dimension pays, c’est la coutume, avec notre hymne. Et le destin commun, c’est ça, pour nous, surtout à nous, Calédonie ensemble, qui sommes nationalistes, un nationalisme qui n’est pas un indépendantisme. C’est-à-dire qu’on veut se gouverner nous-mêmes, le plus largement possible, c’est notre volonté. On veut pouvoir décider de tous les sujets qui concernent notre pays et notre peuple, mais en même temps, on veut rester dans les limites de la République, parce qu’on considère que la République, au total, elle nous protège aujourd’hui. Et donc, cet accueil-là, avec les deux hymnes, avec la revue des troupes, avec la cérémonie coutumière, quelque part, il symbolisait, un peu tout ça, ce pays, qui est un pays de l’Océanie, de la Mélanésie, avec son histoire propre, et puis en même temps cette République qui, par les hasards de l’histoire, il y a plus de 150 ans, en a pris possession et qui, maintenant, essaye de se tracer le chemin du vivre ensemble, ce qui n’est pas toujours facile. J’ai beaucoup aimé cet accueil, et puis j’ai trouvé que le président de la République a eu les mots justes, partout où il est passé. Je trouve que c’est, au total, très réussi.

Journaliste : Avez-vous eu l’impression qu’il veut…, le chef de l’État est pour les indépendantistes, et non pour que la Calédonie reste dans la France. Est-ce que vous n’avez aucune…

Philippe Gomès : Moi, j’ai une position claire là-dessus. Je m’excuse, parce que Rock Wamytan se plaint parce que le chef d’État est équidistant, il voudrait que le chef de l’État se prononce pour l’indépendance. Pierre Frogier, il se plaint parce qu’il trouve que le chef de l’État devrait se prononcer pour la France, comme Sarkozy l’a fait. Enfin, bref, ils se plaignent tous. Moi, je ne me plains pas. Moi, j’ai une position claire. D’abord, je ne suis pas colonisé dans ma tête, (?) du chef de l’État qui décide pour nous, qui décide pour moi. Ce sont les Calédoniens qui vont décider de leur avenir, c’est pas le chef de l’État, que ce soit François Hollande, que ce soit Nicolas Sarkozy, ou que ce soit quelqu’un d’autre. Notre destin nous appartient, notre destin est dans nos mains, et c’est nous qui allons, d’une part, préparer l’échéance de 2018 en dialoguant entre nous, de la manière la plus constructive possible, et c’est nous, tous les Calédoniens, tous les citoyens calédoniens qui vont voter en 2018 et qui décideront de l’avenir du pays. Donc, François Hollande, quand il ne prend pas parti, ni pour les uns, ni pour les autres, c’est-à-dire qu’il dit, il faut préserver la neutralité de l’État, l’État est un partenaire des accords, mais il ne doit pas se substituer aux Calédoniens, il doit accompagner les Calédoniens, eh bien moi, je suis à fond pour cette position-là. Et puis, j’ai tiré quelques enseignements de l’histoire. Elle est peut-être un peu vieille pour la jeune génération, mais moi, elle est toujours dans ma tête, parce que je me suis engagé en politique à ce moment-là. J’ai tiré les enseignements des événements. Je me rappelle François Mitterrand, président de la République, qui, dans ses 101 propositions, s’engage pour l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie. Quand on a dit aux indépendantistes, à cette époque-là, vous allez être indépendants, et puis qu’à la sortie, on ne leur donne pas l’indépendance, ça a fini par les événements. Et puis, je me souviens aussi de Jacques Chirac, Premier ministre en 86, qui, lui, balancier qui va dans l’autre sens, prend fait et cause pour les non-indépendantistes. Et pendant deux années, avec Pons comme ministre de l’outre-mer, c’est à fond avec les non-indépendantistes. Ça a fini par quoi ? Ça a fini par Ouvéa. Moi, je dis, quand l’État prend parti, pour les uns ou pour les autres, l’histoire témoigne que ça finit mal dans notre pays. Donc, je suis très heureux que François Hollande ait rétabli l’impartialité de l’État. Oui à un État qui nous accompagne, et c’est pour ça que j’aime beaucoup sa phrase qu’il a prononcée au centre Tjibaou, la France vous accompagnera, toujours liée avec la France quel que soit votre choix, que vous souhaitiez rester au sein de la République, ou que vous souhaitiez que ça devienne un pays indépendant, la France restera toujours avec vous, mais elle vous accompagnera, elle se substituera pas à vous. Je crois qu’on est maintenant mûrs pour décider de notre avenir.

Journaliste : Pour vous, accompagner le président de la République dans un grand pays de la région, c’est aussi important ou c’est une invitation du président ? Pourquoi l’avoir fait ?

Philippe Gomès : Parce que le président a souhaité que les représentants des collectivités françaises du Pacifique l’accompagnent en Australie, ce qui est normal, parce que c’était la première visite d’un chef d’État français en Australie. Ça fait deux siècles qu’on aurait pu la faire, mais elle finit par se faire maintenant. C’est toujours important, une première visite, c’est une visite historique. Et le président de la République, très beau geste, a tendu la main aux collectivités françaises du Pacifique, en disant, accompagnez-moi à l’occasion de ce déplacement, parce que la France, elle est aussi en Océanie, et il l’a répété à plusieurs reprises lors de son voyage. Le premier pays le plus proche de l’Australie, c’est la France, via la Nouvelle-Calédonie. C’est à ce titre-là que j’y étais. Il y avait les présidents des autres exécutifs, présidente du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et président du gouvernement de Polynésie française, le député de Wallis et Futuna, puisque là-bas, il n’y a pas de gouvernement, et moi, j’y étais en tant que vice-président de l’association d’amitié France-Australie, parce que je suis également membre de la commission des affaires étrangères à l’Assemblée nationale. Et donc, c’est à ce titre-là que j’ai accompagné, avec les autres représentants des collectivités françaises du Pacifique, le chef de l’État. Oui, c’est un honneur, bien sûr, et puis ça permet de renforcer nos réseaux et notre représentativité auprès des autorités australiennes. On a notamment été reçus par le Premier ministre, qui est là aussi un honneur. On a rendu hommage aux soldats australiens qui sont morts notamment pendant la première guerre mondiale, puisque 400 mille d’entre eux sont partis combattre pour libérer la France (?), notamment à Sydney, puisqu’il faut savoir qu’en Australie, il y a 100 mille Français qui y travaillent, c’est énorme, qu’il y a près de 400 entreprises françaises. Et donc, il y a des liens qui existent, bien sûr entre la Nouvelle-Calédonie et l’Australie, mais aussi entre la France et l’Australie. La Nouvelle-Calédonie, c’est non seulement un flux touristique, comme chacun sait, plusieurs dizaines de milliers de Calédoniens qui, chaque année, vont en Australie, et aux alentours de 15 mille Australiens qui viennent en Nouvelle-Calédonie. C’est également beaucoup de Calédoniens maintenant qui font leurs études en Australie. On a, là aussi, des relations anciennes, et je crois, très amicales.

Journaliste : Vous avez parlé d’un éventuel sommet France-Océanie à Paris. Est-ce que vous en avez aussi parlé aux Australiens ?

Philippe Gomès : Non, on est dans la suite du chef de l’État français. À partir de ce moment-là, il faut, avant que la nouvelle ne soit diffusée, que des invitations soient adressées, ou que des contacts soient pris, il faut bien évidemment que le président de la République ait validé la démarche, qu’elle ait été inscrite dans un calendrier diplomatique. Comme ça n’est pas encore le cas, bien sûr, les contacts n’ont pas pu être pris, et ça aurait été très prématuré de le faire.

Journaliste : La manifestation des loyalistes lors de la visite présidentielle, vous n’avez pas manifesté, vous avez appelé à ne rien faire.

Philippe Gomès : Non, je vais dire pourquoi. Je comprends la sincérité de ceux qui sont allés dans la rue, pour dire restons français, ils ont envie de rester français. Ils avaient envie de le dire, parce que le président de la République venait. Moi, je comprends cette sincérité-là. Mais ce que je veux dire, c’est que, à l’occasion des élections provinciales, le message a été adressé de manière claire au président de la République. Une manifestation n’apporte rien de plus sur le sujet. 61 mille Calédoniens ont voté pour des listes de sensibilité non-indépendantiste et 43 mille Calédoniens ont voté pour des listes de sensibilité indépendantiste. Au-delà des manifestations, la vérité politique du pays d’aujourd’hui, c’est celle-là. Et en même temps, ce que je sais, moi, au travers de ma vie politique, de la mairie de La Foa que j’ai eu en responsabilité pendant 20 ans, la présidence de la province, la présidence du gouvernement, enfin, de tout ce qui a fait mes responsabilités dans le pays, c’est que l’avenir du pays, il ne peut pas se résumer à un rapport de force électoral, que le rapport de force électoral, c’est une voie sans issue, et qu’il nous faut trouver de quoi dépasser ce rapport de force électoral. C’est pour ça que j’ai proposé, au nom de Calédonie ensemble, ce que nous avons appelé le référendum éclairé, dont François Hollande, au total, a parlé, à sa manière, lors du discours au centre culturel Tjibaou, en disant qu’il fallait préciser les questions. Ben oui, il faut les préciser parce que si on répond à la question, oui ou non? d’ailleurs, que ce soit oui, ou que ce soit non, la question, c’est qu’est-ce qui se passera le lendemain du référendum, si on est indépendant. Beaucoup d’auditeurs qui nous écoutent sont de sensibilité indépendantiste. Si on est indépendant, le jour d’après le référendum, le lundi, on se réveille, dans quel pays on se réveille ?

Journaliste : Kanaky !

Philippe Gomès : Kanaky, voilà, mais le problème, c’est que Kanaky, ça ne veut pas tout dire, il faut, derrière le slogan, définir un projet de société des institutions, c’est quoi la constitution de ce pays, quel est le régime des terres dans ce pays, quelle est la nationalité, elle est simple, elle est double, elle est facultative, elle est obligatoire, est-ce que ce pays garde, ou pas, des relations avec la France, si oui, quels types de relations, et notamment sur les 150 milliards qui, aujourd’hui, chaque année, irriguent le pays, est-ce qu’ils restent, est-ce qu’ils ne restent pas, quelle est la place des non-nationaux dans ce pays, est-ce qu’ils ont une place, est-ce qu’ils n’en ont pas, est-ce qu’ils pourront acquérir la nationalité. Enfin, je dis tout ça, c’est pour que tous ceux qui mettent le bulletin Kanaky, pour reprendre l’expression habituelle du monde indépendantiste, ben, ils savent, derrière le bulletin Kanaky, dans quel pays ils vont se réveiller, le lundi. Et de la même manière, ceux qui ne veulent pas mettre le bulletin Kanaky, mais qui mettent un bulletin France, Nouvelle-Calédonie émancipée au sein de la République, le lundi, ils se réveillent dans quel pays ? Ils ne savent pas non plus. Pourquoi ? Parce que l’Accord de Nouméa dit, si c’est trois fois non à l’indépendance, il faudra se retrouver autour de la table pour, je cite, examiner la situation ainsi créée. Examiner, (?) qu’ils n’avaient plus d’idées quand ils ont fini la rédaction de l’accord. Ils étaient au bout du stylo, ils n’avaient plus d’encre, c’est terminé, donc. En clair, c’est la zone, et il faut se retrouver pour voir comment on en sort. Nous, on dit, définissons, là aussi, avant que le référendum n’ait lieu, cette Nouvelle-Calédonie émancipée au sein de la République. Là aussi, est-ce qu’on reste avec nos provinces, comme aujourd’hui, le gouvernement collégial et proportionnel, est-ce que les compétences régaliennes, on y associe ou pas la Nouvelle-Calédonie. Le corps électoral, qu’est-ce qu’on fait ? Il reste figé, il redevient glissant, selon quelle modalité ? Enfin, on arrête, là aussi, l’espace de cette Nouvelle-Calédonie qui se gouverne elle-même, mais qui reste au sein de la République. Et là aussi, ceux qui ne votent pas pour Kanaky, mais qui votent pour une Nouvelle-Calédonie dans la France, ils sauront, le lundi matin, dans quel pays ils vont se réveiller. C’est ça, le référendum éclairé. C’est-à-dire, c’est un référendum qui vise à ce qu’on bâtisse une alternative partagée de sortie de l’Accord. Si on discute ensemble, moi, je suis sûr, avec l’UC, avec le Palika, avec les autres formations non-indépendantistes, moi, je suis sûr que sur 90 % du projet, on va se retrouver, qu’on soit pour Kanaky, ou qu’on soit pour une Nouvelle-Calédonie dans la France. On est capables de bâtir 90 % d’un même projet politique, économique et social. Et puis, oui, il y a 10 %, qui est l’ultime déclinaison politique sur lesquels on va se séparer. Ben, il y en a qui vont vouloir un État, une nationalité, un siège à l’ONU, et d’autres qui ne vont pas vouloir de l’État, de la nationalité et du siège à l’ONU. Mais au moins, on aura réussi à nous rassembler sur ce qui nous unit, c’est-à-dire 90 %. C’est, selon moi, la meilleure manière de continuer à bâtir le destin commun, même s’il y a une divergence sur la finalité définitive de la direction que nous prenons. Et là aussi, François Hollande, à l’occasion de sa venue, a esquissé quelques traits, il n’a pas osé utiliser le terme de référendum éclairé parce qu’on aurait parlé d’un axe, déjà comme je suis dans un axe multiple, il n’a pas utilisé le terme. Mais au total, c’est bien ce que ça voulait dire. Mais vous savez, avant François Hollande, d’autres ont utilisé cette formule, c’est simplement une formule de bon sens, et ça permet de respecter la conviction de chacun, c’est important. Ça permet de respecter la conviction de chacun, parce que si chacun ne se sent pas respecté dans sa conviction, ben, on aura du mal à aller de l’avant. À Palau, ils ont voté dix fois, pour ou contre l’indépendance. Et puis, un moment, le peuple a décidé que le pays pouvait être indépendant, et l’a été. Il faut que nous, on a toujours refusé l’obstacle, en 88, en 98. On doit maintenant essayer de surmonter, ensemble, l’obstacle, mais pas comme un mur qui va nous fracasser, mais comme quelque chose qui va nous renforcer dans notre volonté de vivre ensemble. Il faut qu’on apprenne à dédiaboliser, à dédramatiser ce référendum.

Journaliste : En tous les cas, c’est un référendum qu’il faut faire, chez nous !

Philippe Gomès : Le référendum, il est indispensable.

Journaliste : Pas de nouveau statut préparé, etc.

Philippe Gomès : Moi, je suis partisan d’un statut définitif. Attention, par définitif, qu’est-ce que je veux dire ? Je veux dire que les institutions issues de ce statut n’ont plus vocation à être retouchées, c’est définitif. Par contre, ça n’empêche pas que le droit à l’autodétermination puisse continuer à s’exercer. S’il y a une majorité de Calédoniens pour l’indépendance, il n’y a plus besoin du droit à l’autodétermination puisque le choix définitif a été fait, le pays est indépendant. Mais s’il n’y a pas une majorité de Calédoniens pour l’indépendance, ce que je pense, au vu du résultat des élections qui se sont succédé, à partir de ce moment-là, il faut que le droit à l’autodétermination puisse continuer à s’exercer, c’est-à-dire que, de temps à autre, selon une périodicité à définir, avec une majorité à définir, ben, les Calédoniens puissent, une nouvelle fois, être interrogés sur l’avenir qu’ils souhaitent pour leur pays. C’est pour ça que je dis, il faut dédiaboliser cette consultation, ne plus avoir l’impression qu’on va passer ou mourir. Non, il faut arriver à faire en sorte qu’aujourd’hui, on ait la maturité suffisante pour construire ensemble les questions qui vont être posées au peuple, pour construire ensemble le projet qu’on doit proposer au peuple, et puis pour faire en sorte que le peuple s’exprime de la manière la plus sereine et la plus constructive possible. Ça dépendra des responsables politiques, beaucoup. Aujourd’hui, j’ai l’impression que chacun est dans une stratégie de clivage, enfin, du moins, certains sont des stratégies de clivage, pour des raisons peut-être de politique intérieure. J’espère qu’on va en sortir parce que, au total, il y a quand même l’intérêt supérieur du pays, l’intérêt supérieur de nos populations. Voilà, je crois qu’on n’aura rien à gagner à retomber dans des difficultés qu’on a connues dans le passé, qui ont laissé des traces profondes. On a beaucoup célébré les morts, de part et d’autres, ben, vous avez vu, on a célébré, à l’occasion de la manifestation, une gerbe a été déposé sur la tombe de Tual. Ce n’était pas la commémoration de la mort de Machoro, le bris de l’urne, mais bon, à l’occasion des élections de 84. Moi, j’ai eu l’occasion de dire, à Ouvéa, où je suis allé, à la fois pour le 22 avril, date de l’attaque de la gendarmerie, donc de l’hommage rendu aux gendarmes, quatre gendarmes, et aux deux militaires qui ont perdu la vie à l’occasion de l’assaut de la grotte, et puis aussi le 22 mai pour les 19 militants indépendantistes qui ont perdu la vie dans la grotte, j’ai eu l’occasion de dire qu’on ne pourra pas construire de destin commun si on n’arrive pas à bâtir une mémoire commune. C’est plus les morts des uns, et les morts des autres, ce sont nos morts. Ce sont les morts du pays, les morts du pays qui ont laissé une trace dans l’histoire du pays. Moi, je suis plus pour la célébration des morts de chaque côté. Je crois que si on n’arrive pas à bâtir une mémoire commune, comment vous voulez qu’on arrive à bâtir un destin commun ? C’est pour ça que, quand j’étais, le 5 mai, à Ouvéa, j’ai dit qu’on devait rassembler les morts du 22 avril, les gendarmes et les militaires, et les 19 militants indépendantistes, au même titre qu’on doit rassembler Machoro et Tual. Ils font tous partie de l’histoire du pays, on doit l’assumer collectivement.

Journaliste : Il me semble que dans un des témoignages d’indépendantistes, au cours de ces cérémonies de commémorations, certains en ont parlé aussi.

Philippe Gomès : C’est une très bonne chose, si tel est le cas. Il faut qu’on arrive à faire ça. Si on n’arrive pas à faire ça, comment vous voulez qu’on arrive à se projeter dans l’avenir, et comment vous voulez que nos jeunes générations, de part et d’autre, de cultures différentes ou de sensibilités politiques différentes, arrivent à se projeter dans l’avenir, si nous, les anciens, on n’arrive pas à porter ensemble nos morts ? Essayons de ne pas instrumentaliser nos morts pour construire un avenir où leur mémoire a leur place. C’est comme le crâne d’Ataï. Vous me permettez de parler du crâne d’Ataï ? Parce que, le crâne d’Ataï, ça aurait pu être aussi un moment où les Calédoniens arrivent à construire un récit collectif. Ça fait partie de notre histoire, l’insurrection kanake de 1878, la mort d’Ataï sous le banian à Sarraméa, avant l’ultime bataille qui s’est tenue sur Gouaro Deva, justement, dans la vallée taboue. Ce crâne-là, on aurait pu faire en sorte que ce soit quelque chose qui ne soit pas instrumentalisé, ni politiquement, ni par les descendants d’Ataï, mais que là aussi, on en fasse un élément de l’histoire du pays. Je regrette que ça n’ait pas pu être le cas et que ça ait été organisé et utilisé différemment. Je dis ça pour dire qu’on rate des occasions, on rate des occasions pour bâtir ce récit collectif calédonien, pour bâtir ce peuple calédonien, et que ce soit l’histoire commune de ce peuple calédonien qui soit assumée. Je ne dis pas que c’est facile, bien sûr qu’il y a des réticences de part et d’autre, je les comprends, elles sont sincères, parfois, ça parle aux tripes. Mais vous savez, pour qu’on soit un pays, il ne faut pas laisser parler les tripes, c’est plutôt le cerveau qui a vocation à être utilisé.

Journaliste : La question de sortie de l’Accord de Nouméa, est-ce que vous pensez qu’on n’est pas encore prêts pour les compétences régaliennes ?

Philippe Gomès : Je vais vous décevoir, c’est un faux débat, les compétences régaliennes. Tout le monde parle de ça, mais c’est un faux débat. La vraie difficulté de la sortie de l’Accord, c’est pas les compétences régaliennes, c’est la nationalité. C’est ça, la vraie difficulté, le vrai sujet, parce que ça renvoie au corps électoral. Ça, c’est une problématique fondamentale. Les compétences régaliennes, dans la zone Pacifique, la quasi-totalité des États ne les exercent pas.

Journaliste : Pourtant, ils sont indépendants ?

Philippe Gomès : Ils sont indépendants et ils ont confié l’exercice des compétences régaliennes à d’autres États. La monnaie est exercée, parfois, par d’autres États, la défense, les relations étrangères, les surveillances des zones maritimes, même l’ordre public. Aux îles Salomon, c’est une force nationale, qui s’appelle la RAMSI, qui est composée essentiellement de Néozélandais, d’Australiens, qui assure l’ordre public depuis 2003.

Journaliste : Oui, parce qu’il y avait eu…

Philippe Gomès : Il y avait une guerre civile, mais ils sont restés. Ils devaient partir au bout d’un an ou deux, ça fait dix ans qu’ils y sont. Et quand ils ont voulu partir, là, au bout de dix ans, le Premier ministre a dit, non, on préfère que vous restiez pour continuer à assumer l’ordre public. Donc, ce que je veux dire, c’est que…, et la justice reste aussi souvent exercée par d’autres États, notamment en ce qui concerne les instances d’appel, qui restent dans les puissances de tutelle ancienne. En réalité, les États dits indépendants de la zone n’exercent pas leurs compétences régaliennes, faute de moyens humains, et faute de moyens financiers. Donc, la Nouvelle-Calédonie, elle ne pourra pas, de toute façon, comme les autres États, on n’est pas mieux, pas moins que les autres, on ne pourra pas, de toute façon, exercer nos compétences régaliennes. Donc, la liberté qu’on a, dans l’hypothèse où il y a une majorité qui serait pour l’indépendance, c’est de conduire d’autres États, et en l’espèce la France, puisque c’est quand même le plus évident ou le plus naturel, à les exercer pour notre compte. La seule chose qui se sera passée, c’est qu’on a eu la possibilité de dire à la France, vous les exercez. Vous voyez, c’est la fameuse minute où on est indépendant et puis on redonne les compétences régaliennes à l’État. Mais moi, je crois que c’est pas un bon choix. Moi, ce que je propose en ce qui concerne les compétences régaliennes, au nom de Calédonie ensemble, c’est qu’on approfondisse quelque chose qui est déjà mis en œuvre dans l’Accord de Nouméa, en matière de relations internationales. C’est ce qu’on appelle la souveraineté partagée. On a déjà une compétence régalienne dans laquelle on est en souveraineté partagée…

Journaliste : Les affaires étrangères.

Philippe Gomès : C’est ça, tout à fait Romain, c’est les affaires étrangères, entre la Nouvelle-Calédonie et la France. Ça veut dire quoi, souveraineté partagée ? Ça veut dire que nous, Nouvelle-Calédonie, on peut passer des traités sur tous les sujets sur lesquels on est compétents, donc, ça va à la fiscalité, de la santé, le développement économique, le travail, tout ce que vous voulez, avec tous les pays du monde. C’est vraiment une possibilité. On ne l’utilise pas ou peu, mais c’est vraiment une possibilité très forte qui nous est offerte. L’idée, c’est que, ce domaine de la souveraineté partagée, on puisse le décliner dans les autres compétences régaliennes. On n’a pas besoin de sortir de la République pour ça, on peut rester dans la République. Et par exemple, en matière de défense, qu’est-ce qui empêche, demain, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie d’être représenté au sein de l’armée en Nouvelle-Calédonie, et le cas échéant, de participer aux manœuvres régionales, quand elles sont organisées. Par exemple, en matière de force publique, aujourd’hui, vous savez, par exemple, quand le haut-commissaire envoie les forces de gendarmerie pour libérer un accès quelque part, etc., imaginons des barrages syndicaux, économiques ou autres, il doit en informer le président du gouvernement ou la présidente du gouvernement. On peut aller plus loin et instaurer un dispositif de codécisions en matière d’ordre public entre le président du gouvernement et le haut-commissaire de la République. Je dis ça pour dire que, dans le domaine de la souveraineté partagée, on peut aller beaucoup plus loin dans un dispositif de codécisions ou de coactions, entre l’État et la Nouvelle-Calédonie, tout en restant au sein de la République. Et puis, il y a autre chose sur les compétences régaliennes qui, nous, nous motive beaucoup à Calédonie ensemble, c’est la calédonisation des administrations régaliennes. Ça ne veut pas dire qu’on exerce la responsabilité, mais ça veut dire que ce sont les Calédoniens qui travaillent au sein de ces administrations. On y est aujourd’hui en ce qui concerne la police, qui est largement calédonisée. Un plan a été adopté sur la gendarmerie. Aujourd’hui, on a 25 % d’effectifs calédoniens dans la gendarmerie. L’objectif, c’était le comité des signataires de 2013, c’est qu’on arrive à 75 %. Mais par contre, en matière de justice, aujourd’hui, on a moins de greffiers calédoniens aujourd’hui qu’on en avait il y a dix ans. On a moins de juges, plus du tout de juges calédoniens, alors qu’on en avait, il y a 10 ou 15 ans. Donc, on doit faire des efforts particuliers pour la calédonisation de l’administration judiciaire, et il en est de même en ce qui concerne la défense, où là aussi, il n’y a pas d’efforts qui ont été exercés. Sur les compétences régaliennes, progressons de manière constructive, tout en restant au sein de la République, élargissons notre champ de responsabilités dans le domaine des compétences régaliennes, et je crois que ça sera une manière, à la fois d’avoir plus de pouvoirs, plus de responsabilités, tout en se protégeant et en restant au sein de la République. Par les temps qui courent, regardez la planète, regardez ce qui se passe à l’échelle de la planète, regardez les guerres, regardez les djihads, regardez les famines, regardez les fléaux sanitaires en Afrique, avec Ébola, etc., etc. Franchement, nous, aujourd’hui, dans notre pays, tout n’est pas parfait, c’est sûr, il y a beaucoup de choses, beaucoup d’inégalités à combattre, il y a une meilleure école à mettre en place pour permettre à toutes les communautés d’y réussir, il y a des politiques de logement à réactiver pour faire en sorte que chaque famille ait accès à la première des dignités qui est un toit, oui, oui. Mais en même temps, dans ce monde instable, où encore 1,5 milliard d’êtres humains ne mangent pas à leur faim tous les jours, bon, en Nouvelle-Calédonie, on n’est pas les plus malheureux quand même. Je crois qu’on doit arriver, quand même, à avoir l’intelligence pour continuer à vivre ensemble et à vivre en paix.

Journaliste : Par rapport à votre mandat de député, sur quel dossier vous êtes en ce moment et qu’est-ce qu’on peut dire par rapport à ce que vous avez défendu à l’Assemblée nationale ?

Philippe Gomès : J’ai passé quasiment un mois à l’Assemblée pour travailler sur le budget de l’outre-mer, parce que c’était le moment où la loi de finance pour 2015 a été examinée par l’Assemblée, et j’ai pu plus particulièrement pousser quatre dossiers, parce que ce sont des dossiers que je suis de longue date, et il faut être vigilant pour qu’ils aboutissent. Le premier, c’est le dossier des lycées, le lycée d’enseignement général, technique et professionnel qui doit être réalisé au Mont-Dore, avec un internat associé, et celui de Pouembout qui doit être étendu, en dehors de l’agriculture, à l’enseignement général et professionnel. Donc, c’est deux investissements qui représentent au total 11 milliards de francs CFP. Et comme en ce moment, vous avez vu en métropole, ils n’ont pas trop de sous, pour dire clairement les choses, il faut quand même être vigilants pour vérifier que les crédits, ils sont bien inscrits chaque année, parce que les coups de rabots, dès fois, comme cette année, ils ont mis un coup de rabot de 21 milliards d’euros, il ne faudrait pas que les crédits de nos lycées y passent dans le coup de rabot. Ça, c’est la première chose que j’ai suivie, vérifiée et fait en sorte que les crédits soient inscrits…

Journaliste : Et c’est inscrit ?

Philippe Gomès : C’est inscrit. Les crédits de paiement et les autorisations d’engagement pour l’année prochaine sont inscrits pour les deux lycées. J’ai également suivi le dossier du logement intermédiaire. En Nouvelle-Calédonie, aujourd’hui, ne sont plus construits de logements intermédiaires parce que le dispositif de défiscalisation qui s’applique était non opérationnel. Avant, on en construisait 600 par an, et aujourd’hui, on en construit 60 par an. Les logements intermédiaires, c’est des logements destinés aux classes moyennes. Je m’explique. Ce sont des classes qui n’ont pas assez d’argent pour accéder au marché privé, aux loyers privés, et qui ne sont pas assez pauvres ou assez modestes pour être logés dans de l’habitat social. Donc, c’est le logement intermédiaire qui leur faut, parce que le logement intermédiaire, ce sont des appartements, ou autres, qui sont loués à des loyers de 20 % inférieurs au prix du marché, d’où la nécessité de construire des logements intermédiaires dans l’ensemble de l’outre-mer, en Nouvelle-Calédonie. Et j’ai obtenu une modification du plafond, notamment portée avec l’ensemble des députés de l’outre-mer d’ailleurs, porté de 10 mille euros à 18 mille euros, et ce qui devrait drainer un nouveau flux d’investissement dans notre pays. Et donc, c’est bon, chez nous, pour le BTP, vous savez que le bâtiment a subi les contrecoups de l’arrêt des chantiers du Nord, des îles, et du Sud, on a la fin du chantier de l’hôpital. Donc, ça pourrait donner une nouvelle dynamique. Je suis intervenu aussi sur l’université. Pourquoi ? Parce que chez nous, la formation des hommes, c’est un axe majeur du rééquilibrage, majeur de l’Accord de Nouméa. Il faut qu’on donne à l’université les moyens de se développer, notamment de financer son IUT, parce que l’IUT, c’est une formation courte, plus particulièrement adaptée au bac professionnel. On a quand même, en Nouvelle-Calédonie, quasiment un bac sur deux qui est un bac professionnel. Le président de la République, lors de sa venue, j’ai meulé, entre guillemets, en métropole, à l’Assemblée, en commission, auprès du ministre, auprès des cabinets à Matignon, et à l’Élysée, et je suis très heureux que le président de la République, quand il est venu, a annoncé officiellement, au centre Tjibaou, que dix postes supplémentaires seront attribués à l’université. Ils serviront, non seulement pour l’ouverture d’un IUT, mais ils serviront aussi pour l’antenne du Nord, puisque vous savez que c’est une opération de rééquilibrage, là aussi, qui est engagée par l’université. Le quatrième dossier, c’est pas moi qui l’ai porté, c’est Sonia Lagarde, c’était pour l’armement des policiers municipaux, et puis pour le renforcement des moyens de la police nationale, pour améliorer la sécurité dans l’agglomération, et notamment dans la commune de Nouméa. Et là aussi, le président de la République a fait des annonces, à l’occasion de son discours au centre Tjibaou, et donc, je suis heureux que demain, les forces de sécurité municipale ou nationale, sur le territoire de la commune de Nouméa, disposent de davantage de moyens. Je prends quatre dossiers parmi d’autres pour illustrer à quoi on peut servir lorsque les Calédoniens vous ont fait confiance, qu’ils vous ont envoyé à l’Assemblée nationale pour faire avancer les dossiers du pays, parce que finalement, notre seule utilité, elle est là, c’est de faire avancer les dossiers du pays dans des contextes qui ne sont pas toujours faciles, et aujourd’hui, en France, comme vous le savez, comme en Europe, c’est pas toujours très porteur, en termes de croissance économique et de recettes budgétaires.

Journaliste : Monsieur Gomès, merci d’avoir répondu à nos questions.

Philippe Gomès : Merci à vous.

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