Accueil VU SUR LE WEB « S’il le faut, le peuple tranchera »

« S’il le faut, le peuple tranchera »

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Il est arrivé le couteau entre les dents, ou plutôt, même si l’esprit était le même, les yeux rivés sur sa tablette numérique. Le début de l’interview ne laisse aucun doute, il est persuadé que les quatre journalistes qui l’accueillent travaillent pour un média qui n’a de but que de lui nuire. D’entrée, il fait donc face à cette rédaction. Et l’animal politique en lui, qui ne dort jamais que d’un œil, est tout de suite au sommet de son art. Sûr de lui, maîtrisant parfaitement ses dossiers, cohérent et roublard à souhait – quitte à chercher à retourner la situation en se posant en intervieweur – Philippe Gomès n’a pas déçu. Le vrai patron de Calédonie ensemble (qui s’en défend, et c’est d’ailleurs dans ces moments qu’il est le moins crédible), s’est trouvé là où on l’attendait. Il ne se défile jamais. Démolissant ses adversaires sans le moindre état d’âme, défendant ses idées avec fougue et discernement. D’accord ou non avec la méthode, personne ne peut rester indifférent face à un politique qui fait montre d’une réelle envergure. A une époque où la classe politique en manque cruellement.

« Le CGS avait perdu son dernier cylindre »

Pourquoi avoir fait tomber le gouvernement Ligeard alors que les mesures fiscales que Calédonie ensemble voulait faire passer ont été adoptées ?
Nous avons signé un Contrat de gouvernance solidaire [CGS, NDLR] au lendemain des élections provinciales. Avant le scrutin, nous avions affiché la couleur et dit que nous tendrions la main aux autres groupes non-indépendantistes. Nous avons largement remporté ces élections. Nous avons fait 28 000 voix, le Front pour l’unité 14 000 et l’UCF 13 000. A nous seuls, nous avons plus de voix et d’élus au Congrès que les deux autres réunis.

Mais sans la majorité absolue.
Personne n’a eu la majorité absolue depuis les Accords de Matignon. Le mode de scrutin est précisément fait pour que personne ne puisse l’avoir. Mais nous avons fait le meilleur score jamais réalisé depuis l’accord de Nouméa. Ce n’est donc pas une victoire de petite encolure. Donc nous aurions pu prendre toutes les responsabilités, les autres auraient bien dû nous suivre. Malgré ça, nous leur avons proposé de partager les responsabilités parce que nous avons conscience d’être dans une séquence difficile, la dernière de l’accord de Nouméa, qui crée une fragilité économique, politique et sociale, et qu’il fallait se regrouper. Voilà pourquoi Cynthia Ligeard s’est retrouvée présidente du gouvernement.

Soit, mais pourquoi avoir dénoncé ce CGS ?
Le CGS reposait sur deux engagements forts : préparer la sortie de l’accord, et mener des réformes économiques et sociales. Très vite, on a vu que la préparation de la sortie de l’accord ne pourrait pas se faire dans ce cadre. Pierre Frogier a bloqué dès le départ sur ce point en affirmant qu’il fallait attendre 2017 et le retour de Sarkozy. La machine ne tournait donc plus que sur un cylindre. Mais pour les réformes, ça semblait fonctionner. Et puis au Congrès, patatras ! Le parti auquel appartient Cynthia Ligeard décide de voter contre. Ça a été la dérobade. Nous avions pourtant accepté beaucoup de leurs demandes préalables. En séance au Congrès, le FPU n’a pas déposé d’amendement, et n’a pas voté celui que présentait Isabelle Lafleur. Mais il a voté contre les textes validés par l’ensemble du gouvernement. Dans ces conditions, le CGS a perdu son dernier cylindre. Le FPU s’est contredit lui-même puisqu’en mai 2013 il avait déposé un texte pour majorer l’impôt sur les dividendes des sociétés. S’ils ont fait volte-face, c’est bien pour faire tomber le CGS.

Ce qui veut dire que les non-indépendantistes sont définitivement incapables de s’entendre ?
Pas tous. Gaël Yanno et Philippe Blaise ont voté les réformes fiscales parce que sans ça, au 1er janvier, le minimum vieillesse et les autres aides sociales n’auraient plus été servis. On se serait retrouvés avec 50 000 personnes dans la rue. Ils ont agi en responsables même s’ils n’ont pas la même philosophie politique, économique et sociale que nous. Le FPU a agi en toute irresponsabilité. Le Contrat de gouvernance solidaire n’avait plus aucune raison d’être. Autant assurer les responsabilités nous-mêmes.

« Retourner aux urnes s’il y a blocage »

Revendiquez-vous la présidence du gouvernement pour un membre de votre parti ?
Bien sûr, nous sommes arrivés largement en tête aux dernières élections. Le FPU n’est pas en situation de revendiquer la présidence. Il a perdu la moitié de son électorat aux dernières provinciales. Il a pris le poste mais n’assume pas les responsabilités.

Mais pour qu’un président soit élu, il vous faudra les voix des membres FPU du gouvernement.
S’ils ne le faisaient pas, ce serait un détournement du suffrage universel. Dans ce cas, nous serions prêts à retourner aux urnes pour assumer nos responsabilités. Même si ces responsabilités, c’est de nettoyer les écuries laissées par l’ancienne coalition Rump et une partie de l’UC, en prenant des mesures pas forcément populaires. Nous sommes le premier parti calédonien. Notre fierté sera de laisser, dans cinq ans, un pays en état de fonctionner, avec des budgets équilibrés, des régimes sociaux financés et, espérons-le, plus de justice et de développement.

Mais si l’élection d’un président n’est pas possible ?
Il faudra qu’à un moment ils votent pour nous, parce que nous sommes tous non-indépendantistes et que, par respect du suffrage universel, les voix non-indépendantistes doivent se porter sur notre candidat. Sinon, il faudra redonner la parole au peuple.

Donc il faudrait retourner devant les électeurs.
Mais la dissolution du Congrès est entre les mains de l’Etat. Il y a des évidences politiques. Nous sommes le premier parti du pays. Même si le mode de scrutin fait que nous n’avons pas la majorité absolue, nous sommes le parti qui a vocation à diriger le gouvernement. Nous avons choisi de partager, ça n’a pas marché. Dans ces conditions, les autres mouvements loyalistes doivent reprendre la place qui est la leur.

Oui mais sur quelles bases juridiques l’Etat pourrait-il dissoudre le Congrès ?
On a entendu en 2011 des théories selon lesquelles les institutions pouvaient fonctionner sans gouvernement pleinement constitué. Finalement, l’Etat s’est empressé d’intervenir et de modifier la loi organique car ça ne marchait pas. Un pays a besoin d’un gouvernement pour fonctionner.

« C’est en dialoguant qu’on va se rapprocher »

Comment enclencher le dialogue sur l’avenir institutionnel dans ce contexte de divisions ?
Nous avons réussi à faire acter la création de groupes de travail. Nous allons entrer dans le concret de ce que signifient les compétences régaliennes, la nationalité, le statut international, etc. Nous allons tout faire pour continuer à avancer. Mais si le FPU ou l’UC décident de nouveau de boycotter, on ne pourra pas les attacher à leur siège.

Quand le président de l’UC parle de n’aller qu’à un référendum, et non trois, ça vous inspire quoi ?
Ça veut dire qu’ils ont conscience que le référendum ne leur sera pas favorable, et qu’ils veulent transformer le « non » à l’indépendance en un point de départ vers une autre revendication.

C’est de mauvais augure à vos yeux ?
J’essaie de voir les choses de façon positive. Ils acceptent d’éclairer la sortie de l’accord qui serait celle de l’indépendance. Donc nous allons pouvoir confronter nos projets. Plus nous entrerons dans le concret, plus nous nous éloignerons des postures idéologiques. Le résultat du référendum est archiconnu. Toute la question est d’éviter de se bagarrer ensuite. Tout l’intérêt des groupes de dialogue est là : au fil du temps, on va réaliser que l’on a des points de convergence sur presque tout, sauf sur la question de pleine souveraineté. L’enjeu est de pacifier notre rapport à l’avenir du pays.

« 2015, année du fonds pour les générations futures »

André Dang à la tête de la STCPI. Vous, président. Une stratégie ?
J’ai déjà été président délégué de la STCPI [Société territoriale calédonienne de participation industrielle, NDLR]. Et André Dang en a déjà été le président de 2000 à 2006. Rien de neuf sous le soleil. Est-ce que cela va changer quelque chose dans l’affaire d’une montée à 51 % (des parts de la Calédonie au capital de la SLN) ? Strictement rien. La question des 50 ou 51 % sera traitée dans le cadre du groupe de travail « nickel » mis en place par l’Etat.

Cette nomination ne donne-t-elle pas du grain à moudre à ceux qui dénoncent un axe Gomès-Néaoutyine ?
Existe-t-il des éléments concrets qui permettent de le dire ? Il y a des sujets sur lesquels on se retrouve, toutefois il ne faut pas me parler d’axe avec le Palika, mais alors avec les indépendantistes : il n’y a pas que le Palika qui est pour les 51 %. Tous les pays du monde ont repris le contrôle de leurs matières premières. Tous. Y compris des pays européens comme la Norvège. Mais, attention, dans une logique à 51 %, la gestion reste privée. A partir du moment où on apporte la richesse – le domaine minier – la collectivité ne doit être exposée ni au risque industriel, ni au risque financier.

Et le fonds « pour les générations futures ». Est-il oublié ?
Non. Nous n’avions pas le pouvoir ces trois dernières années. Nous le disons depuis l’origine, la redevance d’extraction est une redevance à caractère domanial. Bref, Philippe Germain va être à la manœuvre, 2015 sera l’année du fonds pour les générations futures dans le pays.

« Je veux discuter avec tout le monde »

Ne pensez-vous pas avoir employé des formules qui vous ont attiré de solides inimitiés ?
Ce qui compte, c’est ce que dit le peuple. Le reste relève du microcosme politico-économico-journalistique. Le peuple a dit « Philippe Gomès ne se cache pas ». C’est ce qui fait la différence avec quelques autres. J’étais tête de liste en 2014, j’ai assumé mes responsabilités. En 2012 aussi. A chaque fois, j’ai assumé mes responsabilités. Pierre Frogier ne s’est plus présenté aux élections depuis sept ans. Harold Martin était caché dans la benne du pick-up aux provinciales.

Cynthia Ligeard que vous avez traitée de potiche ?
Parce qu’elle a été abandonnée en rase campagne par ses amis. Elle voulait absolument que le gouvernement demeure, elle a fait un appel au Congrès qui n’était pas destiné à Calédonie ensemble mais à ses amis. Elle n’a pas été entendue.

Comment faire pour discuter au sein de votre camp, sachant que vous n’êtes pas un client facile ?
Je veux discuter avec tout le monde. Je connais mes dossiers, je travaille, j’ai une cohérence. (…) Après, qu’est-ce que vous voulez, Pierre Frogier ne veut pas discuter avec moi alors que je n’ai aucun problème à discuter avec lui… Je ne vais pas pleurer. Moi, j’aime le débat, j’aime échanger. Je considère que plus il y a débat, plus il en sort toujours quelque chose de positif.

Source : lnc

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