Accueil VU SUR LE WEB Eramet, quel futur ?

Eramet, quel futur ?

eramet

( 27 avril 2015 ) Quel est l’avenir d’Eramet ? Quel est l’avenir d’un des derniers fleurons industriels français ? Aujourd’hui, l’on semble baisser les bras, et je tiens à le dire ici, baisser les bras sur la stratégie minière française, c’est baisser les bras sur ce qui relève des fonctions régaliennes de l’État.

Quel est l’avenir d’Eramet ? Quand je pose cette question, je m’interroge sur l’outil industriel, bien sûr, sur l’aspect économique, évidemment, mais surtout, je m’interroge sur les enjeux politiques et géopolitiques. L’avenir d’Eramet, c’est l’avenir des relations de l’État avec la Nouvelle-Calédonie et avec l’Afrique. C’est aussi l’avenir d’un pays, la France, qui perd son potentiel d’innovation industrielle et perd, par la même occasion, ses potentiels humains et économiques. L’on ne peut pas baisser les bras.

La Nouvelle-Calédonie est un territoire français, territoire d’Outre-mer. Ses habitants s’inquiètent. Eramet y est un acteur économique majeur à double titre. C’est le premier employeur et la première source de revenus du territoire. On serait en droit d’attendre qu’Eramet agisse en acteur responsable et soucieux de développer et d’exploiter au mieux les ressources de l’île. Or c’est tout le contraire qui se passe sous nos yeux : les investissements nécessaires au maintien de la compétitivité industrielle ne sont pas faits. Ces investissements, qui étaient à portée de main et qui ont été placés dans un mirage indonésien, ces investissements, donc, continuent année après année de manquer cruellement à une mine néocalédonienne accompagnée de son industrie de transformation bien réelle, elle !

La conséquence ? Les prix de revient d’Eramet passent de 6 $ à 9 $ la livre alors que la concurrence continue à améliorer les siens. Eramet est désormais au 57e rang mondial pour ses prix de revient alors qu’elle était il y a dix ans dans les 10 premiers. Cette perte de compétitivité est dramatique et annonce des pertes systématiques pour Eramet sauf envolée des cours du Nickel ; mais une envolée des cours ne dure jamais très longtemps. Que fait la direction d’Eramet ? Elle attend. L’immobilisme semble être devenu la règle.

Je parlais de mirage indonésien. Revenons-y. Le mot n’est pas trop fort, non ! Cela fait tout de même plus de huit ans qu’une mine, que l’on dit d’une richesse incroyable, reste au degré zéro de l’exploitation minière ! Que fait la direction d’Eramet ? Elle attend, elle tergiverse, elle audite et ré-audite… Elle regarde sans conviction un mirage qu’elle ne semble pas avoir jamais eu l’intention d’exploiter. Que reste-t-il aujourd’hui de ce mirage ? Un camouflet à la Nouvelle-Calédonie et un investissement improductif, source de nouvelles pertes pour Eramet.

Que l’on ne me taxe pas ici de nickelo-centrisme. Regardons aussi ce qui se passe du côté du manganèse. Au Gabon, alors que la filiale d’Eramet, Comilog, dispose d’une des plus belles mines du monde, l’outil reste mal entretenu et régulièrement soumis à des aléas et incidents qui dénotent, là aussi, un manque de rigueur et de clairvoyance dans la conduite des opérations. Alors que l’on est sur un continent qui connaît une croissance moyenne de 8 % par an, les résultats manganèse baissent ; ce ne sont pas des pertes, mais un manque à gagner inacceptable au vu des possibilités et nécessités de développement par ailleurs.

Mais cela ne s’arrête pas là. Finissons notre tour d’horizon avec la partie Alliages d’Eramet, la cadette de l’Entreprise. La branche Alliages, fruit du génie entrepreneurial et industriel des familles Aubert et Duval – notamment de Jean Duval décédé en 1997 – était regardée avec envie il y a moins de vingt ans encore ; elle avait les meilleurs ingénieurs, les technologies les plus avancées, c’étaient les Maîtres dans un domaine essentiel pour l’indépendance nationale, car elle fournit les secteurs aussi variés et importants que l’Énergie, le Transport, l’Espace, l’Aéronautique, l’Armement, etc.

Il y a 15 ans les successeurs de Jean Duval, ambitionnant un développement mondial, ont tenté une acquisition aux États-Unis. Ils ont été escroqués ! On les a sauvés en leur offrant – par la fusion d’Eramet avec leur société holding, la SIMA – une position dominante dans le capital d’Eramet qu’ils conservent toujours et qui leur permet de nommer, discrétionnairement, le management du groupe et son Président.

Depuis 15 ans, la branche Alliages ne s’améliore pas. Elle est soutenue par le groupe qui lui a injecté plus de 500 millions d’Euros. Et malgré cela sa rentabilité reste nulle. Elle produit un résultat brut (EBITDA) de 4 à 6 % alors que ses grands compétiteurs Voest Alpine (Autriche) et Carpenter (USA) ont un résultat brut d’environ 15 %.

Pis encore : la mauvaise gestion de cette branche a contaminé le groupe entier qui est devenu l’exemple de mauvaise gestion. Il y a trois ans, son Président Patrick Buffet me disait :  » il y a peut-être des choses qui ne vont pas, mais j’ai une trésorerie de 1 milliard. Je n’y toucherai à aucun prix, je la maintiendrai ». Aujourd’hui, le milliard s’est envolé, on est à moins 600 millions sans qu’aucune dépense n’ait apporté à l’entreprise un début de réponse pour son avenir.

C’est le Manganèse – c’est-à-dire le Gabon –, qui fait vivre Eramet. Mais cela peut-il continuer indéfiniment ? Le Gabon le supportera-t-il encore longtemps ? Autant de questions qui n’ont, à ce jour, pas de réponse.

Il y a 15 ans j’avais investi dans Eramet. Les grands espoirs que j’avais placés dans cet investissement ne se sont pas réalisés ? Peu importe. Je me place sur un autre plan.

Je fais partie du prestigieux Corps des Mines qui a donné à la France tant de grands Serviteurs de l’État et tant d’Entrepreneurs dans les domaines les plus variés et, aujourd’hui, j’ai un regret, celui de ne pas avoir alerté plus tôt pour provoquer une réaction vigoureuse du Corps sur le problème d’Eramet qui est placé en plein centre de ses compétences et de ses attributions.

Source : Les Echos.fr

À voir aussi :

Présidentielle : La déclaration du député Philippe Gomès

Ce 26 avril, dans une déclaration solennelle lue à la presse, Philippe Gomès, s’exprimant …