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Conflit des mineurs : Mises au point

PG4

( 26 août 2015 ) Retranscription « mot à mot » de l’intervention du député Philippe Gomès sur Océane fm

Journaliste : Nous avons le plaisir de recevoir Philippe Gomès, député de la seconde circonscription, bonjour.

Philippe Gomès : Bonjour.

Journaliste : Merci d’avoir accepté notre invitation. Avec Philippe Germain, vous êtes l’une des cibles privilégiées des rouleurs qui n’ont, de cesse, de vous insulter, de vous bocarder, on ne dira pas les termes à l’antenne, mais ils sont assez violents. Comment allez-vous et comment le vivez-vous ?

Philippe Gomès : Très bien. Vous savez, quand on fait un métier public, il faut en accepter aussi les difficultés et l’exposition. Donc, lorsqu’on est un homme politique, on a décidé de l’être, quand on se présente au suffrage des électeurs, eh bien, il faut savoir qu’à partir de ce moment-là, lorsqu’il y a des crises, on peut être assez violemment pris à parti, que ce soit à l’échelle locale ou nationale. Donc, ça fait partie du job. Ceux qui se plaignent, le cas échéant, d’en être victimes, il faut qu’ils changent de métier puisque c’est un métier qu’on a choisi. Donc, voilà, ça, c’est la première chose que je veux dire. La deuxième, c’est que, bien sûr, je suis gâté, on ne peut pas dire le contraire. Je reviens de La Foa, pour une réunion du syndicat intercommunale à vocations multiples, qui rassemble les communes de Paita, Moindou, Farino, Sarraméa, Boulouparis, La Foa et Bourail, tout l’intérieur de la province Sud, et j’ai eu la chance de voir, tout au long du parcours, des camions, sagement garés désormais en bord de route, avec des banderoles où il y avait marqué, au choix, « Gomès, ganster ou gangster », les deux orthographes sont utilisées. Il y avait aussi « Néaoutyine, Gomès, Dang, dictateurs » et d’autres joyeusetés du même acabit.

Journaliste : « Gomès, salaud, Gomès démission, Gomès, traître »

Philippe Gomès : Oui, j’ai pas prétendu être exhaustif dans ce que j’allais dire, et je vous remercie d’avoir complété, le cas échéant. Et puis au-delà de ça, il y a bien sûr eu un certain nombre de menaces sur les réseaux sociaux notamment. Il y a un certain nombre qui se sont engagés à me mettre une balle, donc voilà, c’est quand même pas triste. Bon, cela étant, il y a un certain nombre de personnes qui s’activent pour que ce climat existe. Ce climat, il n’existe par hasard, il existe parce qu’un certain nombre mettent volontairement de l’huile sur le feu, et volontairement personnalisent le conflit. Je rappelle d’ailleurs qu’André Dang a quitté le territoire, eu égard aux menaces de mort dont il a été l’objet, et qu’il n’est pas revenu, à mon avis, pour un petit moment. Et puis enfin, cerise sur le gâteau, qui témoigne de comportements de type mafieux, cette fois-ci, on n’est plus simplement dans l’insulte, dans l’invective, on est dans la mafia pure, c’est à l’occasion du week-end, puisque le week-end, j’ai eu la chance, non seulement d’avoir un feu qui a été mis devant ma maison, avec des pneus, qui a été éteint très aimablement par des voisins qui ont vu les auteurs de ce feu et qui sont venus l’éteindre rapidement. Philippe Germain a été victime d’ailleurs aussi du même type de comportements. Là, on passe une étape, c’est plus simplement une insulte, on passe à des menaces, à une volonté d’intimidation. Et puis le summum, quand même, là où on a tutoyé les étoiles en termes de comportements mafieux de la part de ces dits « rouleurs », c’est lors de mon passage à Nouvelle-Calédonie 1ère, dimanche soir, sur le plateau du JT, où j’ai attendu désespérément que Maï se pointe pour que nous échangions un certain nombre d’arguments et où je n’ai pas eu cette chance. Mais par contre, s’il n’était pas là, lui, en personne, le président du syndicat dit « des rouleurs », par contre, il avait envoyé sa milice. Et donc, il y avait une quinzaine de gros bras armés de batte de baseball, de barres de fer, qui ont secoué les grilles de RFO, qui ont cassé la guérite qui était à l’entrée. En réalité, les auditeurs ne le savent pas, parce que RFO a eu, je ne sais pas si c’est la sagesse ou le mensonge de ne pas le dire à l’antenne, même pas hier soir, ben, en cours de journal, étant donné qu’ils s’activaient, comme ça, à l’entrée, que bien sûr ça a créé des désordres et des troubles, et puis l’inquiétude de la part du personnel qui étaient encore dans la station, ils sont venus m’exfiltrer, c’est-à-dire ils sont venus, c’est pour ça que ça s’est terminé un peu « cut » l’interview avec la journaliste, parce qu’ils sont venus en cours de route m’exfiltrer. J’ai dû partir par derrière, c’est la rédactrice en chef qui est venue me chercher sur le plateau. Donc là, on est passés à autre chose. Ce que je veux dire, c’est que toute revendication est légitime dans une société, liberté d’opinion, liberté d’expression, liberté de manifestation. Voilà, ce que je veux dire, on a la chance d’être en République, d’être en démocratie, donc voilà, c’est chaque catégorie sociale quelle qu’elle soit dispose de ces libertés-là, qui sont constitutionnellement garanties. La liberté d’insulter, elle n’existe pas, même condamnée par les tribunaux pour diffamation, et j’ai d’ailleurs engagé les recours nécessaires. Quant à la liberté d’intimider, de menacer, ou le cas échéant, de pratiquer un certain nombre de violences à l’égard de personnes quelles qu’elles soient ou investies de mandat publique, elle n’existe pas non plus. Quand vous avez des bandes armées qui essayent de vous passer à tabac, à partir de ce moment-là, on est passés dans autre chose, et ce autre chose n’a strictement aucune légitimité. Donc, le gentil petit rouleur qui fait cuire sa brochette, qui a alimenté un petit peu les chroniques, ça, c’est le côté Disneyland. Quand on va en coulisses, c’est pas du tout la même chose, on se retrouve avec des gens qui ont parfois un comportement de type mafieux. Ça n’empêche pas, je tiens à le dire aussi, que dans probablement les 100 personnes qui sont baie de la Moselle, il y a des gens sincères. C’est ça qu’il faut aussi comprendre, c’est qu’il y a des gens qui se sont embarqués…

Journaliste : Il y a une vraie crise, Philippe Gomès !

Philippe Gomès : Non, non, non, il n’y a pas de vraie crise, je vais vous en parler de la vraie crise. La vraie crise, c’est ce qu’on vous a fait croire pour essayer de justifier les mesures, mais il n’y a pas de vraie crise. Il y a des gens sincères sur les 100 personnes qui sont là avec leurs camions. Il y a de vrais petits entrepreneurs, je parle pas de Maï qui n’est pas rouleur, c’est un mineur, il fait 1,5 milliard de chiffre d’affaires. Maï, il n’a rien à voir avec les rouleurs. Foucher, c’est un rouleur, enfin, quand on a 50 camions, 50 pelles, etc., je ne sais plus si on est vraiment une entreprise de roulage telle qu’on l’entend dans le peuple, non. Mais par contre, il y a des petits rouleurs, de vrais petits rouleurs sur ce parking de la Moselle, qui ont un ou deux camions, qui, le cas échéant, n’ont pas de salarié, ou ont un ou deux salariés. Donc là, je sais qu’il y a des personnes qui sont sincères dans leur démarche, qui suivent leur leader, parce que leur leader leur a dit, on va faire ça, et donc, ils sont derrière, qui font confiance à leur leader et qui, eux, pour un certain nombre d’entre eux, rencontrent des difficultés. Ce que je regrette, c’est que la sincérité d’un certain nombre soit instrumentalisée par ceux qui dirigent et qui ont strictement aucun scrupule.

Journaliste : On a été surpris de la montée en puissance de ce conflit. N’y avait-il pas des signes avant-coureurs, pourquoi les politiques n’ont-ils pas anticipé le ras-le-bol des rouleurs ? Et vous, qui êtes député de la seconde circonscription, vous n’avez rien vu venir ?

Philippe Gomès : Non, mais il n’y a pas de ras-le-bol des rouleurs. En réalité, c’est un putsch des mineurs, ça n’a strictement rien à voir. Donc, les mineurs, sachant qu’ils ne sont pas automatiquement d’une popularité folle, ils envoient le rouleur qui, bien sûr, par définition, un, a des moyens d’actions qui sont des gros camions, qui ont capacité à bloquer la circulation, comme on a pu le constater, et puis deux, qui, par définition, sont plus sympathiques que les mineurs. Donc voilà, c’est une opération de communication d’une part, pour faire avancer leurs revendications, et puis c’est une opération qui développe une capacité de nuisance pour faire aboutir, de la même manière, leurs revendications. Donc, est-ce qu’on l’a vu venir ? Ben oui, de très longue date. Vous savez ce qui est aujourd’hui sur la place, c’est ce que les mineurs demandent depuis maintenant plus d’un an. Depuis plus d’un an, les mineurs ont fait la tournée des institutions, j’ai eu la chance de les recevoir également, pour nous dire, voilà, ce qu’on veut, c’est exporter des latérites en Chine, puisque c’est ça le sujet. Tout le reste, c’est un habillage, ça habille la pauvreté. Le fond, du fond, du fond, c’est ça, exporter en Chine, exporter en Chine. Alors, quand ils sont venus me voir pour me dire ça, je leur ai dit deux choses. La première chose, je leur ai dit, écoutez, on en reparlera tout à l’heure si vous voulez, c’est, à mon sens, pas compatible avec le schéma minier. Bon, ça, c’est une chose. Et puis la deuxième chose, je me suis dit, envoyons ces exportations en Chine, c’est pas compatible non plus avec une gestion durable de la ressource. On n’est pas là pour tout bouffer tout de suite, on n’est pas là juste pour le prochain compte d’exploitation du business, on est là pour notre génération et les générations futures. Donc, il ne faut pas raisonner comme si demain, on allait partir de l’île en laissant des trous partout dans nos montagnes et en laissant, le cas échéant, nos petits-enfants regarder les trous que les anciens ont laissés, comme ça a été le cas à Nauru, par exemple, où toute la richesse a été dilapidée par une génération, et aujourd’hui, l’île se trouve fort démunie, et sa population notamment. Donc, c’était pas compatible avec ça, mais je leur ai dit, peut- être que ce n’est pas compatible avec le schéma minier, c’est pas compatible avec une gestion durable de la ressource, mais par contre, peut-être, ça va créer de l’emploi. Vous voyez, c’est ce que j’ai essayé de raisonner pour dire, est-ce qu’on peut trouver un intérêt à ces exportations chinoises. Et là, ils m’ont dit, ah non, non, ça ne va pas créer de l’emploi, on va, dans le meilleur des cas, sur l’ensemble des centres miniers, si on exporte un million de tonnes, c’était le chiffre à l’époque de latérites sur la Chine, ça va créer 60 à 80 emplois, au grand maximum. Donc, en réalité, ces exportations chinoises, elles ont pas vocation non plus à créer de l’emploi parce qu’ils vont simplement augmenter les cadences qui sont aujourd’hui celles de leurs entreprises pour satisfaire ces marchés nouveaux, s’ils étaient accordés. Donc, ils ont fait le tour des institutions dans le cadre des procédures normales, ils ont déposé leurs dossiers dans le cadre des procédures normales, et ils se sont vu opposer des fins de non recevoir, pour toute une série de raisons sur lesquelles je reviendrai, le cas échéant. Et à partir de ce moment-là, c’est là où ils ont décidé, puisque nous, on n’arrive pas dans un cadre légal, on va faire un putsch, on va faire un coup de force et envoyer les rouleurs. Vous savez, les rouleurs, ils les font travailler. Donc, quand vous dites, ben voilà, les institutions, elles nous affament, si on exportait sur la Chine, on peut te faire travailler, mais comme on n’exporte pas, ben, on ne peut pas te faire travailler, tout ça, c’est à cause de ces cons de politiques, alors vas-y, il faut que tu ailles avec ton camion pour sauver ton emploi, et puis notre entreprise, quoi. Eh bien, à partir de ce moment-là, moi, je suis rouleur, j’aurai été à la place d’un certain nombre de rouleurs, que Ballande, que la SLN, ou que Montagnat fait travailler, ben, j’aurais été probablement aussi sur le parking de la Moselle, parce que, si j’avais été sincère, avec mes traites, mon camion, la nécessité de nourrir ma famille, et que mon patron me dit, « je ne vais plus pouvoir te payer, mon pauvre vieux, tes traites, tu vas te les payer tout seul, tout ça, c’est à cause des institutions ». Ben oui, à partir de ce moment-là, je suis remonté contre les institutions et je participe à la mobilisation. Donc oui, de longue date, on voit l’affaire s’organiser, et aujourd’hui, elle est dans la rue.

Journaliste : Donc, c’était prévisible.

Philippe Gomès : Ah ben, c’était plus que prévu, sauf que franchement, moi, je pensais que les mineurs calédoniens, et notamment la SLN, les petits mineurs aussi, allaient faire preuve de davantage de responsabilités à l’égard du pays et de sens de l’intérêt général, ils ont fait preuve, ni de l’un, ni de l’autre.

Journaliste : À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Pourquoi le gouvernement n’accorde-t-il pas cette dérogation qui serait, qui plus est, limitée dans le temps ?

Philippe Gomès : Oui, ça j’aime bien, parce que c’est vraiment la tarte à la crème que tout le monde reprend partout. Donc maintenant, il n’y en a pas un qui nous dit pas, oui, mais alors, pour sortir du conflit, on n’a qu’à autoriser un petit peu les exportations sur la Chine, mais alors pas beaucoup et sur une durée limitée. Alors ça, c’est formidable.

Journaliste : C’est une vraie question, répondez !

Philippe Gomès : Je vais répondre, et dans le détail.

Journaliste : 18 mois proposés un million de tonnes.

Philippe Gomès : Un, qu’est-ce qui est demandé ? Ce qui est demandé sur la Chine, c’est 2 millions de tonnes.

Journaliste : Les mineurs me confirment un million de tonnes, je vous le dis.

Philippe Gomès : Non mais moi, je vous le dis, les mineurs, ils mentent. Mensonge des mineurs, et je peux vous faire la liste, c’est pas le syndicat des mineurs, c’est le syndicat des menteurs. Mensonge des mineurs. Il y a 2 millions de tonnes qui sont déposées sur le bureau de la Dimenc et qui sont en cours d’instruction, et qui concernent toutes les sociétés minières, qu’il s’agisse de Ballande, qu’il s’agisse de Montagnat, qu’il s’agisse de Maï, ou qu’il s’agisse de la SLN, ou qu’il s’agisse de Gémini. Toutes les sociétés minières sont concernées, il y a 2 millions de tonnes qui ont été déposées. Peut-être, 2 millions de tonnes, ça ne veut rien dire pour les auditeurs, donc, il faut comparer ça à quelque chose. Quel est le volume exporté actuellement par les petits mineurs ? C’est 3,4 millions de tonnes, tout compris, à destination de l’Australie, comme à destination du Japon. Donc, vous rajoutez 2 millions de tonnes aux 3,4 millions qui sont déjà exportées. Donc, ce que je veux dire, c’est que c’est une demande très significative, c’est pas une petite quantité, etc. Ça n’a rien à voir avec la petite quantité, c’est une très importante quantité. 2 millions de tonnes, c’est plus que ce qu’on exporte sur le Japon. Vous vous rendez compte ? Aujourd’hui, on exporte 1,7 million de tonnes sur le Japon, et ce qui nous est proposé, c’est d’exporter 2 millions de tonnes, ça veut dire encore plus que ce qui est exporté sur le Japon, qui est un client traditionnel de la Nouvelle-Calédonie depuis 65 ans. Donc, c’est pas une mince affaire. Ensuite, mon cher Ali, imaginez qu’on autorise 1 ou 2 millions de tonnes sur la Chine, pour une durée limitée. Et puis dans 18 mois, Ali, qu’est-ce qu’on va nous dire ? Vous voulez que je vous la raconte, ce qu’on va nous dire ? C’est hyper simple, ben alors, comment on va faire, les emplois qui ont été créés, et les rouleurs qui roulaient pour la Chine ? Si vous arrêtez la Chine, ils ne vont plus rouler. Cette affaire de 18 mois et de quantité limitée, c’est juste une manière de mettre le pied dans la porte, organiser le flux, créer le flux à destination de la Chine. Et ensuite, on fera le chantage aux roulages et à l’emploi pour que le flux soit maintenu, et le cas échéant, amplifié. Donc, voilà pourquoi la question d’une quantité limitée sur une durée limitée, c’est une vaste fumisterie, c’est la volonté de forcer la porte sur le sujet, a fortiori, parce que leurs demandes, elles ne sont pas d’une quantité limitée, mais de 2 millions de tonnes.

Journaliste : Environ 700 mille tonnes de minerais ont déjà été exportées par la NMC, filiale de la SMSP, vers la Chine en 2011, donc, déjà un précédent qui n’a pas mis à mal, on le sait, l’économie du pays en général, et la situation des rouleurs en particulier. Vous répondez quoi ?

Philippe Gomès : Je réponds que votre information est incomplète, parce qu’il y a 70 mille tonnes qui ont été exportées par la SMSP et à peu près la même chose, ou un peu plus, qui a été exportée par Maï. Donc, c’est pas…, non, parce qu’on dit SMSP, donc, j’ai compris, c’est pour dire, ah, on a donné à Dang, on ne donne pas aux autres. Vous voyez, l’information, autre mensonge qu’ils délivrent. Non, il y a eu effectivement deux bateaux, qu’on appelle des bateaux tests, qui sont partis, l’un à la demande de la SMSP, l’autre à la demande de Maï. Vous comprenez bien qu’un bateau test à 70 mille tonnes, sur un total de 5,4 millions de tonnes exportées, ça reste qu’un bateau test qui a été fait à un moment donné de l’histoire, ça n’a rien à voir avec 2 millions de tonnes supplémentaires, c’est-à-dire, avec 70 mille tonnes, on ne crée pas un courant d’affaires à destination de la Chine. On teste, le cas échéant, une qualité de minerai, et en l’espèce pour la SMSP, vous savez très bien que ça a été fait dans le cadre du dossier qu’ils ont engagé pour réaliser, là-bas, en partenariat avec un actionnaire chinois, une usine de production de métal. Donc, il n’y a pas eu aujourd’hui, exception faite de ces deux bateaux tests, un pour Maï, un pour la SMSP, d’exportations chinoises, et ça a été, pour le coup, là, extrêmement limité, 70 mille tonnes par rapport aux 5,4 millions de tonnes.

Journaliste : Oui, mais ça crée un précédent, c’est ça, l’idée !

Philippe Gomès : Ah non, le précédent, il eut été créé si on avait décidé de créer un courant d’affaires. Personne n’a décidé de créer un courant d’affaires. On peut, demain, faire un bateau test sur une autre destination, il n’y aura pas mort d’homme. Ce qu’il faut bien comprendre, il faut aller à la base parce que toutes les questions, là, elles sont très intéressantes, mais le fond du fond, c’est quoi ? Le fond du fond, c’est qu’on a un schéma minier, et que le schéma minier, adopté à l’unanimité, proposé par le gouvernement Martin, avec les voix des républicains, d’accord, le schéma minier, il dit quoi ? Il dit d’abord, premier principe, on privilégie la transformation locale. C’est ça qu’il dit. Et pourquoi on privilégie la transformation locale, l’usine du Nord, celle du Sud, la SLN ? Parce que le minerai transformé localement, il laisse deux à trois fois plus de valeur ajoutée que le minerai exporté. C’est-à-dire, en clair, on crée deux fois plus d’activités et d’emplois quand on transforme localement le minerai, que quand on l’exporte brut. Donc, voilà pourquoi le schéma minier, comme dans tous les pays développés de la planète, tous les pays qui se développent, bien évidemment, ils exportent plus leur minerai brut, ils le transforment sur place. Donc, voilà pourquoi le schéma minier privilégie cet axe de valorisation de la ressource. Mais le schéma minier dit aussi, on va continuer les exportations de minerai brut. Il le dit le schéma minier, mais il pose trois conditions, pas une, trois. Première condition : on maintient. Pas on réduit, pas on développe, on maintient, la langue française, c’est 72 mille mots, c’est pas par hasard. Maintenir, c’est pas réduire, ou ni développer. On maintient les courants d’exportations actuelles à destination des clients traditionnels, nous dit le schéma minier. Clients traditionnels, c’est l’Australie depuis 28 ans, QNI, et le Japon depuis 65 ans. Enfin, nous dit le schéma minier, avec des volumes sensiblement équivalents. Vous voyez, c’est très cadré. Donc, le schéma minier, il ne fait pas des exportations, un axe de mise en valeur des ressources minières. L’axe, c’est l’optimisation des retombés locales, et donc, c’est la valorisation locale. Mais il dit, par contre, étant donné qu’il y a une tradition, et qu’il y a des flux d’affaires, et qu’il y a des centres miniers qui travaillent pour l’exportation, on va les maintenir, un, à destination des clients traditionnels, deux, pour des volumes sensiblement équivalents, trois. Et qu’est-ce qu’on a fait depuis 2009, quand on regarde ? Est-ce qu’on a réduit les exportations ? Pas du tout. On est passés entre 2009 et 2014 d’un peu plus de 3,7 millions de tonnes à 5,4 millions de tonnes d’exportations. On a même déjà été au-delà du schéma minier. C’est-à-dire, quand le schéma minier dit, volumes sensiblement équivalents, nous, on a autorisé plus. Par exemple, sur le Japon, on exportait 600 mille tonnes en 2009, et aujourd’hui, on en exporte 1,7 million. On a quasiment multiplié par trois. Sur l’Australie, c’est un peu près resté au même niveau. Donc, le schéma minier actuel, il ne prévoit pas une possibilité de développer les exportations et d’initier de nouveaux marchés. Donc, quand on dit, la Chine, parce qu’il n’y a pas que la Chine, Ali, ils ont déposé 2 millions sur la Chine, les mineurs, mais ils oublient de dire qu’ils ont déposé 1,4 million sur le Japon, en même temps. Les demandes qui sont déposées, c’est aussi 1,4 million sur le Japon, dont 1 million pour la SLN. C’est-à-dire que si on accorde aux petits mineurs et à la SLN ce qu’ils demandent aujourd’hui, 2 millions sur la Chine, et 1,4 million sur le Japon, on double le volume d’exportations des petits mineurs qui, aujourd’hui, est de 3,4 millions. Aux 3,4 millions des petits mineurs et de la SLN actuelle, on rajoute 3,4 supplémentaires. Je mets à part la SMSP qui exporte aujourd’hui aux alentours de 1,8 million de tonnes pour son usine de Corée, parce que ce sont des exportations qui sont transformées dans une usine off-shore. Donc, c’est pas un détail avec une petite quantité limitée dans le temps qu’on va régler, comme dans une épicerie chinoise, le conflit en cours, non. On réunit le Congrès, c’est le Congrès qui a délibéré, c’est lui qui est compétent, c’est la loi organique qui le prévoit. Le schéma est prévu par la loi organique, on réunit le Congrès. Et si on révise…

Journaliste : Quand ?

Philippe Gomès : Quand le président voudra bien le réunir. Calédonie ensemble a déposé une résolution, ça fait 10 jours qu’on demande une réunion publique du Congrès. Une réunion de bureau a eu lieu, les partis politiques qui se sont exprimés là-dessus sont, de manière générale, pas très chauds pour cette réunion, il faut le reconnaître, qu’il s’agisse de l’UC, qu’il s’agisse du Palika. Nous, on dit, on n’a rien à gagner à rester dans l’ombre dans cette affaire. Mettons tous les éléments du débat sur la place publique. Arrêtons les manipulations auxquelles un certain nombre se livrent et débattons au Congrès du sujet. Et s’il y a une volonté de réviser le schéma minier, pourquoi pas. Moi, je dis, pourquoi pas ? Vous savez, un schéma de développement économique, a fortiori dans un monde mouvant comme le nôtre, il faut qu’il soit régulièrement révisé pour prendre en compte les évolutions des situations locales, ou internationales.

Journaliste : Oui, ça s’appelle le bon sens.

Philippe Gomès : Voilà, ça s’appelle le bon sens, donc, révisons-le. Et s’il y a une majorité pour dire, oui, on va exporter plus, oui, on a le droit d’exporter plus sur le Japon, oui, il faut ouvrir des nouveaux marchés sur la Chine, eh ben, le schéma minier sera à réviser, et puis à partir de ce moment-là ,les petits mineurs auront gain de cause sur leurs demandes. Mais, en l’état actuel des choses, c’est non, parce que le schéma minier ne le prévoit pas. C’est pas Calédonie ensemble qui est à l’origine du schéma minier, c’est le gouvernement Martin. Donc, nous, on fait simplement que respecter ce qui est, aujourd’hui, la règle d’Airain en matière d’exportations minières.

Journaliste : Quelques mots sur le fonds nickel, à quoi sert-il ?

Philippe Gomès : Il a été créé à la suite d’un très grand conflit qui, justement, conduisait les rouleurs à ne plus avoir de travail. Parce qu’il y avait une vraie crise, et donc, ils n’avaient plus de boulot, et donc, ils se sont mobilisés pour avoir du boulot. C’est à ce moment-là qu’a été décidée la création du fonds nickel. L’objectif du fonds nickel, c’est d’aider les rouleurs, et de manière générale les sous-traitants du secteur minier, à passer un cap, lorsque l’on est en situation de crise. Ça a été fait pour ça. Qu’est-ce que dépense le fonds nickel chaque année ? Aux alentours de 500 millions, par an. À quoi sont affectées ses dépenses ? Principalement à la réhabilitation des sites miniers, ou des mines orphelines. Aujourd’hui, ce fonds nickel a dans ses caisses 2 milliards de francs CFP, vous entendez Ali ? Pas 500 francs…, j’ai vu Max Foucher qui disait, dans les Nouvelles Calédoniennes, non, c’est quelques piécettes, de manière un peu méprisante. Quelques piécettes, peut-être, pour lui, eu égard à son niveau de chiffre d’affaires et de matériels. Mais, je pense que pour beaucoup de petits rouleurs qui ont un, deux, ou trois camions, les petites piécettes, ils seraient contents de les avoir pour pouvoir payer leurs traites et assumer les revenus de leurs familles. Donc, le fonds nickel, 2 milliards de francs CFP qui sont susceptibles d’être injectés tout de suite dans le secteur minier, notamment sur la côte Est, pour faire en sorte que ceux qui roulent moins puissent continuer à rouler. Le fonds nickel, il prévoit différentes modalités d’interventions. Il peut prendre en charge, le fonds nickel, les cotisations sociales, si on n’arrive plus à les payer, étant donné qu’il y ait une baisse d’activité. On peut donner du travail à ceux qui ont plus de roulage sur mine pour réhabiliter des sites miniers. Et il y a d’autres possibilités d’intervention, et le cas échéant, on peut réviser l’objet du fonds nickel pour lui permettre d’aller plus loin dans ses capacités d’interventions. Donc, s’il y a un vrai problème, une vraie crise, le fonds nickel est là. Sauf que vous aurez remarqué que personne ne demande son intervention. C’est curieux non ? S’il y a une vraie crise et qu’on a créé un outil, il y a 15 ans de ça, pour aider les entreprises à traverser cette crise et on ne demande pas l’intervention de ce fonds. J’ai entendu le président du syndicat des exploitants miniers qui disait, oui, mais, le fonds nickel, c’est de l’argent public. Ah ben, quel souci de l’argent public l’honore. Quand il a envoyé les rouleurs tout péter en ville, j’ai pas vu qu’il avait le souci de l’argent public, là. Mais, enfin, là, c’était autre chose. Par quoi est alimenté le fonds nickel ? Le fonds nickel est alimenté par ce qu’on appelle la redevance superficiaire, c’est-à-dire la redevance que payent les mineurs sur les concessions qui leurs sont attribuées. C’est un système très vertueux. Les mineurs payent cette redevance, elle alimente le fonds nickel et le fonds nickel est là pour intervenir en cas de crise. Donc, s’il y a une vraie problématique, à partir de ce moment-là, c’est le fonds nickel qui doit intervenir, il a été fait pour ça, construit pour ça, à l’initiative des rouleurs et des entreprises sous-traitantes de l’industrie minière.

Journaliste : Vous avez annoncé le maintien des volumes d’exportations pour l’année 2015, qui seraient identiques à ceux de 2014. Qu’est-ce qui vous permet de l’affirmer ?

Philippe Gomès : C’est simple, vous savez, quand un bateau part, il faut que vous sachiez qu’en Nouvelle-Calédonie, la direction des mines et de l’énergie tient les statistiques de la direction qu’il prend parce que le bateau, pour partir, et exporter du minerai brut, il a dû obtenir quelques chose qui s’appelle une autorisation d’exportation. S’il n’y a pas d’autorisation d’exportation, comme c’est du minerai brut, ça ne peut pas partir. Donc, on sait dans le détail quelle destination, quelle teneur, quel tonnage, quelle société. Eh bien, quand on prend les exportations, parce que j’ai vu les larmes de crocodile qui coulaient sur les joues des mineurs, quand on prend les exportations, on a eu le plus haut niveau, écoutez bien Ali, d’exportations de minerai brut depuis 1997. En 2014, l’année 2014, a été l’année la plus élevée en tonnage exporté de minerai brut sur les différentes destinations. 5,4 millions de tonnes. Il faut remonter à 1997 pour retrouver un tonnage de cette importance. Je dirais que l’activité exportatrice de minerai, elle est florissante. Vous pourriez me dire, Ali, oui, mais là, Philippe Gomès, vous me parlez du tonnage, mais quel prix, parce que peut-être, ils ont exporté autant, mais à un prix où ils ont perdu de l’argent, ces pauvres mineurs. Ben, pas du tout, Ali, pas de chance non plus, pas de chance pour eux. 2014, 24 milliards de francs CFP de chiffre d’affaires à l’export, exception faite de l’année 2006-2007, où il y a eu cette explosion des cours qui nous a conduits à tutoyer les étoiles pendant ces deux années d’exception dans la conjoncture nickel. si on enlève ces deux années d’exception hors norme, depuis 1997, ils n’ont pas fait, à l’export, un chiffre d’affaires aussi élevé, 24 milliards CFP. Donc, 2014, année pour les petits mineurs, et la SLN, la plus élevée en termes de tonnages exportés depuis 20 ans, et le chiffre d’affaires le plus élevé depuis 20 ans, exception faite de 2006 et 2007. Alors là, Ali, vous pourriez me dire, vous faites les questions et réponses, eh bien, c’est pour éclairer les auditeurs. Oui, mais en 2015, Philippe Gomès, ils sont en tain de se bourrer la gueule. En 2015, les pauvres, c’est pour ça.

Journaliste : J’allais vous le dire.

Philippe Gomès : Ben, pas de chance, Ali, pas de chance. Le volume exporté sur le premier semestre 2015 est exactement le même que le volume exporté sur le premier semestre 2014. Donc, ils ont fait la meilleure année en 2014, et sur 2015, on est toujours dans la même dynamique. Il n’y a qu’une seule chose qui change, c’est que sur le premier semestre 2015, on exporte moins de latérites, à peu près 500 mille tonnes en moins, et plus de garniérites à destination de la Corée, à peu près 500 mille tonnes en plus, ce qui fait que le tonnage global est équilibré, même si c’est pas les mêmes destinations et le même minerai. Dernière chose, on pourrait dire oui, mais alors, là, en 2015, il y a une crise terrible pour eux, ils exportent le même tonnage, mais les prix ont baissé. Ah ben, pas de chance non plus, Ali, pas de chance. Je vous conseille, non pas de prendre des déclarations de mineurs, qui sont un tissu de mensonges, d’aller prendre le bulletin de l’ISEE. Il n’y a rien de plus officiel, l’ISEE, il n’est pas à la solde de Calédonie ensemble. L’ISEE, c’est un organisme statistique qui, comme à l’échelle nationale, œuvre à l’échelle locale pour donner un certain nombre d’éléments d’appréciations aux Calédoniens. Qu’est-ce qu’il nous dit, l’ISEE, sur le premier trimestre 2015, parce qu’on n’est pas encore avec les chiffres du deuxième trimestre 2015 ? Il dit, le secteur minier, plus 200 emplois. C’est le seul secteur qui crée de l’emploi aujourd’hui en Nouvelle-Calédonie. Premier trimestre 2015, plus 200 emplois dans le secteur minier, de manière générale. Et en ce qui concerne le chiffre d’affaires des exportations effectuées, plus 50 %, c’est-à-dire qu’ils ont exporté le même tonnage, mais le chiffre d’affaires est encore meilleur que ce qu’il était l’année précédente. Pourquoi on est dans cette situation ? C’est simple, il suffit de lire le dernier Nickel NC, du dernier trimestre, juin-juillet-août 2015, je conseille sa lecture à tous les Calédoniens qui veulent éviter de se faire gruger sur l’histoire de la mine, parce que là, c’est les mineurs qui parlent. Vous avez l’interview de Ballande, vous avez l’interview de Maï, vous avez l’interview de Jérôme Fabre, le directeur de la SLN, l’interview de Gravelat, pour Montagnat. Ils disent, vous savez ce qu’ils disent sur le Japon, la pépite japonaise. Désormais, on exporte sur le Japon grâce aux nouvelles négociations qui ont été menées dans lequel leur talent n’a pas grand chose à voir. Les prix sont meilleurs pour une simple et unique raison, il y a eu le ban indonésien, vous savez, l’Indonésie qui exportait son minerai, qui a décidé du jour au lendemain de ne plus l’exporter à destination de la Chine. L’Indonésie exportait 63 millions de tonnes de nickel. Donc, vous imaginez, du jour au lendemain, elle arrête, il ne reste plus que deux pays sur la planète qui exportent du nickel, les Philippines et la Calédonie. Donc, conclusion, le minerai devenant rare, bien évidemment, les Japonais, ils ont dû faire des efforts substantiels en termes de partage de marges pour continuer à avoir du minerai calédonien. Donc, voilà pourquoi aujourd’hui, les exportations sur le Japon sont des exportations plus lucratives qu’elles ne l’étaient. Donc, quelle crise ?

Journaliste : Vous nous dressez un tableau florissant de la situation !

Philippe Gomès : Ah ben oui, le tableau est florissant, sauf sur un point, et c’est pour ça qu’il y a un certain nombre de rouleurs qui ont des difficultés, et ça, c’est un point vrai. C’est pas un mensonge, un habillage, c’est un point vrai. C’est qu’on exporte moins de latérites sur l’Australie, sur ce premier semestre. J’ai dit, 500 mille tonnes au lieu d’un million de tonnes. Et donc, notamment sur la côte Est, un certain nombre de centres miniers sont impactés et que, oui, il y a des rouleurs qui roulent moins de latérites sur la côte Est. Si on doit dire, il y a une crise, on doit dire les termes de la crise sont moins de rouleurs, roulent moins de latérites sur la côte Est. C’est la seule crise qui puisse exister pour un certain nombre de petites entreprises, qui n’est pas une crise des mineurs qui, eux, continuent à avoir une activité soutenue, c’est une crise de certains rouleurs. Pourquoi ? Parce que les mineurs n’ont pas renouvelé leurs contrats avec QNI. Depuis 28 ans, les mineurs contractent en moyenne aux alentours de 2 millions de tonnes avec QNI. La majeure partie d’entre eux, c’est-à-dire sauf Maï, ils ont tous des prix planchés aujourd’hui à 28 dollars la tonne, qui s’applique parce que c’est des anciens clients. Donc, ce sont de prix d’ailleurs supérieurs au marché, et comme vous le savez, le marché est extrêmement déprimé, on est à 10300 dollars la tonne et à 4,6 dollars la livre au LME. Donc, c’est un marché hyper déprimé qui est celui aujourd’hui du nickel. Mais QNI avait quand même proposé le renouvellement de ses contrats, et c’est les mineurs qui, volontairement, n’ont pas renouvelé les contrats avec QNI, d’ailleurs pas en totalité, ils ont renouvelé qu’en partie, parce que très probablement que le fait de renouveler en partie était un élément de leurs stratégie pour dire, ben voilà, on n’a plus de minerai à envoyer sur l’Australie, il faut nous autoriser la Chine. C’est un élément de la stratégie pour faire le coup de force en ce qui concerne la Chine. Sauf, pas de chance, QNI a envoyé une lettre, à la demande du président du gouvernement, Philippe Germain, qui a démarché personnellement pour savoir ce qu’il en était parce que, vous savez, il faut se méfier de ce que racontent les gens. Donc, savoir ce qu’il en était, et QNI a fait une lettre disant qu’il était ok pour maintenir les mêmes conditions, les mêmes volumes jusqu’à 3 millions de tonnes. Donc aujourd’hui, il y a un acheteur des latérites calédoniennes de la côte Est qui, depuis 28 ans, les achètent, qui s’appelle QNI et qui est ok pour reconduire les mêmes volumes, aux mêmes conditions, et aux mêmes tarifs. Donc, oui, il y a une crise ponctuelle, oui elle a été organisée pour une large part par les mineurs, et oui, il y a une modalité de réponse à cette crise, c’est soit passer les contrats avec QNI, ou soit faire intervenir le fonds nickel, ou les deux mon capitaine. Donc oui, le problème est identifié, et oui, il peut être réglé, et surement pas par des exportations chinoises pour toutes les raisons que je vous ai indiquées au fur et à mesure de vos questions.

Journaliste : On continue, merci de me laisser la parole. Daniel Goa, le président de l’UC, vient d’être sollicité par les rouleurs pour être le médiateur de ce conflit, c’est une bonne idée ?

Philippe Gomès : Je ne sais pas si c’est une bonne idée, mais, c’est courageux de la part de Daniel Goa. Moi, je dois dire que je suis impressionné par la carrure du nouveau président de l’UC. Il entre dans un conflit dont il connaît parfaitement les tenants et les aboutissants, parce que, Daniel Goa, tout ce que je viens de vous dire, il le sait. Il est pas né de la dernière pluie, il sait toutes les manipulations qui se trament, là, derrière. Mais, il le fait, et je le comprends, c’est parce qu’au sein de l’UC, ils sont partagés. Si vous voulez, à l’UC, aujourd’hui, il y a deux branches. Une branche business, qui roule sur mine, et donc, qui a perdu, peut-être, quelques fondamentaux en termes de mise en valeur des ressources minières, qui est plutôt dans la mise en valeur de son portefeuille, et puis, une autre branche qui, elle, est restée sur la nécessité d’avoir une mise en valeur de nos ressources qui corresponde davantage à la possibilité pour notre pays d’être autonome économiquement. Et plus, on valorise localement, plus on sera autonome économiquement, plus on exporte le minerai brut, plus on et un pays sous-développé. Et donc, il a décidé de s’investir dans le dossier, à mon avis, à ce niveau-là, parce qu’au sein même de son parti deux lignes se dessinent. Même s’il semble que la ligne « respect de la doctrine nickel » soit quand même la plus forte et la plus majoritaire, on a bien vu la force de la mobilisation dans le Nord, l’autre ligne étant plutôt une ligne représentée dans le Sud. Donc, ça, c’est la première raison, à mon avis, pour laquelle il est intervenu. La deuxième raison, et je trouve qu’elle est vraiment digne d’intérêt et de considération, c’est qu’il a dit, « je souhaite pas qu’une partie de nos populations s’opposent à une autre ». C’est vrai qu’on était parti là-dessus. C’est vrai que les rouleurs après avoir bloqué les institutions et pris en otage les institutions, pris en otage la population dans tout le pays, c’est vrai qu’ils ont fini par avoir une réponse. Parce qu’au bout d’un moment, 15 jours, ben, oui, les indépendantistes dans le Nord ont décidé d’agir et je trouve qu’ils ont agi, là aussi, je tiens à le dire, de manière très responsable. S’ils avaient été aussi irresponsables que les Foucher, Maï & co, avec les mineurs, ben, je ne sais pas où on en serait. On serait, peut-être, partis sur un blocage sur mine pour des mois jusqu’à ce qu’il y ait un certain nombre de heurts et d’affrontements. Non, ils ont été hyper responsables, contrairement aux autres, et ils ont dit, bon, on bloque une journée. C’est un signal qu’on donne, c’est un avertissement. Vous pouvez pas faire un putsch contre les institutions. Ce sont les institutions qui décident de la politique du pays, y compris en manière minière et métallurgique, ce sont pas les petits mineurs. C’est ça. En réalité, c’est une révolution culturelle à laquelle on est en train d’assister et qui dit pas son nom. Les institutions sont légitimes pour décider de la politique minière et métallurgique et pas les petits mineurs. Pourquoi, pas les petits mineurs ? Pour une simple raison, c’est que les mines, elles leur appartiennent pas. Les mines n’appartiennent pas aux petits mineurs. Les mines n’appartiennent, ni à la SLN, ni à Montagnat, ni à Ballande, ni à Dang. Les mines, elles appartiennent au pays, elles appartiennent à tous les Calédoniens et elles leur appartiennent pour aujourd’hui et pour la génération future. Et donc, voilà pourquoi, c’est pas les petits mineurs d’aujourd’hui qui vont décider de la politique minière et métallurgique, ce sont les institutions qui doivent en décider. Et les mineurs doivent inscrire leur action dans le cadre qui a été fixé par les institutions, et le cadre actuel, c’est le schéma minier. Je finis sur Daniel Goa. Je dis ça parce que les auditeurs voient pas, mais vous essayez de m’interrompre, là, donc, je vous comprends, mais…

Journaliste : Ah carrément, oui.

Philippe Gomès : Oui, haha, et je finis sur Daniel Goa, donc, je trouve que c’est très courageux le travail qu’il a engagé, j’espère qu’il arrivera à rendre raison à ceux qui ont pénalisé les Calédoniens comme ils l’ont fait, à ceux qui ont brutalisé, vous savez, un certain nombre de personnes lors des barrages, à ceux qui ont aussi un mort sur la conscience, parce que le jeune homme qui a perdu la vie, il aurait pas perdu la vie s’il y avait pas un camion au milieu de la route, quoi qu’on raconte. Et donc, j’espère, oui, qu’il va réussir à leur faire rendre raison et que le protocole d’accord qui avait été préparé par le gouvernement, avec les mineurs, sera signé et qu’on passera à une autre étape, c’est-à-dire, non plus qu’ils essayent de faire évoluer les mineurs et les rouleurs, la politique à coup de force, à coup de blocages, d’intimidations, de menaces, d’insultes et de diffamations. Ça, c’est la Calédonie d’avant. Elle est terminée, ils ont pas compris ça, elle est terminée cette Calédonie-là. Mais, qu’ils fassent évoluer le schéma minier par la concertation, par le travail, par une co- élaboration entre les institutions et eux. Ça, c’est la Calédonie d’aujourd’hui et de demain. C’est-à-dire, celle qui respecte la position de chacun et qui essaye de travailler ensemble.

Journaliste : Votre scénario de sortie de cette crise ?

Philippe Gomès : Ah ben, le scénario de sortie, pour moi, il est extrêmement simple. Est-ce que vous voulez que je vous dise le huitième point de monsieur Maï ? Vous avez vu, à la télé, il a eu un truc extrêmement mystérieux en disant, il y a un huitième point qu’on rajoute. Je vais vous le dire tout de suite, le huitième point, c’est celui que les mineurs proposent, depuis plus d’un an. Donc, là, une nouvelle fois, les dits rouleurs sont les perroquets des mineurs. Ce huitième point, qu’est-ce que c’est ? C’est taxer les exportations. En clair, ils vont nous dire, ce qu’ils veulent les mineurs, essayer de faire passer, « autorisez-nous à exporter sur la Chine et comme ça, comme on va avoir…, si jamais les cours remontent, de très, très belles marges sur la Chine, ben, vous, vous avez qu’à taxer un tiers, et puis nous, on prend les deux tiers ». Voilà, c’est ça la proposition qui va être faite. Donc, ça n’a rien à voir dans un conflit, vous voyez ce que je veux dire ? C’est pas le conflit qui va décider de la fiscalité applicable au secteur minier et métallurgique, pas plus qu’il va décider si on ouvre, ou pas, un nouveau marché sur la Chine. Donc, le conflit, il va décider ni l’un, ni l’autre, c’est au Congrès et aux provinces qu’il appartient de le faire, en concertation avec la profession. Mais, la profession, elle va pas décider à la place des institutions, c’est les institutions qui doivent décider. Et donc, la sortie du conflit, c’est la signature du protocole tel qu’il a été prévu, avec quand même un article en moins. Parce qu’au départ, dans le protocole, tel qu’il avait été acté, vous savez, il y avait un article qui disait que « toutes les poursuites que le gouvernement pouvaient engager n’allaient pas l’être ». À l’époque, il y avait pas eu de dégradations, on avait eu juste un blocage des institutions et quelques tas de terre devant la province et le gouvernement. Bon, là, on n’en est plus là, donc, j’ai vu que le président du gouvernement, à juste titre, et le vice-président, avaient retiré cet article, et désormais, l’ensemble des collectivités pourront faire les recours qui s’imposent, je pense notamment à la mairie de Nouméa, pour obtenir auprès du syndicat des rouleurs le dédommagement des dégradations qui ont été causées. Et moi, ce que je suggère, c’est que les mineurs subventionnent le syndicat des rouleurs de façon à ce que les rouleurs n’aient pas en plus à payer ça de leur poche, puisqu’ils ont déjà plusieurs semaines où ils ont pas travaillé, si en plus ils doivent payer les dégradations qu’ils ont faites du fait que les mineurs les avaient poussé devant, ça serait quand même un peu fort de café. Donc, voilà la suggestion que je fais aux mineurs pour essayer de sortir un peu la tête haute de ce conflit.

Journaliste : Philippe Gomès, vous vous êtes encore fait des amis, c’est bien.

Philippe Gomès : C’est pas ce que je cherche.

Journaliste : En tout cas, merci. Je rappelle que vous êtes le député de la seconde circonscription et que vous avez micro ouvert à radio Océane. Demain, dans notre édition de là mi-journée, nous aurons le plaisir de recevoir Grégoire Bernut, porte- parole des Républicains.

Philippe Gomès : Un dernier mot, Ali. Vous savez ce que les Républicains disaient, en 2012 sur les exportations sur la Chine ? « Ce serait suicidaire », disaient-ils, Cynthia Ligeard, à l’époque présidente de la province Sud, « que d’exporter notre minerai sur la Chine, ce serait tuer notre industrie locale ». Fermer les guillemets, c’est pour que ça vous serve de première question.
Journaliste : Réponse, demain, avec Grégoire Bernut

Source : Océane fm

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