Accueil ACTUALITÉS Retour du grand chef Atai : Une pierre sur le chemin du destin commun

Retour du grand chef Atai : Une pierre sur le chemin du destin commun

Corinne Voisin

( 19 septembre 2015 )

Chers amis,

En ma qualité de maire de LA FOA, mes collègues maires des communes environnantes m’ont demandé de vous dire aujourd’hui, en leurs noms aussi, un mot à l’occasion de cette cérémonie de commémoration.

Je les remercie pour cette marque de confiance, et en leurs noms et en mon nom, je vous remercie tous de nous avoir associé à cet événement.

Nous commémorons aujourd’hui ensemble le retour dans la région de LA FOA du Chef ATAI.

Commémorer, c’est marquer le souvenir d’une personne, d’un acte ou d’un événement.

Quel souvenir commémorons-nous aujourd’hui ?

Aucun d’entre nous ici n’a, bien sûr, connu ATAI. Mais nous avons tous, je crois, entendu les récits ou lu les écrits qui évoquent les conditions dans lesquelles l’engagement du Grand Chef ATAI l’a amené à périr :

En 1878, ce sont exclusivement des fonctionnaires de l’administration française qui gèrent la colonie de Nouvelle-Calédonie, et la France métropolitaine connait elle-même une crise politique qui conduira dès 1879 à la création d’une nouvelle République, la 3ème du genre ;

Dans la région de LA FOA, les mesures imposées par les Fonctionnaires Français soulèvent la colère : En homme libre, ATAI riposte pour défendre son peuple face à des changements nouveaux venus d’ailleurs, qu’il refuse d’accepter.
Dans cette même région, au même moment, des prisonniers sont condamnés aux travaux forcés : certains y meurent dans d’horribles souffrances, d’autres y seront libérés.

Nous sommes au 19ème siècle, en 1878, et cette histoire finalement récente est, pour les gens d’ici, une histoire commune qu’il n’a jamais été « politiquement correct » de partager.

Cette histoire, douloureuse pour les descendants directs d’ATAI comme pour beaucoup de familles vivant alors dans la région, a incontestablement entrainé des souffrances dont les plaies ne sont toujours pas refermées, ni même cicatrisées…
Cette histoire a été rendue encore plus douloureuse par le fait que lors des disparitions qui n’étaient pas naturelles, les deuils n’étaient pas toujours possibles, parce que les expériences médicales, les guerres tribales ou la gestion de l’administration ne laissaient que peu de place, je crois, au ressenti des femmes et des hommes…

Tout cela, c’était au 19ème siècle, et aujourd’hui, nous sommes au 21ème siècle.

Tout cela, c’est devenu notre PASSE, et ça restera, malgré tout, l’histoire vécue de ceux qui nous ont précédés.
Des malabars et des javanais sont ensuite venus dans cette région de LA FOA, puis des wallisiens, puis d’autres encore…
Tous ensemble, en ayant perdu nos anciens et gagné des forces vives avec notre jeunesse, au fil des générations, nous avons continué de tisser des liens, et de construire la région que l’on connait aujourd’hui.

En tant que citoyenne humaniste, tout simplement, j’ai envie de dire que suis heureuse qu’aujourd’hui, la dépouille du Grand Chef puisse rentrer ici, sereinement, dans le Pays qui l’a vu naître.

En tant que maires, élus du peuple, nous espérons vivement que ce retour donnera aux familles concernées et aux clans, la sérénité que donne le retour d’un être cher disparu ; et l’on connait l’importance et la nécessité du deuil dans la culture Kanak, notamment lorsqu’il s’agit d’un chef ;
Enfin, en tant que maire de LA FOA et membre du comité mémoriel, j’ai envie de dire à tous, j’ai envie de nous rappeler à tous ici et aujourd’hui: « ALLONS DE L’AVANT ENSEMBLE ! », mais ne nous trompons pas dans ce que nous construisons en cette période historique de l’histoire de la Nouvelle-Calédonie.

Parce que chaque action accomplie par les responsables d’AUJOURD’HUI sont des pierres posées pour la construction du Pays de demain, MAIS AUSSI PARCE QUE LE DESTIN COMMUN PARTAGÉ ENTRE TOUS, CE N’EST PAS UNE DESTINATION, C’EST UN CHEMIN.

Ce chemin, des milliers de Calédoniens, Kanaks, caldoches et autres océaniens, l’empruntent depuis longtemps déjà, en partageant ici ce qu’ils ont de plus cher et qui ne se négocie pas : l’ amour du Pays. C’est probablement d’ailleurs, en grande partie, ce même amour du Pays qui a conduit le Grand Chef ATAI a mené le combat qui l’a vu périr. Mais à cette époque, le chemin du destin commun n’était pas encore, je crois, vraiment tracé…

Sur ce chemin du destin commun, aujourd’hui, on assume ici et nous-mêmes les responsabilités (au Gouvernement, au Congrès, aux provinces, au Sénat Coutumier, dans les mairies,…) et on se donne, entre nous, des signes de reconnaissance ;

Sur ce chemin, on doit, courageusement et au grand jour, prendre des initiatives, et les assumer ensemble,
Sur ce chemin, on commémore aujourd’hui notre histoire, comme le fait par exemple chaque année, depuis plus de 20 ans, l’association Marguerite, avec le spectacle de Teremba.

Sur ce chemin, sur ce chemin du destin commun, nous sommes aujourd’hui des hommes et des femmes libres et égaux, avec nos qualités et nos défauts, avec ce que nous ont transmis nos familles, nos mamans, jaunes, noires ou blanches, et nos papas, d’ici ou d’ailleurs ;

Sur ce chemin, nous sommes des milliers à construire chaque jour en Nouvelle Calédonie une « terre de parole et de partage » qui nous rassemble et nous héberge tous en son sein,

Alors, je le répète :
Allons de l’avant ! Prenons nos responsabilités, ouvrons nos esprits, ouvrons nos cœurs, et assumons ensemble, en respectant tout le monde, l’histoire vécue par nos pères dont le Grand Chef ATAI fait partie. N’oublions jamais, aussi, ceux dont nous ne parlons pas mais qui ont péri, massacrés ou usés par l’isolement, le travail de la terre ou les travaux forcés.

Pour eux, ceux d’hier et ceux qui nous suivent, poursuivons ensemble sur ce même chemin.

N’abdiquons jamais sur la droite voie que d’autres ont tracé avant nous, parfois au péril de leur vie, pour l’avenir serein que méritent aujourd’hui tous les enfants du Pays.

C’est dans cet esprit que nous, maires des communes de FARINO, SARRAMEA, LA FOA et MOINDOU, sommes là aujourd’hui, et qu’ensemble, nous continuerons, aux côtés des autres membres du comité mémoriel, à travailler ensemble.

Merci à tous.

À voir aussi :

LesEchos : En Nouvelle-Calédonie, le sort de l’usine de Vale en suspens

( 17 août 2017 ) Le devenir de l’usine métallurgique du géant brésilien ne tient plus qu’à…