Accueil VU SUR LE WEB A Nouméa François Fillon se confronte aux divisions politiques calédoniennes

A Nouméa François Fillon se confronte aux divisions politiques calédoniennes

François Fillon
( 19 juillet 2010 ) A Nouméa, François Fillon a assisté, samedi 17 juillet, à la première levée officielle côte à côte du drapeau bleu, blanc rouge et du drapeau des indépendantistes kanak. Cette cérémonie, sobre et sans liesse populaire, s’est déroulée au haut-commissariat de la République, lieu symbole de l’appartenance de la Nouvelle-Calédonie à la France où réside le représentant de l’État.

En présence des autorités locales et de quelques poignées d’anonymes, François Fillon, arrivé du Japon, a été accueilli au son des toutoutes kanak – grosses conques – et par des danses traditionnelles. Des enfants ont ensuite hissé les deux étendards, destinés désormais à flotter sur tous les édifices publics, illustrant, comme l’a souligné le député UMP Pierre Frogier, « les deux légitimités »   de cet archipel, dont la France a pris possession en 1853. « C’est toute une histoire, c’est une acceptation partagée » , a confié Charles Pidjot, président de l’Union calédonienne, membre du mouvement indépendantiste FLNKS (Front de libération nationale kanak socialiste).

Cette cérémonie symbolique intervient douze ans après la signature entre l’État, la droite non-indépendantiste et les indépendantistes de l’Accord de Nouméa. Ce texte fondateur, constitutionnalisé et approuvé par référendum par 72 % des Calédoniens, organise la décolonisation par étapes de l’archipel où Kanak et Calédoniens de souche européenne se sont déchirés dans les années 1980.

Avant un référendum d’autodétermination entre 2014 et 2018, les élus locaux font l’apprentissage d’une autonomie qui s’accroit au fil des années. Au terme de l’Accord de Nouméa, la France ne devrait plus exercer sur le Caillou que les pouvoirs régaliens.

« UN DRAPEAU QUI RASSEMBLE PAS DEUX QUI DIVISENT »

Pour marquer sa singularité, la Nouvelle-Calédonie doit se doter de signes identitaires reflétant « l’identité kanak et le futur partagé entre tous » dont un hymne, une devise, un drapeau et un nouveau nom de pays. Sensibles, ces sujets se sont embourbés, se heurtant le plus souvent à la frilosité de la droite.

Aussi, alors que le débat était en jachère, la proposition inattendue de M. Frogier d’accepter le drapeau kanak n’a pas emporté une adhésion unanime. « Je suis là parce-que je suis président du Gouvernement, mais le cœur n’y est pas. Moi, je veux un drapeau calédonien qui rassemble pas deux drapeaux qui divisent », a asséné Philippe Gomès (Calédonie ensemble, droite).

Président de la province Nord et figure du mouvement indépendantiste, Paul Néaoutyine a carrément boudé la cérémonie au Haut-commissariat, ironisant « sur ce moment qui n’a rien d’historique ». « Ça fait 22 ans que les deux drapeaux flottent sur ma province. Quand est-ce qu’on parle d’un drapeau commun », a-t-il fustigé, alors que la scène politique locale est minée par des divisions, qui pourraient aboutir à un renversement du gouvernement local.

Samedi, dans Nouméa, quelques Kanaks dansaient en scandant « Kanaky est née ». Un peu plus loin, à la terrasse d’un café, des jeunes militants de l’UMP rongeaient leur frein : « Le drapeau kanak ne redescendra plus mais c’est un étendard politique, qu’on ne peut accepter. On nous met devant le fait accompli. »

« POUR UN MAINTIEN DU LIEN QUI NOUS UNIT DEPUIS PLUS DE 150 ANS »

Malgré les querelles politiciennes, M. Fillon a exprimé, devant les élus du Congrès, « sa confiance » dans l’avenir de l’île. Avant d’aller se recueillir dimanche sur la tombe de Jean-Marie Tjibaou, leader kanak assassiné en 1989, il a rappelé « l ‘histoire douloureuse » et « les moments de tragédie et de fraternité (…) qui nous oblige à rester fidèles et loyaux aux accords de Matignon et de Nouméa. »

Évoquant la « sortie de l’Accord de Nouméa », il a égrené les choix qui s’offrent : « L’indépendance pure et simple ? L’indépendance et un lien qui demeure fort avec la République ? L’autonomie poussée vers ses limites maximales ? » , avant d’exprimer sa préférence « pour un maintien du lien qui nous unit depuis plus de 150 ans. »

Pour préparer cette échéance « sereinement », le chef du gouvernement a confirmé que « experts indépendants » allaient être mis à disposition par l’État afin de réfléchir à une solution institutionnelle « originale ». La politique de rattrapage et de reconnaissance de l’identité kanak menée depuis vingt ans, conjuguée à un réalisme politique certain et à la globalisation du monde, ont amené les indépendantistes à ne plus revendiquer de rupture totale avec la France.

Source : Le Monde – Claudine Wéry – Nouméa, correspondante

À voir aussi :

Soirée de remerciements du comité des Îles

( 15 décembre 2017 ) Philippe Dunoyer : « A l’aube des fêtes de fin d’année, j’ai eu le pl…