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Nickel : Mon message aux générations futures

Nico Metzdof

Congrès – Session extraordinaire du 14/10/2015 « débat relatif à la stratégie de la Nouvelle-Calédonie en matière d’exportation de minerai ».

Explication de Nicolas Metzdorf

Monsieur le Président,
Mes chers collègues,
Mesdames, Messieurs,

Comme vous le savez, Calédonie Ensemble s’est positionné contre de nouvelles exportations de minerai brut vers la Chine et le Japon pour deux raisons : d’abord parce qu’elles ne correspondent pas au cadre fixé par le schéma minier ensuite parce qu’elles sont contraires aux principes de gestion durable et de valorisation optimale de notre ressource.

Je ne reviendrai pas sur la bonne santé du secteur de l’exportation de minerai brut Calédonien qui a déjà été rappelé par Philippe Michel.

On observe, il est vrai, une baisse des exportations de latérite vers l’Australie sur les derniers mois. Cependant cette réduction d’activité est totalement imputable aux petits mineurs qui ont volontairement refusé de signer de nouveaux contrats avec l’Australie en espérant que le gouvernement cède sur l’ouverture des exportations vers la Chine. Dans le même temps, le patron de QNI a sollicité le Président du gouvernement afin que la Nouvelle-Calédonie puisse exporter 5 millions de tonnes supplémentaires vers l’Australie, ce qui confirme qu’il n’existe pas de déficit de marché chez notre partenaire historique.

Enfin, l’ensemble des centres miniers, comme le démontre la note de la DIMENC, conserve une activité normale. Seuls deux centres rencontrent des difficultés : Ngo et Monéo des sociétés MKM et Ballande. Néanmoins ces difficultés ne sont pas liées aux débouchés de la production mais à la qualité spécifique des minerais latéritiques produits. Sur ces sites, et afin de sauvegarder les emplois menacés, nous avons la possibilité d’utiliser les ressources du fonds Nickel – 2 milliards de disponibles – dont c’est l’une des missions.

Notre position sur les demandes d’exportations ne résulte pas seulement du constat de l’augmentation incontrôlée des exportations de minerai brut. Elle repose aussi sur un constat plus global, celui de la gestion calamiteuse que nous avons de la ressource Nickel, qui est loin et même très loin d’être valorisée de la meilleure des manières.

Tout d’abord nous constatons une quantité astronomique de nickel contenu exporté sans avoir été transformé dans nos usines. Le rapport de la DIMENC indique ainsi qu’entre 1996 et 2014 nous avons exporté 850 000 tonnes de nickel contenu hors usine calédonienne, soit 47 000 tonnes par an, ce qui correspond à 80% de la production des fours de la SLN.

Concernant les nouvelles demandes d’exportations, l’équivalence nickel contenue est égale à 33 000 tonnes ! Ce qui, ajouté à la production déjà exportée, reviendrait à une exportation globale annuelle de 80 000 tonnes de nickel contenu ! Ce que n’a jamais produit une usine Calédonienne. Pourtant le rapport d’Anne Duthilleul – que nous connaissons tous – indique qu’un minerai transformé dans une usine est trois fois plus rentable qu’une simple exportation de minerai brut.

Et le comble dans tout ça monsieur le Président c’est que la croissance des exportations de saprolites vers le Japon est exponentielle! Ces dernières ont explosées entre 2009 et 2014 : + 160%. On parle là, monsieur le président, d’un minerai assez riche pour être valorisé dans notre usine de Corée, je dis bien notre usine, car la province Nord, je sais que vous en avez conscience, c’est aussi la Nouvelle-Calédonie.

J’ajoute monsieur le Président, c’est que la SLN, la vieille dame comme on aime à la surnommer, participe à ce gaspillage en ayant augmenté de 45% ses exportations de saprolites vers le Japon sur les 10 dernières années. Et qu’on ne vienne pas nous expliquer que c’est pour pallier à un manque de rentabilité quand on sait que la société le Nickel a distribué 100 milliards de dividendes entre 2012 et 2013. Or si une partie de ces bénéfices avaient été investis dans la productivité de l’outil, et notamment dans la nouvelle centrale C, la SLN aurait diminué son cout de production d’un dollar par livre ce qui lui aurait permis d’augmenter sa rentabilité de 12 milliards par an. Dans ce cas, en 2015, les pertes de la société auraient été divisées par deux : 12 milliards au lieu des 25 prévus… Quelle erreur d’avoir reporté, depuis 2007, la décision de construction de cette nouvelle centrale électrique, essentielle pour la compétitivité de la société, alors que les salariés et les sous-traitants ont été largement sollicités pour contribuer à l’amélioration du prix de revient… Quelle erreur d’avoir distribué 100 milliards de dividendes qui nous auraient permis aujourd’hui de traverser plus sereinement cette période de crise…

Enfin, le dernier élément qui démontre notre carence de gestion de la ressource est l’augmentation considérable des extractions de minerais. Nous sommes passés de 6,5 millions de tonnes extraites en 2005 à plus de 13 millions en 2014, nous avons tout simplement doublé nos extractions en moins de 10 ans. Et ce que l’on nous propose aujourd’hui c’est d’augmenter encore de plus de 3 millions de tonnes ces extractions ? Alors que nous n’avons ni redevance d’extraction, ni fond pour les générations futures ? Vous comprendrez mes chers collègues que ce point m’inquiète au premier chef. Qu’allez-vous nous laisser ? Qu’allez-vous laisser à vos enfants si ce n’est des montagnes exsangues et des dividendes envolés ? C’est absolument contraire à toute logique de développement durable qui voudrait que l’on ait une gestion raisonnée de la ressource.

En résumé, monsieur le Président, mes chers collègues, ces nouvelles demandes d’exportations n’entrent non seulement pas dans le cadre du schéma minier, mais elles participent en plus à la dilapidation du patrimoine économique Calédonien et cela au détriment des générations futures.

Enfin mes chers collègues, je conclurai sur une note plus personnelle concernant le fond et la forme du conflit que nous avons vécu.

Comment peut-on, dans un pays qui a pour devise « Terre de parole, terre de partage », utiliser des méthodes de manifestations d’un autre temps ?
Comment pouvons-nous dans la Calédonie du XXIème siècle accepter les blocages, les insultes et les menaces ?

Ce temps-là est pour nous révolu. La violence appartient au passé de ce pays, l’avenir, vous nous l’avez assez répété, devra être fait de respect et de tolérance.

Ce que nous avons subi nous ne voulons plus le subir, ce que nous avons vu lors de ce conflit, nous ne voulons plus le revoir.

Je tiens à le dire mes chers collègues, afin que nous prenions conscience que nous ne devons pas demeurer des hommes du passé dans un pays d’avenir.
Merci monsieur le président.


Source : Congres.nc

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