Accueil FOCUS MÉDIA Philippe Gomès : L’industrie métallurgique calédonienne perd en 2015 80 milliards de FCFP soit l’équivalent du chiffre d’affaires de la SLN

Philippe Gomès : L’industrie métallurgique calédonienne perd en 2015 80 milliards de FCFP soit l’équivalent du chiffre d’affaires de la SLN

Philippe gomes

Retrouvez ci-dessous, la retranscription mot à mot du député Philippe Gomès lors du débat « Face à Face » enregistrer vendredi 13 novembre 2015 sur radio Nouvelle-Calédonie 1ère :

Philippe Gomès : Vous l’avez dit tout à l’heure, le cours du minerai est aujourd’hui  inférieur à 10 mille dollars la tonne, inférieur à 4,6 dollars la livre au LME, c’est-à-dire pour être concrets, vis-­à-­vis de nos auditeurs, c’est les plus bas cours de ces 15dernières années. Qui gagne de l’argent aujourd’hui à l’échelle du monde ? Ben Madame, quasiment personne. 70 % de l’industrie métallurgique de la planète perd aujourd’hui de l’argent. Un peu lorsqu’elle est très compétitive, beaucoup lorsqu’elle n’est pas compétitive du tout. Concrètement pour nous, Calédoniens, ça veut dire quoi ? C’est pas un message anxiogène que je délivre, c’est simplement informer les Calédoniens de la situation. La situation, elle est qu’aujourd’hui, la SLN, en 2015, va perdre 25 milliards de francs CFP, que Vale Inco va perdre 32 milliards de francs CFP, et que l’usine du Nord va perdre une quinzaine de milliards de francs CFP. C’est-­à-­dire que l’ensemble de notre industrie métallurgique calédonienne va perdre entre 70 et 80 milliards de francs CFP. Comme c’est beaucoup de milliards, on ne sait pas à quoi faire référence, ça veut dire quoi 70 ou 80 ?

Journaliste : On sait qu’ʹil y a 7 mille emplois directs derrière et 20 mille indirects…

Philippe Gomès : Le chiffre d’affaires de la SLN, l’année dernière, c’était 85 milliards. Quand on perd 80 milliards, c’est comme si on perd le chiffre d’affaires de la SLN. Pourquoi je dis ça ? Pour dire, c’est colossal. Et alors, est-ce qu’on a une perspective un petit peu lumineuse devant nous ? Pas du tout. Au contraire, le cycle dans lequel on s’est engagés en ce qui concerne les matières premières du fait notamment de la décélération de la croissance chinoise qui est passée de 10 à 7 %, du fait du développement de l’industrie de pig iron, cet acier de mauvaise qualité qui représente aujourd’hui 25 % de la production mondiale et qui est produit principalement en Chine, 500 mille tonnes sur 1,9 million de tonnes à peu près, tout ça, c’est qu’on est partis dans un cycle de matières premières. Toutes les sociétés minières en bourse ont complètement dévissé, Eramet a perdu 30 à 40 % de sa valeur, Glencore a perdu 40 % de sa valeur, Vale a perdu 45 % de sa valeur. Et donc, l’année 2016 et l’année 2017, selon les analystes, c’est un cours du nickel qui va rester entre 5 et 7 dollars la livre, c’est-­à-­dire que l’industrie calédonienne continuera, pendant ces années-là, à perdre entre 50 et 80 milliards de francs CFP. Donc, on va passer des années très difficiles parce que le nickel, c’est 12 mille emplois, 4500 directs, 4500 indirects, 3 mille induits, c’est quasiment 20 % de notre PIB. Donc, c’est un moteur majeur d’activités et de revenus dans notre pays. Et qu’est-­ce qu’on peut constater et regretter ? Là, je vais m’exprimer en tant qu’administrateur d’Eramet, c’est qu’en ce qui concerne l’entreprise dans laquelle, à la suite du combat mené par les indépendantistes, là aussi, il faut le reconnaître, qui nous conduit aujourd’hui à disposer de 34 % du capital de cette entreprise et de 4 % du capital d’Eramet, eh bien, la SLN aujourd’hui en Nouvelle-‑Calédonie se trouve non-­compétitive. C’est pour ça qu’elle perd 25 milliards. Elle se trouve non-compétitive. Elle a aujourd’hui un prix de revient qui est aux alentours de 7 dollars la livre alors que le marché est autour de 5 dollars la livre. Et pourquoi elle est non-­compétitive ? Est-­ce que les salariés de la SLN n’ont pas fait des efforts ? Si, ils ont fait des efforts. Il y a le plan d’amélioration de la compétitivité qui a été engagé en 2009, qui a conduit près de 300 emplois à être supprimés sur les 2200 qui étaient comptabilisés au sein de la SLN. Les sous-­traitants ont fait des efforts majeurs, vous savez que leurs prix ont été réduits de 10 à 20 %. Par contre, ce que devait faire la maison-­mère, Eramet, c’est‑à-‑dire la construction de la centrale qui permet de gagner un dollar par livre, c’est-­à-­dire de faire baisser le prix de revient de 20 %, eh bien cet effort­‑là, la maison-‑mère Eramet ne l’a pas fait. Elle ne l’a pas alors qu’elle avait largement la capacité de le faire, parce qu’il y avait 100 milliards de francs CFP dans les caisses de la SLN. C’est 100 milliards qui ont été distribués en 2012 et 2013. Aujourd’hui, on est dans une situation où le pays, les salariés du pays, les sous-­traitants du pays, ont fait des efforts nécessaires pour être compétitifs, mais où ceux qui détiennent la majorité, qui sont Eramet, ont vidé les caisses, d’une part, et n’ont pas fait la centrale d’autre part. C’est pour ça que j’ai interpellé le Premier ministre à l’Assemblée nationale pour dire, il faut maintenant que l’État joue son rôle d’actionnaire. On est dans une situation difficile du fait de la manière dont Eramet a géré sa participation dans la SLN, et donc, il faut que l’État joue son rôle d’actionnaire. Je rappelle que l’État est actionnaire à hauteur de 26 % du capital d’Eramet, et donc, il a son mot à dire autour de la table.

Source : RNC 1ère

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