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Eramet : Le coup de grisou sur le caillou

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( 16 octobre 2015 ) Une société minière vacille, la colère gronde et le gouvernement est interpellé. Nous ne sommes pas en Australie mais en France. La seule société privée française active dans ce secteur, Eramet, a annoncé, mercredi 14 octobre, le gel de la plupart de ses investissements. Notamment ceux de Nouvelle-Calédonie, où sa filiale SLN exploite des gisements de nickel essentiels à l’économie de l’île et à la stabilité de ce caillou turbulent. Deux jours plus tard, le député (UDI) Philippe Gomès s’adressait au premier ministre en lui demandant de « jouer pleinement son rôle d’Etat actionnaire ».

Eramet n’est pas Air France, mais tout ce qui touche au « métal du diable », le nickel calédonien, est une matière ultrasensible. Les émeutes de 1988 entre indépendantistes kanaks et « Caldoches » loyalistes avaient amené à une nouvelle répartition des fruits de la mine, et chaque accès de fièvre trouve son origine dans les entrailles de ses montagnes.

Dur métier que la mine

D’où l’émotion suscitée par cette annonce, renforcée, vendredi, par celle du report du projet de centrale électrique de son usine métallurgique aux portes de Nouméa. Un projet de près de 900 millions d’euros. Réponse molle de la ministre des Outre-mer, George Pau-Langevin, qui rappelle les perspectives « extrêmement ternes sur le marché international ».

Une fois de plus, l’État, volontiers matamore quand les cours sont au plus haut, doit rabattre ses ambitions. Dur métier que la mine. En une dizaine d’années, les cours du nickel peuvent être multipliés par dix, puis s’effondrer d’autant, tout cela pour une demande qui ne varie guère plus de 20 %. Il faut donc avoir le cœur bien accroché et les poches très profondes.

Un métier de capitaliste pur et dur qui colle rarement au tempérament français. D’où les déboires de l’établissement public BRGM hier, et ceux d’Areva ou d’Eramet aujourd’hui. La capitalisation boursière d’Eramet est passée d’un pic de 17 milliards d’euros en 2007 à un peu plus d’un milliard aujourd’hui ! Son cours de Bourse s’est effondré de 50 % depuis le début de l’année.

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La société est née de la fusion de SLN, fondée en 1880 pour exploiter le minerai de Nouvelle-Calédonie, et du spécialiste des aciers spéciaux Aubert & Duval. Elle s’est diversifiée depuis dans le manganèse, grâce, notamment, à l’exploitation de gisements en Afrique. Mais elle reste un nain face aux géants Glencore ou Vale, également présents sur le caillou. D’autant que le manganèse et le nickel, qui représentent 70 % de son chiffre d’affaires, sont tous les deux étroitement dépendants de la demande mondiale d’acier.

Son usine calédonienne perdrait plus de 12 millions d’euros par mois, et le gel des investissements n’améliorera pas sa rentabilité. Le français tente de rassurer en affirmant disposer d’une « réserve de liquidité financière » de 1,8 milliard d’euros. Mais ce sera insuffisant pour conjurer la malédiction du métal du diable.

Source : Le monde

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