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« Nous devons défricher en commun une solution de sortie de l’accord »

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( 28 décembre 2015 ) Troisième accord, référendum éclairé, assemblée référendaire ? Le député de la deuxième circonscription estime que les divergences des uns et des autres sont avant tout sémantiques en vue de la sortie de l’accord. Reste à surmonter la crise économique.

ENTRETIEN avec Philippe Gomès :

Les Nouvelles calédoniennes : Le 5 juin 2015, un vent de concorde a soufflé entre loyalistes sur les questions de corps électoraux. Depuis, les guerres de tranchées ont repris entre les Républicains et Calédonie ensemble, comment l’expliquez-vous ?
Bien sûr il y a des divergences qui s’expriment, celles de l’écume des jours et, parfois, des postures politiciennes ou des oppositions personnelles. Mais sur des sujets essentiels comme les corps électoraux par exemple, nous avons su faire cause commune. De la même manière, Pierre Frogier et moi sommes parvenus à mettre de côté nos divergences pour saisir ensemble le président de la République sur la question de la SLN. Je ne doute pas qu’on arrive aussi à se rassembler sur des réformes structurelles à l’instar du projet éducatif ou de la TGC. Autre point positif, Les Républicains participent désormais aux discussions sur la sortie de l’accord auxquelles contribuent les experts de l’État.

Vous avez trouvé un terrain d’entente avec Pierre Frogier pour la survie de la SLN. Mais ça n’est pas gagné pour autant.
Nous avons arrêté un plan en conseil d’administration d’Eramet qui devrait diminuer les pertes de la SLN de 7 milliards en 2016 et d’une dizaine en 2017. Ce plan permettra d’éviter l’arrêt d’un four comme certains l’avaient envisagé…
Mais la SLN devrait être dans une bien meilleure situation aujourd’hui. En 2009, elle a engagé un plan d’amélioration de la compétitivité qui a fait baisser de 10 % le prix de revient du nickel produit. Cette amélioration est le fruit des efforts réalisés par les salariés (300 emplois en moins) et les sous-traitants qui ont dû baisser leurs prix. En clair, le pays a fait les sacrifices nécessaires pour rendre la SLN plus performante. Pendant ce temps, la maison-mère a différé sans arrêt la nouvelle centrale électrique qui aurait fait baisser le prix de revient de 15 % supplémentaires. La SLN aurait été alors dans le top 5 des usines les plus compétitives de la planète.
Le pays a pris ses responsabilités, Eramet, la maison-mère, n’a pas pris les siennes. Elle n’a pas été au rendez-vous de la nouvelle centrale, elle n’a pas été non plus au rendez-vous des précautions qu’elle devait prendre dans une activité aussi cyclique, en distribuant 100 milliards de francs de dividendes en 2012 et 2013 alors que la société était déjà entrée dans une période de pertes. Ce sont ces deux erreurs stratégiques qui mettent aujourd’hui en péril la vie de l’entreprise et qui nécessitent de nouveaux efforts du pays. C’est pourquoi nous devons prendre le dossier de la centrale électrique en main. Il nous appartient désormais, avec le concours de l’État, de permettre sa réalisation, y compris en dehors d’Eramet.

Et le différend sur les exportations de minerai ?
La SLN perd 25 milliards. De nouvelles exportations lui auraient rapporté 300 millions. Le problème n’est pas là.

Comment aborderez-vous le prochain Comité des signataires de février 2016 ?
Ce sera un rendez-vous essentiel pour initier une nouvelle dynamique dans le dialogue engagé sur le référendum de 2018. Nous échangeons beaucoup entre nous et en bonne intelligence pour que ce comité soit productif sur la sortie de l’accord. La consultation de sortie ne peut se dérouler comme le prévoit aujourd’hui la lettre de l’accord de Nouméa. Aucune formation politique responsable ne peut le souhaiter.

Et sur le gouvernement Germain ?
Il a d’abord remis le budget de la Nouvelle-Calédonie d’équerre en menant une politique drastique de réduction des dépenses. Il a évité la faillite des régimes sociaux – déficitaires de 7 milliards -, ce qui aurait généré de graves désordres. Plusieurs textes fiscaux issus de l’agenda partagé ont rythmé l’année 2015 : les frais de siège, la modification de l’IRVM, etc. Il a ouvert de nouveaux horizons de confiance pour les entreprises avec la « dead line » de la défiscalisation repoussée en 2025 et le renouvellement pour trois ans des aides fiscales destinées aux logements intermédiaires. Il a réussi à fédérer les partenaires sociaux autour du projet de TGC qui est le serpent de mer fiscal calédonien depuis dix ans. Même chose pour le dossier sur l’avenir de l’école calédonienne qui a le soutien de l’ensemble des acteurs de la communauté éducative. Et 2016 sera la dernière année vraiment utile en matière de réformes. Après, ce seront les échéances nationales et locales qui prévaudront.

L’année 2016 ne risque-t-elle pas d’être encore plus difficile que 2015 sur le plan économique et social ?
En 2016, le cours de la livre de nickel baissera encore à 4,60 dollars en moyenne pour 5,70 dollars en 2015. 80 % de l’industrie métallurgique perdra de l’argent. La trajectoire de nos trois grandes usines est susceptible de s’infléchir. Il devrait y avoir à l’échelle de la planète l’arrêt de certaines productions, ce serait la seule façon de faire remonter les cours en diminuant les stocks. La question est de savoir qui va fermer. Ce sera donc l’année de tous les dangers pour la métallurgie mondiale et pour nos trois usines. Il faut que chacun fasse les efforts nécessaires pour que chez nous, on passe le cap. Mais c’est la force des Calédoniens de savoir se serrer les coudes quand c’est nécessaire.

Après le sommet France-Océanie et la COP 21, quelles retombées attendez-vous pour la région et la Calédonie ?
Lors de la venue de François Hollande en Calédonie, je lui ai demandé de renouer avec la tradition des sommets France-Océanie qui était tombée en désuétude. Aujourd’hui, toutes les puissances s’investissent en Océanie. La Chine organise des sommets, le Japon et la Corée aussi. Et la France semble absente alors qu’elle est attendue, espérée et qu’elle a près de 600 000 ressortissants en Océanie. Il était impératif qu’elle renoue les fils d’un dialogue interrompu avec notre région. Le deuxième intérêt de ce sommet, c’était d’éclairer la COP 21, avant son ouverture, sur une zone qui est la sentinelle du monde en matière d’impacts liés au changement climatique.
La France a donc porté la voix des petits Etats insulaires les plus menacés. Et son action a pesé lourd dans le succès de l’accord de Paris. C’est un cap très important de franchi.

Michel Rocard, le père des Accords de Matignon, vient de prendre position en faveur d’un troisième accord. Ça vous inspire quoi ?
J’ai entendu Pierre Frogier déclarer récemment que le troisième accord était plus une méthode qu’une solution. Nous sommes tous prêts à rechercher un consensus sur la formulation des questions qui doivent être posées.
Elles ne peuvent pas être brutes de décoffrage comme l’accord le prévoit. Un chemin est possible. Chacun aujourd’hui le défriche à sa manière : pour Les Républicains c’est un accord permettant d’éviter le référendum guillotine ; pour l’UC une « assemblée référendaire » pour préparer la société de demain ; pour Calédonie ensemble un « référendum éclairé » afin de tracer les lignes du jour d’après ; pour le Palika ce référendum doit rester avant tout une consultation sur l’accession à la pleine souveraineté. Mais le temps de défricher chacun dans notre coin est terminé. Il nous faut maintenant défricher en commun.
Une fois débarrassées des oripeaux sémantiques et des positionnements politiciens, ces façons d’appréhender la sortie n’auront pas vocation à s’opposer mais à s’enrichir mutuellement dès lors que chacun décide de faire un pas vers l’autre. Les Calédoniens ont réussi à le faire dans des circonstances où la notion même de « destin commun » était discutée. Depuis les accords de Matignon, cette communauté de destin a pris corps. Ce qui nous confère une responsabilité particulière lors du référendum : conforter le vivre ensemble calédonien dans le respect des convictions de chacun. Je suis confiant. « Il faut avoir des rêves assez grands pour ne pas les perdre de vue » disait quelqu’un qui a marqué l’histoire du pays…
Source : LNC – Propos recueillis par Philippe Frédière

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