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L’État réaffirme son soutien au nickel calédonien et désavoue la gestion par Eramet de la SLN

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( 10 février 2016 ) Au terme d’une réunion à Matignon avec le comité des signataires de l’Accord de Nouméa, Manuel Valls a répondu aux appels des Calédoniens en affirmant que l’Etat apportera son soutien à l’activité nickel en Nouvelle-Calédonie et jouera pleinement son rôle d’actionnaire d’Eramet. C’est à la fois un soulagement pour la SLN et un revers pour la direction, qui vient de reporter sine die un investissement lourd dans sa filiale calédonienne. A moins que ce rôle d’actionnaire ne consiste à accompagner Eramet dans la préparation d’une sortie en douceur du nickel…

Alors que la direction d’Eramet a choisi de réduire la voilure le temps que passe la tempête sur le marché du nickel, un autre actionnaire de référence de la société minière et métallurgique française s’inquiète de la compétitivité de la branche nickel. Ralliant la position des provinces calédoniennes, l’Etat français, qui détient au travers de BpiFrance 25% du capital d’Eramet, promet soutien financier et réinvestissement à la Société le Nickel (SLN). Notamment en remettant sur la table le dossier du remplacement de l’antique centrale au fioul de l’usine métallurgique de Doniambo, qui produit du ferronickel.

LE RETOUR DE LA NOUVELLE CENTRALE POUR LA SLN
« En ce qui concerne la centrale électrique de Doniambo, les partenaires [calédoniens] et l’Etat sont convenus d’un réexamen rapide et approfondi du dossier, afin de dégager les modalités de réalisation de la nouvelle centrale, condition de la compétitivité de la SLN. » Loin d’être anecdotique, ce passage de la « déclaration commune des partenaires calédoniens et de l’Etat sur les enjeux liés au nickel », à l’issue de la réunion tenue à Paris le 6 février sous l’égide du Premier ministre Manuel Valls et de la ministre des Outre-mer George Pau-Langevin, va à l’encontre de la décision du conseil d’administration d’Eramet annoncée en octobre, à savoir le report sine die du remplacement de la centrale.
Ce remplacement de la centrale, qui selon Eramet passera sa cinquième décennale (un avis qui n’est pas partagé par ses utilisateurs), était pourtant jugé « vital » par le président du conseil d’administration de la SLN Pierre Gugliermina, quand en juillet 2015 il se félicitait de ce réinvestissement. Une fausse joie qui n’aura duré, au final, que le temps d’un été.
Il faut préciser que le projet annoncé en grande pompe par Eramet en juillet 2015 par la voix de Pierre Gugliermina prévoyait une centrale dernière génération au… charbon. Un choix défendu à l’époque comme la seule alternative économiquement viable au fioul, le gaz ne l’étant pas. Mais la COP 21 est passée par là et le projet de centrale au charbon est devenu difficile à défendre. Le dossier doit donc redémarrer de zéro.

GAIN FINANCIER
Ce réinvestissement de 800 millions à 1 milliard d’euros, ajouté au plan de compétitivité déjà mené à la SLN, permettrait de réduire de moitié les pertes annuelles de la SLN (de 200 à 100 millions d’euros), et de renouer avec les marges dès le rebond des cours, selon un proche du dossier. Des chiffres contestés par un porte-parole de la direction d’Eramet, qui affirme que ce réinvestissement, même effectué dès 2010, aurait abouti à creuser les pertes.
Mais pour l’Etat, comme pour plusieurs autres actionnaires plus critiques de la gestion du PDG d’Eramet Patrick Buffet, cet investissement n’est plus optionnel. Il est « la condition de la compétitivité de la SLN », écrivent les participants à la réunion de Matignon.
Sur les autres volets de la stratégie, les avis divergent. Les uns plaident pour la calédonisation du nickel, avec la montée au capital de la Société territoriale calédonienne de participation industrielle (STCPI), qui représente les trois provinces calédoniennes et détient actuellement 34% du capital de la SLN – Eramet 56% et Nisshin Steel 10% – et 4% de celui d’Eramet. Le groupe minier avait pourtant précisé qu’il ne financerait pas la centrale si la SLN devait passer sous le contrôle des indépendantistes. Ce qui ouvre une autre porte: celle du financement de la centrale par BpiFrance. D’autres, opposés à la calédonisation, se sont opposés à Patrick Buffet en plaidant pour une reprise en main par la maison-mère du troisième pilier d’Eramet, avec les alliages spéciaux d’Aubert & Duval et le manganèse.

RISQUE SOCIAL
En arrêtant les frais sur la branche nickel, la direction d’Eramet a en tout cas provoqué l’intervention de l’Etat actionnaire, également comptable du risque social que représente la crise du nickel. Celle-ci était réclamée dès le 13 octobre 2015 par le député (UDI) de Nouvelle-Calédonie Philippe Gomès, nouvellement élu au conseil d’administration d’Eramet. Ce qui peut être lu soit comme un coup de poing sur la table d’un gouvernement qui peut difficilement prendre le risque d’une crise majeure du secteur du nickel en Nouvelle-Calédonie avant le scrutin d’autodétermination qui doit intervenir d’ici 2018, soit comme la préparation de la prise de contrôle de la filiale calédonienne par la STCPI, si celle-ci trouve les financements nécessaires à la fois à sa montée au capital et aux indispensables investissements qui suivront.

LE SOUTIEN CONCERNE AUSSI KONIAMBO NICKEL
Le 6 février à Paris, après avoir « salué la qualité des travaux de Michel Colin », auteur d’un rapport sur le nickel calédonien, les partenaires calédoniens et l’Etat ont reconnu la « gravité de la crise mondiale que connaît le secteur du nickel ».
La SLN n’est donc pas la seule à présenter un risque social en cas d’aggravation de sa situation. C’est également le cas de Koniambo Nickel. Les participants à la réunion de Matignon rappellent donc « leur attachement au rôle central qu’occupe l’usine du Nord », dont la Société minière du Sud Pacifique (SMSP), contrôlée par les indépendantistes, est actionnaire majoritaire (51%) aux côtés de Glencore (49%), et qui est menacée d’un retrait de ce dernier si la reconstruction du four n°1 ne démontre pas son efficacité. « Glencore a quand même mis 95% des financements. Si l’usine fonctionne, il commencera donc par rembourser ses prêts. Le contrôle de Koniambo Nickel par la SMSP est tape à l’œil, mais ils devraient se méfier car ils auront surtout 51% des dividendes lorsqu’il faudra réinvestir pour moderniser l’outil de production », relève un acteur du secteur.
Avec 25% des emplois privés et 90% des exportations, le nickel est un secteur stratégique en Nouvelle-Calédonie.
Myrtille Delamarche

Source : Usine nouvelle

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