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Philippe Michel sur RRB

Visite de Manuel Valls

( 28 avril 2016 ) Journaliste : Merci, d’avoir accepté notre invitation. Qu’attendez-vous de la visite de Manuel Valls ?

Philippe Michel : On attend beaucoup sur des sujets importants, l’avenir institutionnel, la crise du nickel, le financement des collectivités au travers des contrats de développement, des questions de sécurité, enfin, voilà, on a un menu chargé.

Journaliste : Il prononcera, dès demain, un discours devant le Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Vous attendez une prise de position particulière, notamment dans le domaine de l’avenir institutionnel ?

Philippe Michel : Oui, ce qu’on attend effectivement de l’État, à ce moment-ci particulier de notre histoire politique et institutionnelle, c’est non seulement une implication au plus haut niveau, directement au niveau du Premier ministre, lui-même, et puis c’est également une assistance, une expertise sur les différentes questions politiques et juridiques qu’on a à traiter dans le cadre de ces convergences qu’on doit dresser ensemble.

Journaliste : Le processus a déjà pris un petit peu de retard. Vous estimez qu’on va pouvoir rattraper le temps perdu ? Est-ce que vous approuvez cette méthode d’identification des convergences et divergences ?

Philippe Michel : Sur la méthode, oui. Au demeurant, cette méthode elle a été actée formellement et acceptée par tous les participants au comité des signataires de février. On a pris du retard, oui et non. On a pris du retard sur la venue du Premier ministre, la tenue de la réunion qui était prévue il y a un mois sur le sujet, mais entre temps, des missionnaires sont venus de Paris, ont rencontrés différents groupes politiques, on a commencé à avancer sur le sujet, donc ce retard n’a pas été perdu.

Journaliste : Est-ce que vous allez le saisir sur le problème de la question de la liste électorale spéciale pour les provinciales ? Et qu’est-ce que vous pensez de la décision de l’État de former un recours de cassation contre les radiations ?

Philippe Michel : Je pense que c’est une manière, pour l’État de reconnaître la bévue qu’il a commise dans cette affaire. Ces radiations, elles ont été prononcées sur la base
des documents qui ont été transmis par le haut-commissariat à l’un des deux juges qui avaient à juger des demandes de radiation déposées par l’UC, et en l’occurrence, c’est un certain nombre de mentions qui ont été transmises par le haussariat dans les PV des commissions qui ont permis ces radiations, et donc, je considère que lorsque le commissaire annonce qu’il va se pourvoir en cassation contre ces décisions, c’est qu’il déplore, qu’il regrette qu’effectivement, ces radiations aient été prononcées sur la base d’éléments qui auraient dû être apportés par l’UC qui contestait l’inscription de ces personnes, et certainement pas par le haussariat, puisqu’au dernier comité des signataires, on s’était engagés, tous, à garantir l’anonymat des personnes concernées, et à laisser le processus judiciaire de contestation se dérouler, ce qui aurait dû conduire l’UC et seulement l’UC à devoir apporter la preuve que ces demandes étaient justifiées.

Journaliste : Le Premier ministre doit également se rendre à l’usine de Doniambo. Il devrait annoncer un plan de sauvetage de la SLN, qui consiste à injecter 300 millions d’euros sous forme de prêt de l’État et d’Eramet. Qu’est-ce que vous pensez de cette solution ?

Philippe Michel : Indépendamment des modalités, elle est, sur le principe, conforme à ce qu’on attendait. L’État est actionnaire de référence de la SLN, au travers d’Eramet. L’État porte une responsabilité particulière dans la situation actuelle de la SLN, parce que si la SLN en est là, aujourd’hui, c’est, d’une part, parce que 100 milliards de dividendes ont été distribués, ces dernières années avec l’aval de l’État, et d’autre part, que Eramet a fait des investissements pour le moins, hasardeux, en Indonésie, dans un projet d’usine concurrente de la Nouvelle-Calédonie et que ces investissements, 100 milliards, également, ont été, purement et simplement, perdus, et que ce sont ces deux éléments-là qui conduisent, aujourd’hui, le groupe Eramet et la SLN dans la situation dans laquelle on est, c’est-à-dire, l’incapacité, faute de réserves financières, à faire face à une crise du nickel et un effondrement des cours qui était pourtant largement prévisible, puisqu’on sait tous que l’économie du nickel est cyclique, et puis, on attend du Premier ministre, à l’occasion de sa venue et de sa visite à SLN des annonces sur le projet de reconstruction de la centrale électrique qui est également un élément absolument vital pour la survie et la compétitivité de la SLN, je rappelle que cette centrale, elle devrait être reconstruite depuis quelques années, maintenant, que ça fait 15 ans que la décision de reconstruction est reportée et que cette centrale est absolument vitale pour la SLN puisqu’elle est susceptible de faire gagner 15 milliards CFP par an de compétitivité sur les prix de revient et les coûts de production de la SLN. Donc, c’est tous ces éléments-là qu’on attend.

Journaliste : On a remarqué un changement d’attitude de Calédonie ensemble vis-à- vis de la SLN avec laquelle vous avez eu des mots très durs, très sévères pendant la crise des rouleurs. Changement d’attitude, c’est le réalisme économique qu’il faut sauver la SLN ou une volte-face de votre part ?

Philippe Michel : Non, non, c’est tout simplement que lorsque la crise est là, et que le danger est aussi grand pour la SLN, il faut mettre de côté les positions opposées qu’on peut avoir, les uns et les autres, sur la stratégie, sur la gouvernance, etc., il faut parer au plus pressé. C’est exactement le sens de la démarche commune qu’ont entreprise Pierre Frogier et Philippe Gomès auprès du président de la République il y a quelques mois, quelles que soient nos positions sur la répartition du capital de la SLN, la politique minière, la gestion des titres miniers, etc. il y a péril en la demeure, et donc, ça nécessite qu’on soit capables de se serrer les coudes, et de parer aux urgences. C’est exactement ce qu’on fait.

Journaliste : Même si l’idée de prise de contrôle à 51 % semble illusoire dans la crise économique que connaît le nickel ?

Philippe Michel : Je ne partage pas cette idée. Je crois que si la Nouvelle-Calédonie assurait le contrôle des décisions stratégiques de la SLN, par exemple, les 100 milliards qui ont été distribués en 2012 et 2013 et qui nous font défaut aujourd’hui, auraient été conservés et auraient permis à la SLN, aujourd’hui, d’affronter la crise.

Journaliste : Qu’allez-vous dire à Manuel Valls sur le sujet de la montée de la délinquance ?

Philippe Michel : C’est un sujet qu’on avait déjà porté, lors du dernier comité des signataires, dans le cadre de l’état d’urgence, le gouvernement national a décidé la création de 8500 postes supplémentaires de gendarmes, de policiers, d’agents de la justice, d’agents de l’administration pénitentiaire et donc, il nous semble essentiel, vu la situation d’insécurité et de délinquance en Nouvelle-Calédonie, vu les enjeux particuliers de la Nouvelle-Calédonie, que la Nouvelle-Calédonie puisse bénéficier d’une petite part de ces effectifs supplémentaires parce que tout le monde peut comprendre qu’on aura du mal à lutter contre la montée de la délinquance et le développement de l’insécurité, si on n’a pas de moyens supplémentaires en matière de forces de l’ordre.

Journaliste : Ce problème de lutte contre l’insécurité, dans la perspective de la sortie de l’Accord de Nouméa, ça vous paraît être un élément qui pourrait être vraiment perturbateur ?

Philippe Michel : Complètement. Quels que soient les accords politiques qu’on peut trouver, il y a un certain nombre d’autres facteurs qui peuvent tout remettre en cause. La crise économique et ses conséquences sociales peuvent très sérieusement compliquer la sortie. Et le développement de la délinquance ou du sentiment d’insécurité peut également, très sérieusement, compliquer la sortie. Donc, il faut être très attentif à ces sujets-là, parce que, je le répète, quels que soient les accords politiques qu’on serait susceptibles de trouver, si on est amené à vivre une situation d’explosion de la délinquance, ou une crise économique et sociale majeure, tous ces acquis politiques pourraient être remis en cause.

Journaliste : Sur la démission de Thierry Cornaille, au-delà de la raison invoquée des raisons personnelles, est-ce que ça pose pas un petit peu le problème des personnalités de la société civile en politique ? On sait qu’André-Jean Léopold avait démissionné du gouvernement, Thierry Cornaille aujourd’hui, est-ce qu’il faut pas choisir autrement le personnel politique aujourd’hui ?

Philippe Michel : Non, je crois pas. Je crois qu’en tout cas, lorsqu’il s’agit de raisons personnelles, donc familiales, de santé, ou autres, eh bien qu’on soit un politique professionnel, ou qu’on soit issu de la société civile, on est malheureusement soumis aux mêmes aléas. Thierry a accompli un travail remarquable pendant deux ans. Il a fait plus que sa part, je dirais. Bon, il a pris une décision qu’on regrette, mais qu’on se doit de respecter, et donc, j’en profite pour saluer l’action et la qualité du travail que Thierry a rendu au sein du gouvernement Germain.

Journaliste : Je sais qu’il y a eu une polémique sur ce sujet, une enquête préliminaire en cours, est-ce que ça peut être un élément qui aurait pu le conduire également à
démissionner ?

Philippe Michel : Écoutez, moi, je sais pas, je suis pas dans le secret des dieux, mais je trouve passablement odieux, je le dis comme je le pense, qu’au moment où un membre du gouvernement qui a accompli un tel travail d’ailleurs décide sa démission pour raisons personnelles, on puisse, comme ça, essayer d’aller invoquer et sous-entendre des motifs comme celui-là, je trouve ça pas correct.

Journaliste : Mais, au-delà de…, sans remettre en cause son honnêteté, vous confirmez, il y a une enquête préliminaire qui est ouverte ?

Philippe Michel : Ah, je n’en sais rien. Je confirme rien du tout, parce que j’en sais rien.

Journaliste : Philippe Michel, merci d’avoir accepté notre invitation, ce matin.

Philippe Michel : Merci.

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