Accueil VU SUR LE WEB « C’est exactement ce qui s’est passé avec la SLN en 2013, année ou la société accusait 24 milliards de pertes et distribuait 25 milliards de dividendes, asséchant ainsi la trésorerie de l’entreprise… »

« C’est exactement ce qui s’est passé avec la SLN en 2013, année ou la société accusait 24 milliards de pertes et distribuait 25 milliards de dividendes, asséchant ainsi la trésorerie de l’entreprise… »

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( 23 mai 2016 ) Le versement de dividendes a comme toute chose des limites et il est évident qu’une entreprise qui se contenterait de distribuer des dividendes importants (excédant 50%, et plus, de son résultat) verrait sa valeur et ses performances décroitre. En effet, elle perdrait alors les moyens de penser et de réaliser des stratégies futures que ce soit dans la direction d’investissements matériels, d’augmentation de la masse salariale, ou encore de désendettement. Cependant, paradoxalement, là où d’une part l’État s’échine à traquer les actionnaires privés, il s’avère pourtant être un actionnaire plutôt gourmand, jusqu’à nuire parfois au fonctionnement de certaines entreprises.

L’État actionnaire relativement gourmand
Le portefeuille de l’État c’est avant tout 77 entreprises. Ces participations publiques, gérées par l’Agence des participations de l’État (APE), vont de 1,1% pour CNP Assurances à 84,49% pour EDF, sans oublier les entreprises publiques telles que la SNCF et la RATP. De ce fait, en 2014, l’État actionnaire a perçu près de 4,1 milliards d’euros de dividendes, assumés à 86% par La Poste, Engie (anciennement GDF Suez), EDF, la SNCF et Orange. Peu de temps après, le rapport de la Cour des comptes concernant l’année 2014 ne manquait pas de remarquer que les dividendes reçus par l’État étaient largement supérieurs à ceux prévus dans la LFI de l’année, fixés quant à eux à 3,2 milliards d’euros. Selon la Cour, le taux de distribution des résultats serait plus élevé que celui de la majorité des entreprises du CAC 40. En effet, là où les taux de distribution concernant les dividendes touchés par l’État avoisinent les 59.5% en 2009 et 55.7% en 2010, la moyenne historique du CAC 40 est de 50% et la moyenne européenne est de 40%. Les experts de la Cour expliquent remarquer une inquiétante préférence pour le rendement à court terme dans la gestion des participations publiques, perspective d’action souvent néfaste aux entreprises. Dans son rapport 2014-2015 [1], l’APE écrit : « En investissant l’argent des Français dans le capital d’entreprises industrielles et commerciales, l’État actionnaire attend légitimement en contrepartie une rémunération suffisante du risque encouru », cependant les nombreux effets négatifs découlant, en partie, de la politique de dividendes de l’État montrent à de nombreuses reprises les limites de son action.

Résultats nets en millions d’euros des entreprises ayant l’État parmi leurs actionnaires

Résultats nets en millions d’euros des entreprises ayant l’État parmi leurs actionnaires

Les dividendes versés à l’État par les entreprises en millions d’euros

Les dividendes versés à l’État par les entreprises en millions d’euros

Les parts du résultat net versées en dividendes à l’État

Les parts du résultat net versées en dividendes à l’État
* Au vu de leurs résultats nets négatifs, les entreprises ont dû puiser dans leurs fonds propres pour verser ses dividendes à l’État.

Des effets négatifs sur les performances des entreprises
Le rapport de la Cour des comptes stipule que « plusieurs entreprises ont versé en 2014 des dividendes alors que leurs résultats 2013 étaient négatifs ». On reconnait là l’exemple d’Engie qui, entre 2010 et 2013, a vu son résultat net passer de 4 616 millions d’euros à -9 289 millions d’euros, accusant une perte particulièrement lourde de 9.3 milliards de chiffres d’affaires entre 2012 et 2013. Cependant, le groupe du tout de même, face à l’exigence rigide de l’État (actionnaire majoritaire directement et indirectement), puiser dans ses fonds propres afin d’être en mesure de verser à l’État près de 1 328,7 millions d’euros de dividendes, contre 1 244,2 millions en 2012. Il fallut attendre 2014, après des pertes annuelles considérables, pour que les dividendes soient enfin ramenés à 999 millions d’euros, permettant, entre autres, au résultat net de l’entreprise de remonter à 2 440 millions d’euros au 31 décembre 2014.

Les exemples de ce type sont nombreux.

  • Ainsi, entre 2011 et 2013, le rehaussement progressif des dividendes demandés à la société Renault de 13 millions à 76,5 millions a été suivi d’un affaissement du résultat net de l’entreprise. En effet, en 2011 le groupe affiche un résultat en baisse de 2 092 millions d’euros (3 420 millions en 2010), puis 1 772 millions en 2012, 586 millions en 2013.
  • De même, on remarque l’essoufflement depuis 2012 de l’évolution du résultat net d’EDF qui subit une politique de dividendes presque invariable de la part de l’État. Cela n’a pas empêché l’État d’exiger en 2014 près de 1 965 millions d’euros (53% du résultat net), un record depuis les 2 067 millions d’euros demandés en 2008. Si le groupe a réussi à encaisser cet important versement, le résultat net s’est tout de même écroulé entre 2014 et 2015, passant de 3 701 millions d’euros à 1 200 millions d’euros.
  • Plus encore, en 2011, face à une situation d’endettement et de ralentissement du résultat net, Orange (alors France Télécom) a tenté d’exposer ces difficultés lors de son second conseil d’administration. En vain, les actionnaires, dont l’État, ont refusé toute baisse pour l’année 2011, maintenant leurs exigences à 498,7 millions d’euros de dividendes (499,5 millions d’euros en 2010). Les manifestations des syndicats de la société n’eurent aucunes conséquences sur leur décision. En 2012, le résultat net s’écroule, passant de 3 895 millions d’euros à 820 millions et ce n’est qu’en 2013 que l’État assouplit ses exigences, demandant 178,1 millions d’euros (9.5% du résultat net) au lieu de 491,5 millions d’euros (59.9% du résultat net) l’année précédente.

Si de nombreux exemples témoignent d’un État mauvais actionnaire, qui semble toujours agir avec un temps de retard par rapport aux résultats des entreprises, des exemples prouvent qu’il est capable d’écouter les besoins d’une entreprise. En effet, prenons l’exemple de la société Thales qui en 2010 a enregistré un résultat net négatif soit une perte de -107 millions d’euros. Même si le temps de réaction demeure conséquent, l’État a néanmoins établit une politique de dividende nulle dès 2012 et n’a pas demandé de dividendes à la société depuis cette année-là. Le résultat net de Thales est désormais de 812 millions d’euros en 2015 (+13% par rapport à 2014).

Néanmoins, les priorités de désendettement des entreprises représentent également une des failles de la stratégie d’actionnariat de l’État puisqu’elles ne semblent pas non plus être suffisamment souvent prises en considération. Des besoins vitaux pour la bonne santé économique de l’entreprise sont sacrifiés, les priorités de désendettement disparaissent et les performances des sociétés s’écroulent. Le prix de l’action EDF alors de 32 euros à son introduction en Bourse en 2005 est actuellement au plus bas, autour de 11 euros. En un an, la valeur du portefeuille des participations publiques cotées a chuté de près de 28%, tombant à 60 milliards en 2015-2016. Les capacités d’autofinancement de plusieurs entreprises sont également en chute. Ainsi, Engie (détenue par l’État à 32.76%) a vu son autonomie se dégrader considérablement, passant de 14 602 millions d’euros en 2012 à 9 972 millions d’euros en 2014. De même pour EDF (détenue à 84.49% par l’État), dont la capacité d’autofinancement est passée de 13 627 millions d’euros à 11 666 millions d’euros en 2014. Autant de cas qui permettent de remettre en question ces quelques lignes extraites du rapport de l’APE 2014-2015 sur l’État actionnaire assurant une « recherche d’un niveau de distribution soutenable compte tenu de la trajectoire financière à moyen et long terme, des investissements à faire pour le développement de la société et la maitrise de l’endettement. »

Conclusion
Les nombreuses failles du comportement de l’État actionnaire énoncées dans cet article nous permettent surtout de dire que l’APE souffre de réels problèmes structurels. Institution publique placée sous une double tutelle du ministère de l’Economie et du ministère des Finances, elle doit gérer un large portefeuille plus qu’hétérogène. De plus, dans un article paru dans Les Echos le 24/05/2016 intitulé « L’APE, le bouc émissaire de l’État actionnaire »[2] , on apprend que les équipe de l’APE sont souvent composées de personnes coupées du monde de l’entreprise. Le turnover semble également trop important du fait de contrats et de salaires peu attractifs, un argument conséquent qui soulève une contradiction avec la vision à long terme qu’une telle institution est souvent reprochée de ne pas avoir. En effet, depuis 2012, l’APE a vu se succéder à sa tête trois directeurs différents : David Azéma, Régis Turrini et Martin Vial. Enfin, il semblerait que l’APE soit parfois utilisée comme un outil politique. Comme le déclarait jeudi dernier aux Echos l’ancien patron du Crédit Lyonnais, Jean Peyrelevade, « L’APE n’a pas la capacité de s’exprimer publiquement ». La parole de l’État politique prime le plus souvent sur les mots de l’État actionnaire. Une réforme de l’institution apparait alors nécessaire pour que celle-ci puisse enfin agir avec plus de liberté, d’indépendance et de marge de manœuvre.

Source : IFRAP

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