Accueil VU SUR LE WEB Intéressant article de Pierre Moscovici, commissaire européen, sur la sortie du Royaume-Uni de l’Europe

Intéressant article de Pierre Moscovici, commissaire européen, sur la sortie du Royaume-Uni de l’Europe

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( 24 juin 2016 )

Le Royaume-Uni a choisi, par référendum, de se retirer de l’Union. Quel sens donner à ce vote? Comment y répondre?

Le Royaume-Uni a choisi, par référendum, de se retirer de l’Union. Le choix des électeurs a été net: le camp du « leave » l’a emporté avec une marge significative, la participation a été très élevée. Les résultats de ce vote littéralement historique sont donc sans ambiguïté. Ils doivent être respectés.

Deux questions se posent aujourd’hui: quel sens donner à ce vote? Et comment y répondre?

Ce vote, loin d’être généralisable à l’Union, est d’abord le fruit d’un débat national propre au Royaume-Uni. Il est la résultante d’un retrait massif, depuis quinze ans, sur les questions européennes. La presse est virulente dans ce pays à l’égard de « Bruxelles » comme nulle part ailleurs. Nombre de ses responsables politiques ont renoncé il y a longtemps à tenir un discours positif sur l’Europe, voire à en parler tout court. Une campagne de quelques mois ne pouvait rattraper ce retard.

Reste qu’une partie de la colère, de la défiance des électeurs britanniques rencontrent un écho ailleurs en Europe. La rancœur à l’égard d’une classe politique vue comme déconnectée, l’inquiétude face à la capacité de l’Europe à répondre aux crises – celle des réfugiés en tête – les doutes persistants sur ses outils pour renforcer la croissance, le ressentiment devant la montée des inégalités, s’expriment dans d’autres pays de l’Union. La montée généralisée des populismes en est le symptôme évident et la conséquence dramatique.

Ce vote est un coup de tonnerre pour l’Europe. Comment y répondre?

Ce vote est un coup de tonnerre pour l’Europe.

D’abord en mettant en œuvre le Traité européen, tout le Traité, et rien que le Traité. L’Union est fondée sur un état de droit. Le retrait d’un Etat membre est prévu à l’article 50. Il faut l’appliquer à la lettre et sans délai. D’ici la conclusion des négociations prévues par cet article, soit deux ans, le Royaume-Uni reste membre de l’Union – avec ce que cela implique de droits, mais aussi de devoirs.

Ensuite en redoublant nos efforts pour construire l’Europe des résultats. Le vote britannique prouve, à ceux qui en doutaient encore, que l’attachement émotionnel à l’Europe n’est ni automatique ni irréversible. Reste pour elle à faire plus et mieux encore la démonstration de son efficacité. Dynamiser la croissance, répondre à la crise des réfugiés, renforcer la sécurité, réduire les inégalités, protéger les perdants de la mondialisation: les citoyens attendent à la fois davantage et autre chose de nous.

Il faut maintenant un pilotage et une volonté politique sans précédent

Apporter ces réponses nécessitera un pilotage et une volonté politique sans précédent. Le couple franco-allemand est très attendu. Les réformistes européens doivent répondre présents. Et puisque je suis Membre du Collège, je me préoccupe d’abord du rôle de la Commission européenne. Celui-ci est clair: gardienne des Traités et garante des intérêts de l’Union – c’est-à-dire garante de l’intérêt général européen. Elle seule peut endosser ce rôle. Elle ne doit pas être attaquée ou remise en cause, comme certains sont tentés de le faire, mais respectée et soutenue.

Nous allons entrer en en effet dans une nouvelle phase, dans une nouvelle dynamique de nos relations avec la Grande-Bretagne. Un dialogue va s’établir pour organiser les modalités de retrait ordonné de ce pays de l’Union. Mais il ne peut y avoir de confusion. Dans ce dialogue, le Royaume-Uni défendra ses intérêts propres. L’Union devra défendre les siens. Ceux-ci ne seront pas spontanément alignés. Il faut en prendre conscience. La Commission devra elle agir en fonction de l’intérêt commun, c’est-à-dire de l’Europe des 27. Il n’y aura avec le Royaume-Uni ni renégociation, ni traitement spécial. Partir, c’est partir. L’Union doit à présent faire ce qui est le mieux pour elle.

A ceux qui restent de bâtir la suite de l’histoire.

Et qu’est-ce qui est le mieux, somme toute? D’abord de comprendre que l’Europe ne sera plus comme avant – ce qui ne veut pas nécessairement dire qu’elle sera moins bien. Au cœur du projet européen, au cœur des Traités, il y a la promesse et l’objectif explicites d’une « Europe toujours plus étroite ». Le Royaume-Uni a signifié qu’il ne partageait pas cet horizon. C’est concevable. A ceux qui restent de bâtir la suite de l’histoire. L’intégration à 27 continue. Celle de la zone euro à 19, notre instrument le plus puissant, notre espace le plus pertinent, doit se poursuivre.

Plus que jamais, nous avons besoin de convictions européennes, de voix européennes, d’engagement européen. Vous pouvez compter sur le mien.

Source : pierremoscovici.fr

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