Accueil ACTUALITÉS « On ne construit pas un pays en ne parlant pas à la moitié de la population »

« On ne construit pas un pays en ne parlant pas à la moitié de la population »

( 16 juillet 2016 ) J’ai été invité – au même titre que de nombreuses autres formations politiques indépendantistes et non-indépendantistes – au 40ème anniversaire de la création du Palika qui se tenait ce week-end à Voh. Les autorités organisatrices m’ont sollicité afin que je participe à ce qu’ils ont appelé « un débat citoyen » au cours duquel j’ai été invité à exposer ma « vision de l’avenir institutionnel du pays ». C’est dans ce cadre que j’ai participé à cette manifestation et vous trouverez ci-après le texte de mon intervention. Alcide Ponga, maire de Kouaoua, membre des Républicains en a fait de même avec talent. Il ne me semble pas qu’il soit devenu indépendantiste pour autant….

Je considère que cette initiative va dans le bon sens. Nous avions nous-mêmes, à Calédonie Ensemble, organisé ce type de rencontre en 2009, avant les élections provinciales, à l’hôtel Park Royal. J’avais alors débattu avec Paul Néaoutyine sur le thème : « Quel avenir après l’Accord de Nouméa ? ». Nous avons également tenu ces derniers mois deux « rencontres citoyennes » à l’Université sur le référendum de 2018, ouvertes à tous. Tous ceux qui concourent à la création d’espaces de dialogue quels qu’ils soient (institutionnels, politiques, citoyens…) entre indépendantistes et non-indépendantistes doivent être encouragés, à fortiori à l’orée du référendum de 2018.
J’ai toujours préféré les formations politiques qui construisent des ponts à celles qui érigent des murs…

Discours du député Philippe GOMÈS prononcé à l’occasion du 40ème anniversaire du Palika (16 juillet 2016 – tribu de Beweeyen – commune de Voh)

Notre histoire est celle d’une rencontre entre un peuple autochtone vieux de 3000 ans, et des peuples d’Europe, d’Asie et d’Océanie qui, au fil du temps, pendant ces 160 dernières années, ont contribué à la construction du pays. Est-ce que la rencontre de ces peuples avec ses heurts, avec ses souffrances, avec ses incompréhensions, est susceptible de permettre l’émergence d’un seul peule : le peuple calédonien ? Le peuple calédonien dans sa diversité, le peuple calédonien dans son histoire singulière.

C’est ça en réalité l’enjeu de notre pays, au-delà des échéances, au-delà de 2018, c’est notre capacité à faire émerger un seul et vrai peuple !
Et c’est vrai que cette capacité-là dépend de chaque citoyen, là où il est dans sa vie, qu’il s’agisse de sa vie professionnelle, de sa vie à la tribu, au village, sur la mine ou dans les champs, de sa vie dans son rapport aux autres, de sa vie dans les manifestations, dans les kermesses, dans son club de sport.
C’est chaque citoyen calédonien qui a la capacité en lui, de par la manière dont il va vivre, à faciliter et à permettre l’émergence de ce peuple calédonien !
Et Calédonie Ensemble en réalité c’est cela ! C’est notre philosophie. Nous ne souhaitons pas des peuples qui cohabitent plus ou moins pacifiquement – cet exercice-là aura un moment ou un autre ses limites – nous souhaitons que malgré nos différences nous puissions construire un liant suffisant pour que nous devenions un seul et même peuple.
C’est pour cela qu’à un moment donné j’ai parlé, et cela m’a été largement reproché, de « petite nation dans la grande » !
Le terme de « petite nation », bien sûr, n’a pas été choisi au hasard. J’ai d’ailleurs utilisé cette expression lors d’un débat avec Paul Néaoutyine que nous avions organisé au Park Royal avant les élections de 2009. J’avais dit : « il faut que la Nouvelle-Calédonie devienne une véritable petite Nation calédonienne au sein de la grande Nation française ».
La définition de nation c’est le « vouloir-vivre ensemble ». C’est le désir d’un « avenir partagé ». C’est cela une NATION ! Et c’est ça le chemin emprunté par la Nouvelle-Calédonie : celui de la construction de ce « désir d’avenir partagé », de ce « vouloir-vivre ensemble ».
Nous ne DEVONS pas vivre ensemble, nous ne sommes pas CONDAMNÉS à vivre ensemble ! NOUS LE VOULONS, NOUS LE DÉSIRONS ! Et ce chemin-là, je crois que pour une part, et sans verser dans un idéalisme béat, nous l’avons parcouru au cours de ces 30 dernières années.

Alors maintenant, projetons-nous vers le futur.
Le Futur c’est 2018. Et 2018, c’est un paradoxe ! Comment affirmer notre intime conviction ? Pour vous qui êtes indépendantistes et qui souhaitez que la Nouvelle-Calédonie puisse accéder à une souveraineté pleine et entière, et pour d’autres, dont je fais partie, qui souhaitent que la Nouvelle-Calédonie s’émancipe, aille aux limites extrêmes du récif, mais ne prenne pas la passe pour s’engager dans la haute mer. Parce que pour nous, la République c’est comme le récif autour de notre île, elle nous protège. Elle nous protège d’abord un peu de nous-mêmes, et elle nous protège aussi des prédateurs extérieurs qui, dans le monde actuel, sont de plus en plus nombreux.

Donc, comment affirmer chacun nos convictions au travers du bulletin que l’on mettra dans cette urne en 2018 sans pour autant donner un coup d’arrêt à la construction du Destin Commun ?
Comment faire en sorte que cette échéance de 2018, soit quelque chose où l’on puisse dire qui l’on est et ce que l’on veut, sans pour autant s’opposer d’une manière telle que cela nous conduise une nouvelle fois à nous diviser ?

C’est tout l’enjeu de cette échéance et le travail sur les « convergences » et les « divergences », engagé dans le prolongement du comité des signataires avec l’UNI-Palika, l’Union Calédonienne, Les Républicains et Calédonie Ensemble, doit nous permettre, du moins nous en avons la volonté, de préparer ce référendum de 2018, et de faire en sorte que cela ne soit pas une épreuve douloureuse pour notre pays, mais une étape supplémentaire dans la construction du Destin Commun.

C’est pour cette raison que nous avons proposé, à Calédonie Ensemble, que ce Référendum de 2018, qui est une consultation sur l’accession à la pleine souveraineté telle que prévue par la Constitution de la République, l’accord de Nouméa et les résolutions de l’ONU, nous soyons susceptibles de l’ÉCLAIRER. Il nous faut, avons-nous dit : « éclairer le jour d’après ».
Parce que c’est une question de respect de l’électeur.
Quand les indépendantistes mettront un bulletin pour l’indépendance, pour la souveraineté de leur pays, ils doivent connaitre les contours de ce pays du lendemain du référendum si une majorité se prononce en ce sens.
Comment s’organise ce pays indépendant ? Quelles sont ses institutions ? Garde-t-il ou non des relations avec la France ? S’il n’en garde pas, que se passe-t-il en ce qui concerne les compétences régaliennes : Force publique, armée, justice etc ?…. Qu’en est-il de la nationalité au sein de ce pays ? Qu’en est-il du régime des terres de ce pays ? En clair, il faut dire à celles et ceux qui veulent une souveraineté pleine et entière – au même titre qu’à celles et ceux qui n’en veulent pas – qu’est-ce que ce pays souverain dont on leur parle ? Ne pas se contenter de quelques déclarations incantatoires, mais aller dans le détail des choses…
De la même manière, pour celles et ceux qui, comme moi, considèrent que nous devons continuer à nous émanciper tout en restant dans les limites de la République, quel est ce pays émancipé ? Quelle est cette Nouvelle-Calédonie émancipée qui sera susceptible d’être au rendez-vous le lendemain du référendum, si une majorité n’est pas favorable à une souveraineté pleine et entière ?

C’est cela ÉCLAIRER le référendum. Et si on l’éclaire ensemble, si le Palika, l’Union Calédonienne, les Républicains et Calédonie Ensemble, décident d’éclairer ensemble la sortie de ce référendum, je suis sûr que 90 % du projet politique institutionnel, économique, social et culturel peuvent être les mêmes !

90 % de « convergences » entre nous sont possibles quelque ce soit le résultat du référendum. 90 % du pays le lendemain du référendum peuvent être les mêmes, que la Nouvelle-Calédonie accède ou non à la souveraineté pleine et entière. Et si l’on arrive à atteindre cet objectif, nous pourrons continuer à construire le destin commun du pays, même si nos convictions ne sont pas les mêmes.

Et puis, bien sûr, il restera 10 % de « divergences » entre nous. Mais ces 10 % de divergences, ils sont ancrés trop profondément en nous pour arriver à en faire des points d’équilibre ou de compromis. Parce que ces 10 % de divergences, ils correspondent à un combat, à une lutte, à une philosophie, à un rapport au monde.
Et oui, quand on est indépendantiste, on souhaite que la Nouvelle-Calédonie ait un siège à l’ONU pour parler en son nom, c’est légitime, c’est l’aboutissement d’une reconnaissance internationale. Et oui, d’autres comme nous, considèrent que la Nouvelle-Calédonie peut siéger à l’ONU, mais en tant qu’observateur le cas échéant, mais que le seul pays qui peut parler à l’ONU, c’est la France.
Oui, les indépendantistes veulent, non seulement une citoyenneté calédonienne, mais une nationalité et d’autres, comme nous, considérons que, si la citoyenneté calédonienne doit être approfondie au-delà de ce qui a été prévu par l’accord de Nouméa, la nationalité que nous devons garder dans le monde d’aujourd’hui, c’est la nationalité française.
Donc, oui, au bout du compte, il y a des divergences qui correspondent aux points durs, aux points ultimes de ce qui sépare les uns des autres. Mais au lieu de focaliser uniquement sur ces divergences, essayons de nous rassembler sur ce qui fait que l’on vit ensemble et en paix depuis plus de 30 ans, car l’immense majorité de la population souhaite continuer à vivre ensemble et en paix !

C’est ça pour nous « le référendum éclairé ». Et toute notre énergie, notre volonté, notre capacité de travail seront mobilisées dans cette perspective. Et je suis sûr que si l’on arrive à surmonter l’échéance de 2018 avec intelligence, discernement et respect de l’autre, respect de son histoire, respect de sa conviction, je suis sûr que si l’on arrive à surmonter cette épreuve, le peuple calédonien, à partir de ce moment-là, sera susceptible d’émerger.
Parce que l’on se sera, non seulement reconnu, mais aussi compris et accepté !

Je vous remercie beaucoup

Philippe GOMÈS

Pour lire le discours du député Philippe Gomès, cliquez-ici

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