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Daech : Sécurité et liberté

( 21 juillet 2016 ) Philippe Gomès : Je pense que le climat actuel, c’est-à-dire d’une part, la perspective de l’élection présidentielle dans moins d’un an, d’autre part, des primaires de la droite et du centre, organisées en novembre et, le cas échéant, de la gauche, qui seront organisées en janvier, créent un climat propice à la polémique sur ce sujet-là, comme sur les autres, ce qui n’avait pas été le cas lors des précédents attentats, notamment celui de Charlie Hebdo et celui du Bataclan. Le contexte est quand même prégnant.

La deuxième chose, c’est qu’il faut faire attention de ne pas instrumentaliser la mort. On fait tous de la politique, chacun est en responsabilité par rapport à ces sujets-là. Mais dire comme certains ont pu le dire, si j’avais été là, ça ne serait pas arrivé, ça relève de l’irresponsabilité la plus totale. Certes, des choses ont été faites et on ne peut pas enlever au pouvoir actuel d’avoir engagé un certain nombre de mesures destinées à améliorer la sécurité des Français. Le déclenchement du plan d’urgence de l’état d’urgence en est une, permet notamment des perquisitions de nuit, des assignations à résidence, et tout un ensemble d’autres mesures qui permettent de mieux filer, entre guillemets, celles et ceux qui sont susceptibles de commettre des attentats ou qui sont en lien avec des réseaux terroristes. Il y a quand même 8500 postes qui ont été créés et, rappelons-le, qui avaient été détruits au cours de la précédente mandature, celle de Nicolas Sarkozy. 8500 postes, c’est 5 mille postes de policiers et gendarmes, 2500 postes dans la justice et l’administration pénitentiaire, et enfin mille postes dans les douanes. Sauf qu’entre le moment où on dit qu’on crée ces postes et le moment où les personnes sont recrutées, il faut un petit délai, il faut les former, il faut lancer les appels à candidatures, etc. Mais, en tout état de cause, l’initiative a été prise, donc ça aussi, c’est une mesure importante. Je pense aussi à l’opération sentinelle qui a été engagée maintenant depuis un certain temps, près de 12 mille militaires en France, partout, qui visent à sécuriser un certain nombre de sites, notamment des espaces publics. Donc, des choses ont été faites. Est-ce que plus pouvait être fait ? Oui, probablement, et je crois que chaque attentat quelque part livre son lot d’enseignements qui doit conduire le pouvoir à prendre des mesures nouvelles, adaptées à l’évolution des risques et des modes opératoires.

Mais vous savez, je crois qu’on doit faire preuve d’humilité dans ce domaine-là. Aujourd’hui, le risque, c’est un homme ou une femme, quelque part, qui s’auto-investit d’une mission divine, un Dieu qui, probablement, n’en demandait pas tant, et qui décide d’aller tuer le plus grand nombre de personnes possible à n’importe quel moment, dans n’importe quel endroit sur le territoire de la République. Vous savez, c’est quelque chose qui est quand même difficile à appréhender, et en termes de sécurité, on voit d’ailleurs que le dernier attentat à Nice témoigne que c’est quelqu’un qui n’était pas pratiquant, assidu, qui s’est radicalisé, semble-t-il, en quelques mois, qui a décidé de prendre un camion et d’aller tuer un maximum de personnes. À moins qu’on interdise demain toutes les manifestations en France, celle de Noël, celle de la fête Nationale, etc., on aura du mal à sécuriser toutes les manifestations dans toutes les villes de France. En réalité, la question qui se pose pour nous, et bien sûr, les Français ne sont pas prêts à se la poser, ou du moins, ils commencent à se la poser, mais ils n’y ont pas encore répondu, c’est, qu’est-ce qu’on est prêts à lâcher en termes de liberté pour assurer notre sécurité ? L’impression que j’ai aujourd’hui, même si les attentats sont terribles, on pense aux victimes, aux proches, aux familles, bien sûr, même si ces attentats sont terribles, les Français commencent à comprendre qu’ils vont devoir faire abandon d’une part de leur liberté s’ils veulent vivre plus en sécurité qu’ils ne vivent aujourd’hui. Et en réalité, c’est cette évolution psychologique, et donc politique, que les pouvoirs à venir devront prendre en considération. Il y a un peuple dans le monde qui a dû abandonner une part importante de sa liberté, c’est le peuple israélien qui vit dans des conditions qui sont des conditions qu’il a fini par accepter, mais dans un pays à l’histoire particulière, à l’environnement particulier, et qui fait que cette histoire est singulière et qui n’a pas d’équivalente. Nous, on n’est pas dans ce cadre-là. Ce que je veux dire, c’est que la juste limite entre liberté et sécurité, on est en train de tâtonner pour essayer de la trouver.

Je conclurai là-dessus en disant que oui, d’autres mesures devront être prises en termes de sécurité, que ce qui s’est passé à Nice, on doit en tirer les enseignements, et donc mieux sécuriser les rassemblements, mais que demain, il y aura d’autres formes… Vous savez, Daech, il dit, vous avez un marteau, vous avez un couteau, vous pouvez être utile pour la cause, rentrez n’importe où et tuez des gens ! Quand il y a cette forme-là, où des personnes ont décidé de tuer d’autres personnes, quitte à mourir elles-mêmes, et souvent, en ayant vocation à mourir elles-mêmes, c’est une part du martyr aussi qui s’incarne dans la mort de celui qui va donner la mort, c’est une menace contre laquelle il est difficile de lutter. Donc, oui, on est rentrés dans la guerre du 21e siècle, c’ʹest plus une guerre d’État-État, avec des armées, ou du moins, pour ce qui nous concerne en Europe, c’est une guerre sous-terraine où, en réalité, des soldats armés, déterminés, kamikazes, sont enfouis partout en France, dans nos cités, dans nos villages, dans nos banlieues, et sont prêts à frapper sans prévenir. Et donc, c’est cette nouvelle guerre que nous devons affronter nous, en Europe, et nous, en France.


Source : Océane fm

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