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« À quoi sert le référendum si l’on y perd le vivre ensemble ? »

( 19 avril 2017 ) LÉGISLATIVES. Philippe Dunoyer a été pressenti hier lors d’une réunion de direction collégiale de Calédonie Ensemble pour être le candidat du mouvement dans la première circonscription. L’investiture officielle aura lieu samedi lors d’un congrès.

ENTRETIEN avec Philippe Dunoyer

Les Nouvelles calédoniennes : Vous venez d’être proposé comme candidat Calédonie Ensemble dans la première circonscription. Qu’est-ce qui vous motive à briguer ce mandat ?

Sûrement pas mon ambition personnelle. Je suis, aujourd’hui, au service de l’intérêt général du mouvement auquel j’appartiens et du pays, comme je l’étais en 2012, lorsque j’assumais les fonctions de porte-parole de Sonia Lagarde qui était notre candidate aux élections législatives. Ce qui me motive c’est le projet de Calédonie Ensemble. Ce projet, c’est de consolider la paix et de conforter le vivre ensemble dans notre pays, malgré le référendum qui va nous ramener exclusivement à ce qui nous oppose. La dernière fois qu’une consultation d’autodétermination s’est tenue, en septembre 1987, ça a été le prélude au drame d’Ouvéa. Certes le contexte était différent. Mais, quand j’entends aujourd’hui les discours de ceux qui prônent le retour du rapport de forces, qui surfent sur les peurs, qui réclament des chefs de guerre, je suis inquiet. Quand Louis Kotra Ureguei dénonce « la manipulation de l’État colonial français et la répression qu’il effectue chaque jour en terre kanak » ; quand Sonia Backès écrit : « si les Evénements reviennent (…) il faut des chefs de guerre comme Harold Martin (…) et je serai à ses côtés » ; quand Harold Martin déclare sur RRB : « Si les indépendantistes s’agitent, je vais vous le dire en clair, parce que je vais au bout, on s’agitera aussi », j’ai l’impression qu’ils n’ont rien retenu de notre histoire. Les extrêmes, comme toujours, s’autoalimentent. Je ne veux pas de cette Calédonie de guerre dans laquelle ils veulent nous entraîner. Moi j’ai la mémoire de ce que nous avons construit ensemble ces trente dernières années. Et même si tout n’est pas parfait, nous devons tout faire pour le préserver.

Vous faites face aux candidatures de trois personnes se réclamant des Républicains. Est-ce que ça va compliquer votre campagne ?

Ma candidature ne s’inscrit dans aucun règlement de comptes à l’égard des uns ou des autres… Je porte la voix du premier mouvement politique calédonien, le seul aujourd’hui à représenter le pays dans ses différentes dimensions géographiques, ethniques et sociales ; un peu à l’instar de l’UC des années soixante ou du RPCR des années quatre-vingt. C’est peut-être d’ailleurs ma véritable différence dans cette campagne : je vois beaucoup plus l’expression d’ambitions individuelles que de projets collectifs portés par des formations politiques représentatives du pays.

Dans le camp loyaliste, cette campagne oppose les partisans d’un dialogue avec les indépendantistes à ceux qui veulent aller au référendum tel que prévu. N’est-ce pas illusoire à dix-huit mois de la consultation d’espérer les réconcilier ?

C’est une impérieuse nécessité. Le dialogue politique avec les indépendantistes, préalablement au référendum, est la condition de la réussite de cette consultation, c’est-à-dire l’acceptation de son résultat par tous, quel qu’il soit. À quoi servirait-il de gagner le référendum et d’y perdre le vivre ensemble ? C’est pourquoi il est indispensable qu’il ne soit pas réduit uniquement à la question binaire prévue par l’accord : le oui ou non à l’indépendance. Il doit être aussi pour tous les Calédoniens l’occasion d’affirmer que ce qui les rassemble est plus fort que ce qui les oppose.

Qu’est-ce qui concrètement pourrait rassembler indépendantistes et non-indépendantistes ?

Concrètement, Calédonie Ensemble a proposé une « déclaration commune » indépendantistes-non indépendantistes que l’on pourrait qualifier de « socle de notre communauté de destin ». Elle reposerait sur trois piliers. D’abord sur une « charte des valeurs calédoniennes », mélange unique des valeurs de la République, des valeurs chrétiennes et des valeurs kanak et océaniennes. Ensuite sur un « pacte de gouvernance » qui définirait notre organisation institutionnelle. Enfin, sur un pilier économique traitant des questions foncières et minières. Les Calédoniens auraient la garantie de retrouver ce « socle » au lendemain de la consultation quel que soit son résultat. Si nous n’avons pas de socle commun, comment pourrions-nous construire un avenir commun ? Le référendum resterait une consultation sur l’accession de la Nouvelle-Calédonie à la pleine souveraineté ; mais cette « déclaration commune » aurait pour première vocation d’éclairer le « jour d’après » sur ce qui cimente les Calédoniens, malgré leurs visions différentes de l’avenir. Dès lors, le référendum ne serait plus perçu comme un obstacle, mais comme une étape.

La montée de l’insécurité est criante à Nouméa. Plus que dans les îles. Comment traiterez-vous la question à Paris ?

La sécurité c’est la première des libertés. Et en la matière, il y a ceux qui s’agitent et il y a ceux qui agissent. Quel est le mouvement politique qui a permis la construction d’une nouvelle prison à Koné ? Qui a obtenu le renforcement des effectifs de police et de gendarmerie, 53 postes supplémentaires, ainsi qu’une 5e compagnie de mobiles de 75 hommes ? Qui est à l’origine de la création d’une brigade de gendarmerie chargée de la prévention de la délinquance juvénile ? Qui a fait adopter le projet éducatif calédonien ? Qui a engagé la création du service civique plus particulièrement en faveur de ces 600 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans diplôme ni qualification ? Qui a permis l’augmentation du nombre de stagiaires – 150 – au sein du RSMA ? Qui est à l’initiative du lancement des études sur la création d’un EPIDE, établissement d’insertion de type militaire ? Qui a décidé la création d’un centre d’accueil d’urgence des victimes d’agressions, en particulier les femmes ? Est-ce à dire que tout va bien ? Non. Ce qui est inquiétant, c’est notamment l’explosion de la délinquance des mineurs qui contribue à gangrener le vivre ensemble dans notre pays. Cette dérive appelle des réponses répressives fortes. Dans le cas de Saint-Louis, 17 délinquants sont déjà sous les verrous. Mais d’autres, extrêmement dangereux, courent toujours. Leur incarcération, le plus rapidement possible, est une exigence absolue.

Vos prédécesseurs ne se sont pas toujours intéressés de près aux îles. Et vous ?

Les Loyauté sont partie intégrante de la 1re circonscription d’autant qu’une grande partie de la population loyaltienne vit et travaille à Nouméa. Les Calédoniens originaires des îles Loyauté exercent d’importantes responsabilités dans notre mouvement. Je pense notamment à Dominique Mole, vice-président de la province Sud, Hélène Iekawé, membre du gouvernement, Léonard Sam ou encore Marie-Françoise Hmeun. Si je suis élu, les Loyauté ne seront pas une variable d’ajustement dans l’exercice de mon mandat ; j’entends m’y consacrer pleinement.

Descendant du premier maire élu de Nouméa

Philippe Dunoyer est âgé de 49 ans. En 1882, son arrière-arrière grand-père maternel a été le premier maire élu de Nouméa. Il s’appelait

Eugène Porcheron. Côté paternel, Philippe Dunoyer a des ascendances franco-suisses, grand-père ingénieur ayant beaucoup travaillé en Afrique, et père avocat venu s’installer à Nouméa.

Ce qui permet à Philippe Dunoyer de se revendiquer à la fois de racines profondément caldoches, et métropolitaines.

Après des études de droit à Aix-en-Provence, Philippe Dunoyer a travaillé dans l’administration fiscale, avant d’entrer en 2004 dans le gouvernement de Marie-Noëlle Thémereau comme collaborateur. En 2007 il rejoint la province Sud comme directeur administratif, puis directeur de cabinet de Philippe Gomès, alors président de l’institution.

Il est ensuite membre du gouvernement de 2009 à 2014, et le redevient en 2016, particulièrement en charge du budget.

Philippe Dunoyer est également troisième adjoint à la mairie de Nouméa.

Marié, père de deux enfants, il aime la lecture, le théâtre et le cinéma. Il a d’ailleurs été comédien amateur pendant ses années de lycée.

Source : LNC

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