Accueil VU SUR LE WEB Philippe Gomès : « À Nouméa, je souhaite que nous aboutissions à un consensus sur le corps électoral »

Philippe Gomès : « À Nouméa, je souhaite que nous aboutissions à un consensus sur le corps électoral »

( 2 novembre 2017 ) En Nouvelle-Calédonie, Philippe Gomès, élu loyaliste anti-indépendance, appelle au dialogue.

A la tête de Calédonie Ensemble, la plus grande formation non indépendantiste, le député Philippe Gomès penche en faveur d’une souveraineté économique. Prônant le vivre-ensemble et la lutte contre les inégalités, il souhaite, en préalable au référendum, une déclaration commune afin de « cimenter » les Calédoniens.

Qu’attendez-vous du comité des signataires du 2 novembre ?

Je souhaite que nous puissions aboutir, entre indépendantistes et non-indépendantistes, à un consensus sur le corps électoral appelé à s’exprimer lors du référendum de 2018. Il en va de la sincérité du scrutin, dont le résultat – quel qu’il soit – doit être incontestable. D’ores et déjà, près de 160 000 Calédoniens pourront participer à cette consultation. Mais quelques milliers de natifs kanak et non kanak n’ont jamais accompli les formalités nécessaires pour être inscrits sur la liste électorale générale, ce qui conditionne leur capacité à être électeurs sur la liste référendaire. C’est ce problème-là que nous avons à régler. Je suis confiant quant à notre capacité collective à trouver le chemin nécessaire.

Les conditions sont-elles réunies pour que le référendum se tienne dans de bonnes conditions ?

En l’état actuel des choses, je ne le crois pas. Le référendum tel qu’il est prévu par l’Accord de Nouméa s’organise autour d’une question binaire : « Oui ou non à l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie ? » Nous sommes ainsi réduits exclusivement à ce qui nous oppose entre Calédoniens alors que nous avons cent soixante-trois ans d’histoire commune et trente ans d’accords de paix depuis Matignon en 1988. Un vieux coutumier kanak, lors de la campagne des élections législatives, m’a dit : « Le pays doit sortir la tête haute du référendum. » Pour l’instant, nous n’en prenons pas le chemin. Si nous laissons le scénario de l’Accord, écrit il y a vingt ans, se dérouler tel que prévu, nous nous retrouverons, le lendemain du référendum,…

Comment éviter que le résultat, quel qu’il soit, ne ravive des tensions ?

Un dialogue approfondi, préalablement au référendum, est une ardente obligation si nous voulons préserver la paix qui est le véritable legs de nos anciens, Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou. Nous devons dire avant la consultation dans le cadre d’une déclaration commune, indépendantistes et non-indépendantistes, avec le concours de l’Etat, le cas échéant à son initiative, ce qui rassemble les Calédoniens au-delà de leur désir d’avenir opposé pour leur pays.

Cette déclaration dira ce qui fait notre ciment entre nous : nos valeurs, melting-pot singulier des valeurs de la République, des valeurs chrétiennes et des valeurs kanak et océaniennes ; nos institutions, que nul, quelle que soit sa sensibilité politique, ne souhaite modifier même si quelques ajustements s’imposent ; le droit à l’autodétermination, qui fait du peuple calédonien un peuple souverain sur son avenir ; notre histoire commune sur le nickel et le foncier et bien d’autres choses.

Cette déclaration commune doit nous permettre de sceller nos convergences sur le destin commun des Calédoniens avant le référendum afin de pouvoir assumer sereinement nos divergences lors de la consultation elle-même. Elle constituera un éclairage commun du jour d’après le référendum. Selon moi, c’est ainsi que la consultation référendaire pourra se dérouler dans un contexte politique plus apaisé. C’est en nouant les fils du dialogue politique avant la consultation que nous pourrons plus aisément les reprendre après.

Que pensez-vous des pistes de réflexion évoquant un État associé ou un État fédéré ?

Depuis 2010, un important travail juridique a été réalisé par des experts mandatés par le comité des signataires et l’État. Nous disposons donc de l’ensemble des matériaux utiles pour nourrir notre réflexion politique et les échanges entre nous. Mais la question, calédonienne ne peut se limiter à un Meccano juridique. En 1998, ce qui a permis la signature de l’Accord de Nouméa ne se résume pas aux propositions institutionnelles. Le préambule de l’accord, acte politique par excellence qui retrace les ombres et lumières de la période coloniale, a été un élément essentiel du consensus.

La Nouvelle-Calédonie est une terre de symboles qui a son propre rapport au temps, à l’histoire et au monde. On ne peut pas ne pas en tenir compte. Une arithmétique électorale ne peut à elle seule constituer chez nous une solution politique. Le chemin sur lequel nous sommes engagés depuis trente ans, celui de la décolonisation et de l’émancipation, doit être poursuivi. C’est à cette condition que nous pourrons construire un vivre-ensemble calédonien.

Source : Le monde

À voir aussi :

Cérémonie émouvante à la mémoire de ce Grand Homme, Guyèdre Wamedjo

( 18 novembre 2017 ) Gérard Poadja : « Fervent défenseur de la citoyenneté. Mes remercieme…