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La méthode d’Edouard Philippe pour la Nouvelle-Calédonie

( 5 décembre 2017 ) Source : Le Monde Le premier ministre a proposé une feuille de route pour assurer la tenue du référendum d’accession à la pleine souveraineté fin 2018.

« J’ai confiance. » C’est par ces mots qu’Edouard Philippe a conclu son discours devant le Congrès de Nouvelle-Calédonie, mardi 5 décembre, dernier jour de son séjour sur le territoire. Un déplacement de quatre jours durant lesquels il aura rencontré l’ensemble des responsables politiques du territoire et des trois provinces, échangé longuement avec chacun avant de s’adresser aux élus en ce jour anniversaire de la mort des « dix de Tiendanite », dix jeunes Kanak, dont deux frères de Jean-Marie Tjibaou, massacrés dans une embuscade le 5 décembre 1984, et sur la tombe desquels il s’était recueilli deux jours plus tôt.

Quatorze ans plus tard, l’accord de Nouméa du 5 mai 1998 a ouvert un processus devant conduire à la consultation prévue au plus tard en novembre 2018 qui permettra au « peuple calédonien » de se prononcer sur l’accession du territoire à la pleine souveraineté. Pour la première fois, en effet, le premier ministre a utilisé ce terme dans l’hémicycle en évoquant un « destin commun » qui se nourrit d’« une identité calédonienne en construction », de la « permanence d’une identité ancestrale » et du « surgissement d’une identité commune ».

M. Philippe s’est inscrit dans les pas des « géants » – Michel Rocard, Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou – qui, en 1988, ont balisé le chemin pour parvenir à construire un avenir en commun. « Ils ont montré ce que peut faire la volonté politique », et depuis, a-t-il déclaré aux élus, « vous avez fait fructifier un actif immatériel d’une valeur considérable ».

« 2018 est une année historique pour le fait calédonien. A la fois une opportunité et un risque. N’ayons pas peur de nos appréhensions, n’ayons pas peur de nos peurs », a-t-il lancé à la tribune du Congrès, avant de proposer une « méthode » de travail jusqu’au référendum.

Tout d’abord, le Congrès du territoire devrait assez rapidement se prononcer par une résolution sur une proposition de date pour la tenue du référendum – aux alentours de la fin octobre-début novembre 2018. Ce qui laisse environ neuf mois, jusqu’à fin août, pour réunir les conditions d’une consultation « transparente, sereine et incontestable, dont les résultats devront être reconnus par tous ».

Quatre thèmes de travail

Le premier ministre devrait réunir une nouvelle fois le comité des signataires de l’Accord de Nouméa dans la première quinzaine de mars, à Paris. D’ici là, une sorte de « groupe de dialogue » permanent, composé d’une dizaine de représentants des formations représentées au Congrès, sera mis en place.

M. Philippe a proposé quatre thèmes de travail. Tout d’abord dresser le bilan de la mise en œuvre de l’accord de Nouméa ; la question des compétences transférées ou à transférer ; la place de la Nouvelle-Calédonie dans le monde et en particulier dans son environnement régional ; le socle de valeurs et de projets qui font consensus.

Il a également avancé quelques pistes en ce qui concerne la question soumise au référendum. « Il me semblerait utile que vous travailliez sur la formulation de la question », a-t-il estimé, s’adressant aux élus, tout en rappelant que « l’Accord de Nouméa fixe qu’elle doit porter sur la pleine souveraineté et qu’elle doit être sans ambiguïté et précise ». En conséquence, il ne sera pas possible d’échapper à une question « binaire » à laquelle il devra être répondu par oui ou par non. Enfin, pour veiller au bon déroulement de la campagne, il a proposé que soit constituée une sorte de « commission des sages » aux contours et aux missions encore assez vagues.

Au-delà du contenu du discours, cependant, c’est la qualité de la relation nouée entre le premier ministre et ses interlocuteurs calédoniens qui sera déterminante dans les mois à venir. M. Philippe s’est pleinement emparé du dossier calédonien, en a saisi les enjeux et est déterminé à faire en sorte que l’Etat joue pleinement son rôle et soit acteur de ce processus historique. Et son engagement a été unanimement salué. Il avait déjà permis d’aboutir à un accord politique lors du comité des signataires du 2 novembre sur la composition de la liste électorale spéciale appelée à prendre part au référendum.

« Il a su avoir deux oreilles et une bouche »

Cet engagement, cette écoute, cette méthode ont trouvé leur prolongement sur place. « Il a su avoir deux oreilles et une bouche », comme le dit une jolie formule locale, c’est-à-dire qu’au fil de ses rencontres il a su écouter deux fois plus qu’il n’a parlé. Le premier ministre reconnaît lui-même avoir beaucoup appris de ce séjour, notamment sur « la sensibilité et l’importance de la question du rééquilibrage ». Il revendique sa méthode : « Les acteurs politiques ont envie d’un Etat qui donne une impulsion et qui leur fait confiance. »

Une confiance qui semble s’être établie, à entendre les réactions des élus à l’issue de son discours.

« On ne peut pas avoir fait le parcours qu’on a fait et ne pas avoir confiance, estime Louis Mapou, le chef du groupe Union nationale pour l’indépendance au Congrès. C’est important d’avoir rétabli la confiance ici, ce n’était pas gagné d’avance. Il est au rendez-vous. Il va nous falloir être à la hauteur de nos responsabilités. »

Philippe Gomès (Calédonie ensemble) considère que « les mots et les thèmes qu’il a choisis nous parlent ». « Il a aussi fait preuve d’humilité et de respect, et il a intégré la notion du temps, ajoute le député. Cela donne plus de chances d’aboutir. »

Pour Roch Wamytan, président du groupe UC-FLNKS du Congrès et signataire de l’accord de Nouméa, « des douze premiers ministres que j’ai vu passer, c’est celui qui s’implique le plus ». « Du fait qu’il soit venu, qu’il ait touché les réalités, on le sent plus à l’aise avec les problématiques du pays, estime le chef de file indépendantiste. Il comprend mieux ce qu’il se passe. »

« Volonté de renouer le dialogue »

Ces quatre jours sur le « Caillou » auront incontestablement installé M. Philippe comme l’interlocuteur clé du dossier calédonien. « Il ne fait aucun doute que cet investissement a stimulé notre volonté de renouer le dialogue », relevait Thierry Santa, le président du Congrès. « Il a tracé une perspective, une méthode, un contenu, constate le député Philippe Dunoyer (Calédonie ensemble). Tout le monde est invité à s’élever. » En l’espace d’un mois, depuis le comité des signataires du 2 novembre jusqu’à cette visite ministérielle, ce qui était un sujet d’inquiétude est devenu, aux yeux de beaucoup, un motif d’espoir. Un double succès politique pour le premier ministre.

Le Monde

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