Accueil ACTUALITÉS Double langage et politique du pire : Une lourde responsabilité devant les Calédoniens et devant l’Histoire

Double langage et politique du pire : Une lourde responsabilité devant les Calédoniens et devant l’Histoire

(28 février 2018) Dans un communiqué, le Rassemblement- Les Républicains « s’insurge contre le rendu public d’un exposé des motifs relatif à la délibération sur la date de la consultation référendaire ».

Dans le même temps, le groupe MARTIN-BACKES conteste également ce texte.

Tous deux annoncent leur sortie du « G10 », groupe de dialogue entre les formations politiques calédoniennes créé à l’initiative du Premier ministre Edouard Philippe et présidé par le haut-commissaire.

Cette position est révélatrice d’un double langage

1. En quoi consiste le texte contesté ?

Il s’agit d’un exposé des motifs qui accompagne une proposition de délibération du congrès fixant la date du référendum au 4 novembre 2018, la séance du congrès sur le sujet devant se tenir le 9 mars prochain.

2. Par qui ce texte a-t-il été préparé ?

Par le « G10 » qui s’est réuni toute la journée du dimanche, de dix heures à dix-neuf heures, au haut-commissariat, et qui a, neuf heures durant, âprement discuté chaque mot, chaque phrase, chaque thème de ce texte.

Au terme de ce travail, une version de compromis entre les différentes sensibilités politiques a été arrêtée et validée.

3. Par qui ce texte a-t-il été approuvé ?

Ce texte a été approuvé formellement par tous les membres du « G10 » (Philippe GOMES, Philippe MICHEL, Paul NEAOUTYINE, Thierry SANTA, Victor TUTUGORO, Roch WAMYTAN, Daniel GOA, Sonia BACKES et Gaël YANNO, sous la présidence de Thierry LATASTE), chacun ayant tout au long de la journée apporté sa contribution personnelle à sa rédaction, dans le respect des convictions de chacun.

4. Ce texte devait-il être soumis aux partis politiques avant diffusion ?

Non.

Chaque personne autour de la table a engagé la formation politique qu’elle représentait (Paul NEAOUTYINE et Victor TUTUGORO pour l’UNI, Daniel GOA et Rock WAMYTAN pour l’UC, Philippe MICHEL et Philippe GOMES pour Calédonie Ensemble, Gael YANNO pour le MPC, Thierry SANTA pour le RASSEMBLEMENT, et Sonia BACKES pour son groupe).

Au terme de la réunion, Gaël YANNO au titre du MPC a posé explicitement la question : « On est bien d’accord : on ne revient pas sur les termes de ce texte, chacun en fait son affaire avec sa formation politique, et c’est la version que nous avons arrêtée aujourd’hui qui sera soumise au congrès ? » Ni Thierry SANTA, ni Sonia BACKES, n’ont exprimé de réserve sur cette position.

Mieux encore : Sonia BACKES a indiqué qu’il fallait « assumer nos responsabilités à l’instar de ce que chaque formation politique avait fait au lendemain du Comité des signataires du 2 novembre 2017 concernant le compromis sur le corps électoral ».

C’est d’ailleurs pour cette raison que la dernière phrase du communiqué du « G10 », publiée le dimanche soir précisait « la séance de ce jour a permis notamment de préparer la proposition de délibération fixant la date de la consultation dans la perspective de son prochain examen en séance publique du congrès ».

C’est également pour cette raison que le secrétaire général du congrès, dès le lendemain matin, « à la demande du président du congrès » (mail du lundi 26.02 11h.56 adressé aux chefs de groupes) a transmis ce texte afin qu’il soit signé « par les chefs de groupe et le président du congrès ».

C’est aussi pour cette raison que lors de la réunion de planning de la plateforme qui se tient chaque lundi matin à 9h30 aucune observation d’aucune sorte n’a été faite, ni par Thierry SANTA, ni par aucun des membres du Rassemblement présents (Yohann LECOURIEUX, Cynthia LIGEARD, Bernard DELADRIERE, Rusmaeni SANMOHAMAT, Henriette FALELAVAKI,) alors qu’il a été rappelé le texte sur lequel le « G10 » s’était mis d’accord, et la procédure engagée pour son examen en séance publique du congrès le 9 mars prochain.

Croyez-vous une seconde que le président du congrès Thierry SANTA diffuse aux présidents des groupes un texte qu’il a vocation à signer, sans être lui-même d’accord sur ce texte … ?

Croyez-vous une seconde que Sonia BACKES aurait elle-même signé un communiqué du « G10 » faisant état d’un texte qu’elle n’avait pas validé ?

5. Pourquoi le Rassemblement et le groupe MARTIN-BACKES ont-ils décidé de sortir du « G10 » alors que ce texte avait été validé par leurs représentants ?

Parce que Thierry SANTA et Sonia BACKES ont été désavoués par leurs formations politiques respectives, et que pour habiller cette récusation, ils ont pris prétexte que ce texte avait été rendu public.

En conséquence, le Rassemblement ment aux calédoniens lorsqu’il affirme : « Thierry SANTA notre représentant (…) a clairement confirmé sa volonté de consulter le mouvement auquel il appartient avant toute décision ».

En conséquence, Sonia BACKES ment aux calédoniens lorsqu’elle affirme que « ce texte n’a pas recueilli l’accord de tous ». Elle ment aussi aux calédoniens lorsqu’elle dit qu’elle ne l’a pas validé, de la première à la dernière phrase.

6. Qu’y a-t-il de critiquable dans ce texte ?

Pour le Rassemblement, des phrases sont inacceptables. Exemples : « la colonisation portait en elle la négation du peuple Kanak », ou encore « le choc de civilisation ne laissa pas indemne le peuple Kanak ».

Pour Sonia BACKES « la repentance coloniale n’a plus sa place dans ce texte ».

Or ces phrases de l’exposé des motifs sont directement extraites du préambule de l’Accord de NOUMEA, négocié et signé par Pierre FROGIER (pour le Rassemblement) et par Harold MARTIN (pour le groupe MARTIN-BACKES) et ont été validées au terme de la journée -après une longue discussion- par tous les participants.

Rappelons les termes même du préambule : « Le choc de la colonisation a consisté un traumatisme durable pour la population d’origine ». Après avoir rappelé la colonisation foncière et la perte des repères identitaires, le préambule de l’Accord de NOUMEA précise : « à cette négation des éléments fondamentaux de l’identité Kanak se sont ajoutés des limitations aux libertés publiques et une absence de droits politiques ».

Le préambule de conclure : « la colonisation a porté atteinte à la dignité du peuple Kanak qu’elle a privé de son identité ».

Le premier paragraphe de l’exposé des motifs est donc directement inspiré du préambule de l’Accord de NOUMEA. Il illustre la part des « ombres » de la colonisation.

Quant au deuxième paragraphe, sur l’apport des populations venues d’ailleurs, il illustre la part des « lumières » de la colonisation.

Rien de neuf sous le soleil de l’Accord de NOUMEA.

Cet exposé des motifs rappelle sommairement les conséquences d’un oui ou d’un non à l’indépendance :

« Si une majorité de la population intéressée choisit la pleine souveraineté, la Nouvelle-Calédonie deviendra un État indépendant, disposant d’un statut international de pleine responsabilité, exerçant les compétences régaliennes, et ayant transformé sa citoyenneté en nationalité.

Si une majorité de la population intéressée choisit de demeurer au sein de la République française, la Nouvelle-Calédonie restera inscrite sur la liste des territoires à décoloniser de l’ONU, le droit à l’autodétermination continuant à s’exercer, soit dans le cadre fixé par l’Accord de Nouméa, soit dans tout autre cadre qui serait proposé par les partenaires. »

Ce texte n’a pas d’autre vocation que de situer l’exercice du droit à l’autodétermination du peuple calédonien, le 4 novembre prochain, dans le cadre du processus d’émancipation et de décolonisation dans lequel nous sommes engagés depuis 30 ans au travers les Accords Matignon et de NOUMEA.

Il n’a vocation ni à réécrire l’histoire, ni à réécrire les accords, ni à préempter le choix des calédoniens qui sont souverains sur leur destin.

La politique du pire

En décidant de boycotter les travaux du « G10 », Le Rassemblement et le groupe MARTIN-BACKES, choisissent délibérément la politique du pire.

Le « G10 » est le seul espace de dialogue entre indépendantistes et non indépendantistes.

Il a vocation à préparer un référendum apaisé, en identifiant ce qui nous rassemble entre calédoniens (valeurs, gouvernance, etc…) avant d’assumer –lors du referendum- ce qui nous divise sur l’avenir institutionnel du pays. Ceux-là même qui appelaient il y a quelques semaines encore à un « grand palabre », ou à un « dialogue continu avec les indépendantistes » coupent court aujourd’hui à toutes discussions.

Cet acte de rupture ne peut que radicaliser les positions et raviver les tensions dans la perspective du référendum.

C’est un acte d’irresponsabilité dicté par une seule ambition : préparer les élections provinciales de 2019 en spéculant sur les troubles à l’ordre public qui résulteront d’un référendum d’opposition frontale.

C’est un acte d’irresponsabilité qui ne peut qu’alimenter les extrêmes des deux bords.

Ceux qui s’engagent dans cette voie portent une lourde responsabilité devant les Calédoniens et devant l’histoire.

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