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Référendum calédonien : L’exécutif champion à ni oui ni non

(13 mars 2018) Les députés se sont penchés, mardi, sur l’élargissement du corps électoral en Nouvelle-Calédonie, en vue de la consultation sur l’indépendance, prévue dans huit mois. Macron et Philippe affichent leur neutralité, pour ne pas alimenter les tensions dans un archipel divisé.

L’Etat doit-il proclamer son attachement à la Calédonie française ? A huit mois du référendum sur l’indépendance de l’archipel, la droite comme les socialistes pressent l’exécutif de prendre parti, à rebours de la neutralité observée jusqu’à présent. « Il faut sortir des non-dits, réclame auprès de Libération le patron des députés Les Républicains (LR), Christian Jacob. Il est invraisemblable que le président de la République ne se prononce pas, alors qu’est en jeu la place de la France et de l’Union européenne dans le Pacifique. » La question a représenté, mardi, le seul point de désaccord à l’Assemblée nationale, qui examinait un texte par ailleurs très consensuel sur le corps électoral de la consultation.

«Silence»
Déjà adopté par le Sénat, ce projet de loi organique n’est que la traduction d’un autre consensus : celui qu’avaient trouvé, non sans peine, les forces politiques calédoniennes en novembre, sous la houlette du Premier ministre, Edouard Philippe. L’accord permettait l’inscription d’office sur les listes électorales d’environ 11 000 Calédoniens n’y figurant pas, dont 7 000 Kanaks. Ceux-ci pourront donc voter lors du référendum sur l’indépendance de l’archipel, prévu pour l’automne. Lors de son passage en commission, le projet a été approuvé sans amendement par tous les groupes, de La France insoumise (LFI) au parti Les Républicains. Mais le socialiste David Habib avait alors demandé «au président de la République de ne pas rester dans le flou, et dans un silence qui peut contrarier le bon exercice du débat démocratique».

Une revendication renouvelée, mardi, dans l’hémicycle, au nom du groupe Nouvelle Gauche dans son ensemble : le chef de l’Etat devrait « éclairer par ses propos et ses préférences le choix » des Calédoniens, a estimé David Habib. « L’Etat doit s’exprimer sur ce qu’il veut pour l’avenir de ce territoire », a aussi réclamé Philippe Gosselin (LR). Au contraire d’Alexis Corbière (LFI), « vigilant pour que l’Etat n’outrepasse pas son rôle d’organisateur de la consultation ». Et de la présidente de la commission des lois, la députée La République en marche Yaël Braun-Pivet : « Sans doute n’avons-nous pas à prendre parti, a-t-elle jugé. Le choix incombe aux Calédoniens, je ne leur dirai pas « votez non » ou « votez oui ». »

Cette neutralité est aussi, depuis leur entrée en fonction, celle d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe. Le Premier ministre a récemment justifié cette attitude dans la presse calédonienne, estimant que « les moyens de l’Etat, qui sont massifs, ne peuvent pas être mobilisés pour influer [sur le référendum] ». Pour Edouard Philippe, « c’est l’une des garanties essentielles pour que la consultation soit sincère et son résultat pleinement légitime ». Sollicité par Libération, l’Elysée n’a pas dit si Emmanuel Macron, attendu début mai en Nouvelle-Calédonie, observerait la même réserve.

«Passerelle»
Une prudence qu’éclaire l’issue probable du vote. La plupart des observateurs prédisent une nette victoire du « non » à l’indépendance, en se fondant sur les derniers scrutins locaux et sur la domination démographique des non-Kanaks – ces derniers étant très largement hostiles à l’indépendance. Dans ces conditions, l’Etat et les forces modérées de l’archipel redoutent une radicalisation de l’indépendantisme et une flambée de violence, qu’elle soit politique ou plus opportuniste. « Trancher, c’est prendre le risque de diviser, a rappelé Edouard Philippe, mardi, devant les députés. Et diviser, en Nouvelle-Calédonie, c’est encore plus dangereux qu’ailleurs », même trente ans après les dramatiques Evénements d’Ouvéa.

Pour le député Philippe Dunoyer (UDI), non indépendantiste, « le but n’est pas de savoir qui va gagner le référendum, mais que ce vote ne soit pas un mur contre lequel on viendrait se fracasser, affirme-t-il. La préférence de l’Etat n’aiderait personne, elle ne ferait que brouiller les cartes. Les indépendantistes modérés dénonceront un parti pris, et les radicaux y verront un argument pour boycotter le scrutin ». De récentes déclarations de Manuel Valls (apparenté LREM) ont confirmé la sensibilité du sujet. Président d’une mission parlementaire sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, ce dernier s’est rendu sur place fin février. Et a déclaré, lors d’un débat à Nouméa, souhaiter « que la Nouvelle-Calédonie reste avec la France ». Colère des indépendantistes : « On a l’impression que tout l’appareil d’Etat va être aligné derrière les loyalistes », a réagi Louis Mapou, représentant de l’Union nationale pour l’indépendance (UNI).

Même le député Philippe Gomès (UDI), non indépendantiste modéré, juge la sortie malvenue : « Des gens qui prennent position, on en a déjà plein. Ce qui me semblait utile, c’est que la mission joue un rôle de passerelle. » L’ex-Premier ministre, lui, assume : « Je l’ai fait volontairement, car je pense qu’il faut que l’on passe à autre chose [que le débat sur l’indépendance], dit-il à Libération. A un moment, les responsables politiques doivent, de manière modérée, donner une préférence. Vu la situation, je conçois que l’Etat conserve une certaine distance. Mais on attend aussi que le Président éclaire le futur de la Nouvelle-Calédonie : le métissage, le rééquilibrage économique, le rôle de la France en Océanie… » Ce qui reviendrait à se projeter dans un avenir où l’archipel serait français.

Jusqu’à la consultation
19 mars Décision du Congrès de Nouvelle-Calédonie sur la date exacte du scrutin.
20 mars Adoption par l’Assemblée nationale de la loi organique sur le corps électoral du scrutin.
27 mars Réunion à Matignon des forces politiques calédoniennes, pour déterminer notamment la formulation de la question du référendum.
Début mai Visite d’Emmanuel Macron en Nouvelle-Calédonie, trente ans après les événéments d’Ouvéa.
Fin octobre ou début novembre Tenue du référendum d’autodétermination.

Dominique Albertini

Source : Liberation

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