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« La Calédonie peut s’épanouir au sein de la République »

(23 mars 2018)  Entretien avec Philippe Gomès

Les Nouvelles calédoniennes : Pensez-vous que le Comité des signataires puisse être l’occasion de reconstituer le G 10 dans sa configuration d’origine ?
Le G 10, c’est la proposition faite par le Premier ministre pour « un dialogue resserré » entre les forces politiques calédoniennes en vue « de dessiner ce chemin du vivre ensemble pendant et après la consultation ». Le dialogue fait partie de l’ADN de Calédonie ensemble. Contrairement à d’autres, nous n’avons jamais rien boycotté, ni Comité des signataires, ni réunions avec les experts. Boycotter le dialogue, c’est une démarche suicidaire. Comme le disait Jacques Lafleur, « pour qui aime ce territoire et y vit, il n’y a que le chemin du dialogue qui vaille ». Si les « boycotteurs » veulent revenir dans le G 10 pour y travailler sincèrement, la porte est ouverte. Mais personne n’a un droit de vie ou de mort sur le dialogue dans notre pays. Fort heureusement.

L’ordre du jour du Comité inclut évidemment la rédaction de la question du référendum. Comment souhaitez-vous la voir formulée ?
Nous souhaitons que la formulation de la question soit simple et conforme aux dispositions de la Constitution de la République – article 77 – et de l’Accord de Nouméa. Les Calédoniens doivent pouvoir choisir entre deux bulletins : « Oui je veux que la Nouvelle- Calédonie accède à la pleine souveraineté » (ou « à l’indépendance ») ou « Non je ne veux pas que la Nouvelle- Calédonie accède à la pleine souveraineté » (ou « à l’indépendance »). Les deux termes, « pleine souveraineté » ou « indépendance », sont possibles. La Constitution et l’accord de Nouméa utilisent uniquement les mots de « pleine souveraineté ». Mais les précédentes consultations du même type dans la République – Les Comores ou Djibouti – utilisaient le mot « indépendance ».

Le Premier ministre parle beaucoup « d’éclairage » sur ce qu’il adviendra après le référendum. Est-ce un bon point pour la démarche que vous prônez vous-même ?
C’est dans la droite ligne de ce que nous avons porté lors des législatives et des sénatoriales avec Philippe Dunoyer et Gérard Poadja. Éclairons « le jour d’après », le « pays d’après » le référendum, même si notre vision de l’avenir entre indépendantistes et non indépendantistes est différente. C’est le sens du travail que nous avons engagé au sein du G 10 sur la « charte des valeurs calédoniennes », que Calédonie ensemble appelait de ses voeux, charte que nous finaliserons lors de la réunion du groupe à Paris avant de la remettre officiellement au Premier ministre.

Calédonie ensemble participera à la campagne du référendum. Sur quels thèmes ?
Notre message se résume en une formule qui était notre slogan lors des législatives : « Un avenir dans la France aux couleurs de la paix ». Nous aspirons à une Nouvelle-Calédonie qui se gouverne elle-même, ce qui n’est pas contradictoire avec le fait de continuer à s’épanouir au sein de la République. Nous oeuvrons à l’affirmation de l’identité du peuple calédonien, ce qui n’est pas un obstacle à ce qu’il demeure partie intégrante du peuple français.

Êtes-vous inquiet pour l’avenir de la Plateforme ?
La Plateforme est fondée sur une déclaration commune signée le 15 juin 2017. Pour une « Nouvelle- Calédonie dans la France et dans la Paix », dans laquelle nous appelions à un « dialogue approfondi avec les indépendantistes » afin « d’éviter que le référendum conduise à des tensions, voire à des violences au risque d’anéantir tout ce que nous avons patiemment construit depuis près de trente ans ». À Calédonie ensemble, nous sommes toujours sur la même ligne. Nous ne changeons pas d’avis en fonction de la météo politique du moment. En tant que première formation non indépendantiste du pays, nous avons des responsabilités particulières. Et nous entendons les assumer.

Quel effet cela vous fait d’être qualifié de « député nationaliste » par le groupe de Sonia Backès ? Vous réfutez ou vous revendiquez ?
Vous savez, il faut relativiser les déclarations de Sonia Backès. En 2011, elle déclarait : « avoir un président du Congrès indépendantiste c’est important pour la Nouvelle-Calédonie ». C’était l’époque où un petit drapeau du FLNKS trônait sur son bureau au gouvernement. Vous comprenez donc que son parcours politique sinueux, ses attachements successifs – Frogier et Yanno hier, Martin aujourd’hui – ne me semblent pas la qualifier particulièrement pour délivrer des brevets de France aux uns ou de nationalisme aux autres. Les Calédoniens ont un ancrage océanien, une histoire en partage, des valeurs communes, une émancipation au sein de la République à consolider, une citoyenneté du pays à ouvrir, une paix à conforter, une communauté de destin à construire, ce qui en fait des Français pas tout à fait comme les autres. À Calédonie ensemble, on n’oppose pas notre identité calédonienne à notre appartenance à la République. On la conjugue. Ce sont les deux jambes qui nous permettent d’être debout et d’avancer.

Comment interprétez-vous la formule de Daniel Goa, porteparole du FLNKS, selon laquelle « l’Accord de Nouméa c’est pour la souveraineté, pour la souveraineté ou pour la souveraineté » ?
Daniel Goa est président de l’UC. Il est dans son rôle. Nous devons respecter ses convictions, comme nous lui demandons de respecter les nôtres. Et la sortie ultime du processus de décolonisation dans lequel nous sommes engagés n’est pas unidirectionnelle. Elle peut se concrétiser de quatre manières différentes conformément aux résolutions de l’ONU : l’intégration au sein de la République, l’État associé, l’indépendance, ou « tout autre statut librement négocié ». C’est la dernière solution que Calédonie ensemble privilégie : nous souhaitons un statut définitif pour une Nouvelle-Calédonie émancipée et solidaire, se gouvernant elle-même, fière de son identité, et affirmant sa place particulière au sein de la République. L’insécurité est plus que jamais une menace pour la cohésion de la société calédonienne. Votre parti a proposé des mesures, d’autres aussi. L’Etat en a pris également. On en est à parler de couvre-feu pour les mineurs.

Jusqu’où faudra-t-il aller, selon vous, pour que la violence ne s’invite pas dans la campagne, le jour du scrutin ou les jours suivants ?
Les risques existent. Les Calédoniens, à juste titre, sont exaspérés. Et les instrumentalisations politiques se font jour de part et d’autre. D’un côté, des silences complaisants, je pense à celui du parti travailliste qui contraste d’ailleurs avec les condamnations sans appel de l’UC et du Palika. D’un autre côté, des déclarations à visée électoraliste destinées à exploiter cette délinquance kanak en vue des prochaines provinciales. Les formations politiques doivent faire preuve de responsabilité : il est toujours plus facile de s’adresser aux peurs ou aux frustrations des gens qu’à leurs espoirs.

Source : LNC

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