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Nouvelle-Calédonie : La droite retombe dans ses divisions


(6 juin 2018) Trois de ses représentants ont quitté le groupe de dialogue sur l’avenir de l’île, à cinq mois du référendum sur l’indépendance

Décidément, la droite calédonienne n’en finira jamais de retomber dans ses travers. Jeudi 31 mai, les deux représentants du Rassemblement-Les Républicains et la chef de file des Républicains calédoniens, Sonia Backès, ont de nouveau claqué la porte du groupe de dialogue dit « sur le chemin de l’avenir ». Une rupture inquiétante à cinq mois du référendum sur l’accession à la pleine souveraineté de la Nouvelle-Calédonie, alors que le récent déplacement d’Emmanuel Macron sur le territoire avait pu laisser entrevoir un apaisement des tensions.
C’était sans tenir compte des persistantes rancœurs qui consument la droite calédonienne et les petits calculs électoraux qui la stimulent. Alors qu’une première étape avait été franchie avec l’adoption des « propositions de valeurs calédoniennes partagées », le groupe de dialogue devait de nouveau se retrouver les 30 et 31 mai pour engager une démarche similaire autour du bilan de l’accord de Nouméa du 5 mai 1998.

Jusqu’à présent, la vie de ce groupe n’a pas été un fleuve tranquille. Composé de deux représentants de Calédonie ensemble, Philippe Gomès et Philippe Michel, deux du Rassemblement-LR, Pierre Frogier et Thierry Santa, une des Républicains calédoniens, Sonia Backès, et un du Mouvement populaire calédonien, Gaël Yanno, côté loyaliste, ainsi que de deux dirigeants de l’Union calédonienne, Daniel Goa et Roch Wamytan, un du Parti de libération kanak (Palika), Paul Néaoutyine, et un de l’Union progressiste en Mélanésie, Victor Tutugoro, côté indépendantiste, il a été constitué à l’initiative du premier ministre, Edouard Philippe, à l’issue de son déplacement en Nouvelle-Calédonie en décembre 2017. Il avait enregistré une première fois les défections de MM. Frogier et Santa et de Mme Backès en début d’année, avant qu’ils n’acceptent de revenir dans le jeu lors du dernier comité des signataires de l’accord de Nouméa, le 27 mars.
Course à l’échalote

Placé désormais sous l’autorité du représentant personnel du premier ministre, le conseiller d’Etat François Seners, ce groupe a pour objet de préparer l’après-référendum en privilégiant l’émergence d’un socle commun qui rassemble la population calédonienne, quel que soit le résultat. Déjà réservés au départ, les trois représentants de la droite freinaient des quatre fers jusqu’à provoquer ce nouveau clash. Ils dénoncent une collusion entre la droite modérée et les indépendantistes.

« La complaisance de Calédonie ensemble et de Gaël Yanno face à des exigences indépendantistes absolument inacceptables fait de ce groupe de négociation un objet politique dangereux », estime M. Santa. Mme Backès n’est pas en reste : elle soupçonne les autres participants de vouloir « négocier un nouveau statut pour la Nouvelle-Calédonie ». Pour M. Frogier, qui dénonce une « supercherie », « ce groupe est une forme de manipulation organisée par le gouvernement avec les deux complices locaux, Calédonie ensemble et le Palika ». Le sénateur (LR) a d’ores et déjà annoncé qu’il n’irait « certainement pas à Paris », où le groupe doit se réunir à nouveau fin juin.

Un revirement qui n’est peut-être pas sans rapport avec la récente venue sur le territoire de Bruno Retailleau, le président du groupe LR au Sénat, trois semaines après la visite de M. Macron, dont le discours avait été salué par les mêmes qui aujourd’hui désertent la table du dialogue. Défendant « un non clair et net » à l’indépendance, le sénateur de la Vendée a estimé que le président de la République ne pouvait « se limiter à un rôle de greffier ». Outre la course à l’échalote à laquelle se livrent les représentants de la droite locale en perspective des élections territoriales qui auront lieu en 2019, les prises de position des dirigeants de LR – Laurent Wauquiez devrait lui aussi se déplacer en Nouvelle-Calédonie en septembre – font peser le risque d’une instrumentalisation du dossier calédonien.

Les indépendantistes ne cachent pas leur exaspération face aux foucades de leurs interlocuteurs. Au vu de l’impasse dans laquelle se trouve le groupe de dialogue, le Palika a annoncé son intention de discuter directement avec des représentants de l’Etat. Philippe Gomès, le président de Calédonie ensemble, se dit quant à lui « écœuré ». « C’est profondément irresponsable car c’est jouer avec la paix d’un pays, estime le député (UDI, Agir et Indépendants). Notre responsabilité, c’est de tout faire pour désamorcer les tensions, pour digérer le résultat du référendum. » Malgré ces défections, il appelle à poursuivre le dialogue et considère qu’elles ne doivent pas empêcher la tenue de la prochaine réunion du groupe.

Source : Le Monde

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