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En Nouvelle-Calédonie, le « service militaire adapté » fait école

(27 juin 2018) REPORTAGE – Près de 80% des jeunes en difficulté bénéficiant de ce dispositif trouvent un emploi.

Envoyé spécial en Nouvelle-Calédonie

Annick, 21 ans, a le sourire. Après dix mois au sein du régiment de service militaire adapté de Nouvelle-Calédonie (RSMA-NC), cette jeune femme rejoindra bientôt la caserne de sapeurs-pompiers de Poindimié, sur la côte est du Caillou. Étudiante diplômée mais sans grandes perspectives, elle a rejoint le RSMA à l’incitation de son père, lui aussi passé par ce creuset d’insertion socioprofessionnelle qui lui a permis de devenir chauffeur routier. « Dans un cadre militaire, nous nous efforçons de lever tous les freins à l’employabilité des jeunes Calédoniens. Ce qui passe par la formation professionnelle, mais aussi le savoir être », explique le colonel Christian de Villers qui commande le RSMA à Koumac, dans la province nord de la Grande Terre.

Autour d’un véhicule de pompiers, Annick répète un exercice avec quelques camarades. « Gagner de l’autonomie vis-à-vis de mes parents et mener une vie active », telles sont les motivations qui l’ont poussée à endosser l’uniforme. Pas très loin de là, sur une autre parcelle du régiment, Jérémy, 26 ans, porte lui aussi le treillis. Mais lui serait plutôt soldat-laboureur. Il a choisi la formation «métiers de la terre» et montre fièrement ses plants de tomates et de fraisiers. Né sur les îles Cook, au beau milieu de l’océan Pacifique, il a grandi dans la banlieue de Nouméa et longtemps cherché du travail, sans succès. Le RSMA est pour lui une planche de salut.

6000 volontaires en 2017

Sur fond de collines, dans l’écrin tropical de Koumac, le camp du RSMA se compose de bâtiments bas, la plupart d’aspects neufs, d’autres en chantiers, disposés sur un vaste espace entre des haies bien taillées. Pas d’armes, pas de clôtures – c’était le souhait des tribus calédoniennes lorsque le service militaire adapté a été mis en place sur l’île en 1986. Une deuxième compagnie est installée à Koné, à une centaine de kilomètres plus au sud. Et une troisième compagnie verra bientôt le jour sur un autre site, comme l’a annoncé le premier ministre, Édouard Philippe, lors de sa visite à Koumac, le 5 décembre dernier.

«Le RSMA est l’un des plus gros centres professionnels du territoire»

Le commandant François

Le service militaire adapté (SMA), créé en 1961 et implanté dans les outre-mer (Polynésie, Antilles, Mayotte, La Réunion), outre un centre de formation en métropole, à Périgueux, aura accueilli au total 6000 volontaires en 2017, deux fois plus qu’en 2010. Le dispositif a le vent en poupe. Son slogan, « Le SMA, c’est choc ») s’affiche sur les casquettes et les tee-shirts. Quoique inscrit dans un contexte bien particulier, il a été scruté à la loupe par le groupe de travail sur le service national universel (SNU).

« Le RSMA est l’un des plus gros centres professionnels du territoire », explique le directeur des opérations, le commandant François. En Nouvelle-Calédonie, 600 volontaires – à 90 % mélanésiens – ont bénéficié du SMA l’an dernier (contre 250 en 2012). Parmi eux, 476 volontaires stagiaires et 124 volontaires techniciens – aides-formateurs ou secrétaires -, le tout encadré par 120 cadres militaires.

Fort taux de féminisation

Après un mois de formation militaire de base, largement axée sur des notions élémentaires (se lever à l’heure…), les volontaires du SMA sont orientés, pour six à dix mois, vers l’une des dix-huit filières professionnelles proposées: aide à la personne, transport et logistique, prévention et sécurité, maraîchage, métallier-soudeur. Ils auront la possibilité de passer leur permis de conduire.

Le taux de féminisation est élevé (44 %), le SMA étant considéré par les jeunes filles «comme un moyen d’échapper à l’emprise des tribus», explique un militaire. Au total, comme l’explique avec satisfaction le colonel de Villers, 77 % des jeunes du RSMA ont trouvé un emploi. Une quarantaine seulement a rejoint l’armée, ce projet n’étant pas prioritaire. Tous reviennent de loin: initialement, 42 % des candidats sont analphabètes et 80 % sont déclarés inaptes (addictions, surpoids…), ce dernier taux se réduisant à 10 % lorsque, motivés, ils retentent leur chance quelques mois plus tard. Le label SMA est positivement perçu par les entreprises locales, même si le colonel de Villers craint un ralentissement des embauches avant le référendum qui se déroulera en novembre prochain.

Source : Le Figaro

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