Accueil ACTUALITÉS Philippe GOMES, député de la Nouvelle-Calédonie : « Pour que continue à vivre le rêve calédonien »

Philippe GOMES, député de la Nouvelle-Calédonie : « Pour que continue à vivre le rêve calédonien »

(18 juillet 2018) A la veille d’un scrutin décisif pour notre pays, un projet de société ne peut pas se limiter à trois lettres. En ce qui concerne Calédonie Ensemble, ces trois lettres forment le « non » à l’indépendance. Mais nous proposons que ce « non » soit entouré : avant le référendum, par ce que nous appelons une « déclaration solennelle sur le patrimoine commun du peuple calédonien » et après le référendum, par un véritable projet de société – qui se substituerait à l’Accord de Nouméa – permettant d’asseoir l’émancipation politique et économique de la Nouvelle-Calédonie au sein de la République.

1. Avant le référendum : la déclaration solennelle sur le patrimoine commun du peuple calédonien

Cette déclaration commune des indépendantistes et non indépendantistes attachés au maintien de la paix et à la construction du vivre ensemble, c’est une manière d’affirmer ce qui nous unit en tant que Calédoniens, indépendamment de notre opposition sur l’avenir institutionnel.

– Le socle de la paix

Ce qu’on peut qualifier de socle de la paix : le droit à l’autodétermination ; la prise en compte de l’identité Kanak dans ses différentes dimensions ainsi que la reconnaissance de la légitimité des autres communautés qui ont construit le pays ; le rééquilibrage, qui a facilité la réduction d’un certain nombre de fractures ethniques, économiques, sociales et géographiques qui coupaient la Calédonie en deux ; le partage des responsabilités institutionnelles, entre indépendantistes et non-indépendantistes; et, enfin, le respect des convictions de chacun, matrice du consensus océanien.

– Les acquis du chemin accompli

C’est ce qui n’existait pas en 1988 et qui nous rassemble aujourd’hui. Nous avons ainsi réussi à construire petit à petit la mémoire de notre pays. Ce qui est essentiel, puisqu’il n’y a pas de peuple sans récit collectif. Nous avons tissé des valeurs calédoniennes, mélange endémique de valeurs républicaines, kanak, océaniennes et chrétiennes. Sur le plan institutionnel, nous avons bâti un mode de gouvernance – avec les provinces, le Congrès, le gouvernement, le Sénat coutumier – que personne ne remet en question, pas même le FLNKS. Nous avons notre propre citoyenneté qui traduit notre singularité au sein de la République. Qu’on soit indépendantiste ou non-indépendantiste, on doit sanctuariser ce patrimoine commun édifié, jour après jour, pendant ces 30 années de paix. C’est ce que nous faisons au sein du groupe de dialogue « Sur le chemin de l’avenir » créé par le Premier Ministre au travers de deux documents qui pourraient être finalisés lors de la réunion du 27 juillet prochain à Nouméa : la « Charte des valeurs calédoniennes » et le « bilan politique partagé des accords ».

– La nécessité de continuer à nourrir le dialogue avant le référendum

Le boycott pratiqué par le Rassemblement et le groupe Martin-Backes – après quelques allers-retours – est directement lié aux élections provinciales de mai 2019. Pour eux, diaboliser le dialogue avec les indépendantistes c’est flatter utilement la frange la plus radicale de leur électorat. Mais boycotter ce qui nous unit, c’est mépriser le legs de nos anciens. Ils viennent d’être rejoints par le parti travailliste qui a décidé de boycotter le référendum. Comme toujours, les extrémistes des deux rives se retrouvent. Or, tout notre pays s’est construit sur le dialogue. Quand on ne dialoguait pas, on a connu la violence. Quand on a dialogué, cela s’est traduit par la paix et la construction du vivre-ensemble.

2. Après le référendum : poursuivre l’émancipation économique et politique de la Nouvelle-Calédonie au sein de la République

– Poursuivre l’émancipation politique et économique de la Nouvelle-Calédonie…

C’est une perspective politique pluridimensionnelle que nous proposons, dans le cadre d’un accord dont la durée ne doit pas être limitée dans le temps et qui doit prévoir la possibilité de pouvoir continuer à exercer le droit à l’autodétermination.

Cette perspective est identitaire, au travers de l’adoption d’un drapeau commun et de l’ouverture de la citoyenneté calédonienne ; économique, via la conquête des souverainetés des temps modernes : économique, alimentaire et énergétique ; institutionnelle, notamment par la participation de la Nouvelle-Calédonie à l’exercice des compétences régaliennes et de la nécessaire évolution de notre gouvernance. C’est « le jour d’après » au sein de la République que nous éclairons.

– Au sein de la République…

D’abord, parce que la République fait le lien entre tous. Nous sommes un peuple, le peuple calédonien, composé de populations de différentes origines et ce qui nous relie profondément c’est la langue française, ce sont les valeurs de la République et son école.
Ensuite, parce que la République nous protège en exerçant les compétences régaliennes qui fondent la sécurité de toute société, sans laquelle on ne peut se gouverner. A l’intérieur, avec l’ordre public et la justice, à l’extérieur, avec la diplomatie et la défense, et en matière financière avec la monnaie. Or, pour assumer ces compétences, il faut garantir à la population leur exercice dans le respect des principes d’indépendance et d’impartialité. Avec 270 000 habitants, nous sommes trop petits pour apporter ces gages.
Enfin, parce que la République nous donne les moyens financiers nécessaires pour nous gouverner. L’exemple le plus flagrant c’est la compétence en matière d’enseignement. Nous décidons et l’Etat nous permet de financer cette responsabilité : 50 milliards de francs cfp par an.
C’est en cela que la Nouvelle-Calédonie peut être véritablement souveraine : parce que la République lui donne les moyens de l’exercice de cette souveraineté.

*
* *

A terme, probablement à l’échelle d’une génération, une seule des quatre voies de décolonisation fixées par l’ONU correspond à la trajectoire singulière de notre pays : celle prévue par la Résolution du 24 octobre 1970 permettant après négociation entre indépendantistes, non indépendantistes et Etat : « l’acquisition d’un statut politique librement décidé » qui conforterait définitivement notre place unique au sein de la France.

Pour en arriver là, il sera nécessaire que les indépendantistes fassent le « deuil de l’indépendance » tel qu’ils l’avaient portée à la fin des années 1970.

Comme ils ont su abandonner « le rêve d’un pays Kanak à eux tous seuls » en acceptant lors des accords de Matignon un partage de souveraineté sur l’avenir institutionnel avec tous les citoyens du pays, les indépendantistes devront abandonner aussi « le rêve d’un pays pleinement souverain » en acceptant un partage de souveraineté définitif avec la France.

Faire ce deuil, c’est accepter les mutations de la société Kanak qui, son identité restituée et son développement assuré, aura su trouver ces équilibres avec les autres composantes du peuple calédonien, dans un archipel libre de se gouverner, tout en restant protégé par le grand récif de la République.

À voir aussi :

Développement du secteur de la croisière dans les collectivités d’outre-mer : Amendement adopté !

(7 décembre 2018) Gérard POADJA : « J’ai défendu au Sénat un amendement visant à rendre mo…