Accueil VU SUR LE WEB Calédonie : les indépendantistes veulent aller « jusqu’au bout », les anti prônent le dialogue (TROIS QUESTIONS) – AFP

Calédonie : les indépendantistes veulent aller « jusqu’au bout », les anti prônent le dialogue (TROIS QUESTIONS) – AFP

NOUMÉA, 30 octobre 2018 (AFP) – Dans des entretiens croisés avant le référendum dimanche sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, le patron de Calédonie ensemble (CE, droite modérée), principal parti non indépendantiste de l’archipel, le député Philippe Gomes (UDI) parie sur le « non » et prône le dialogue.

L’actuel président du groupe UC-FLNKS au Congrès, Roch Wamytan, réaffirme-lui que les indépendantistes iront « jusqu’au bout » de l’accord de Nouméa de 1998 et demanderont, en cas d’échec, deux autres référendums d’autodétermination.

Q : Pensez-vous que la Nouvelle-Calédonie est prête pour l’indépendance ?

Philippe Gomes : Pas du tout. Sa population n’a pas la capacité de « vivre-ensemble » entre toutes les communautés sans le lien avec la France. Elle n’est pas prête parce qu’humainement et matériellement, elle n’a pas les moyens d’exercer les compétences régaliennes et enfin, elle n’est pas prête parce qu’elle a de nombreux défis à relever : défi éducatif – égalité scolaire pour tous -, défi social avec la réduction des inégalités de revenus, défi économique avec la réduction de notre dépendance à l’extérieur. L’apport financier de la France est aussi indispensable mais j’ai rarement utilisé cet argument durant la campagne pour ne pas véhiculer l’image d’une Calédonie dont l’attachement à la France ne serait que comptable.

Roch Wamytan : Bien sûr qu’elle est prête. Nous avons mis 30 ans pour préparer les fondements d’un nouvel Etat. En 1958 (référendum sur la constitution de la Ve République, ndlr), nos anciens avaient déjà subi ce discours : « vous n’êtes pas prêts ». Soixante ans après, on nous ressert la même sauce, il va falloir changer sinon on ne sera jamais prêts. Les bases du futur Etat « Kanaky Nouvelle-Calédonie  » sont posées et maintenant, il faut y aller.

Je pense que dimanche ça va être serré, ce sera kiffe kiffe même s’il a fallu durant cette campagne remuer le peuple kanak pour qu’il comprenne à quel point ce scrutin est important.

Q : Comment abordez-vous le lendemain du référendum ?

Philippe Gomes : Je l’aborde avec gravité parce que le résultat sera probablement sévère contre l’indépendance, sans doute sept Calédoniens sur dix voteront contre. Mais en ce qui nous concerne, quel que soit le résultat du référendum, nous serons autour de la table pour maintenir les liens d’un dialogue indispensable avec les indépendantistes. Je considère que l’organisation de trois référendums ne servirait qu’à creuser la tombe politique et économique du pays.

Roch Wamytan : Nous n’accepterons que de parler de l’accession à la pleine souveraineté, à l’issue des trois référendums. Nous irons jusqu’au bout de l’accord de Nouméa. Nous souhaitons discuter de l’indépendance avec l’Etat français, on ne discutera pas de quoi que ce soit d’autre. C’est une question de survie. Pierre Frogier (sénateur LR, ndlr) est pour le statu quo, c’est mortel et c’est le retour en arrière. Nous, on avance. La France aura sa place, l’Europe aussi. La richesse mondiale se crée ici dans la région Asie-Pacifique, comme l’a dit Emmanuel Macron (en visite en Nouvelle-Calédonie en mai 2018, ndlr). Il nous faut tirer avantage de cette position stratégique, pas uniquement au bénéfice de la France, nous serons en partenariat avec elle.

Q: Le Premier ministre, Edouard Philippe, arrive le lundi 5 novembre à Nouméa. Qu’allez-vous lui dire ?

Philippe Gomez : Je vais lui dire qu’à Calédonie Ensemble, nous sommes convaincus qu’après la période un peu chaude qui risque de suivre le scrutin, on retrouvera collectivement le sens des responsabilités pour continuer à construire un pays. La venue du Premier ministre est un beau geste que la République fait à l’égard de l’archipel, dans lequel elle continuera à exercer une souveraineté refondée à partir du 4 novembre 2018.

Roch Wamytan : Je ne sais pas trop ce qu’il vient faire. Normalement, après ce type de consultation, on discute un peu plus tard. Là, ça va être un peu juste pour nous, pour lui donner nos analyses. Si c’est « non », je lui dirai qu’on poursuit l’accord de Nouméa. On est serein et on a tout fait pour que la campagne se passe bien. Ce sont les non indépendantistes, qui avaient peur. Il y a, parait-il, 300 gendarmes. Ils errent comme des âmes en peine, ils n’ont rien à faire.

Propos recueillis par Claudine WERY

Source : AFP

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